L'importance de la chose elle-même
3°. L^ mouvement que les affaires religieuses ont donné à la France depuis trente ans , mouvement curieux à observer i surtout par l'espèce de petit peuple qui s'en est le plus mêlé. Il y a eu une grande influence, et il y a bien paru , car il y a tout gâté. Pendant la révolution , la religion a presque toujours été un moyen d'opposition politique. Les chevaliers de l'autel et. du trône, dont la révolution fit tout-à-coup une si ample promotion , et qui avaient besoin de toute leur mémoire pour se rappeler leur catéchisme, étaient à la religion ce que les chevaliers des
ordres religieux et militaires étaient devenus pour le célibat; ce n'était qu'un parti proféra Fit un nom nouveau pour se conserver en jouissance des choses anciennes. Cette même disposition d'opposition ultra religieuse était fort marquée clans le temps de Napoléon; le parti tremblait que les affaires ne prissent un terme , et surtout il avait peur des missions à Savone. En sa qualité de parti d'opposition, tout ce qui en diminuait l'aliment , ne lui convenait pas. Salamandre politique , pour vivre il lui fallait le feu de la diseorde. C'est ce qui , à l'époque de l'arrestation des trois évéques du concile, faisait dire à un personnage connu par sa persévérance dans ce genre d'opposition : tout va bien, la persécution va commencer.
4°. Par le choix des prélats qui formèrent cette commission. Elle ne fut pas composée tout-à-fait de même dans les deux années.
M. le cardinal Caselli ne fit point partie de la première. Je n'en étais pas.
M. l'évèque de Verceil mourut dans l'intervalle de la première à la seconde. I^e père Fontana , général de Tordre des lîarnabites > ne fut pas membre de la seconde*
La première fut composée ainsi qu'il suit: MM. les cardinaux Fesch et Maury ; MM. l'archevêque de Tours, les évêques de Nantes, de Trêves, de Verceil, dÉvreux, et M. l'abbé Émery , avec le père Fontana.
La seconde fut formée de
MM. les cardinaux Fesch, Maury, Caselli;
MM. les archevêques de Tours, de Malines;
MM. les évêques de Nantes , de Trêves , d'Évreux, et M. l'abbé Émery.
M. le cardinal Fesch présidait. On s'assemblait chez lui. Plusieurs fois il fit des efforts, mais sans succès, pour faire entrer dans cette commission des prélats qu'il affectionnait particulièrement , tels que MM. les évêques de Troyes, de Metz et de Montpellier, alors membres de la Chapelle impériale. En général ce n'est point par le nombre que les conseils sont sujets à manquer. De tous les déficit , voilà le plus facile à combler.
Comme il est juste de faire rendre à chacun ce qui lui appartient ; comme cette commission n'a pu échapper à la versatilité des opinions qui a régné depuis t8t4, et dont on s'est glorifié sur les mêmes choses et à l'égard
des mêmes hommes ; comme on a fini par être injuste envers quelques-uns de ses membres , dont on avait commencé par priser beaucoup le mérite; comme cette commission est inconnue à beaucoup d'hommes, et qu'elle a été traitée peu respectueusement par d'autres que leur éloignement des lieux ou des affaires a fait incliner vers Terreur , j'ai regardé comme un devoir de présenter:
i°. Le portrait des membres de cette commission ;
i°. Son esprit ;
3°. La direction qu'elle donna aux affaires; 4°. Ses actes.
J'ai déjà eu occasion de parler de M. le cardinal Fesch. Il se montra } dans la commission . tel que je l'ai toujours vu être; trèsassidu, très-zélé, très-pieux, très-courageux à l'égard de son neveu , auprès duquel la pétulance de son zèle et l'indiscrétion de ses aveux gâtaient nos affaires , et souvent défaisaient en un jour ce qui nous en avait coûté plusieurs. Le neveu , plus fin que l'oncle, le faisait parler, et nous n'en étions pas mieux. C'était un des plus dangereux talens que possédait Napoléon : il était pourvu d'un
aimant qui attirait les secrets des autres du fond de leurs cœurs. M. le cardinal , comme les gens qui raisonnent peu, aimait les gros livres \ et ne s'en faisait faute. Ce n'est pas la centième fois que j'ai eu lieu de remarquer que le supplément ne valait pas le principal.
M. le cardinal Maury se serait, dans la commission, cru volontiers à l'Académie. Il a fallu quelquefois le lui rappeler. Ce prélat possédait une vaste érudition en beaucoup de genres; mais la science ecclésiastique n'avait pas formé le fond de ses occupations.
Cette science se retrouvait dans toute son étendue auprès de M. le cardinal Caselli, et des prélats de Tours, de Nantes, de Verceii et de Trêves: il suffit de nommer M. Émery pour rappeler tous les genres de mérite ecclésiastique; esprit fin , varié, accessible à la raison, dépassant par son étendue les quatre murailles de Saint - Sulpice , entre lesquelles il avait passé sa vie; chef distingué dans un corps respectable , en ayant imposé même à Napoléon qui connaissait tout son valoir , et qui demandait souvent : quen pense , qu'en dit M. Émery? En ] 8 1 1 , Napoléon tint un
conseil prive sur les affaires du clergé ; (a commission y fut appelée : c'est là qu'il prit la résolution d'envoyer à Savone. Il se fit un plaisir de provoquer, d'agacer même M. Emery , et ils se séparèrent fort satisfaits l'un de l'autre.
On ressentit vivement la perte de M. l'évèque de Verceil. C'était un prélat aussi éclairé qu'édifiant.
M. l'archevêque de Tours avait acquis, par des études de toute sa vie, un grand fonds de science ecclésiastique : il connaissait très-bien l'hisioire du clergé de France, dont il avait été agent , ainsi que la tradition , dont il avait fait une étude particulière. Peut-être en faisait-il un usage trop fréquent dans ses rédactions qui avaient fini par fatiguer Napoléon y qui lisait tout. On sent en effet que Vange de f Ecole t le Maître des sentences, le grand L es de Chartres y tout vénérables qu'ils sont , ne pouvaient pas être fort à l'usage d'un jeune conquérant que tout portait à trouver ces noms-là bien nouveaux.
Mais où brillait le mérite ecclésiastique dans toute son étendue et dans toute sa pureté , c'était auprès des évèqucs de Nantes , de-