CHAPITRE XXIII
Dix-huit brumaire ; son esprit. — Restauration religieuse; son esprit. — Eloges. — Parallèle de la conduite da clergé acceptant et dissident.
Le i8 brumaire fut fait contre l'anarchie, comme le 5 septembre Ta été contre l'exagération: on périssait par toutes les deux: aux deux époqties il fallut chercher un remède, et la France a accepté l'un et l'autre avec la même joie. Par conséquent, le dixhuit brumaire, restaurateur de l'ordre social, fut fait au profit de Tordre religieux, qui dut y trouver sa place , comme toutes les autres parties de Tordre public. Le 18 brumaire ne fut fait ni pour ni contre personne, ni pour Buonaparte ni contre les directeurs régnans. Une nation ne se remue jamais que dans une vue générale et pour un intérêt commun : dans ces mouvemens, les hommes peuvent être des nominatifs, mais ce n'est point à eux que le fonds des choses se rapporte. C'est dans cette direction que fut fait
îe 18 brumaire. Il fallait donner un ancre au vaisseau qui dérivait et faisait eau .le de toute part, il fallait arracher la France à la partie basse de la révolution qui tendait à s'en emparer de nouveau. Un homme accoutumé à faire retrouver dans ses comphmens tout l'esprit qui manquait à ceux des autres, s adressant un jour à Napoléon, lui d.t qu il avait détrôné l'anarchie. Il avait parfaitement raison. Au 18 brumaire, il n'éta.t pas encore question de la place que depuis il a remplie.
Pourjugerde ce que l'on se proposait, et de ce qu, allait arriver, ilsuffisait de considérer la composition du nouveau gouvernement; chefs et ministres, c'était l'élite de la France d'alors Comment avec eux, comment avec un chancenKntdesjstèmetelquecclu, dont leur promofonetait le gage , la religion eût-elle continué detre persécutée brutalement, comme elle letau depuis dix ans. Cela était contre a nature des choses. Aussi , dès ce moment lav.t-on respirer, les prêtres rentraient, des' .mutfcres de surveillance restaient seuls Le premier pas du gouvernement nouveau' fat vers la Vendée. C'étaient autant de pUS
faits vers la religion. Il était infiniment eu ri eu x d'observer comment on allait procéder. La cruelle fille d'Henri VIII, la reine Marie avait employé le fer et le feu pour défaire l'ouvrage de son père , heureuse que la mort ne lui donnâtpas le temps de ressentir les effets de son imprudence. Jacques II avec ses jésuites et sa présomptueuse tyrannie, pour avoir bravé l'esprit de l'Angleterre , s'était fait chasser. Renverser un culte établi est une grande affaire : le relever après sa chute peut n'en être pas une moindre. Voilà celle qui pesait sur le premier consul. Jeune , élevé dans les camps , succédant à un temps d'irrévérence religieuse; étranger aux questions de cette nature , n'ayant jamais approché des prêtres et de leurs débats, nourri au milieu des scènes qui avaient amené d'abord la dépréciation, ensuite la destruction du culte catholique , sa position était singulière et difficile ; il s'était proposé à lui-même la solution d'un problême dont les élcmens lui étaient inconnus. C'est ce qui l'absout de la faute immense qu'il fit alors, et que depuis il s'est reproehée si amèrement. Il avait commencé avec le plus judicieux
discernement, il finit par un acte d'aveugle. La plus magnifique occasion de s'affranchir à jamais de toute contestation religieuse s'offrait à lui; il fut entraîné par la routine dans les voies où il devait les rencontrer tontes.. Comment cela se fit-il? Comment un homme d'un génie si transcendant, d'un coup-d'œil si juste et si prompt, dont la force consistait en partie à ne rien voir et à ne rien faire comme les autres, qui venait de prendre la route du Saint lïernard pour arriver àMarengo, comment, di>-je, un pareil homme a-t-il repris l'ornière tracée par François Ier, en ne consultant ni lui même ni son temps, et en renonçant à tous les avantages de gloire et de tranquillité que les circonstances venaient, pour ainsi dire, mettre à ses pieds? Je vais tacher de l'expliquer.
La restauration religieuse faisant partie de la restauration politique , dut être conçue et dirigée sur le même plan : il ne pouvait pas y avoir à la fois deux plans agissant en sens contraires. Depuis dix ans , on ne travaillait qu'à diviser ; alors on ne travailla qu'à réunir. Un système dit '''fusion ha adopté et maintenu dans toutes
les parties. Il était le seul raisonnable, car 7 avec des exclusions ou des préférences , la division était maintenue, et c'était là qu'était le mal. Cette première partie fut admirablement conduite. Les fruits ne se firent pas attendre ; par suite de cette sage combinaison, trois mois après le 18 brumaire, la France n'était plus reconnaissable. Le clergé était fort divisé: les restés, les rentrés étaient opposés aux constitutionnels. Ceux-ci avaient des appuis dans les chefs de la révolution : ils pouvaient en trouver dans les intérêts créés par elle. Une seule maladresse de la part de leurs ennemis, et ils étaient fort riches en ce genre, pouvait les perdre. Les mots de dîme, de restitution , d'ancien ordre, des reprochesou des exigeances mal placés suffisaient pour les compromettre. 11 n'en fallait pas davantage; on Fa vu au 20 mars. D'un autre côté, les prêtres constitutionnels occupaient les édifices religieux, exerçaient le culte officiel. C'est dans cet état que le premier c onsul trouva les choses et ce clergé. Que faire... ? le brusquer, l'éliminer? élever au-dessus ou bien à coté de lui ceux qui croyaient avoir le droit de s'en plaindre, peut-être même
de lui adresser des reproches ? le livrer aux vents opposés des doctrines contraires , faire deux églises et deux clergés? Tout cela était directement contraire au but que l'on se pro" posait, celui de la réunion. Effacer toutes les nuances , réunir les parties divergentes en un seul corps était bien plus sage, et c'est ce que l'on fit. Je sais que dans celte restauration on s'est attaché à ne voir et à ne montrer que l'intérêt personnel de SÔu auteur; cela est commode et abrège beaucoup les frais de la reconnaissance : mais quand on se fait ingrat par système, on s'expose à voir la bienfaisance tarir par principes. L'église ne demanda pas à Constantin pourquoi il se faisait chrétien.
Ici l'éloge doit s'étendre et se partager sur plusieurs tètes. Rendons à la fois hommage au chef de l'église et au clergé constitutionnel , et que ce rapprochement ne choque point , car quiconque a contribue à la paix, en mérite. Le pape apporta dans ce plan de rapprochement des esprits, et de l'effacement du passé, tout re qui était propre à accélérer et à cimenter ce désirable résultat. Mien éloigné de ces maximes de rigorisme qui
n'invoquant que les vengeances de l'église r et qui dans leurs provocateurs annonçaient aussi peu d'esprit que de charité, ee pontife plein de mansuétude , étendit également «on manteau sur les plaies de tous ses enfans, leur ouvrit tous les trésors d'indulgence dont il tenait les clefs , et remettant au ciel et au temps tout ce que l'un et l'autre avaient vu et souffert, il ne s'occupa que de réunir tous les esprits et tous les cœurs dans le service commun de l'église, et dans le maintien de la paix, Quels ana thèmes auraient pu faire autant de bien ? Quelle main armée d'une imprudente sévérité aurait pu guérir autant de blessures? Et comment, après tout ce qui s'était passé , oser appliquer ces lois rigoureuses destinées pour les temps calmes, qui laissant à l'homme la pleine disposition de .ses facultés, lui laissent aVec elle la pleine disposition de ses actions , et l'entière responsabilité qui en est la suite. Loin, loin cette vertu insociable et sauvage qui ne sait rien accorder à l'humanité , qui ne veut pardonner qu'avec des flétrissures ou des humiliations , qui exige de même de l'homme suspendu sur un abîme , et de l'homme re-
posant sur un lit de roses ! S'il faut admirer ceux qui ne cèdent à aucune épreuve, il faut savoir compatir à ceux qu'elles entraînent.
Dans cette occasion il ne s'agissait point du passé, auquel des hommes haineux ou bornes veulent toujours remonter, mais de la tranquillité du présent et de l'avenir. C'est à ce but si désirable que le pape concourut avec une facilité qui honore autant son discernement que sa charité. Les foudres de Rome auraient trouvé des rebelles, et troublé la France; son indulgence n'y trouva que des enfans soumis et reconnaissans , et donna la pai\.
De son coté , le clergé constitutionnel n'opposa aucune résistance à cette invitatation , et ne défendit pas un seul instant le terrain qifil occupait. Peu de jours après on aurait cherché ses traces , elles avaient disparu. Il faut le louer de cette promptitude dans la résignation, surtout lorsque l'on se rappelle ce qu'en d'autres temps et d'autres pays, il en a coûté pour dompter, pour étouffer, ou pour réduire au silence ta secte la plus mince, car rien ne s'extirpe plus difficilement: et non-seulement ta réu-
nlon fut prompte, mais encore elle fut sincère i car on n'a pas vu un seul des membres de-ce clergé se détacher de ses nouveaux collègues, pendant que trop souvent on a vu d'autres prêtres, animés d'un zèle plus ardent que charitable , séloigner également des deux clergés réunis , comme si leur présence souillait la pureté de l'air qu'ils respiraient. Chose singulière , et contre nature, c'est le très petit nombre que l'on a toujours vu s'éloigner de celui qui , moins cette fraction , formait la totalité. En toute autre chose c'est le contraire qui a lieu.
Le premier consul , décidé à intervenir légalement dans la restauration du culte interrompu depuis dix ans , dut en chercher les moyens. Ils étaient de deux espèces: les hommes et les choses.
j°. Il lui fallait des hommes dont les connaissances dans ces matières pussent suppléer à celles qui ne pouvaient pas se trouver chez, lui.
i°. Il lui fallait arrêter un mode pour ce rétablissement. Tout était détruit dans l'ordre religieux , par conséquent tout était à refaire, et pour cela l'intervention du pape devenait
indispensable. On a beaucoup écrit pour montrer qu'alors la pragmatique sanction devait être rétablie, et qu'il fallait réintégrer les anciennes libertés avec Tordre qui en suivait Ces pensées, louables dans leur principe, pèchent par le fondement. 11 ne s'agissait poiut de savoir si la pragmatique était une bonne chose, si cet ordre appartenait à l'ancienne discipline, avait été statué par le concile de Nîcée; tout cela pouvait être très -bon en soi-même , mais ne cadrait en aucune manière avec les circonstances, parce qu'on ouvrait un champ illimité aux disputes , et qu'au contraire c'était la fin des disputes que l'on voulait : on ne sentait qu'un seul besoin , celui d'un ordre fixe, généralement reconnu de tous, propre à donner la paix , et à mettre fin aux discussions. Les érudits en théologie sont de terribles gens, et Lien éminemment impropres aux affaires. Ils ne voient jamais que leurs livres, et ce qu il y a dedans: on dirait qu'avec eux le monde est fait pour les livres, et non pas les livres pour le monde. C'est ce qui donna au premier consul un si grand avantage sur M, Grégoire, dans la conversation que celui-ci
eut à ce sujet avec le premier consul, et qu'il rapporte dans son ouvrage. C'est un monument curieux qui constate la supériorité de l'homme d'Eiat sur l'homme de la théologie: celui-ci fait un grand étalage d'érudition ancienne et moderne, là où son interlocuteur ne fait, comme il était dans son rôle , que de la politique. Le consul ne demandait pas ce qu'on avait fait au temps passé, et dans d'autres climats , mais ce que l'on pouvait faire utilement en France , et dans son temps.
Le premier Consul ayant pour la première fois de sa vie à traiter d'affaires religieuses , et cela avec des hommes habiles tels que la cour de Rome est dans l'usage d'en employer, crut devoir s'appuyer d'hommes qu'il supposait versés dans ces matières. Il donna pour chef à la négociation son frère Joseph : son choix tomba ensuite sur M. Crétet, conseiller-d'état , et sur M. l'abbé Bernier , plus connu par le rôle qu'il avait joué dans la guerre de la Vendée, que que par sa qualité de professeur de théologie d'A.ngers. On a de ceux-ci tant que l'on veut, au lieu qu'un aumônier général de la Vendée est une chose fort rare. Cette dernière qualité en fai-
sait un homme à part dans le clergé , ce fut la vraie cause de sa nomination : la politique la dicta: on voulut, en choisissant le chef religieux de la Vendée, donner un gage de ses dispositions personnelles, et des garanties à tout le monde. Cela était fort bien calculé. Le vulgaire voyait le docteur en théologie, l'homme d'Etat apercevait la branche d'olivier offerte à tous les partis.
Les négociateurs de Rome furent les cardinaux Consalvi , Spina et Cazelli. Rome , l'Italie , la chrétienté entière connaissent et honorent l'administration du premier. Les hommes exagérés que la libéralité de ses principes contrarie, disent dans leur dépit, qu'il est à Rome ce que M. de Cazes est à Paris. Le cardinal Spina avait été le confesseur de Pie VI. Le cardinal Cazelli est un des plus savans hommes du clergé catholique. Les négociateurs apportèrent dans la confection de l'acte préparatoire de la restauration religieuse , les dispositions les plus conformes aux sentimens qui avaient porté leurs comettans à les réunir. Bientôt tout fut conclu, et l'on eut en France un concordat et un légat a latere. C'était un spectacle fort nou-
veau. (Voyez ce concordat à la fin du chapitre). Ils ne sont pas encore assez loin pour être oubliés, ces jours alors si nouveaux et si sereins ; si innattendus et si consolans, dans lesquels, après tant d'années d'interruption et d'outrages^ on vit le culte catholique ramené en pompe dans le même temple ou il avait reçu les plus graves insultes, par la main d'un jeune guerrier qui semblait jusque là aussi étranger aux choses religieuses, qu'il était familiarisé avec la victoire. On se souvient encore des acclamations qui accompagnèrent la promulgation de cet acte éminent en sociabilité , autant que hardi de la part de celui qui osa le tenter: acclamations qui, interprètes sincères de l'opinion publique , étouffèrent les cris des mécontens, et les fureurs concentrées que le rétablissement de la religion fit naître dans quelques cœurs.
De tous les actes de Napoléon celui-là est celui qui lui a le plus concilié les sentimens de la nation , parce que c'était celui qui entrait le plus avant dans la civilisation, parce que la privation de la religion qu'elle voulait , était ce qui la blessait le plus; i° comme injustice ; 20 comme opposition à la raison : car,
comment faire entendre à des hommes policés que Ton peut concilier l'absence, bien plus, le refus d'une religion, et de la religion qu'ils veulent avec la civilisation ! Faire le contraire, c'est pousser les hommes au fanatisme , ou bien à la rébellion, comme on ne cessait de les voir éclater depuis dix ans.
La nomination desévèques, l'organisation générale de l'ordre religieux suivirent immédiatement et sans secousses 7 dans la ligne tracée par le concordat et pnr les lois de 1 État. Ce concordat devint le centre d'où comme autant de rayons partirent toutes les lois rendues successivement pour le rétablissement complet du culte , tel que nous le voyons en vigueur. Quelques-uns voulaient que ces lois fussent faites en masse et à la même heure, comme si déjà ce n'était pas avoir beaucoup fait que de poser des principes féconds en résultats inévitables. Qu'en diront les philosoj)hes de mon Conseil d État , me répondit Napoléon , un jour. C était à Mayence , en septembre 1804, qite je lui parlais de quelque déficit qui se faisait ressentir dans l'administration ecclésiastique. Y avait-il quelque justice à exiger d'un jeune homme qui, dansjie pays
le plus trouble de la terre , et le plus rempli d'élémens de factions, se trouvait porté à la tête du gouvernement, ce qu'on eût été fondé à attendre d'un prince affermi par le temps et par l'habitude du commandement? Alors tout le monde n'était pas de l'avis de Napoléon : il ne l'ignorait pas; et c'est parce qu'il le savait bien qu'il a usé de cette sage circonspection, pour assurer ses pas qu'une accélération intempestive ne pouvait manquer de perdre. La restauration religieuse fut à la fois un trait de génie dans sa conception , et un tour de force dans son exécution , le résultat d'une haute pensée et d'une administration très-judicieuse. Mais, pendant que la France et l'Europe catholique et sociale retentissaient d'applaudissemens , des cris accusateurs se faisaient entendre au dehors, et des scissions se formaient au dedans. Des prêtres accoutumés pendant l'interrègne religieux à se diriger par eux-mêmes, se crurent fondés à se séparer des compagnons de leurs travaux et de leurs souffrances, et à contester au chef même de l'Église le droit de fermer ses plaies, et sûrement l'état religieux de la France tel qu'il était alors; devait être
considéré comme une plaie véritable pour 1 église ; on disait vulgairement de ces prêtres, qu'ils voulaient être plus catholiques que le p pe. Heureusement, le nombre des dissidens était trop petit pour produire beaucoup d'effet, et pour prévaloir contre la masse du clergé de France. Ces prêtres se trouvaient principalement dans les contrées de l'ouest , qui avaient subi les horreurs de la guerre. Ce souvenir entretenait leur autorité , et on pouvait regarder lesdissidens de cette espèce comme un reste de la vendée , et des partis opposés à la révolution. J'en ai connu plusieurs dans le diocèse de Poitiers. Je n'ai rien à leur contester du côté des vertus et des intentions ; mais j'ai bien peu de chose à dire en faveur de leurs lumières. Quelques-uns correspondaient avec les évèques du dehors. Ceux-ci s'étaient établis dans une opposition directe avec le nouvel ordre religieux ; ils ménageaient peu leurs confrères qui , dociles à la voix du souverain pontife et à celle de la France qui implorait leurs secours , n'avaient point balancé à s'attacher au nouvel ordre, en cela d'autant plus recommandables qu'ils avaient eu à vaincre la douleur d'une sépat. n. 6
ration avec des confrères de dignité et d'infortune, et de s'exposer an blâme d'hommes dont le suffrage leur avait toujours été précieux. Lorsque MM. de la Tour-du-Pin Montauban, de Fontanges, Daviaux, de Mercy, de Belloy, de Noè, de Beausset(i), recon-
(i) M. de la Tour-du-Pin M ontauban, ancien archevêque d'Auch, évêque de Troyes.
M. de Fontanges, ancien archevêque de Toulouse, évêque d'Autun.
M. Daviaux , ancien archevêque de Vienne , archevêque de Bordeaux.
M. de Mercy , ancien évêque de Luçon , archevêque de Bourges.
M. de Belloy , ancien évêque de Marseille , archevêque de Paris.
M. de Noë, ancien évêque de l'Escars , évêque de Troyes.
M. de Beausset, ancien évêque d'Alais, maintenant pair de France et cardinal.
Il faut observer que MM. de la Tour-du-Pin et Fontanges ne crurent point déroger en acceptant des sièges inférieurs à ceux qu'ils avaient occupés; ils ne considéraient que le bien et point eux-mêmes. M. de Fontanges termina sa carrière par un dévouement héroïque au service des prisonniers de guerre, faits à la bataille d'AusterliU. M. de Dampierre , ancien
naissaient la légitimité du nouvel ordre, lorsque le reste de la chrétienté applaudissait et se tenait attachée à l'église de France et au pape qui venait de L'enfanter, qui pouvait se croire fondé à démentir par son opposition individuelle le témoignage rendu parle monde chrétien au nouvel ordre religieux de la France? Loin de moi la prétention de blâmer même l'excès des scrupules, de violer l'asile delà conscience de qui que ce soit, de prêter à personne dans ses actions d'autres motifs que les plus saints et les plus honorables. Cependant, puis-je balancer entre les services rendus à l'église par ceux qui, pour tout travail , se contentaient de lancer des anathèmes des lieux de sûreté qu'ils occupaient , et les services de ceux qui, chargés du poids de la
vicaire-général de Paris, M. Dubourg ancien vicaire-gérîéral de Toulouse , acceptèrent les évèchés de Clermont et de Limoges. L'éminente piété de ces deux prélats est Assez connue, et leur vertu pouvait servir de garantie à la pureté des motifs qui les portèrent à accepter le fardeau de Tépiscopat, et alors il en était un fort pesant, ainsi qu'à rassurer tous ceux qui marchaient sur leurs traces; je pourrais pousser plus loin cette énumération , mais ceci me parait suffire.
chaleur et du jour, ont eu à travailler si péniblement pour recueillir les restes dispersés d'Israël ,
Et de David éteint , rallumer le flambeau !
Qui mérite le mieux de la religion, ou de celui qui dit qu'elle ne peut être servie que d'après certaines formes , et périsse la religion plutôt que nos formes et nos principes , ou bien celui qui regardant les formes comme la chose secondaire, et la religion comme la chose primaire, essentielle , à laquelle tout doit se rapporter, court d'abord au secours de la religion , comme à la chose la plus pressée ? et le fait à la voix et sous l'autorité du chef de cette même religion? car, voilà où se trouvait le noeud véritable de l'affaire. Le clergé du concordat n'est pas venu de luimême refaire une église en France ; il ne s'est point ingéré dans l'église de sa propre autorité ; l'eût-ii fait, il n'aurait encore que rempli un devoir dans un cas de nécessité aussi urgente. Mais ici, il s'est borné à répondre à la voix du souverain pontife, pariant au nom de la religion éplorée, et invoquant son secours. 11 était bien superflu d'allé-
guer des craintes pour les libertés de l'église, il fallait commencer par la relever de son naufrage; on avait ensuite tout le temps de s'occuper de ses libertés. Ce n'est point lorsque le vaisseau succombe sous les coups de l'orage que les matelots ont à contester sur leurs rangs et sur les droits du pilote : alors il ne faut s'occuper que de la manoeuvre ; après l'orage tout reprend sa place. Il en était de même pour le concordat; l'église de France périssait ; le pape était le pilote, il n'a dù penser qu'à la sauver, il l'a fait : grâces lui en soient rendues ! Qu'avait de commun un pareil cas avec les règles ordinaires qui sont laites pour les temps ordinaires ( i ). L'église
(i) L'aveu si général et si involontaire qui échappe à ceux mêmes qui ont le plus souffert , qu'on a mérité ses mallieurs, qu'on a été injuste par l'excès même du bonheur, qu'on a été entraîné au malheur et à la révolte par caprice, par amour propre, par légèreté, par esprit de mode ; cet aveu seul dénote la justice de la providence, qui a voulu étendre sa vengeance sur tous , parce que ions ont été plus ou moins coupables. Il ne b'agit point, dans un temps de trouble et au milieu de bouleversementi peut-être sans exemple, d'aller iVoidemcnt r 'clamer dt l Gonaçi et des lois faites pour un temps de pujbc et de
serait -elle donc la seule société dans l'univers qui fût privée de la faculté de recourir à ces grandes lois de salut public, auxquelles l'excès des maux force quelquefois de se résigner ; la seule qui fût condamnée à périr , à défaut d'avoir dans son sein les moyens de conservation qui appartiennent à toutes les autres? Ecartons une pareille idée. La société qui a pour auteur le père des lumières et la promesse d'une durée éternelle, ne peut se conduire ni à l'aveugle , ni dans le chemin de la perdition. Elle possède tous les moyens de se conserver, et de modifier ses propres lois suivant ce qu'exige le soin de sa conservation , à laquelle tout doit se rapporter; car, avant tout , il faut que l'église ne périsse point. Etaitce raisonner conséquemment ou conformément aux exigences du temps que d'invoquer des règles de discipline faites pour d'autres temps, et de s'obstiner à représenter
calme, et de prétendre appliquer des remèdes ordinaires à des maux extraordinaires. Peut-on douter, si l'on veut être de bonne foi avec soi-même et avec les autres, que la religion ne fût en proie au danger le plus imminent ? ( Lettre pastorale de M. le cardinal de Beausset. )•
le pape comme toujours prêt à envahir les églises, à bouleverser Tordre religieux , parce que dans la circonstance la plus urgente qui fut jamais, il a usé de la plénitude du pouvoir des clefs, et que de supposer que lui, chel de l'église, s'oublierait au point de faire, poursa destruction, ce que dans ce moment il se trouvait forcé de faire pour sa conservation? Était-ce donc pour son bon plaisir, et de luimême, qu'il se portait à cet acte d'autorité extrême? Sans doute, si dans un temps tranquille, il plaisait au pape de demander aux évèques d une contrée leur démission, d'essayer des changemens dans l'ordre qui la régit , une résistance générale l'avertirait des inconvéniens attachés à cette manière de procéder , et réprimerait très-légitimement des prétentions qui , ne partant point de la religion , ne se rapportant point à elle , ne mériteraient par là même aucune considération. Mais, de bonne foi, ce caractère se faisait-il remarquer ici? Pouvait-il être reproché avec justice dans l'acte d'autorité que le salut de l'église commanda alors au pape? Il faut le dire , cette opposition fut plus politique que religieuse. Elle était plus dirigée contre le
mode de gouvernement, que vers le bien de l'église • ceux dont elle partait étaient les ennemis de la révolution et les serviteurs de ses ennemis : ils craignaient plus l'effet du concordat pour la consolidation de cet ordre détesté que pour les libertés de l'église gallicane. Les hommes ne se méprennent point sur l'estimation véritable des motifs d'une action, et dans cette occasion ils étaient si sensibles, si patens, qu'ils ne pouvaient échapper aux regards les moins clairvoyans, à plus forte raison, à des yeux aussi pénétrans que l'étaient ceux du premier consul. C'est ce qui rendit indispensable la demande des démissions, avec l'annonce qu'il serait passé outrera leur refus. Celui d'un seul des opposans, s'il avait fallu attendre son consentement, suffisait pour tout arrêter ; de plus, il n'était que trop visible que la suite naturelle de cette manière de procéder était de mettre en question le gouvernement luimême, et c'est là qu'on l'attendait. 11 sentit: le piège y il l'évita, et fit bien.
A cette époque, les polémiques ne manquèrent pas plus que dans tous les débats religieux. Ouvrez une discussion , les livres
pour et contre vont pleuvoir; dans cette occasion, on put reconnaître la vanité de ces scientifiques disputes. De part et d'autre on citait, ou compihil, on opposait l'orient à. l'occident, le nord au midi, l'Asie à l'Afrique; on faisait combattre ensemble les quatre parties du monde : un peu de raison eût conduit plus sûrement au but. Le défaut de toutes ces citations est le même, c'est de ne s'appliquer jamais à lespèce. Une histoire aussi étendue que l'est celle de l'église offre un océan de faits souvent opposés , comme de nuances dansées faits, dans leurs circonstances et dans leurs motifs. Prenez dans tout cela ce qui cadre avec les circonstances et la teneur du concordat de i8or. L'un attaquera par un concile; l'autre se défendra par un autre concile : voilà la carrière des disputes ouverte, et quand se ferme-t-elle ! Tout ce qui intéresse la foi et concerne la discipline générale et essentielle , est fixé. Nul doute à cet égard ; mais les modifications passagères ou permanentes que les circonstances commandent ne le sont point, et ne sont pas susceptibles de l'être. Dans quel concile, dans quel article de discipline avaient puisé leur
autorisation les cardinaux qu'un zèle aussi éclairé que courageux porta , malgré leur petit nombre , à former le concile de Pise pour aviser aux moyens de ramener la paix dans l'église désolée par le grand schisme d'occident? J'ai assisté à beaucoup de discussions de cette nature; j'ai vu citer et apporter beaucoup de gros livres, quand il fallait venir à l'application : autant valait du papier blanc. Maintenant examinons quelle fut la faute commise par le premier consul , et que j'analyserai avec d'autant plus de liberté, qu'il a semblé m'en donner le droit en se la reprochant plusieurs fois à lui-même devant moi.
Lorsqu'il se sentit enlacé dans les querelles religieuses toujours croissantes ; lorsqu'après avoir travaillé en vue de tout pacifier, il se trouva avoir semé des germes de discorde; lorsqu'après avoir compté sur l'appui du clergé , il le trouva hérissé d'ombrages contre lui, il chercha d'où provenait un résultat aussi différent de celui qu'il croyait avoir préparé; et recueillant les tristes fruits de son inexpérience, il reconnut avec douleur la faute qu'il avait faite en se mêlant de la religion, autrement que comme garant de la li-
berlé de tous les cultes. Souvent il m'a dit : La plus grande faute de mou règne est d'avoir fait le concordat ; mais il était trop tard pour se repentir. Serré par ses premiers engagemens comme entre deux barrières , il fallait suivre la route qu'ils lui avaient tracée; trop d'antécédens l'y pousssaient, et ne lui per mettaient plus d'en sortir. À défaut de moyens de libération, il chercha des correclifs, et trouva les seuls raisonnables dans le concile de 1 8 1 1 et dans le concordat de i 8l3, comme je le montrerai.
Oui, Napoléon avait raison de se plaindre de lui-même, pour s'être oublié au point de faire un concordat qui immisçait le vainqueur de l'Italie et de l'Egypte dans des discussions théologiques; ce n'était pas là son métier. Oui, il devait ne pas se reconnaître dans un acte qui n'avait pas plus d'analogie avec la trempe de son esprit qu'avec l'esprit de son temps, qui lui donnait des points de contact avec une chose qu'il ne pouvait, ni ne devait connaître, et qui devait finir nécessairement paren faire un persécuté ou bien un persécuteur. Napoléon arriva au gouvernement de la France avec une iguorance complète du
gouvernement de l'église. Où en aurait-il puisé la connaissance à son âge, et avec la suite de ses autres travaux. Il entendait aussi bien la partie politique de la restauration religieuse, qu'il en connaissait peu la partie religieuse. Il fut donc obligé de s'en rapporter pour toute cette partie. Ses négociateurs n'étaient pas des aigles. Soit ignorance, soit précipitation , soit désir très-louable de contribuer au rétablissement si désiré de la religion et d'attacher leur nom à cet heureux événement, ils signèrent sans connaître le principe vital de leur acte, sans se douter qu'au nom de la paix , ils allaient donner la guerre. Beaucoup de choses dignes d'éloges, et que je ferai remarquer lorsqu'il en sera temps, se trouvaient dans cet accord; mais la chose essentielle, celle dont l'absence suffit pour vicier le reste , ne s'y trouvait pas plus qu'elle ne se rencontre dans tous les concordats passés ou présens qui ont suivi le sien, à l'exception de celui de Fontainebleau qui, par le correctif qu'il apporta à cet oubli , est le seul bien assorti aux besoins de l'Église et de l'État.
Parmi ces négociateurs, aucun n'était de
force à faire sentir à Napoléon l'imprudence delà démarche dans laquelle il s'engageait, à lui indiquer le correctif de la clause vicieuse de son concordat, et encore moins à lui dire que le temps était arrivé de sortir des routes battues; que n'y étant jamais entrë par luimême, il lui convenait moins qu'à tout autre de ne pas les suivre ; que l'esprit de son temps ainsi que toutes les circonstances dont il était environné, ne lui laissaient pas le choix de son rôle, et que son gouvernement ne devait atteindre les cultes que pour les protéger tous également, en s'interdisant jusqu'à l'ombre de l'influence sur eux. Napoléon n'avait que cela à faire, et tout lui en faisait la loi. Je ne doute pas qu'il ne s'y fut porté de lui-même, si l'on l'avait mis sur la voie.
Sa position était bien meilleure que celle de l'assemblée constituante.
Elle avait agi d'une manière sévère à l'égard du clergé; elle lui avait tout ravi. Napoléon ne lui avait fait aucun mal; au contraire, il l'avait garanti toutes les fois qu'il l'avait rencontré à la tête de ses armées. Il avait facilité au pape la rentrée dans ses États. Il avait laissé les biens aux églises de la Lombardie et du
Piémont. Il laissait les prêtres rentrer et résider paisiblement en France. L'assemblée constituante, en proclamant la tolérance, faisait descendre le clergé du poste qu'il occupait , et d'où il dominait ; Napoléon , sans lui rendre ses postes, lui rendait la liberté. L'assemblée constituante avait fait l'ordre existant: Napoléon le prenait tel qu'il était et qu'il le trouvait. Le clergé de l'assemblée constituante, encore exempt de persécutions, ne pouvait être aussi maniable que le clergé que Napoléon trouvait après en avoir essuyé toutes les rigueurs. H y a loin des dispositions de celui qui sort d'un abîme à celles de l'homme qui n'est jamais descendu dans ses noires profondeurs. Eh bien ! c'était de cet abîme que Napoléon tirait le clergé pour lui faire respirer un air libre , et pour lui permettre de se montrer au grand jour : que l'on se rappelle que depuis six ans il habitait des tombeaux, et ne se montrait qu'avec le plus grand danger. Dans cet état, la liberté pour le culte et pour lui-même lui aurait paru un immense bienfait. Que le premier consul y eût joint la restitution du matériel de tout ce qui avait appartenu à l'ancien culte, tel que tous les
temples et les autres édifices , évêchés , presbytères, séminaires; qu'il y eût ajouté la faculté d'acquérir et de posséder ; qu'il eût donné pour garant de la sincérité de ses dispositions personnelles l'exemple de l'exercice du culte catholique dans son palais; que son pouvoir eût été employé à faire jouir les prêtres de la liberté la plus inviolable comme citoyens et comme ministres du culte, j'ose affirmer que les suffrages de l'Europe pensante , et ceux-là seuls sont à compter, se seraient attachés à cette seconde manière de procéder autant qu'ils avaient pu le faire à la première (i).
(i) Je trouve dans l'ouvrage de Mme la baronne de Staël ces paroles, vol. 3 , à la page 273 ; je ne les connaissais point lorscrue j'écrivais ce chapitre de mon ouvrage.
Si quelque chose pouvait me donner confiance dans mon opinion personnelle, ce serait sûrement de la voir partagée par Mmt de Staël.
«A l'époque de l'avènement de Bonaparte, les partisans les plus sincères du catholicisme, après avoir été aussi long-temps victimes de l'inquisition politique, n'aspiraient qu'à une parfaite liberté religieuse. Le vœu général de la nation se bornait à ce que toute persécution cessât désormais contre les prêtres, et que l'on n'exigeât
Dans cet ordre de liberté protectrice et non directrice, telle qu'elle Test devenue , le clergé n'aurait pas eu à dire ce que l'on n'a cessé de lui entendre répéter , que sa restauration , fruit de la politique , n'avait pour but que d'en faire un instrument que Ton briserait après les momens du besoin. La tolérance ne donnait prise à aucune suspicion, ni à aucune allégation de celte nature ; on n'aurait pas vu les rôles chargés de manière à ce que ce fût Napoléon qui eût l'air de demander au clergé l'appui que celui-ci recevait de lui. Les paroles descendues des chaires n'auraient pointété reprochées aux prêtres ou comme excessives, ou comme différentes du fonds même de leurs pensées ; l'Etat aurait été moins agité ; il n'y aurait pas eu de victimes , et la religion ne serait pas en deuil depuis dix ans. Il suffisait de connaître Napoléon et les prêtres pour apercevoir du premier coup d ceil qu'ils de-
plus d'eux aucune espèce de serra en s , enfin que l'autorité ne se mêlât en rien des opinions religieuses de personne. Ainsi donc le gouvernement consulaire eût contenté l'opinion, en maintenant en France la tolérance telle qu'elle existe en Amérique ».
\ .uent finir par se combattre ; c'est pour cela qu'il fallait les tenir séparés.
Napoléon, loin d'eux, ne leur eût point fait sentir sa dure main ; les prêtres moins courtisés auraient moins fait les importans. Il ne se présente contre ce système qu'une seule objection avec une apparence plausible ; celle de l'existence parallèle des deux clergés, l'assermenté et l'insermenté. Cette crainte est vaine :1e culte constitutionnel n'avait point de racines en France. Il était trop récent, on l avait trop vu faire; il tenait à des temps trop malheureux et trop haïs. Etranger au chef de l'Église, il l'était par là même à la France ; car c'est à tort que l'on penserait qu'un culte méconnu ou repoussé par le pape pût devenir le culte de la France. Le clergé constitutionnel lui-même se trompait , et l'on se trompe facilement dans sa propre cause, en rapportant à lui-même l'attachement que l'on montrait au culte qu'il exerçait, tandis que c'était le culte seul qui en était l'objet. Plus on s'éloignait du principe de la création du clergé, qui était le désordre révolutionnaire, plus aussi l'on s'éloignait de lui , et il était aussi étranger et même antipathique au consulat, qu'il avait t. il 7
été lié avec le directoire. Les Français n'entendaient point du tout être et rester privés de tout culte : les points de division entre les deux parties du clergé ne portant sur aucun dogme intéressant directement la foi , ne con« cernant point des objets apparens, et tombant, pour ainsi dire, sous les sens, ne choquaient point la multitude. Le principe de la scission avait été habilement calculé pour pouvoir n'être représenté que comme un point de controverse entre des docteurs. Le peuple retrouvait tout ce qu'il était accoutumé de voir} il ne voyait faire , il n'entendait dire que ce qu'il avait toujours vu faire et entendu dire; la scission tombait sur une chose dont le peuple ne peut jamais être juge , un droit que le nouveau ministère s'efforçait de tirer à lui i tandis que l'ancien n'avait qu'à montrer sa possession prescriptive : c'était ce qui distinguait les deux clergés. L'un envahissait, l'autre conservait ; l'un avait toujours à prouver son droit; l'autre avait ses preuves faites depuis long-temps , et n'avait jamais eu à parler de ses droits, parce qu'ils n'avaient jamais été l'objet d'une contestation. Tant que les prêtres constitutionnels avaient exercé seuls en
France, ils avaient pu se maintenir; mais du moment que l'ancien clergé reparaissait librement, il n'était pas dans la nature des choses que Ton tînt à son compétiteur; car, en faisant les mêmes choses que le clergé constitutionnel, de plus que lui, il était hors de doute. Les hommes aiment à voir clair dans les affaires, et surtout dans celles de leur religion.
L'on eut la preuve de la faiblesse des liens qui unissaient la nation au clergé constitutionnel, lorsque le concordat fut publié.
De toute part on revint sans effort, sans commandement extérieur au clergé rentré , les peuples et lui se rejoignirent comme une famille séparée par l'orage , l'obstacle qui les tenait éloignés était lévé , on n'entendit pas un seul murmure sur cette réunion , pas une discussion sur les pouvoirs d'aucun de ses membres , tout se réunit autour de lui comme autour du centre naturel, accoutumé, incontestable. A toutes ces considérations il faut ajouter Le poids que l'exemple du premier consul aurait porté du coté du clergé catholique; on sait avec quelle autorité cet exemple commandait alors.
( ioo )
Ainsi fut perdue la seconde occasion de tracer une démarcation irrévocable entre la religion et l'Etat, entre le spirituel et le temporel. Maintenant il faut tourner les yeux vers l'Amérique pour retrouver le consolant spectacle de cette séparation, et cette perte est d'autant plus déplorable que rien ne semble se préparer pour la réparer. Les fautes de l'Assemblée constituante et celles de Napoléon resteront comme des signaux inutiles sur les écueils de la liaison du spirituel avec le temporel (i).
(i) Je n'ai point à me reprocher de n'avoir pas travaillé à faire embrasser le parti que je viens d'exposer : lors de ma rentrée en France, 1801 , je fus trouver un conseiller d'état qui alors avait part à la confiance du premier consul; je l'avais connu dans l'assemblée constituante.
L'entretien que j'eus avec lui conduisit à parler de ce que le consul se proposait de faire pour la religion. Je me recriai quand j'entet:dis parler de concordat, j'exposai de mon mieux les vices de ce système, et je reclamai vivement l'établissement de la tolérance , tel que je l'ai analysé dans ce chapitre. Je ne balançai pas à lui annoncer qu'au moyen du concordat, dans dix ans TSapoléon et le clergé seraieut aux prises ; cela me paraissait inévitable,.. Dans la plus grande chaleur des débats entre lepape et Napoléon, ce même homme, passé depuis
( «or )
Je passe à l'examen du concordat de 1 8or , en suivant la méthode employée dans l'examen de celui de i5i5. On appliquera successivement les mêmes principes aux autres concordats. Ils serviront de pierre de touche pour chacun.
a dautres fonctions, rappela en présence des personnes qui remplissaient un des salons des Thuileries , ce que je lui avais dit alors.
A l'époque du serinent de l'assemblée constituante, j'avais fait la même proposition à des membres principaux de cette assemblée, tant la position du clergé me paraissait dangereuse dès ce temps là , tant je lui voyais peu de moyens d'y échapper. La persécution à venir était évidente, il fallait fermer les yeux pour ne pas la voir; c'était au point que toute la puissance de l'assemblée , dans l'état ou elle avait amené les choses, suffisait à peine pour suspendre les coups. Le premier devait être suivi de mille autres, comme on la vu; il ne s'agissait que de commencer, et il était impossible que l'on ne commençât point.