‹ Les quatre dictionnaires françaisChapitre 8 sur 9 · tome peut faire plusieurs volumes. Mais la reliure sépare · texte numérisé non relu

tome peut faire plusieurs volumes. Mais la reliure sépare

les volumes, et la division de l'ouvrage distingue les tomes.

(Girard. La justesse de la langue française,)

Tour d'i¥oire.

Lamartine ignorant, qui ne sait que son âme, Hugo puissant et fort, Vigny soigneux et fin, D'un destin inégal, mais aucun d'eux en vain, Tentaient le grand succès et disputaient Tempirc. Lamartine régna; chantre ailé qui soupire,

H planait sans effort. Hugo, dur partisan, (Comme chez Dante on voit, Florentin ou Pisan, Un baron féodal) combattit sous Tarmure, Et tint haut sa bannière au milieu du murmure. Il la maintient encore; et Vigny, plus secret, Gomme en sa tour d'ivoire, avant midi, rentrait.

(Sainte-Beuve. Pensées d'août, 1837. Epître à M. Yillemain.)

Quand Sainte-Beuve réimprima ces vers en 1863, il remarqua que celle expression: tour d'iooire, avait eu du succès ^ elle demeurait attachée au nom de M. de Vigny. Depuis lors, l'emploi en est devenu plus général.

« Ton cou est comme une tour d'ivoire » esl-il dit dans le Cantique des Cantiques (VII, 5) ; et la piété chrétienne, en s'adressanl à la sainte Vierge, emploie celle expression biblique ; iurris eburnea ! L'alliance de ces deux mois était ainsi établie déjà, quand Sainte-Beuve a fait de celle expression un usage nouveau, qui s'est établi à son lour.

Traductrice. Pour celui qui donne rang à Mademoiselle de Gournay entre les auteurs modernes, et l'appelle poète et philosophe, il me semble qu'il n'a pas commis une pareille incongruité que l'on s'imagine; ni celui qui lui a demandé depuis quand elle avait changé de sexe, n'a pas dit un si bon mol qu'on ne puisse lui répondre; c'est une règle, posée pour certaine par le grammairien Théodoze, et alléguée par un vieux interprèle d'Ovide, que les noms qui signifient quelque dignité ou quelque profession, ne sont pas moins féminins que masculins, comme dux,ti/rannus,philosophus, . . Vous me demanderez peut-être si le latin et le grec doivent donner lois aux autres langues : à quoi je vous répondrai qu'en mon particulier j'ai jusqu'ici suivi l'usage: et que je dis bien qu'une femme a été conseillèi^e d'une telle action, mais non pas jugesse d'un tel procès: qu'elle a été mon avocate, mais non pas qu'elle a été mon orateur.

QuesiTusage d'une langue naissante, ou â lout le inoins peu cultivée, n'est pas encore bien assuré ; et si nous ne sommes pas assez confirmés dans une oUose nouvelle, comme Tesl notre grammaire et notre manièi'e de parler : en ce cas là, à mon avis, il faut prendre conseil de l'oreille^ et choisir ce qui la choque le moins, et ce qui eal le plu^s doux à la prononciation. Par exemple, je dirai plutôt que Mademoiselle de Gournay est poète, que poétesse; el pliilosoplie que plulosopliesse. Mais je ne dirai pas si tôt qu'elle est rhéloricien, que rliétoricienne; ni le traducteurj que la Iraducirii^e de Virgile. Notre langue est encore vague, el û^m les irrèsnlutions et les doutes.

(Balzac. Lettres. M, .^7. A. M. Girard*)

Transmigration. Posons que messieurs (les chanoines^ de Notre-Dame, d'un commun accotd, quittent leur église pour se renfermer dans un couvent. Qu'ils prennenl, si vous voulez, la Régie même de Pacome, que co saint anachorète reçut autrefois de la m^in d'un auge. EL je vous demande, pourraient-ils, après cette transmigraliun. . .

(Patru. Plaidf^ycf' ponr le pi'ùice dt' ContL)

Transpositif. Les langues de la seconde classe ne suivent d'autre ordre, dans la construction de leurs phrases, que le feu de l'imagination. Le nom de trampôsitivts leur convient parfaitement. Le latin, Tosclavon el le moscovite sont de cette espèce.

(Girard. Les vrais pnncipt^s de la lanffue fraujmae. i).

Très. « On a contesté, dit Littré, si très pouvait se mettre devant un substantif. Cela est peu usité; mais Tusage de bons auteurs y autorise. *

Aux exemples que Littré cite, ajoutez ;

J'ai tort, madame ; j'ai très tort.

(Voltaire. Lettre à madame du Oeiïand, 10 août 1772.)

Trestons se dit pour dire tons sans exception; mais il ne vaut rien, et ne s'écrit jamais.

(Vaugelas. Nouvelles remarques.)

M"* du Deffand est peut-être la dernière qui ait employé cette expression :

Votre dernière lettre, monsieur, est divine. Savez-vous Tenvie qu'elle m'a donnée ? c'est de jeter au feu tous les volumes de philosophie, excepté Montaigne, qui est le père à Iretous.

(Lettre à Voltaire, 28 octobre 1759.)

Tri. Halzfeld. Ex. le plus ancien, de 1798.

J'étais si excédé de brochures, de clavecin, de tri, de nœuds, de sots bons mots, de fades minauderies, de petits conteurs et de grands soupers, que....

(J.-J. Rousseau. Confessions, IX.)

Tril, Trille. Hatzfeld : Ex. le plus ancien, de 1812.

Voilà un trille.... Que ce trille est froid et de mauvaise grâce !

{En note.) Je suis contraint de franciser ce mot pour exprimer le battement de gosier que les Italiens appellent ainsi, parce que, me trouvant à chaque instant dans la nécessité de me servir du mot de cadence dans une autre acception, il ne m'était pas possible d'éviter autrement des équivoques continuelles.

(J.-J. Rousseau. Lettre sitr la musique française, 1753.)

Trlne.

De quel rosier et de quellCvS épines Cueillit Amour les roses de ton teint ?

De quel bel or, qui pur tout autre éteint, Redora-il ces blondelettes trines ?

(Claude de Buttet. Amalthée, VIII.)

Truculence. Ce peuple de fer, espris de rage, conceut en ses mœurs barbares tant de Iruculence contre les deux oslages, que jamais menasses ne furent plus horribles.

(Marion. Plaidoyers^ xn.)

Ubiquité. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1812.

Les idées de création, d'annihilation, d'ubiquité. . . toutes ces idées. . . qui n'ont rien d'obscur pour le peuple, parce qu'il n'y comprend rien du tout. . .

(J.-J. Rousseau. Bmile, livre ÏII.)

Littré avait cité pour ce mot un exemple de Voltaire.

Un. Litlré : « On dit un au pluriel : les uns. Gela paraît contradictoire avec le sens du mot. Yoicila filialion de cet emploi: le latin mettait mius au pluriel, il ne s'agîssaii que d'une seule chose : saiis una superque Vàiimns exeidia, viRG, Aen. H. L'ancien français, qui avait du lalîn remploi de mms au pluriel, a étendu cet emploi, et fait de nrts, unes, un article indéfini pluriel. Cet article indéfini pluriel est devenu sans peine les uns. »

Il me semble que les uns n'étant jamais employé qu'accompagné de les autres — on a dit d'abord Vun et Vautre, ou run.,, r autre...; et plus tard les uns et k^ autres, les uns. . . les attires. . . — c'est le pluriel les autres où il n'y a pas de difficulté, qui a entraîné l'emploi de lc>^ uns.

Un. Litlré dit au mot article : « Il y a deux articles, l'article défini: le, la, les; l'article indéfini; un, une; » — tandis qu'il dit au mot un : « 11° Un, mie, s'em ploient très ïsouvenl, non pas pour désigner spécialement lo nombre, mais pour signifier un objet dont il n'a pas encore été question, et dont on ne nous fait rien connaître, sinon qu'on n'en suppose pas plusieurs. La plupart des grammairiens le nomment en cet emploi, article indéfini. Un paon muait, un geai prit son plumage. La Fontaine, Fables, lY, W. «

Pourquoi Lillré, si décisif quand il était au mot article^ hésite-t-il quand il arrive au nwt un ? Pourquoi ne dit-il pas rondement, comme le dictionnaire Hatzfeld : Un, une, article indéfini t

C'est que Littré a l'œil sur l'Académie, et que celle-ci n*est pas d'accord avec elle-même. On le voit bien, quand on rapproche les articles qui suivent, de son dictionnaire :

Article, en termes de Grammaire, celle des parties du discours qui précède ordinairement les noms substantifs. Le est l'article du nom masculin. La est l'article du nom féminin. Les est l'article pluriel du masculin et du féminin.

Indéfini se dit en Grammaire, de ce qui exprime une idée vague et générale qu'on n'applique point à un objet particulier et déterminé. Un est article indéfini dans cette phrase : Un homme sage doit toujours, etc.

Un. Substantif numéral... Un est aussi adjectif: Un homme. Une femme.

Aux mots article et un, l'Académie semble ne connaître, en fait d'articles, que k, la, les; tandis qu'au mot indéfini, elle semble admettre l'existence de l'article indéfini.

Le fait est que la Grammaire générale et raisonnée (1660) dite Grammaire de Port-Boyal, avait distingué l'article défini, le, la, les, et l'article indéfini: un, une; — et que l'abbé Régnier, qui eut tant de part, comme nous l'avons vu, à la rédaction du dictionnaire de l'Académie française, n'a pas voulu admettre l'existence de l'article indéfini. Il dit à ce sujet, dans son Traité de la Grammaire française, publié en 1706 : « Quoiqu'il n'y ait proprement d'autres articles dans notre langue que ceux dont nous venons de parler (le, la, les) il y a cependant d'habiles grammairiens qui en admettent un autre, auquel ils donnent le nom d'article indéfini, pour le distinguer du premier qu'ils appellent cîé/^;w. Ce second article est,

selon eux, un, une, , , Le plus solide fondement de celle opinion est l'autorité du grand homme (Arnanld) qui Ta avaai;ée dans la Grammaire générale et raisonnêe; car du reste, il y a plusieurs raisons qui la doivent faire rejeter. Et premièrement, etc. »

Dans une des dernières éditions de son dictionnaire, l'Académie, au mot indéfini, a adopté une rédaction <juj reconnaît l'existence de l'article indéfini; mais elle n'a pas songé à introduire, aux mots article et un^ les modifications qui eussent été la conséquence du parti qu'dle venait de prendre. C'est un des exemples du laisser aller qu^jn remarque çà et là dans son dictionnaire

Unanlmenient. J'aimerais mieux mourir que de manquer jamais en rien à la religieuse dépendance qui est due au Saint-Siège, dans une matière où il s'agit de ses Cojislitutions, unanimement reçues par toute l'Eglise.

(Fénelon. Lettre au père J.e Tellier, il mars 1711.)

UniFersaux. Et de même que tou.s les universaux et tous les manifestes qui grossissent un ouvrage ne font point connaître Je fond des afifaires et les ressorts de la politique^ ainsi . . .

(Voltaire. Lettre à M. Norberg, 1744. Texte original, reproduit par M. Bengesco : Bibliographie de Voltaire, 111, 8.)

Universaux est pris ici dans le sens de leUms circHlaires, sens que Hatzfeld omet, et que Litlré a trop restreint, il me semble, dans, la définition qu'il en a donnée.

Vaccine. C'est nous qui avions hasardé le nom de petite vérole des vaches d'après l'anglais cotv-pox. Le nom de petite vérole des vaches est incommode. C'est ce qui nous engage à hasarder un autre nom. En latin, on appellerait cette maladie variola vaccina. Ce nom francisé serait la vn-

riole vaccine. Pour l'abréger, nous l'appellerons à l'avenir la

vaccine.

(Bibliothèque britannique, 1799, II, 311.)

Tafifue. Dans ces vers de Ronsard :

Icy chanter, là pleurer je la vy, Icy sourire, et là je fu ravy De ses dipcours par lej^quels je desvie ; Icy s'aj^seoir, là je la vy danser:

Sur le mestier d'un si vague penser, Amour ourdit la trame de ma vie.

Je mot vague n'a-t-il pas le sens de Vital vago : agréable, gracieux ?

Tampire. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de 1762.

Dom Galmel a publié en 1751 son Traité sur les apparitions d'esprits et sur les vampires,

Tandale. Halzfeld : Ex. le plus ancien, de Diderot.

Je ne sais rien de si honorable pour les ouvrages de M. Despréaux, que d'avoir été commentés par vous, et lus par Charles XII. Vous avez raison de dire que le sel de ses satires ne pouvait guère être senti par un héros vandale. (Yollaire. Lettre à Brossette, 14 avril 1732.)

Il y aura toujours, dans notre nation polie, des âmes qui tiendront du Goth et du Vandale; je ne connais pour vrais Français que ceux qui aiment les arts.

(Voltaire. Lettre à... ? 20 juin 1733.)

Vandale a été emprunté à la titulature des rois de Suède: rex Suecorum, Gothorum et Vandalorum, C'est là que Voltaire a remarqué ce mot, quand il écrivait l'histoire de Charles XII. Cette titulature rapproche les Goths et les Vandales ; or gothique était déjà synonyme ^q barbare, et de m^mQ goth: Voltaire a dit, dans le Temple du 6rOM<, que la

Chitique

fièrement repoussait Le peuple goth, qui sans cesse avançait.

Cessez de prodiguer des épilhèles vandales el hérules à ceux qui doivent écrire l'histoire.

(Voltaire. Lettre à M. Nordberg, 1744.)

Voltaire, qui a mis en circulation ce mot de vandale^ Ta surtout employé quand il Ta eu retrouvé dans la titulature des rois de Prusse :

Nous Frédéric, par la grâce de Dieu, roi de Prusse, margrave de -Brandebourg, archi-chambellan et prince électeur de l'Empire romain, souverain duc de Silésie, souverain prince d'Orange, Neuchâtel et Valengin, comme aussi de la comté deGlatz, duc de Gueidre, de Magdebourg, Clèves, Juliers, Bergue, Steltin, Poméranie, des Cassubes et Vandales^ de Mecklembourg, comme aussi de Crossen. ..(... in Geldern, zu Magdebourg, Cleve, Zùlich, Berge, Stettin, Pommern, der Cassuben und Wenden (^), zu Mecklenburg und Crossen Herzog...)

Cette tilulature est celle du grand Frédéric; mais le titre de duc des Vandales figurait déjà dans celle de son grand-père, et remonte plus tiaut sans doute.

On passe devant le Louvre, et on gémit de voir cette façade cachée par des bâtiments de Goths et de Vandales.

(Voltaire. Des embellissements de Paris, 1750.)

Les Berlinois veulent avoir de l'esprit, parce que le roi en a. Qui aurait dit qu'on se piquerait un jour de se connaître en vers, dans le pays des Vandales ?. . . Si toutes ces sottises viennent à Paris, je vous prie de me défendre contre les Vandales de notre patrie ; car il y en a toujours. (Voltaire. Lettre à madame Denis, 24 août 1750.)

Est-il possible qu'on crie toujours contre moi dans Paris,

(*) La traduction de Wenden par Vandales est-elle bonne ? Les barbares du V""* siècle, qui portaient le nom de Vandales, ot les Wenden de la Lusace sont-ils peuples de même race ?

et qu'où me prenne pour un déserteur qui est allé servir en Prusse?. . . Je ne suis point naluralisé Vandale, et ceux qui liront V Histoire de Louis XIV verront bien que je suis Français.

(Voltaire. Lettre à madame Denis, 2i décembre 1751.)

Les Français sont retombés dans la barbarie, nos sybarites deviennent tous les jours Gothset Vandales.

(Voltaire. Lettre au marquis de Thibouville, 15 avril 1752.)

Le roi de Prusse. . . voulait que je retournasse à Potsdam. Je lui ai demandé la permission d'aller à Plombières; je vous donne en cent à deviner la réponse : il m'a fait écrire par son factotum qu'il y avait des eaux excellentes à Glalz, vers la Moravie. Voilà qui est bien horriblement vandale. (Voltaire. Lettre à madame Denis, 15 mars 1753.)

Avez-vous vu ma pauvre nièce, le martyr de l'amitié, et la victime des Vandales?

(Voltaire. Leltre à d'Argental, 19 août 1753).

Le père (du grand Frédéric) était un véritable Vandale. . .

On peut juger si ce Vandale était étonné et fâché d'avoir un

fils plein d'esprit, de grâces, de politesse et d'envie de

plaire.

(Voltaire. Mémoires, écrits en 1759.)

Tendredi. En définissant ce mot, Hatzfeld a fait une inadvertance, qui saute aux yeux quand on rapproche les définitions qu'il donne des noms de chaque jour de la semaine :

Dimanche, le premier jour de la semaine.

Lundi, le second jour de la semaine, celui qui suit le dimanche.

Mardi, jour de la semaine qui suit le lundi.

Mercredi, jour de la semaine qui suit le mardi.

Jeudi, le cinquième jour de la semaine.

Vendredi, cinquième jour de la semaine.

Samedi, le septième jour de la semaine,

A vrai dire, aujourd'iiui que nous s^nïlmes si éloignés des premiers temps die l'Eglise chrétienne, ou les chrétiens nV vaient pas encore substitué le dimanche au sabbat, m le samedi, pour eux comme pour les Juifs^, était le jour du repos, il semble que le lundi devrait être considéré comme le premier jour de la semaine, et le dimanche comme le septième et dernier.

Teriçetier. Saint Crépin est le sainL det> cordonniers; sainte Barbe est la sainte des vergetiers; mais la vérité est le saint des philosophes.

(Voltaire. Lettre au marquis d'Argetice, l"oct. 1759,)

Vert. Littré : Figurément « Si le bois verl est ainsi traité, que sera-ce du bois sec? * Bossuet. Hisl. Il, 8.

Littré n'a pas reconnu là une parole de Jésus (Evangile selon saint Luc, XXIII, 31.)

Ticaire. Il n'est que vicaire apostolique, c'est-à-dire un

missionnaire étranger à ces Eglises, qui est venu, par une

pure et simple commission du pape, pour travailler en son

nom.

(Fénelon. Lettre â W\ là juin 170o0

Tieux. Acad.: qui est fort avancé en âge. — Litlré : qui est avancé en âge. — Hatzfeld : qui a vécu longtemijs, — Mais à quel âge commence-t-on à être vieux ï

Je ne cite que pour mémoire les Sept âges de Vhomme^ de Ronsard (édition Blanchemain, VII, 4i*J), Honsard éuunière successivement Venfance^ qui dure 4 aus ; \^ puérilité, 10 ans; Vadolescence, 8 ans ; la jeunesse^ 19 ans ; Vâgc mril, 13 ans; la vieillesse, 12 ans; enfin Vâge caduc, A ce compte, oii entre dans la vieillesse à cinquante-six ans accomplis, et Ronsard dit de ce sixième âge:

Le six, sous Jupiter, dans douze ans fail son cours, Jusqu'en l'an soixante-huit : âge nommé vieillesse.

On veut quelquefois cacher ses faibles, ou en diminuer ropinion, par l'aveu libre que Ton en fait. Tel dit : « je suis ignorant », qui ne sait rien ; un horame dit : « je suis vieux », il passe soixante ans ; un autre encore : « je ne suis pas riche », et il est pauvre.

(La Bruyère, Caractères, ^L)

On voit que selon La Bruyère, passé soixante ans, on est vieux sans conteste. Mais il y a plus. Madame de Mainlenon écrivait à son frère, le 7 août 1683: Vous êtes vieicx;ei d'après la France protestante, seconde édition, I, 524 et 538, il serait né dans les premiers mois de I63i. Charles d'Aubigné est mort en mai 1703, âgé de 69 ans. Quand il reçut la lettre de sa sœur, il était seulement dans sa cinquantième année. Or madame de Maintenon, qui savait sans doute l'âge exact de son frère, était une personne judicieuse et précise, qui parlait une langue excellente, et connaissait très bien le juste emploi des mots.

Attaché à V. M. depuis seize ans par ses bontés prévenantes, appelé par elle dans ma vieillesse, rassuré par ses promesses sacrées contre la crainte attachée à une transplantation qui m'a tant coûté. . .

(Voltaire. Lettre au roi de Prusse, 1" janvier 1753.)

Je ne demande rien, sinon que ce prince connaisse qu'après lui avoir été passionnément attaché pendant quinze ans, ayant enfin tout quitté pour lui dans ma vieillesse,... (Voltaire. Lettre à M. Roques, 18 mai 1753.)

Le roi de Prusse m'avait, dans ma vieillesse, tiré de ma

patrie.

(Voltaire. Lettre à madame Denis, 9 juillet 1753.)

Ainsi Voltaire, à trois reprises, répète que quand il alla

s'établir à Berlin dans Tété de 1750, — il avait 55 ans — il était déjà dans sa vieillesse.

Je suis accablé de tous côtés, dans une vieil ie;5se que les maladies changent en décrépitude.

(Voltaire. Lettre à d'Argenlal^ 2 décembre 1754. — Il venait d'avoir accompli sa soixanlieme a nuée.)

J'ai traité, je crois, comme je le devais, l'cirlicle de la conversion du maréchal de Turenuft, J'ai adouci les teioLes, autant que le peut un homme aussi persuadé qwe moi qu'un vieux général, un vieux politique, et un vieux galant, ne change point de religion par un coup de la grâce.

(Voltaire. Lettre au président llènaull, i'" février 175^,)

Turenne, né le 16 septembre 101 !, a fait sa conversion le 23 octobre 1668. Il avait cinquaule-sepL ans.

Vous les trouverez (des personnages de la Iragédic : le Duc de Foix) à peu près tels que vous les vouliez ; maison s'apercevra toujours qu'ils sont les enranls ifun vieillard. (Voltaire. Lettre au marquis de Thihou ville, 15 avril 1752,)

Dans son Journal intime^ publié jïar M'" Melegari (Paris, 1895, page 58), Benjamin Couï^lant, [jarla[it du professeur genevois Prévost, dit de lui: « M. Prévost a plus d'esprit réel que M. Pictet. Mais il a dos idées vieilles, de l'humeur contre les idées nouvelles, du désordre dans la tête. 11 lutte comme un vieillard contre les écoles qui se sont élevées depuis que ses idées sont arrêtées, i

A cette date, peu après la mort de IVl. Necker de Geruiany (31 juillet 1804) mentionnée page S(), et avaut le \) aotU (page 59), le professeur Pierre Prévost j ne le 3 mars 1751^ avait cinquante-trois ans.

c Vous ne pouvez vous faire une idée de ce que c'est que la lettre de Sainte-Beuve. 11 paraît que depuis douze ans, il notait tous les signes de malveillance de Baboii. Décidément,

voilà un vieillard passionné avec qui il ne fait pas bon se brouiller. »

(Leltre de Baudelaire, du 28 février 1859. Catalogue cCautographes de M. Noël Charavay, janvier 1900. — A la date de celte lettre, Sainte-Beuve avait 54 ans.)

L'autre jour, chez madame de Boigne, le préfet de police a cru consoler ces dames en leur disant que le choléra n'atteignait que les vieilles femmes; et comme elles ont paru un peu surprises du compliment, il a ajouté : Quand je dis les vieilles femmes, c'est passé soixante ans.

(Baron de Barante. Soiwenirs^ YII, 437.)

Il faut noter deux époques très distinctes dans la vie de madame Récamier : sa vie de jeunesse, de triomphe et de beauté, sa longue matinée de soleil qui dura bien tard jusqu'au couchant ; puis le soir de sa vie après le soleil couché, je ne me déciderai jamais à dire sa vieillesse. — M^^ Récamier est morte à 71 ans.

(Sainte-Beuve, Causeries du lundi, I.)

En définitive, une fois la soixantaine atteinte, la vieillesse est arrivée, incontestablement. Et si l'on veut qualifier de vieillard un homme qui a dépassé quelque peu l'âge de cinquante ans, on est appuyé par des écrivains autorisés. Mais s'il s'agit de l'autre sexe, c'est une autre chose.

« On ne peut parler de vieillesse pour une femme morte à cinquante-huit ans. »

(Perey et Maugras. Dernières années de madame d'Epinay , page XI.)

Tigne. A Rome. . . je me plaisais extrêmement à visiter les vignes : c'est ainsi que l'on appelle plusieurs jardins, plus beaux que le Luxembourg ou les Tuileries.

* (Scarron. Le roman comique, chap. XIU.)

11 était question d'un bon vieux radoteur de philosophe qui habite une vigne de ces environs. . .

(Frédéric II. Lettre à Voltaire, 17 février J770.)

Tille. « Goucy-Ia- Ville, — dit le Dictionnaire de Géographie de Vivien de Saint-xMartin, article Goucy-le-Chàteau — n'est plus qu'un village de 350 habitants, situé à deu\ kiiumètres du château. »

Le géographe semble croire que ville a dans ce Jiom de lieu le même sens qu'il a aujourd'hui en français; taiidiis qu'il ne fait qu'y garder son ancien sens de village, groupe iV habitations rurales^ lequel est plus voisin que le sens actuel, du sens du mot latin villa. Ville-la-Grand est un village savoyard de quelques centaines d'iiabilants, et n'a jamais été ce que nous appelons une ville. — De même Onnpslagrandville, en Rouergue.

Dans quelques couples de noms de lieu, on retrouve le mot ville^ au sens de village^ opposé à d'autres mots :

Page 1