‹ Les quatre époques (volume 3)Chapitre 12 sur 15 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

ditions d'existence de cet amphibie qui dispai'aît devant toute civilisatioti agronomique, lëtat des lieux qu'il recherche encore, sa retraite dans les froides et humides forêts du Canada, nous disent suffisamment ce qu'était la Gaule aux époques où il y était abondant. L'imagination ne sera ici que le miroir de la vérité, et malgré la mauvaise technologie de nos modernes critiques, elle n'a jamais été et ne peut pas être autre chose.

Ce n'est pas sans dessein que nous avons longuement appuyé sur le procédé par lequel l'imagination rétablit les faits matériels ou plutôt les objets physiques. En cherchant à démontrer que ce procédé est tout-a-fait rationnel, nous avons plaidé toute notre cause , car nous ne voyons pas pourquoi il ces-

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serait d'être logique lorsque nous l'appliquerons aux événements et aux faits moraux.

Ici le travail de l'imagination sort des routes matérielles de l'archéologie et de la géologie pour s'élever dans la voie des créations plus nobles du monde immatériel. Peut-être la marche y serait-elle plus difficile ; mais elle n'en sera pas moins conséquente. Un personnage doué d'un certain caractère , de préjugés donnés, dépassions connues, est un résultat aussi rigoureux des besoins de l'époque que la forêt froide et humide est un résultat de l'existence du castor. Si le personnage accepté comme vraisemblable agit logiquement dans le sens des passions et des intérêts qui l'animent , il sera histori-

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quement vrai en ce sens qu'il représentera une portion de la société passée qui a dû vivre comme il vivait, penser comme il pensait, agir comme il agissait; et, pour en revenir a notre point de départ, il sera vrai dansThistoirecomme Tartufe est vrai dans l'humanité.

Nous demandons pardon à nos lecteurs de cette discussion un tant soit peu métaphysique et probahlement fort ennuyeuse; nous le prierons de considérer que dans une littérature comme la nôtre, où la cri tique admet dans ses arguments le mépris pour les romanciers comme un droit incontestable, il n'était pas inutile de montrer que nous savons ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons.

Il nous reste encore à dire pourquoi

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nous avons resserré notre roman dans l'histoire d'une seule province, et pourquoi nous avons choisi cette province.

Nous avons resserré notre roman dansl'histoired'uneprovince, parce que nous n'avons pas osé tenter davantage; parce que le fû qui s'attache au premier récit de ce livre nous a paru trop facile à brouiller ou trop en danger de se rompre si nous le conduisions dans toutes les parties de notre France et de ses diverses histoires. Vouloir les peindre toutes a la fois nous eût nécessairement forcé à ne peindre que des lambeaux de chacune d'elles. Nous avons préféré un tableau complet, bien que circonscrit.

Quant a ce qui nous a fait choisir le Languedoc, nous pourrions répondre I. 3

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que nous avons choisi cette province parce que c'est notre province. Ce serait, lious le supposons du moins, une raison suffisante de notre choix, pour tous ceux qui croient encore à quelque amour du pays natal; entre deux histoires également intéressantes pour le public quand l'auteuV préfère celle dont il doit parler avec le cœur, il établit en sa faveur, sinon en faveur de son pays, un préjugé favorable que les sarcasmes du scepticisme actuel n'ont pas encore tout-à-fait détruit.

Mais si ce choix instinctif n'est pas seulement un affaire d'affection personnelle, s'il est justifié par Ihistoire la plus dramatique de toutes nos histoires provinciales , et la plus indépendante de notre histoire générale, l'auteur aura

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deux fois raison, et c'est ce qu'il serait facile de démontrer si nous avions le talent nécessaire. ISous allons y mettre de la bonne volonté.

Le premier événement qui se présente dans l'histoire du Languedoc c'est la sortie de ses peuples pour aller à la conquête de contrées étrangères. Cette conquête tentée sous la conduite de Sigo vèse et Bellovèse, embrassa la Germanie, la Pannonie, l'IUyrie, la Grèce, laThrace, et arriva à l'établissement du royaume delà Galafie, qui comprenait la plus grande partie de l' Asie-Mineure.

Cette conquête de nos ancêtres expliquera pourquoi nous avons suivi Tacite dans ce qu'il dit des mœurs des

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Germains, Diodore de Sicile, Straboii, Pline, Jusûn , Plutarque, Pausanias, dans ce qu'ils racontent des Gaulois.

Il a fallu trier pour ainsi dire 1 histoire des Celtes barbares dans l'histoire des peuples civilisés qu'ils avaient combattus, il a fallu chercher les mœurs nationales dans les contrées étrangères oii elles avaient été portées. C est l'arbre exotique étudié par le naturaliste dans la serre chaude où il est élevé. Que les mœurs des Gaulois se soient altérées dans leur transplantation commel'arbre s'altère sous un climat qui n'est pas le sien ; que les Gallo-Grecset les Germains ne fussent pas précisément les Gaulois de la Gaule, comme lepalmierdu Jardin des Plantes n'est pas exactement le palmier de la Palestine, nous ne le nions pas. Mais on sait ce qu'on peut, et on

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prend l'arbre comme il est venu. Avec cçtte différence qu'on peut aller dans l'Asie, et qu'on ne retourne pas dans le passé.

Après plusieurs siècles, la conquête gauloise se rencontra avec la conquête romaine et elle fut vaincue dans la lutte. La ruche qui essaimait ces populations guerrières sur le m onde fut enclose dans le patrimoine romain et n'exista plus bientôt que pour le compte de son ancienne ennemie.

La Provence, que son commerce avec les Phocéens de Marseille avait déjà accoutumée à de nouveaux besoins, accepta la domination romaine; et la contrée des Tectosages conquise, mais non vaincue, devint bientôt la

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