XXVI INTRODUCTION
Certes, à ce mot de chandelle rapproché du mot celte, a ce luminance, de nos joLirs placé dans une époque si reculée, je parie que mille lecteurs vont rire et tous les critiques siffler.
Je suppose encore que l'auteur puisse entendre les rires et les sifflets et qu'il réponde modestement :
Voici ce qui m'a fait éclairer la demeure de mon Atax par une chandelle; ma scène se passe en Berry, h. une époque où l'olivier n'était pas encore introduit dans la Celtique, où la culture des plantes oléagineuses n'était ni connue ni exploitée. Dans une condition atmosphérique où les arhres à résine ne venaient point , et cependant les habitants devaient s éclairer duran t la n uit.
INTRODUCTION. xxvii
Ces gens possédaient du chanvre et du lin qu'ils filaient admirablement ; ils avaient la graisse des animaux dont ils se nourrissaient; ils ont dû avoir l'idée d'enduire les fils de chanvre de cette graisse pour en faire une espèce de chandelle ou plutôt une véritable chandelle ; je mettrai donc chandelle.
Nous sommes assurés que la moitié de ceux qui liraient ceci trouveraient l'argument aussi pitoyable qu ils ont trouvé le fait ridicule ; et cependant l'argument et le fait auraient raison.
Imaginer que les Celtes s'éclairaient avec des chandelles ne serait point une folie; mais plutôt une vérité, et lorsque les critiques se seraient suffi-samment égayés au sujet de la chandelle celtique, le romancier serait ca-
xxviii INTRODUCTION.
pable de leur apporter la preuve scientifique qu'il a deviné juste.
Si l'envie de jouer sur les mots faisait nier que ceci tient au domaine de l'imagination, on pourrait demander au critique si une description pittoresque variée et précise d'un pays qu'on n'a pas vu , ou qui n'existe plus, ne demande pas quelque imagination. Il faudra bien que le critique réponde : oui.
Si donc il faut de l'imagination pour recréer l'aspect perdu d'une contrée , nous demanderons encore si parce que cette description aura toutes les probabilités d'être exacte, il n'y aura plus d'imagination, et enfin si ce mot n'est plus dans la langue actuelle que le synonyme de mensonge.
INTRODUCTION. xxix
Au besoin toutes les définitions grammaticales et métaphysiques nous donneraient raison, contre cette sotte et vulgaire acception du mot imagination.
Quant aux probabilités d'exactitude des inventions d'un romancier, elles se rattachent à la science plus qu'on ne croit en tout ce qui concerne les faits matériels ; ainsi l'aspect du pays dont nous avons parlé ne fût-il pas éclairé par d'antiques et irrécusables témoignages, il peut être deviné et imaginé par l'existence d'un fait seul : arrivons à l'exemple.
Nous savons que le castor habitait autrefois les Gaules. Eh bien, l'histoire du castor renferme a elle toute seule la peinture du pays qu'il habitait, les con-