‹ Les quatre époques (volume 3)Chapitre 3 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

répondrons franchement que c'est véritablement notre cause particulière que nous défendons dans la cause générale. Lorsqu'un homme entreprend un ouvrage dont l'étude'exige au moins beaucoup de persévérance , il doit lui être permis dédire qu'il a la conviction que ce qu'il tente sera utile, il doit pouvoir essayer de faire passer cette conviction dans l'esprit du public.

Nous ne prétendons pas assurément mettre le roman au niveau de l'histoire, et peut-être est-ce parce que nous la considérons comme l'œuvre la plus haute et la plus sainte que l'esprit humain puisse tenter, que nous avons craint d'accepter la mission si difficile d'historien. Toutefois c'est encore plus l'histoire comme elle devrait être faite

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que l'histoire comme elle a élé écrite qui nous a épouvantés.

On peut séparer en deux classes les historiens qui ont précédé notre siècle. Les uns? comme Mézerai et Mabli,historiensde laroyauté,ontconcentrédans le récit de ses actes l'histoire de tout le pays; les autres? comme Bossuet et Voltaire, ont fait de l'histoire un auxiliaire de leurs opinions, et l'ont trouvée également souple pour et contre la religion du Christ.

Mais ni les uns ni les autres de ces historiens ne se sont assez souvenus que l'histoire d'une nation n'est pas celle d'un homme et ne doit pas être davantage un plaidoyer. A ce titre, l'histoire de France reste encore à faire.

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Le peuple français, venu d'origines si diverses , régi par des lois si différentes, n'a pas toujours e'té le peuple homogène qui existe aujourd'hui.

La France , divisée longtemps en provinces indépendantes , dont les mœurs , les droits , les instititutions n'avaient souvent rien de semblable; la France n'a pas été toujours le royaume compacte, créé par Louis XIV.

Il fut un temps oii chaque province, comme chaque classe du peuple, eut un principe de vie et d'action qui lui était propre. Longtemps la Bretagne a voulu pour son compte ce que ne voulait pas la Provence ; la Normandie a refusé ce qu'eût accepté le Languedoc ; d'une autre part , la

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noblesse, le cierge, le peuple, agissaient'cliacun en vertu de ses intérêts et de ses droits. Ce pouvoir nouveau, qu'on appelle centralisation, n'envoyait pas du centre axix extrémités une vie régulière, normale, et qui appelait toutes les parties et toutes les classes de la nation aux mêmes avantages, ou les courbait sous la même loi.

Il nous semble donc que l'histoire de France, présentée sous cet aspect, n'a pas encore été tentée; c'est peut - être demander beaucoup que de prétendre voir marcher ensemble tant d'événements contemporains entre eux mais souvent étrangers les uns aux autres, et qui cependant appartiennent à l'histoire de la France. C'est peut-être vouloir plus que l'esprit ne peut embrasser, plus

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peut-être qu'il ne pourrait comprendre, que d'exiger un tableau complet de toutes les le'gislations et de tous les intérêts qui ont de'terminé ces événements; mais cette tâche, si elle était accomplie, produirait une œuvre si grande que nous ne désespérons pas de la voir bientôt entreprise.

Nous ne sommes pas de ceux qui doutons de la puissance littéraire de notre époque, et l'on ne prendra pas probablement pour un faux-semblant de modestie de notre part, de dire que nous n'avons douté que de n ous-même.

Car en reconnaissant la supériorité de l'histoire telle que nous venons de la présenter , elle manquerait encore à nos yeux de l'un des attraits les plus puissants : en effet elle ne pourrait des-

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