De là résultent ces trois conséquences
I. Si l'homme veut et fait les biens, avant de fuir le^i maux comme péchés, les biens ({u'il fait ne sont pas des biens.
II. Si l'homme pense et parle avec piété, et ne fuit pas les maux comme péchés, sa piété n'est pa.s de la piété.
III. Si l'homme a beaucoup de connaissance et de sagesse, et ne fuit pas les maux comme péchés, il n'est pa^ réellement sage.
24. I. Si Vhomme veut et failles biens avant de fui^ les maux comme péchés, les biens qu'il fait ne sont p^" des biens. C'est parce que avant cela, comme on l'a dit
POUR LA NOUVELLE .lEHUSALEM. J •">
précédemment, il n'est pas dans le Seigneur. Par exemple, s'il donne aux pauvres, s'il porte secours aux indigents, s'il dote des temples et des hôpitaux, s'il fait du bien à l'Église, à la Patrie, à ses concitoyens; s'il enseigne l'Évangile et convertit, s'il exerce la justice dans les juge- Tients, la sincérité dans les affaires, la droiture dans ses actions, etque cependant il ne considère nullement comme péchés les maux, tels que les fraudes, les adultères, les haines, les blasphèmes et autres semblables, il ne peut alors faire que des biens qui sont intérieurement des maux ; car il les fait par lui-même et non par le Seigneur : c'est lui-même qui est dans ces biens et non le Seigneur ; or, les biens dans lesquels est L'homme lui-même sont tous souillés par ses maux, et se rapportent à lui et au monde. Mais ces mêmes actes, qui viennent d'être énumérés, sont Intérieurement des biens si l'homme fuit comme péchés les maux tels que les fraudes, les adultères, les haines, les blasphèmes, et d'autres semblables, car alors il agit par le Seigneur, et de telles œuvres sont dites « faites en Oieuv.. — .lean,lll. 19,20, 21.
25. II. Si l'homme pense et parle avec piété, et ne fuit pas les maux comme péchés, sa piété n'est pas de ^a piété. C'est parce qu'il n'est pas dans le Seigneur. Par exemple, s'il fréquente les temples, s'il écoute religieuse- ■^ent les prédications, s'il lit la Parole et des livres de piété, s'il participe au Sacrement de la Cène, s'il lait chaque jour des prières, si même il pense beaucoup à Dieu ^■^ à son salut, etque cependant il ne considère nullement comme péchés les maux, tels que les fraudes, les adul- ^^l'es, les haines, les blasphèmes, et d'autres semblables. Ses pensées et ses paroles pieuses ne peuveut alors ètn; "^térieurement pieuses, car l'homme lui-même est en elles *^ec ses maux; il l'ignore, il est vrai, mais néanmoins ses "^aux sont en elles et restent cachés à sa vue ; c'est comme •^"e fontaine dont l'eau est impure par sa source. Les exer- ^^ees de sa piété sont seulement ou des pratiques d'habi- ^^de, ou des œuvres méritoires, ou des œuvres hypocrites: * la vérité, elles montent vers le ciel, mais elles se détour- ^^^^ en chemin et tombent comme la fumée dans l'air.
DOCIRINE J)E VIE
26. Il m'a été accordé de voir et d'entendre plusieurs hommes, qui, après leui- mort, faisaient l'énumération de leurs bonnes œuvres et d'exercices de piété, tels que ceux cités N°* 24 et 25, et do plusieurs autres encore : j'en vis même parmi eux quelques-uns qui avaient des lampes, mais pas d'huile ; on rechercha s'ils avaient fui les maux comme péchés, et l'on découvrit que non; c'est pourquoi on leur dit qu'ils étaient méchants. On les vit même plus tard entrer dans des cavernes où étaient des méchanls semblables à eux.
27. m. Si l'homme a beaucoup de connaissance et de sagesse, et ne fuit pas les maux comme péchés, i-l' n'est pas réellement sage.. C'est encore par la raison donnée ci-dessus,- à savoir parce qu'il est sage par luimême et non par le Seigneur. Ainsi, lors même qu'il connaîtrait exactement la doctrine de son Église et toutes le"' clioses qui s'y rapportent, quand il .saurait les conhrnif:' par la Parole et par le raisonnement, (|uand il coniiaitrait les doctrines de toutes les Églises qui ont existé et I^h décrets de tous les Conciles ; enUn, quand il connaîtrait les vérités, quand il les verrait et les comprendrait; quan'i il saurait, par exemple, ce que c'est que la Foi, la Charité, la Piété, la Repentance, la Rémission des péchés, ce que c'est que la Régénération, le Haplêmu, la Sainte- Cène, ce que c'est que le Soigneur, la Itédemption et l^-' Salut, s'il ne fuit pas les maux comme péchés, il n'est pa*» réelhmîent sage ; car ce sont là des connaissances privées de vie, parce qu'elles appartiennent seulement à son entendement, sans appartenir en môme temps à sa volonté, et que de telles connaissances périssent avec le temps, P»"^ la raison expliquée N» 15 ; aussi, après la mort, l'honiin^ les rejette-t-il lui-même, parce ([u'uUes ne s'accordent p»^ avec l'amour de sa volonté. Néanmoins ces connaissances sont extrêmement nécessaires, parce qu'elles en.seignent comment l'homme doit agir, et s'il les met en pratiquai alors elles deviennent vivantes en lui, mais non aup»' ravant.
28. La Parole enseigne, dans un grand nombre de passages, les vérités qui viennent d'être exposées. J ^^
poi;r la nouvklt.k .ikkusai-km.
rapporterai seulement quelques-uns. La Parole enseigne que personne ne peut être dans le bien et en même temps dans le mal, ou, ce qui est la même chose, que nul ne peut être, quant à l'âme, clans le ciel et en même temps dans ' enfer. V.l\e enseigne cette vérité en ces tonnes :
" \ui nt' peut servir deux iriailres,' car, ou il haïra l'un, et aimera Vautre ; ou il s'allacliern k l'un, et mépri^ sera l'autre : uaus ne pouvez servir Dieu et mammoH. 1) — Matth., VI. '24.
" Coinmey^t pouvi;z-vous dire de bonnes choses, puisque vous êtes méchants ? C'est de l'abundance du cœur que la bouche parle. L'homme bon tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, et l'homme méchayit tire de mauvaises choses de (son) mauvais trésor. >. — Matth., XII. 3'i, 35.
" Le bon arbre ne produit pas de mauvais fruit, et le mauvais arbre ne produit pas de bon fruit. Tout arbre est connu par son propre fruit : car on ne cueille pas les figues sur les épines, et l'on ne vendange pas le raisin sur les ronces. » — Luc, VI, 43,44.
29. La Parole enseigne que personne ne peut faire le Wen par soi-même, mais qu'on peut le faire par le
^G'gneur :
'* Jésus dit : Je suis la Vigne, et mon l'ère (est) le Vigne- T^on : tout sarment ([ui ne porte pas de fruit en Moi, il le retranche ; mais tout sarment qui porte du fruit, il l'émnndera, pour qu'il porte plus de fruit. Demeurez en Moi, et Moi (je demeurerai) en vous. Comme le sarment ne peut porter du fruit par lui-même, à moins qu'il ne demeure (attaché) à la. vigne, de même vous u' (en pouvez porter), .si vous ne demeurez en Moi. Je suis la 'Vigne, vous e« êtes le sarment. Celui qui demeure en Moi, et et dans lequel Je (demeure), celui-là porte beaucoup de fruit, parce que sans Moi vous ne pouvez rien î^ire. Si quelqu'un ne demeure pas en Moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche, et on le htte au feu, et il est brûlé. » — Jean, XV. 1, 6.
DOCTRINE DE VIE
30. La Parole enseigne, dans les passages suivants, qufe, tant que l'homme n'a pas été purifié de ses maux, ses biens ne sont pas des biens, sa piété n'est pas de la piété, et qu'il n'a pas la sagesse ; le contraire a lieu, s'il a été puriOé :
« Malheur îi vous, Scribes el Pliarisiens lujpocriU'S, parce que vous vous rendez semblables ;'i des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux par dehors, mais qui, au dedans, i<ont pleins d'ossements demorts et du toute sorte d'impureté. De même vous aussi, au dehors, vous paraissez justes; mais att dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité- Malheur à vous, parce ffue vous nettoyez le dehors de la coupe el du plat, tandis que vos intérieurs sont pleins de rajjine et d'inlempérance. Pharisien aoeugle, 'nettoie premièrement rinlêrieur de la coupe et du plat, ajln que l'extérieur devienni' aussi net. » — Matth., XXIIÎ. 25 à 28.
(1 Écoutez' lu Parole de Jéhovah, princes de Sodomo', écoulez la loi de notre Dieu, peuple de Gomorrhe- Que M'imporle la multitude de vos sacrifices ? "■'^ continuez plus d'apporter une oblaiion de vanile ; le parfum M'est en abomination, ainsi que la nouvelle-lune et le Sabbat; je no pu'is supporter Vif-T'' quité : mon âme déteste vos nouvelles-iune>^ el >^os fêtes solennelles. C'est pourquoi, quand vous étendes vos mai7is, je cache mes ijeux de vous ; si mê^i'^ vous multipliez la prière. Je n'écoute point; "'"' mains sont pleines de samj. J.avez-vous, purifiezvous, éloignez de devant mes yeux la malice de vos œuvres, cessez de faire le mal; alors, quaiid uo^ péchés seraient comme Vécarlate, ils doviendron blancs comme la neige; quand ils seraient rouge^> ils deviendront comme la laine. » — Esaïe:
10àl8.
Il résulte, en somme, de ces passages que si l'homm ne fuit pas les maux, aucune des cérémonies de son ouU ne sont bonnes ; il en est de même de toutes ses œuvrer i car il est dit: je ne puis supporter l'iniquité ; purifiez-voU'^' éloignez la malice de vos œuvres, cessez de faire le i^^ '
l'oi i; r,A noijvi':lle .ieiujsalem.
On lit aussi dans Jérémio :
« Revenez, chacun de .s;i mauvaise coie, et rende: vos (vuvre>i bonnes. • — XXXV. 15.
On voit dans Esaïe, que ceux qui sont dans cet état n'ont l'iw la sagesse :
« Malheur à ceux qui sont saijes à leurs propres yeux, et à ceux r^ui sont inlelliQenis devanl leur propres faces ! » — y. 21.
« La Sagesse des sages el. l'inlalHgence des mtelligoils périront : malheur à ceux qui ont une sagesse profonde, et dont /es a-avres s^accomplissent dans les ténèbres ! » — Esaie, XXIX. 14, ,15.
« Malheur à ceitx qui descendent en Egypte pour ly trouver) du secours ; et ils mettent leur appui dans leurs chevaux, et leur confiance dans leurs chars. parce qu'ils en onl beaucoup, et dans leurs cavaliers, par<:e qu^ilssonl vigoureux: mais ils neportenl point leurs regards vers le Saint <V Israël, et ne recherchent point Jéhovah. Mais il se lèvera contre 'a maison des méchants et cniitre le secours de ceux qui pratiquent Viuiquité; car l'Egypte (est) homme et n' (e.st) point Dieu, et ses chevaux (sont) chair et non pas esprit. » — Ksale, XXXI. I, ■?, .3.
est ainsi qu'est décrite la propre intellig-ence : l'Egypte
^^^ la science ; le cheval est l'entendement qui en dérive ;
^ char est la doctrine qui procède de l'entendement ; le
■^valier est l'intelligence qui résulte de la doctrine. Il est
it a leur sujet : Mallieur à ceux qui ne portent point
^ui's regards vers le Saint d'Israël et qui ne recherchent
' ^'nt Jéhovah ! Leur destruction par les maux est désignée
'^^^ ces paroles : Il se. lèvera contre la maison des
•"'Chants, et contre le secours de ceux qui pratiquent
'^*4Uité. Les mots suivants : l'Egypte est homme et
.'^''^ point Dieu, ses chevaux sou chair et non pas esprit,
s'^uicni que cette science, cet entendement, cette doctrine
etn
^ <it cette intelligence viennent du propre de l'homme, ont en conséquence aucune vie; l'homme et la chair ï^t le propre de l'hoiume, Dieu et l'esprit sont la vie par ^^''gneur ; les chevaux del'Kgypte sont la propre intel-
DOCTRINE DE VIE
ligence. Il y a dans la Parole sur l'intelligence qui vient de l'homme, et sur l'intelligence qui vient du Seigneur, plusieurs autres passages du même genre qui ne peuvent être compris que par le sens spirituel.
Les passages suivants montrent que personne n'est sauvé par les biens qu'il fait de soi-même, parce que ce ne sont pas des biens.
« Tous ceux qui me disent : Seigneurl Seigneurl nenti'<^' ront point dans le Royaume des deux; mais celui-l^ (y entrera) qui fait lu volonté de mon Père. Plusieurs Medironten cejour-là : Seigneur, Seigneur, n'auonsnous pas prophétisé en ton Nom ? et n'avons-nous pas chasse /,es démons en ton nom ? et n'avons-nous pas fait plusieurs miracles en ton Nom ? Mais alors .)** leur dirai publiquement : Je ne vous ai jamais con' nus, retirez-vous de Moi, vous qui faites des oEUvnKS d'iniquité. » — Matth., VII. 21, 22, 23.
i( .-1/ors vous commencerez à vous tenir deliors, et à (rapper à la porte en disant : Seigneur, ouvre-nous; '''' vous commencerez à dire : Nous avons mangé et ^" en ta présence, et ta as enseigné dans nos places; ma^^ il repondra : Je cous dis que je ne sais d'où vous êtes , retirez-cous de Moi, cous (ous, ouvriers d'iniquité. »
— Luc, XIII. 25, 20, 27. — Car ils sont semblables ai" Pli;irisien « qui priait debout dans le temple en d'isa" qu'il n'était pas, comme le reste des hoynmes, ivtpac'-i injuste, adultère, qu'il jeûnait deux fois la sernain' et qu'il donnait la dîme de tout ce qu'il possédait- "
— LucXVni. 11 à 14.-CcsontceuxquisontappeIeS ■•<i'rcilenrs inutiles ». — Luc, XVII. 10.
31. La vérité est, que nul ne peut par lui-même t^"" un bien qui soit réellement le bien ; mais partir de là po avilir tout bien de la charité fait par l'homme qui i^ les maux comme péchés, c'est tomber dansl'crreur lap* * grave, car c'est se mettre en opposition manifeste avec Parole, qui ordonne à l'homme de faire le bien ; c'est a' contre les commandements de l'amour pour Dieu et l'amour envers le prochain, commandements dont àep dent la Loi et les Prophètes ; c'est entin se jouer du P^ cipe vital de la religion, et lui en substituer un au
POUR LA jNOUVELLE JKKL'SALEil.
t'ei'scjnne n'ignore, en elfel, que la religion consiste à faire le bien, et que chacun est jugé selon ses œuvres. Il l'est pas un seul homme qui ne puisse fuir les maux, comme de lui-même, par la puissance du Seigneur, s'il l'implore ; et ce qu'il fait ensuite est le bien qui vient du Seisjneur.
'>LTAN T (iiiKi.ntj'nN FUIT LKS MAl.X COM.MK l'KClIKS, AUTANT II. AIMK LES VÉRITÉS.
32. Deux principes universels procèdent du Seigneur : '■<i Divin Bien et le Divin N'rai. Le Divin Bien appartient à '^on Divin Amour; le Divin Vrai, à sa Divine Sagesse. Ces deux principes sont Un dans le Seigneur, et par consé- Muent procèdent de lui comme Un ; mais ils ne sont reclus ^oname Un, ni par les anges dans les cieux, ni par les '"ommes sur les terres. Il est des anges et des hommes H^i reçoivent plus du Divin Vrai que du Divin Bien, et il ^n est qui reçoivent plus du Divin Bien que du Divin ^rai. De là vient que les Cieux sont distingués en deux Hoyaumes, dont l'un est nommé Royaume céleste, et 'autre Royaume spirituel. Les Cieux qui reçoivent plus du Divin Bien constituent le Royaume Céleste ; ceux, au contraire, qui reçoivent plus du Divin Vrai con.stituent le Royaume Spirituel. On peut voir, dans l'ouvrage sur 'E Ciel et l'Enfkr, N" 20 à 28, la distinction des cieux ^ïi ces deux Royaumes. Mais, néanmoins, les Anges de tous les Cieux sont dans la sagesse et dans l'intelligonce, ^^ raison de ce qu'en eux lo bien fait un avec le vrai : le oien qui ne fait pas un avec le vrai n'est pas pour eux le
^®n ; et, réciproquement, le vrai qui ne fait pas un avec ^ bien n'est pas pour eux le vrai. De là, il est évident que
e bien conjoint au vrai, fait Tamour et la sagesse chez.
ange et chez l'homme ; et, comme l'ange est ange par
amour et la sagesse qui sont en lui, et qu'il en est de
6<ïie de l'homme, il est encore évident que le bien, con- J 'nt au vrai, fait que l'ange est ange du ciel, et que
"omme est homme de l'Église.
:iisffia^iÉaai8«gffî;^?S3^^
DOCTRINE DE VK
33. Puisque le Bien et le Vrai sont un dans le Seigneur, et qu'ils procèdent de Lui comme un, il en résulte que le bien aime le vrai, que le vrai aime le bien et que tous deux veulent être un. Il en est de même de leurs opposés : le mal aime le faux, le faux aime le mal, et tous deux veulent être un. Dans la suite, on nommera Mariage Céleste la conjonction du bien et du vrai, et Mariage infernal la conjonction du mal et du faux.
34. De ce qui précède, on tire cette conséquence, autant quelqu'un fuit les maux comme péchés, autant il aime les vérités, car autant il est dans le bien, comme on vient de le montrer N° 33 ; et, réciproquement, autant quelqu'un ne fuit pas les maux comme péchés, autant il n'aime pas les vérités, parce qu'autant il n'est pas dans le bien.
35. L'homme qui ne fuit pas les maux comme péchés peut néanmoins aimer les vérités ; mais il ne les aime pas parce qu'elles sont des vérités ; il les aime seulement parce qu'elles servent à sa réputation, de laquelle il tire honneur ou profit. En conséquence, si les vérités ne lui sont point utiles, il ne les aime pas.
36. Le bien appartient à la volonté ; le vrai appartient à l'entendement ; de l'amour du bien dans la volonté procède l'amour du vrai dans l'entendement ; de l'amour du vrai procède la perception du vrai ; de la perception du vrai, la pensée du vrai ; et de tout cela résulte la reconnaissance du vrai, qui est la foi dans son acception réelle- Il sera démontré dans le Traité sur le DiViN Amouh kT SUR LA Divine Sagesse que telle est la progression de l'amour du bien vers la foi.
37. Puisque le bien' n'est pas réellement le bien, î^ moins qu'il ne soit conjoint au vrai, ainsi qu'il a été dit' il en résulte que le bien n'existe point avant celte conjonction, et cependant il veut continuellement exister. En conséquence, pour exister, il dé.sire les vérités, et il s'^" pourvoit; c'est d'elles qu'il se nourrit et c'est par ellc'^ qu'il se forme. C'est pour cela qu'autant quelqu'un est dans le bien, autant il aime les vérités, par conséquent '' aime les vérités autant qu'il fuit les maux comme pécheSi car autant il est dans le bien.
POTîli LA NOUVKT.LE JKRUSALEM.
38. Autant quelqu'un est dans le bien, et, par le bien, aime les vérités, autant il aime le Seigneur parce que le Seigneur est le Bien Même et le Vrai Même ; le Seigneur est donc chez l'homme dans le bien et dans le vrai ; si le "vrai est aimé par le bien, alors le Seigneur est aimé, et il lie peut l'être autrement. C'est ce que le Seigneur enseigne dans .lean :
« Cflui qui n mes préceptes et qui teamet en pratique c'est CP.lui-Ui. qui m'aime : celui qui ne m'ahrte point n'observe point mes paroles. » — XIV. 21, 24.
« Si vous gardez mes commandements, rons demeurerez dans mon amour. » — XV. 10.
Les préceptes, les paroles et les commandements du Seigneur sont les vérités.
39. On peut montrer d'une manière évidente que le bien aime le vrai, en se servant de comparaisons tirées du Prêtre, du Soldat, du Négociant et de l'Artisan : — si le P'rktre est dans le bien du Sacerdoce, qui consiste à pourvoir au ''alut des âmes, à enseigner le chemin du ciel et à diriger ^eux qu'il instruit, alors selon qu'il est dans ce bien, et ainsi par amour et par le vif désir qui résulte de cet amour, il acquiert pour lui-même les vérités qu'il doit enseigner et par lesquelles il doit diriger les autres hommos. — ■ Si le l'rêtre n'est pas dans le bien du Sacerdoce^ et qu'il soit, par amour de lui-même et du monde, dans le plaisir de sa 'onction, plaisir qui pour lui est le seul bien, alors encore, par suite de .son amour et du vif désir qui en provient, il acquiert en abondance des vérités, selon l'inspiration de ''oii plaisir, qui est !-jon bien. — Si le Soldat est dans
dmour du service militaire, et qu'il place le bien dans action de protéger, ou dans la renommée, alors, d'après "^e bien tt en raison de ce bien, il acquiert la science de •''on état; et s'il est élevé on grade, il en acquiert l'intelli- ■^ence : ce sont là comme ses vérités, par lesquelles le plaisir de son amour qui est .son bien, se nourrit et se lorme.
^i le Négoliiant s'est adonné au commerce par amour P'^ur le commerce, il saisit avec volupté toutes les choses
t^tUb:t(iti<rcrrr>r:-
BOCTBINE DE VIE
qui entrent dans cet amour comme moyens et le composent; ce sont là aussi comme ses vérités parce que le commerce est son bien. — Si I'Artisan s'applique avec zèle à son ouvrage, et qu'il l'aime comme le bien de sa vie, il achète des instruments et se perfectionne par tout ce qui tient à son art ; ce sont là aussi comme ses vérités, parce que son ouvrage est son bien. Il devient évident, par ces comparaisons, que les vérités sont des moyens par lesquels le bien de l'amour existe et devient quelque chose, et qu'en conséquence le bien aime les vérités pour acquérir l'existence. De là vient que, dans la Parole, faire la Vérité, signifie faire que le bien existe. C'est ainsi qu'il faut entendre les passages suivants :
Faire la. vérité. — Jean, III. 21 ;
Faire ce que dit le Seigneur. — Luc, VI. 46 ;
Faire ses commandements. —Jean, XIV. If);
Faire ses joa rôles. — Jean, XIV. 24 ;
Faire la parole de Dieu. — Luc, VIII. 21 ;
Faire les statuts et les jugements. — Lévit. XVIII. 5.
C'est là aussi faire le bien et faire du fruit, car le bien et le fruit, c'est ce qui existe.
40. On peut aussi montrer d'une manière évidente que le bien aime le vrai et veut lui être conjoint, en se servant d'une comparaison avec des aliments solides et liquides, ou avec le pain et le vin. Il faut, en effet, que l'un soit avec l'autre ; l'aliment solide ou le pain seul ne peut rien faire dans le corps pour la nourriture, mais avec l'eau ou le vin il agit convenablement; c'est pourquoi l'un reclierche l'autre et le désire ardemment. Aussi, dans la Parole, p»'' l'Aliment solide et lo Pain, on entend, dans son sens spirituel, le Bien ; et par l'Eau et le Vin, le Vrai.
41. On peut voir maintenant, d'après ce qui vient d'être dit, que celui qui fuit les maux comme péchés aime les vérités et les désire ; et que plus il fuit les maux, plus il aime et désire les vérités, parce qu'il est d'autant pl"'^ dans le bien. C'est par là qu'il vient dans le Mariage céleste, qui est le Mariage du bien et du vrai, dans lequel est le Ciel et dans lequel sera l'Ésrlise.
)'01!U LA NODVK.I.I.K .1 KIUJSA.I,K M .
AUTANT OUELUU'UN FUIT LES MAUX COMME PÉCHKS, AUTANT IL A liA P"OI ET DEVIENT SPIRITUEL.
42. Il y a entre la Foi et la Vie la même différence qu'entre penser et faire ; et comme la pensée appartient à l'Entendement, et l'action à la Volonté, il en résulte que la Foi et la Vie sont distinctes entre elles comme l'Entendement et la Volonté. Qui sait faire la distinction de ^eux-ci sait faire la distinction de celles-là ; et qui connaît la conjonction des uns connaît aussi la conjonction des autres. 11 est donc essentiel de parler d'abord de l'Entendement et de la Volonté.
43. L'homme a deux facultés : l'une est nommée la Volonté, et l'autre I'Entendement. Elles sont distinctes entre elles, mais elles ont été créées de manière à ne faire qu'un ; et quand elles sont un, elles sont nommées ^'^ Mental ( ) ; elles sont en conséquence le Mental humain, ^^ toute la vie de l'homme est là. De même que, dans 1 ^inivers, toutes les choses qui sont selon l'Ordre Divin se Jetèrent au Bien et au Vrai ; de même, chez l'homme, ^out se rapporte à la Volonté et à l'Entendement ; car, chez riiomme, le Bien appartient à sa Volonté, et le \rai ^ son Entendement. Ces deux facultés sont, en effet, les ''eceptacles et les sujets des biens et des vérités ; la Volonté est le réceptacle et le sujet de tout ce qui appar- *'*5nt au bien, et l'Entendement est le réceptacle et le sujet de tout ce qui appartient au vrai. Les biens et les vérités, chez l'homme, ne sont pas ailleurs que là. Par conséquent j Amour et la Foi ne sont pas non plus ailleurs, puisque 'Amour appartient au bien et le Bien à l'amour, et que la f'^i appartient au vrai et le Vrai à la foi. Rien n'est plus "^portant que de savoir comment la Volonté et l'Entende-
. ( ) Notre langue n'ayant que le mot Esprit pour rendre les oxpres-
î°is latines Smiritus et Mens, auxquelles Swedenborg donne des
j^ISnifications distinctes, il a ét6 nécessaire, pour éviter toute confu-
,^"- de traduire Mens par l'adjeotif MENTAL pris substantivement.
^■^°'c du traducteur.)
UOOTRTXE DE VIE
ment font un seul Mental. Elles font un seul mental de la même manière que le Bien et le Vrai font un ; car il y a entre la Volonté, et l'Entendement un mariage semblable à celui qui existe entre le bien et le vrai. J'ai dit quelques mots, dans le précédent article, sur la qualité de ce mariage ; j'y ajouterai ici ce qui suit : de môme que le Bien est l'Etre même de la chose, et que le Vrai en est l'Exi-ster résultant de l'Être, de même la Volonté, chez l'homme, est l'Etre de sa vie, et l'Entendement en est l'Exister résultant de rÉtrc; carie Bien, qui appartient à la ^'olonté, se forme dans l'Entendement et se fait voir d'une manière certaine.
44. On a démontré, N<» 27 et '28, que l'homme peut savoir, penser et compi-endre beaucoup de choses, et cependant ne pas être sage. Or, comme il est du ressort de la foi de savoir et <ie penser, et plus encore de comprendre si une chose est de telle ou telle manière, il en résulte que l'homme peut croire qu'il a la foi, quoiqu< cependant il ne l'ait pas. Ce qui fait qu'il ne l'a pas, c'est qu'il est dans le mal de la vie, et que le mal de la vie et le vrai de la foi ne peuvent jamais a^-ir ensemble. Le mal de la vie détruit le vrai de la foi, parce que le mal de la vie appartient à la volonté et le vrai de la foi à l'entendement : or, la volonté conduit l'entendement et le force à agir conjointement avec elle ; en conséquence, s'il y a dans l'entendement quelque chose qui ne s'accorde pas avec 1» volonté, le vrai qui est dans l'entendement est chassé, ou forcé par falsification à s'unir à elle, aussitôt que l'homme ust abandonné à lui-même et qu'il pense d'après son mal et d'après 1 amour dérivant de ce mal, lien est tout autrement chez ceux qui sont dans le biera de la vie ; ceux-pi abandonnés à eux-mêmes, pensent d'après le bien, et il'^ aiment le vrai qui est dans leur entendement, parce qu'i' s'accorde avec le bien, de leur volonté. Ainsi, la conjonction de la foi et de la vie se fait de la même manière qu'' la conjonction du vrai et du bien, et ces deux conjonction^^ ont lieu de la même manière que la conjonction de l'e"' tendement et de la volonté.