‹ Les Quatre Filles du docteur MarschChapitre 13 sur 63 · INCONVÉNIENTS DES V ÊTES ET DES VACANCES · texte numérisé non relu

INCONVÉNIENTS DES V ÊTES ET DES VACANCES

« Mon Dieu, que c'est ennuyeux de s'être amusé pendant toute uni' semaine ! » soupira Meg en se le\ani l«' lendemain malin. Les varanrcs étaient linirs, cl huit jours de fêle ne la disposaient pas à remplir sa tâche quotidienne.

— Je voudrais que ce soit toute l'année \oë| ou le jour de l ai i ! .N'est-ce pas qiu- cr x-rail pins agréable? repiindii Jo (>n bâillant tristement.

— Nous ne nous amuserions peut-être pas tant s'il fallait s'amuser tous les jouis. „ répondit Meg, retroU-

\ant un peu de raison. Mais cela ne dura pas. « C'est

«■epiMidani hien agréable d'avoir des petits soupers et des bouquets, d'aller en soirée, d Vu re\eniren voiture, de lire, de se reposer et même de ne pas travailler, dit

Meg, tout en essayant de décider laquelle de ses deux vieilles robes était la plus mettable. C'est comme cela que foui les jeunes filles doni les parents ont de la iorlune, et il y a des momcitK r.ii je ne puis pas me retenir de les trouver plus ln<ruvuse> que nous.

Uali ! riposta Jo, il y a des jeunes personnes très

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riches qui ont l'air bien maussade; ce n'est donc pas l'argent seul qui rond lieui'oux. Nous ne pouvons pas être connue elles, prenons-en gaiement notre parti et, connue maman, donnons-nous, avec bonne humeur, bien de la peine. Tante Marsch, chez laquelle j'ai pour devoir de passer toute la journée avec la mission impossible à remplir de tâcher de l'égayer, est vraiment pour moi \eVieiltard delà mer, de Sindbad le Marin; mais je suppose que, lorsque j'aurai appris à porter mon fardeau s uis me plaindre, il sera devenu si léger que je n'y ferai plus attention. »

Cette idée mit Jo do bonne humeur, mais Mec: ne s'éclaircil pas. Son fardeau, à elle, consistait à mener l'éducation de quatre ratants gâtés, bien décidés à ne profiter (rancune leçon. 11 lui semblait plus lourd que jamais, et elle n'avait pas même assez de courage pour se faire belle, en menant comme d'habitude un ruban bleu autour de son cou et en se coiffant de la manière qui lui allait le mieux.

Ce fut dans cette disposition d'esprit que Meg descendit, et elle ne fut pas aimable du tout pendant le déjeuner. Tout le monde para e-,; il d'ailleurs contrarié et porté à se plaindre : Helh avait mal à, la tète et essayait de se guérir en s'étendant sur le canapé et en jouant, avec la chat te et. ses trois petits; Amy se fâchait, ■ arce qu'elle ne savait pas ses leçons et ne pouvait as trouver ses cahiers; Jo faisait un grand tapage en s apprêtant; M"" Marsch riait iiv> on-,,,,,,, à jinj r une lettre pressée, et llannah était bourrue, parce que les veilles prolongées la fatiguaient toujours.

« Décidément il n'y a jamais eu au monde une lauulle d aussi mauvaise humeur ï s'écria Jo perdant patience, après avoir cassé deux passe-lacets, renversé un encrier et s'être assise sur son chapeau.

VSK FAMILLE l)K MAUVAISE HUMIXr,.

— lù c'est vous qui êtes la plus d« -agréable, répoiïdit Amy en effaçant, avec les larmes qui étaient tombées Sur son ardoise, une division qui était tonte munquée.

— Beth, si vous ne gardez pas ces horribles bêtes à

la cuisine, je (lirai à Hannah de les taire cuire ! » s'écria

Meg en colère, en essayant de se débarrasser d'un des petits ebats qui avait grimpé sur son dos et s'y cramponnait, juste à un endroit où elle ne pouvait pas l'attraper. »

Jo se mit à rire, Meg à gronder, Beth à supplier, et Amy àgémir, [jarre qu'elle ne pouvait plus se rappeler combien faisaient neuf fois douze.

« Restez donc tranquilles nn instant, mes pauvres enfants, dit M"'" Marsrh en elï'açantla troisième phrase de sa lettre; il faut que ceci parte immédiatement, et je ne peux, pas écrite au milieu de votre tapage. »

11 y eut un silence momentané, brisé seulement par l'entrée de Hannah qui posa sur la table deux petits pâtés à peine sortis du four, et disparut aussi \it>' qu'elle était entrée. Les enfants appelaient ces petits pâtés des manchons, car elles n'en avaient pa< d'aui res, et trouvaient Ion agréable de se réchauffer les mains en

s'en allant axer les petits pàlé-. brulaiu . V ,--i llaunal),

quelque occupée et fatiguée qu'elle put ètiv. n'oubliait

jamais de leur en préparer, car Meg et Jo avaient une longue course à faire et. ne mangeaient rien d'auire jusqu'à leur retour, qui axait rarement lieu avant trois heures de l'après-midi.

« Amusez-vous bien axer vos chats et tâche/, de vous débarrasser de votre mal de tète, petite Beth! Adieu, chère maman ; nous sommes ce matin de vrais diables, mais nous serons des anges quand nous reviendrons. Allons, venez, Meg. »

Et Jo partit la première, en sentant que, pour cette

Cuis, les pèlerins ne se mettaient pas en route pour le paradis avec- leur bonne grâce accoutumée.

Jîlles se retournaient toujours lorsqu'elles arri\aiei;î au coin de la rue. et leur mère n'oubliait jamais de se mettre à la fenêtre pour leur faire un petit signe de tête et leur envoyer un sourire. Il semblait que les di'ux filles n'auraient pas pu passer (ajournée si elles n'avaient eu ce dernier regard d'adieu de leur Mère, et, quelque ennuyées qu'elles pussent être, ce sourire qui les suivait les ranimait comme un rayon de soleil.

« Si maman nous mollirait le poing au lieu de nous envoyer un baiser, ce ne serait que ce que nous méritons; on n'a jamais vu de petites bêtes aussi ingrates que nous! s'écria Jo, qui, pleine de remords, tâchait de

s'arranger du chemin bourbeux et du vent glacial.

— N'employez donc pas des expressions comme celles-là, dit Meg, dont la vwx sortait des profondeurs du \oile ou elle s'était ensevelie en personne dégoûtée à jamais des biens de ce monde.

— J'aime les mot s bons et forts qui signifient quelque chose* répliqua Jo, en rattrapant son chapeau emporté par le vent.

uni ie>; -vous tous les noms que vous voudrez; mais comme je ne suis „i un «fiable ni une bête, je ne

\ou\ pas qu ou m'appelle ainsi!

r U,,IS êtes «WsMéÉË* de trop méchante humeur aujourdluu, Meg, ,. ( pourquoi ? parce que vous n'êtes

I "'ts riche ©oœiae iPQusfe désirez ! fmvve chère ! attende*

seulement que je m'enrichisse, et alors vous aurez à prolus.on des voilures, des glaces, des bouquets, des

wttines a grands talons, et des jeunes gens à cheveux rouges que n nus vous eiïorcerez de ne voir que blonds, pour \ous faire danser.

- Que vous êtes ridicule, Jo! „ répondit Meg.

ONE FAMILLE DE MAUVAISE HUMEUR. M

Mais elle se mit à rire et se sentît malgré elle de moins maussade humeur, « (Test, heureux pour vous que je le sois. Si je prenais

comme vous des airs malheureux et si je m'évertuais à être désagréable, omis serions dans un joli état! (iràce à Dieu, je trouve dans o h jt quelque chose (h* drôle pour me remettre. Uîons, ne grondez plus, revenez après vos leçons à la maison de gentille humeur ; cela fera plaisir à maman, » dit Jo, en donnant a sa souir une petite tape d'ei icouragemenl sur l'épaule.

Et les deux sœurs se séparèrent pour tonte la journée, prenant un chemin dilVérenl. chaeune tenant son pcto pâté bien chaud dans ses mains et tâchant d'être gaie malgré le temps d'hiver, le travail peu intéressant qui les attendait et le regret de no pouvoir s'amuser encore.

Lorsque M. Marsch avait perdu sa fortune par la ruine d'un ami malheureux qu'il avait aidé, Meg et Jo avaient eu toutes les deux le bon -vus de demander à leurs parents la permission de faire quelque chose qui les mît à même de pourvoir tout au moins à leur entretien personnel.

Ceux-ci, pensant qu'elles ne pourraient commencer trop toi à se rendre in di''|)i ridantes par leur travail, leur

accordèrent ce qu'elles demandaient, et toutes deux se mirent à travailler avec cette bonne volonté venant du

cœur qui. malgré les obstacles, réussit toujours. Marguerite trouva à (aire réducal ion de quatre

petites miss dans une famille du voisinage, et son modeste salaire fut pour elle une richesse relative. Mlle reconnaissait volontiers qu'elle avait un peu trop gardé le goût de l'élégance, et que sou plus grand ennui était sa pauvreté; la gène dans laquelle la famille v iv ail lui était plus difficile à supporter qu'à ses sieurs, car, en sa quantè d'aînée, elle se rappelait plus vivement le

temps où leur maison était belle, leur vie facile et agréable, et les besoins de toute sort*' inconnus. Elle s'efforçait bien de n'être ni envieuse ni mécontente, niais elle ne pouvait se retenir de regretter les fêtes et

les jolies choses d'autrefois.

Dans la famille Kings, où elle remplissait pendant une partie du jour ses fonctions d'institutrice, elle voyait chez les autres ce qu'elle ne trouvait plus chez elle: les grandes so-urs des enfants qu'elle instruisait allaient dans le monde, et Ueg a\ait souvent sous les }cux de jolies toilettes de bal, des bouquets, etc. ; elle entendait parler de spectacles, de concerts, de parties en traîneau et. de toutes sortes d'amusements. Elle \o\ait dépenser beaucoup d'argent pour des riens dont on ne se souciait plus le Jendcmam et qui lui auraient fait tant de plaisir, à elle. La pauvre Meg se plaignait rarement; mais une sorte de sentiment d'amertume involontaire l'envahissait quelquefois, car elle n'avait pas encore appris à connaître combien elle était riche des vrais biens oui rendent la vie heureuse.

ÎO passait ses matinées près de la tante Marscl), qui

soullVait de douleurs rhumatismales.

Lorsque la belle-smur de M. Marscb lui avait offert d'adopter mie de ses tilles et de la prendre tout à fait avec elle, la vieille dame avait été très offensée par le refus de son frère de se séparer si complètement d'un de ses enfants. Des amis de M. et M"' e Marsch leur (tirent dès lors qu'ils avaient perdu toute chance d'hériter jamais de la vieille dame. Ils répondirent :

« Nous ne voudrions pas abandonner nos tilles pour 14,10 ,,0,i ™»»- ^ fortunes. Hiches ou pauvres, nous resterons ensemble, et nous saurons être heureux. „ leiMlaut quelque temps, la vieille dame avait refusé 3 voir; mais, rencontrant un jour Jo chez une de

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ses amies, l'originalité de la petite fille lui plut, et. elle proposa delà prendre comme demoiselle de compagnie, (lela n'avait rien de bien séduisant pour Je-, car tante Marsrh était passablement atrabilaire : m,ï:-. par raison. Jo accepta et, à la surprise générale, elle s'arrangea remarquablement bien ;i\ec son irascible parente, dépendant il y eut une fois une tempête, et Jo était revenue chez elle en déclarant qu'elle ne pouvait pas supporter cela plus longtemps. Mais tante Marsrh la redemanda si instamment que Jo ne put pas refuser, car, au fond de son co'iir, il y avait vraiment une certaine affection pour la vieille dame, si difficile qu'elle lût à contenter.

Je soupçonne que l'attraction réelle de Jo était une grande chambre toule remplie de beaux livres, qm étaient, laissés à la poussière et aux araignées depuis la mort, de l'oncle Marsch. Jo avait conservé un bien

bon souvenir du vieux monsieur qui lui permettait de bâtir des chemins de fer et des pouls avec ses gros dictionnaires, lui expliquait les drôles d'images de ses livres étrangers avec beaucoup de bonne humeur et lui achetait des bonshommes de pain d'épiee toutes les fois qu'il la rencontrait dan* la rue. La grande

chambre sombre et inhabitée, toute garnie de rayons couverts de livres, les chaises capitonnées, les bustes qui semblaient la regarde!', et surtout l'énorme quantité de livresque, devenue plus grande, elle pouvait lire à son gré, tout cela faisait pour elle de la bibliothèque un vrai paradis. Aussitôt (pie tante Marseh commençait à sommeiller, ou qu'elle était occupée par des visites, Jo se précipitait dans cet endroit solitaire, et, s'enfonçant dans un grand fauteuil, dévorait au hasard de la poésie, de l'histoire, des voyages et quelques romans d'aventures dont elle était très friande. Mais,

bk LES QUATT.E PILLES DU DOr.TEUIt M.VRSCII.

comme fous les bonheurs, le sien ne durait pas longtemps, et, aussitôt qu'elle était arrivée au milieu de son histoire, au plus joli vers de son chant, ou au moment le plus dramatique du récit de son voyageur, ou au trait le plus émouvant de la vie de sou héros, une voix perçante criait : *

« Joséphi — ne ! Joséphi — ne î ! ! »

l*;t elle était obligée de quitter son Ëden pour aller

dévider des écbeveauv de laine, peigner le chien ou lire les iïssdis de Belsham, ouvrage qui manquait d'intérêt pour elle.

L'ambition de Jo était de faire un jour quelque chose qui fut jugé dans le inonde entie-r comme ton t à fait splemlide. Quoi? Elle n'en avait aucune idée et attendait que l'avenir le lui apprît; mais, pour le moment, sa plus grande afllielion était de ne pouvoir lire, courir et se promener autant qu'elle l'aurait \oulu. Sun caractère emporté et son esprit vif et subtil lui jouaient toujours de mauvais tours, et sa vie était une série de hauts et de bas, à la fois comiques et pathétique*. Toutefois l'éducation qu'elle recevait chez la tante Marscû, quoiqu'elle lui fût peu agréable, était justement peut-être celle qu'il lui fallait, et! «laideurs, la pensée qu'elle faisait quelque cho-.ê (I utile à sa famille la rendait heureuse, malgré le

perpétuel « Josr — phi— ne! »

Beth était trop timide pour aller en pension; on avait

essayéde| \ envoyer, mais elle avait tant soulîèrt qu'on lm avait permis de n'y pas retourner. Son père lui donna alors desleçons. C'était pour elle le meilleur des maî- Hvs; mais, lorsqu'il part il pour l'armée, sa mère étant ODUgêe de donner une partie de son temps à la société

de secours pour les blessés, Beth avait dû souvent travailler seule. Fidèle aux habitudes que lui avait lait

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h rendre son pfa& f l'ai mable et !a§8 onfaiil s'en acquittait de son mieux. C'était en outre une vraie petite femme de ménage, et, sans demander «l'autre récompense qii" d'èlre aimée, elle aidait, la vieille I (annal) à tenir la maison en ordre. Elle passait, de grandes journées toute seule; mais elle ne se trouvait pas solitaire, car elle s'était créé un monde très à son gré et ne restait jamais inoccupée.

Elle [nus les matins six poupées à lever el à

habiller. Kilo avait gardé ses goûts d'enfant et aimai! toujours ses poupées, quoiqu'elle n'en eût pas une seule de jolie ou d'entière. C'était, à vrai dire, un stock, recueilli par elle, des vieilles poupées abandonnées par ses sœurs; mais, pour cette inème raison, l'eth les aimait encore plus tendrement, et elle avait, de l'ait, fondé un hôpital pour les poupées inlirmes. Jamais elle ne leur enfonçait des épingles dans le corps, jamais elle 1 ne leur donnait de coup-, ou ne leur disait de paroles désagréables; elle n'en négligeait aucune et les habillait, les caressait, les soignait avec une sollicitude qui ne se démentait jamais. Sa favorite était une \ieille poupée qui, ayant appartenu à .lo, avait un grand trou dans la tète et ne possédait plus ni bras al jambes; lïeth, qui Taxait adoptée, cachait tout cela eu Tein eloppant dans une couverture et en lui menant un joli petit bonnet.

Si on avait su toute l'affection qu'elle portail à cette poupée, on en aurait éi é inuch.'-: - lui apportait des bouquets, lui lisait des histoires, la. menait promener en la cachant sous son manteau pouf lui éviter des rhumes, auxquels son trou a la. tète l'exposait plus qu'une autre, du moins elle le croyait. Klle lui chaulait «les chansons et iv allait jamais se coucher sans l'embrasser et lui dire tendrement tout bas:

« J'espère quevousdormirez bien, ma pauvre chérie. »

lîiih avait comrno ses su'iirs ses ennuis personnels, et elle « pleurait souvent quelques petites larmes, » commo disait ,lo, parce qu'elle ne pouvait pas prendre assez de leçons de musique et avoir un autre piano. Ktle aimait tant la musique, elle essayait avec tant d'ardeur de l'apprendre seule, elle étudiait si patiemment sur le vieux pia.no faux, qu'on ne pouvait pas s'empêcher de penser que quelqu'un devrait bien l'aider. Mais personne ne le pouvait dans la maison, et personnene la voyait pleurer sur les touches jaunies par le temps et qui ne voulaient pas rester justes. Mlle chantait en travaillant, comme une petite alouette, n'était jamais fatiguée pour jouer quelque chose à sa mère ou à ses sœurs, et se disait tous les jours :

« Je suis sûre que, si je suis sage, j'arriverai à bi jouer du piano. »

11 y a dans le monde beaucoup de petites lîetb timides et tranquilles qui ont l'air de ne tenir aucune place, qui restent dans l'ombre jusqu'à ce qu'on ait besoin d'elles, et qui vivent si gaiement pour les autres que persfiime ne voit leurs sacrifices. On les reconnaîtrait bien vite le jour où elles disparaîtraient, laissant derrière elles la tristesse et le vide!

Si on avait demandé à \my quel était le plus grand ennui de sa vie, elle aurait immédiatement répondu : « Mon nez! »

Une légende s était faite à ce propos dans la famille, ïo avait laissé tomber sa sœur quand elle était toute

potne. et \my affirmait toujours que c'était cette chute

qtn ayail abîmé sou nez. Il n'était cependant ni gros, «» i-ouge, <-e pauvre ne/, mais seulement un peu, uiUout petit peu plat du bout. \m\ avait beau le pincer pour i allonger, elle ne privait lui donner une tournure, une cambrure suffisamment aristocratique à son gré. Per-

UNE FAMILLE DE MAUVAISE HUMEUR

sonne, si ce n'est elle, n'y faisait attention ; telle qu'elle était, elle était très gentille; mais elle sentait profondément le besoin d'un nez aquilîn, et en dessinait des paix 's entières pour se consoler.

La petite Raphaël, comme rappelaient ses somus, avait de très grandes dispositions pour le dessin ; elle n'était jamais plus heureuse que lorsqu'elle dessinait des fleurs ou illustrait ses livres d'histoire, et ses maîtres se plaignaient continuellement de ce qu'elle couvrait son ardoise d'anini aux, au lieu de taire ses multiplications et ses divisions. Les pages blanches do son atlas étaient remplies de mappemondes de son invention, et les compositions à la plume ou au crayon, parfois même les caricatures les plus grotesques sortaient à tous moments des ouvrages qu'elle venait de lire. Mlle se lirait cependant assez bien de ses devoirs et, grâce à une conduite exemplaire, échappait toujours aux ré pri mandes. Ses compagnes l'ai m aient beaucoup, parce qu'elle, avaitun bon caractère et possédait l'heureux art de plaire sans elTort ; elles admiraient ses pi iiis airs, ses grâces enfantin* ^ « i ses talents qui consistaient, outre son dessin, à savoir faire du crochet, jouer quelques petits morceaux de musique, et lire du français sans prononcer mal plus des deux tiers des mots. Kilo avait une manière plaintive de dire : « Quand papa était riche, nous faisions comme ci et comme ça », qui était très touchante, et les petites tilles t rou\ aient ses grands mots « parfaitement élégants ».

Àmy était en bon chemin d'être gâtée par tout le monde ; ses petites vanités et son égoïsme croissaient à vue d'oui.

Les deux aînées s'aimaient beaucoup ; mais chacune d'elles avait pris une des plus jeunes sous sa protection, était sa <■ petite mère » et la soignait connue autrefois

ses poupées. Bfeg était la confidente et la monitrice d'A my t et, par quelque étrange attraction des contrastes, Jo était celle de la gentille JJeih ; c'était à Jo

S nie '[in 1 h timide enfant disait ses pensées, ri Reth avait, sans le savoir, plus d'influence sur sa grande mur étourdie que tout le reste de la famille.

Le soi!- venu de cette journée assez mal commencée, Meg se mit à dire en commençant à coudre :

« L'une de nous a-t-ollo quelque chose d'amusant à nm® i-anmiiT? Ma journée a été si désagréable que je meurs réellement d'envie de m amuser.

— Je vais mm raconter ce qui m'est arrivé aujourd'hui avec tante Marsclt, commença Jo qui aimait à raconter des histoires : je lui lisais son éternel Belshani en allant le ])lus lentement que je pouvais, dans h spoir de rendormir plus tôt et de pouvoir

ensuite choisir un joli livre et en lire le plus possible jusquà ce quelle se fut iweilj.v; mais cela m'ennuvait tellement qu'avant qu'elle eût commencé à s'endormir Jl m arriva par malheur de bâiller de toutes mes forces, n «tenant vil qu'elle me demanda ce que j'avais <'*""■ à ouvrir telienmm la bouche qu'on aurait pu y met i re le livre lout entier.

« - Je voudrais bien qu'il pùt s'y engouffrer en eue» , il " en serait plus question, » lui répondis-je en essayant de ne pas être trop impertinente.

" laiile nift fit alors un long sermon sur mes péchés " — li' d, rester tranqnîîîeel de penser a m'en corriger pendant quelle « m recueillant un moment ».

2 0I ' <,1 " ilil : el,,, • n, ^ mmmiom sont longues, £ ^"qnM.-v.s satèie se pencher comme un daiiJia

à I et me mis

Jt ' , ' ^^ l ^^on livre et l'autre sur ma taDte eûtojli - iuste au moment où ils

UNE FAMILLE DE MAUVAISE HUMEUR

tombent dans l'eau, quand je m'oubliai cl m. 1 mis à

rire tout haut, ce qui réveilla. Kilo ohm. de meilleure

humeur après un petit somme et me dit de lui lire quelque chose du livre fjiie je tenais, afin qu'elle put voir quel ouvrage frivole je préférais au digne et instructif Belsham. J'obéis, et je vis bien que cela l'amusait, car elle me dii : •< — Je ne comprends p is tout à fait; reprenez au commencement, enfant. « Je recommençai donc mon hisloire, m'eflbrçant de

très bien lire pour rendre les IVimrose aussi intéressants que possible. Mais je fus alors assez méchante pour m'inierrompre au plus beau moment et dire avec <louceur à ma taule :

« — Je crains (pie cela ne \ous ennuie, ma tante.; ne dois- je pas m'arrêter maintenant? »

Elle ramassa son tricot qui était tombé sm- se

genoux, me regarda de travers et me dit d'un ton revêche :

« — Finissez le chapitre ei ne -.oyez pas impertinente. »

— \-t-elle avoué que cela l'amusait? demanda Meg.

— Oh! non, mais elle a laissé dormir lïelsham. et lorsque je suis allée chercher me< gants cri te aprèsmidi. je l'ai vue qui lisait si attentivement le Vicaire, qu elle ne m'a pas entendue rire e! sauter de joie en pensant au bon temps (pie j'allais avoir. Qu'elle serait, heureuse, tante, si elle voulait ! Mais je ne l'envie pas beaucoup malgré sa richesse, et j'en reviens toujours là : les riches ont, après tout, autant d'ennuis que les

— delà me rappelle, dit Meg. que, moi aussi, j'ai quelque chose à raconter. J'ai trouvé aujourd'hui toute la famille Rings en émoi : l'un des enfants m'a dit que 'eur frère aîné avait l'ait quelque chose de si mal que

M. Kings l'avait chassé. J'ai entendu M" ,e kin^s qui pleura il et sou mari qui pariait très fort, et Grâce et Ellen se sont détournées en passant près de moi. afin ((iio je ne visse pas leurs yeux rouges. Je n'ai naturellement fait aucune question ; mais j'étais très peinée pour elles, et, pendant tout le temps (pie je suis revenue, je me disais que j'étais bien contente que nous n'eussions pas de frères qui fissent de vilaines choses.

— CY-i encore bien plus terrible d'èire déshonorée dans sa pension, dit Amy en secouant la tête comme si elle avait une profonde expérience de la vie. Susie Perkins avait aujourd'hui une charmante bague de cornaline qui me faisait envie, et j'aurais bien voulu être à sa place. Mais n'a-t-elle pas eu l'idée de faire le poitrail de M. David avec un nez monstrueux, une bosse e1 les mois: « Mesdemoiselles, je vous vois », sortant de sa bouche dans un ballon. Nous regardions en riant quand il nous vit (ont à coup et ordonna à Susie de lui apporter son ardoise. Elle était à moitié paralysée par la frayeur; mais il lui fallut obéir tout de même, et qu'est-ce que vous pensez qu'il a fait? il la prise par l'oreille ; par l'oreille, pensez donc comme c'est horrible! et il Ta fait asseoir sur nu grand tabouret, au milieu de la classe. Elle y e>i restée pendant une demi-heure, en tenant son ardoise de manière que toute la classe put lavoir. 1

— Kt avez-vous bien ri? demanda Jo.

— Ri ! Personne n'a ri ! Nous étions aussi muettes que des souris, ei Susie sanglotait. Je n'enviais pas son sort alors, car je sentais .[ U o des millions de bagues" de '•onKiime ne m auraient pas rendue heureuse après cette

,e ne pourrais jamais subir une si agonisante

tif wallon, » dit Amy.

Sur ce, eîle continua à travailler avec l'air charmé

UXR FAMIM.K DI-: MAUVAISE HUMEUR. 61

d'une personne inliinoinen: convaincue de sa vertu, el qui venait en outre de se donner la satisfaction de placer deux grands mois français dans la même phrase.

<( J'ai vu aussi quelque chose ce matin, dit lïelh, qui rangeait, le panier loujours en désordre de .In; j'avais l'intention de le dire à table, mais j'ai oublié. Lorsque je suis allée chercher du poisson, M. Laurcnlzétail dans la boutique a\rr M. Culter, le marchand, quand uni 1 pauvre femme, portant, un seau et une brosse, vint demandera M. (ait 1er s'il \niilaii lui laire l'aire quelque nettoyage en lui donnant pour payement un peu de poisson pour ses enfants qui n'avaient rien à manger. M. Cutter, qui était très occupé, dit assez rudement « non », et la pauvre femme s'en allait tristement, quand M. Laurent/ décrocha un gros poisson avec le bec recourbé de sa canne et le lui tendit. Elle était si contente et si surprise qu'elle prit le poisson dans ses bras et s'en fit comme un plastron; c'était en même temps attendrissant, et risible de la voir, ainsi cuirassée, remercier M. Laurent/ de toutes ses forces, et lui dire qu'elle espérait que son lit serait doux dans le paradis. Il lui mit dans la main une pièce de monnaie pour le pain et Taie, en la priant de ne pas perdre son temps en remerciements, et en l'engageant brusquement à aller vite faire cuire son poisson, ce qu'elle fit. Comme c'était bien de la part de M. Laurentz !

— Très bien, répondit tout l'auditoire, très bien !

— \oilà en quoi j'envie les lâches, dit Jo. Quand ils ont pu faire dans leur journée une bonne petite chose connue celle-là, ils sont plus heureux que nous.

— Assurément, dit lïeth, j'aurais voulu pouvoir être

à la place de M. Laurentz dans ce moment-là. »

Les quatre sœurs, ayant raconté chacune leur histoire.

G -2 LES QUATRE FILLRS DU DOCTEUR MARSCII.

prièrent leur mèredelenren dire une à son tour, etcelle-

ci commença d'un air un peu grave :

« Aujourd'hui, pendant que j'étais à l'ambulance, occupée à couper des filets de flanelle pour les soldais, j'étais très inquiète de votre père, et je pensais combien nous serions seules et malheureuses si quelque grand malheur lai arrivait. .Pétais très triste quand un vieillard entra me demander des secours et s'assit près de moi. Il avait l'air très pauvre, très fatigué et très triste, et je

lui demandai s'il avait des fils dans l'armée.

•« — Oui, madame, jVn ai eu quatre, mais deux ont été iné<; Je troisième a été fait prisonnier, et je suis en route pour aller trouver le dernier, qui est dans un des hôpitaux de Washington, me répondit-il.

" " \<"«s ave/ beaucoup fait pour \otre pays, monsieur, lui dis-jo, ma pitié s Y' tant changée en respect.

« — P.l- plus que je ne le de\ais, madame; je serais parti moi-même si j'en avais eu la force; niais. 1 comme j ( ' ne l< 1 peux pas. je donne mes enfants, et je les donne de tout cœur au rétablissement delà paix et à l'union. »

Il parlait avec tant de résignation que je fus honteuse de moi- même, qui croyais avoir tant lail'en laissant l m! * l,r mon "i^ri. alors que j'avais gardé tous mes enfants

pour me consoler j ( . ; îie suis trouvée, à côté de ce

vieillard. >i riche et si heureuse, que je lai remercié de t"»t '"on cœur de la leçon qu'il m'avait donnée sans le

savoir,

( « J'ai pu, grâce à Dieu, lui faire donner par l'association de l'argent, et un bon paquet de provisions pour

son \o\ aire.

- Si nous avions été des garçons, dit Beth tout aoucement, mère ne nous aurait pas gardées.

a.;;ï imil J -'^t, répliqua^:» La patrie

II XI-] F \MII.LK DM MAUVAIS-'. liMMMI/H G3

Haroutez-nous encore une autre histoire, mère.

dii Jo, après un silence do quelques minutes, une qui air une morale comme celle-ci. J'aime beaucoup à me les rappeler quand elles sont vraies et qu'elles ne sont pas cachées flans un trop grand sermon. »

M' 1 "" Marsch sourît et commença immédiatement : (dl v avait une fuis quatre petites lilles qui avaient tous les jours ce qu'il leur fallait en fait de nourriture, de vêlements, et encore bien des choses utiles et agréables, de bons pareuis ri des amis qui les aimaient tendrement. Cependanl elles n'étaient pas toujours conlentes. (Ici les quatre sœurs se jetèrent quelques regards i'urtifs et contin lièrent à coudre très vite,; Ces petites filles désiraient être sages et prenaient Ivaucouo d'excellentes résolutions, mais elles ne les tenaient pas toujours très bien. H leur arrivait snuv. nt de dire: « Si nous avions seulement ceci! » ou bien : « Si nous pouvions seulement taire cela! » et elles oubliaient alors complètement combien de bonnes choses elles a\ aient qui, trop souvent, manquent à d'autres, et combien de moments agréables elles pouvaient encore se donner. Elles demandèrent à une vieille femme de leur faire cadran d'un talisman pour les rendre heureuses, et celle-ci leur dit : « Quand un jour vous ne serez pats

« cou i entés, compte/, tous \os bonh tus, soit de La « veille, soit des jours déjà passés, pensez à tous ceux

« que l'avenir vous promet encore, et soyez reçoit- « naissantes. » (Ici Jo leva virement la tète comme si elle voulait parler, mais^ellese tut, en voyant (pie l'histoire n'était pas terminée.)

«Elles essayèrent de mettre la\is à prolit, et furent bientôt surprises de voir combien elles étaient mieux partagées que beaucoup d'autres. L'une déeou\ rit que l'argent n'empêchait pas la honte et la douleur d'entrer

fi U-:S QUATRE FILLES DU DOCTEUR MAIlRCTT.

dans la maison de certains riches; l'autre, que, quoiqu'elle fut pauvre, elle était bien plus heureuse avec sa jeunesse, sa santé et sa gaieté qu'une certaine vieille darne toujours malade, et par suite toujours impatiente,

qu'elle voyait souvent ; la troisième s'avoua que, bien que ce soit peu agréable d'aller gagner son dîner, c'eut été encore bien plus dur de le mendier; et la quatrième se rendit compte (pie le plaisir d 'avoir une jolie bague de cornaline ne valait pas le témoigna 0 ;» 1 qu'on peut se rendre quand on s'est très bien conduite. Elles prirent donc la résolution de cesser de se plaindre, de jouir des bonheurs qu'elles avaient déjà, et d'essayer de les mériter toujours, de peur qu'ils ne leur fussent enlevés. Je crois, mes chères pelile>. qu'elles m- Curent jamais désappointées ou fâchées d'avoir suivi le conseil de la vieille femme.

— île ri e>t pas ires bien, chère maman, de retourner nos paroles contre nous et de nous l'aire un sermon au lieu de nous raconter une histoire, s'écria Me".

— i aime cette espèce de sermon, dit lïeth pensivement; c'est comme ( eux que père nous faisait.

— Je crois que je ne me plaignais pas tant que les autre>, niais j'y ferai plus al lent ion maintenant, dit Ainy. car Susie m'a donné une leçon.

— Nous avions besoin de votre leçon, maman, et nous ne l'oublierons pas; mais si nous l'oublions, vous n'avez qu'a nous (lire ce que la vieille dhloé disait dans la (.use (h- l'oncle Tom : « Vous devoir penser à vos «bonheurs, enfants! Vous devoir penser à vos bonhoirs! dit q U i avait fait aussi son profit du petit

sermon,

JO VOISIN K

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