XX INTRODUCTION
donné ? Ne peut-on créer le bourgeois de 1400 comme on a créé l'avare de tous les siècles? ne peut-on mettre en scène le noble féodal de i3oo comme on y a mis l'hypocrite éternel. Nous osons penser le contraire; et nous répondrions pour l'art sinon pour nousmêmes par cet axiome: qui peut le plus peut le moins.
Nous ne voulons pas prévoir l'objection personnelle qui consisterait à nous répondre:
Sans doute Molière a fait ce que vous dites pour la généralité humaine ; mais il l'a fait parce qu'il était Molière.
Iln'estaucunhommeàquironnepût brisersa plume dans lesmainsavec un pa-
INTRODUCTION. xxt
reil argument. Il ne manque pas de nOms en France en vertu desquels on imposerait silence aux orateurs, aux auteurs dramatiques, aux historiens et même aux critiques. Laissons donc cette question personnelle en dehoi's et revenons à la cause du roman hislorique.
D'après ce que nous avons dit plus haut, on peut conclure que nous considérons le roman historique comme étant les mémoires d'une nation. C'est sous ce point de vue que nous l'offrons au public. Quant à ce qui peut s'y mêler de faits historiques, on ne nous contestera pas le droit de nous en servir, et parce qu'ils ne marcheront pas toujours en état de représentation comme dans l'histoire, ils n'en seront ni moins vrais, ni moins intéressants: