XIV INTRODUCTION
Loin de nous la pensée de déprécier en aucune manière ces précieuses recherches; ce n'est pas lorsque nous aurons tant occasion de recourir aux travaux des savants qui nous ont précédés que nous essaierons de méconnaître leur mérite. Mais, supposez que dans ce muséum dont nous parlions tout à l'heure, dans cette vaste collection de vêtements, d'armes et de monuments, il plaise à quelqu'un d'introduire des hommes vivants, de les couvrir de ces vêtements et de ces armes, de les faire mouvoir et accomplir toutes les actions delà vie avec ces costumes dans ces monuments, au milieu de toutes les choses qui étaient à l'usafîje d'autrefois, ne vous semble-t-il pas que vous comprendrez mieux ce qu'étaient les hommes ainsi vêtus, et a quoi servaient les choses de
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leur époque. Voilà le but auquel doit arriver le roman historique.
Peut-être le mérite sera-t-il moins grand de mettre en œuvre toutes ces recherches que de les avoir faites ; mais il n'est point douteux que le résultat sera tout a l'avantage du romancier sur l'antiquaire, vis-à-vis du public.
Celui-ci préférera toujours ce spectacle animé et vivant, à la froide monotonie d'une dissertation ou d'une nomenclature. Il est possible que le monde n'estime pas beaucoup la science de celui' qu'il lit parce qu'il y trouve de l'amusement, et que la première réputation de la science, c'est d'être ennuyeuse; mais il n'en apprendra pas moins avec le romancier ce qu'il n'eût pas appris avec l'antiquaire '■ d'un autre
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côté, si le roman ne s'isole pas complètement de l'histoire, s'il est assez habile pour mêler les intérêts privés et les intérêts publics, le lecteur trouvera encore dans le romancier ce qu'il n'eût pas es sayé de chercher dans l'historien.
Ici sans doute se présentera l'objection accoutumée contre ce qu'on appelle les genres bâtards • on fera le procès de Ihistoire par le roman, et le procès du roman par l'histoire. Ou le livre que vous publierez, dira la critique, sera fondé sur des événements vrais, et alors tout ce que votre imagination y ajoutera ne fera qu'altérer la vérité de ces événements; ou vous partirez d'une action imaginée, et tout ce que vous y mêlerez d'histoire entravera sa marche.
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Quoique Scott ait répondu à la difficulté par des exemples , il n'est peutêtre pas inutile de la réfuter par de bonnes raisons.
Tout héros a deux existences, l'existence publique et l'existence privée.
Quand les histoires se sont emparées de l'existence publique, les mémoires exploitent l'existence privée; et ce ne sont pas les plus intimes qui ont le moins de succès. La vie d'une nation vaut bien celle du plus grand héros, et comme la sienne , elle nous semble mériter d'être révélée sous tous ses aspects, d'avoir son histoire et ses mémoires.
Mais les mémoires d'une nation sont, absolument parlant, une chose impossible; car ils devraient embrasser toutes