MEG VA A LA F01UR AUX VAN1TKS
a roU( ji- — et sa robe, de tarlatane. Elle s'était, sentie au moment de pleurer et elle aurait voulu s'enfuir chez elle, dire ses troubles et demander des avis à sa mère; mais, comme c'était impossible, elle avait fait tousses elTorts pour paraître gaie et, étant un peu excitée, elle y avait assez réussi pour que personne ne put soupçonner combien cela luicnùtait. Pour tout dire, elle fut très contente quand, à la lin delà soirée, elle put aller tranquillement dans son lit. Une fois seule, quelques larmes vinrent rafraîchir ses joues brûlantes.
Los paroles de ses amies, relatives à sa mère et à Laurie, avaient ouvert un nouveau monde à Meg et troublaient la paix de l'ancien, où jusqu'alors elle avait vécu aussi heureuso qu'une enfant. Son amitié innocente pour Laurie était gâtée par les quelques mots quelle avait entendus; sa foi en sa mère élaii un pou blessée par les plans mondains que lui attribuait
M m " Mollit, laquelle jugeait les autres d'après ellemême, et sa bonne résolution de se contenter de la simplicité de loiletio qui convenait à une jeune fille pauvre était allaiolie par la pitié de ses amies, qui semblaient penser qu'une robe comme la sienne était le plus grand malheur du monde.
La pauvre Meg passa* la nuit sans dormir et se leva malheureuse, à moitié fâchée contre ses amies, et à moitié honteuse d'elle- même. Personne n'était en train de rien faire ce maiiu-lâ . et il était plus de midi lorsque les jeunes (il les retrouvèrent assez d'énergie pour reprendre leur tapisserie. Quelque chose dans les manières de sea Amies frappa immédiatement Meg; elles la traitaient avec plus de respect , pensait-elle, prenaient un tendre intérêt à tout ce qu'elle disait, et la regardaient avec des yeux qui montraient visi-
blement de la curiosité. Tout cela la surprit et la flatta; mais elle n'eu comprit la niNm que lorsque miss Relie, levant les yeux de dessus la lettre qu'elle écrivait, dit d'un air sentimental :
« Pâquerette, j'ai envoyé à votre ami M. Laurentz une invitation pour jeudi; nous aimerions à le connaître, et ce sera pour nous un partner agréable. »
Meg rougit, et une idée malicieuse de taquiner les i' unes fille s lui fit répondre modestement :
« Vous êtes bien bonne, niais je crains bien qu'il ne vienne pas.
— Pourquoi, chérie?
— Il est trop vieux.
— MuVst-re que nous voulez dire, mon enfant?
demanda miss Uara. Ouel aire a-î-il?
— Près de soixante-dix ans, je crois, répondit \ïeg en comptant les points de son dessin, afin de cacher la gaieté qui brillait dans ses veux.
— Oh! la petite rusée! Vais parlions naturellement du jeune homme, dit miss Belle m riant.
— Il n'y a pas de jeune homme auprès de M. Laurent/; Laurie est un petit garçon. »
l'A, Meg rougit du regard bizarre qu'échangèrent les deux sœurs.
« Il a à peu près votre âge? demanda Annie.
— Non, il a plutôt celui de ma so'ur Jo.
C'est très gentil à lui de vous avoir envoyé des Heurs, n'est-ce pas? demanda Annie, prenant sans motif un air grave.
— Oui. il nous en envoie souvent à toutes : leur
maison en v-\ mute remplie, et nous les aimons tant! Ma mère et le vieux \I. Laurentz sont grands amis, et il est tout naturel que nous jouions ensemble, dit Meg qui espérait que ses amies en diraient davantage.
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— 11 est évifîf'ni que Pâquerette ne sait encore rien, dit miss Clara à hclle.
— Je vais aller acheter quelques petits objets de
toilette [)our mes filles. Puis-je faire quelque chose
pour vous, mesdemoiselles? demanda M" 1 *' Mollat, qui entra dans la chambre en marchant avec la légèreté d'un éléphant.
— Non. merci, madame, répond Sallic; j'ai ma robe de soie rose qui est toute neuve, et je n'ai besoin de rien.
— Ni moi... » commença Me<£.
Mais elle s'arrêta court, car il lui vint tout à coup
à Tidée qu'elle aurait grand besoin de plusieurs objets.
mais qu'elle ne pouvait pas les acheter.
« Qu'est-ce que vous mettrez? demanda Sallie.
— Encore ma vieille robe blanche, si je peux la raccommoder assez bien pour qu'on ne voie pas la grande déchirure que j'y ai faite hier, dit Meg en essayai 1 1 de parler librement; mais la vérité est qu'elle ne se sentait pas du tout à son aise.
— Pourquoi n'en env o\ ez-vons pas chercher une autre chez vous? demanda Sallie qui n'avait pas beaucoup de tact.
— Pour une excellente raison, m! - - : je n'eu ai pas d'autre! »
11 fallut un certain courage à Meg pour dire cela. Sallie ne s'en doutait pas, car elle s'écria avec une surprise naïve :
« Pas d'antre ! Que c'est 'drôle de... »
Mais lîelle, lui adressant un regard de reproche, l'empêcha de finir sa phrase et dit avec bonté :
« Hien n'est plus nature! ! A quoi lui servirait d'avoir plusieurs robes, puisqu'elle ne va pas encore dans le inonde? — D'ailleurs, Pâquerette, quand
vous en auriez une douzaine chez vous, vous n'auriez pas besoin de les envoyer chercher ; j'ai une jolie robe de soie bleue toute neuve, qu'à mon grand regret il m'a fallu mettre de côté parce que j'avais grandi trop vite; vous la porterez pour me l'aire plaisir, n'est-ce pas, chérie?
— Vous êtes très bonne, mais, cela ne m'ennuie pas de mettre ma vieille robe, si cela ne vous fait rien à vous-même ; elle est bien assez belle pour une petite fille comme moi.
— Oh ! je vous en prie, laissez-moi vous habiller ; cela me fera beaucoup de plaisir, et vous serez une vraie petite b< -mie quand je vous aurai arrangée à ma manière. Je ne vous laisserai voir à personne jusqu'à ce que vous soyez prête, et nous arriverons
comme Cendrillon et sa marraine, » dit Jïelle de son ton le plus persuasif.
Meg ne pouvait pas refuser une offre faite avec tant de boum; grâce, et un désir secret de voir si elle serait en effet « une \ raie petite beauté » la décida à accepter et lui lit oublier tous ses petits
griefs en\ers la famille Molfat.
Le jeudi soir, Belle s'enferma avec sa femme de chambre française et Meg, et, à elles deux, elles firent de Meg une grande dame. Elles ondulèrent et frisèrent ses cheveux, lui mirent sur le cou et lui ainaieiit mis sur les bras une certaine poudre odoriférante, si Meg ne s'était révoltée. Elles l'emprisonnèrent dans une rob* de soie bleu pale, si étroite que c'est tout au plus si el!<- pouvait respirer. On ajouta à sa toilette toute une parure en filigrane : bracelets, collier, bagues, et jusqu'à des boucles d oreilles qu'Hortense fit tenir en les liant avec un petit brin de soie rose qui ne se voyait pas. Un petit
meG va a la foire aux vaxitks
bouquet de fleurs à son corsage et des bottines Ce soie bleue, à hauts talons, salislireni son dernier souhait. Un mouchoir garni de dentelle, un éventai] à la dernière mode et un magnifique houqnoi complétèrent sa toilette. Miss Belle la regarda avec la satisfaction dune petite fille qui vient de mettre une robe neuve à sa plus jolie poupée.
« Mademoiselle est charmante, très jolie, n'est-ce pas? s 1 écria en français Hortense, qui faisait des gestes (radmiration exagérés.
Venez vous montrer. Meg, » dit miss Relie en la
conduisant dans la chambre où attendaient ses amies.
Meg la suivit; sa robe faisait un froufrou de grandidame autour délie; sa queue traînait derrière elle; ses boucles d'oreilles tintaient : ses trieu rs se balançaient gracieusement, et son cœur bal dit bien fort, car elle pensait que son succès allait enfin réellement commencer. Je crois que sou miroir lui avait dit sans détour qu'elle était réellement une « petite beauté ». Quand elle apparut au milieu d'elles, ses amies répétèrent avec enthousiasme qu'elle était ravissante, et, pendant quelques minutes, elle resta, comme le g* -ai de la fable, à jouir de ses plumes empruntées.
« Pendant (pie je m'habille, voulez-vous lui apprendre à se tirer d'affaire avec sa queue et ses hauts talons, Annie? Sans «via, elle se jettera infailliblement par terre. Clara, mettez votre papillon d'argent dans ses cheveux, et relevez cette longue boude sur le haut de sa tête. Surtout que personne ne càte mon ouvrage, dit Belle en s'en allant toute
charmée de son œuvre.
— J'ai peur de descendre l'escalier. Je me sens gauche et raide; il me semble que je ne suis qu'à
jiiuitir habillée, dit Meg à Sallie, quand M me Moflat fit dire aux jeunes lilies de paraître toutes ensemble au salon.
— Vous ne vous ressemblez pas du tout, mais vous êtes encore plus jolie; je ne suis rien du tout à côté de vous, dit Sallie. Belle a infiniment de goût, et, avec la jolie toilette qu'elle vous a improvisée, vous avez tout à fait l'air d'une Française. Laissez aller vos fleurs et n'y faites pas tant d'attention. Surhuit tachez de ne pas tomber. »
Sallie avait, certes, un effort à faire pour ne pas être fâchée de ce que Meg était plus jolie qu'elle.
.Marguerite arriva sans encombre au pied de l'escalier et s'avança dans le salon, oii la famille Moffat
et quelques invités étaient déjà assemblés. Elle découvrit bientôt qu'il v a dans les beaux habits un charme qui attire l'attention et la considération d'une certaine classe de personnes : plusieurs jeunes filles, qui n'avaient pas fait attention à elle à la première soirée, devinrent tout à coup très affectueuses pour elle; plusieurs jeunes gens qui I'a\aienl à peine regardée, non seulement la regardèrent, mais demandèrent à lui être présentés, et lui dirent toutes sortes de choses qui n'avaient pas le sens commun, mais qui lui parurent très agréables à entendre, et plusieurs vieil les dames, assises sur les canapés, demandèrent avec intérêt qui elle était. Elle entendit M""' MolVat répondre à Tune d'elles :
« Pâquerette Marsch. Son père est un savant médecin en et; moment à l'armée; c'est une des meilleures familles des environs, mais des revers de fortune vous savez... Ce sont, des amis intimes des Laurentz... t, ist une charmante jeune fille, et mon ISed eu est mut à fait enthousiasmé.
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— Ah! » lit la vieille (lame en mettant son lorgnon. Et elle observa de nouveau Meg, qui tachait < h* ne
pas avoir l'air d'avoir entendu et était un peu choquée des réponses de M" 11 ' Molïat. Mais, comme elle s'imaginait devoir jouer le rôle d*unf grande dame, elle se tira assez bien d'affaire. Cependant sa robe trop droite lui fit mal au côté, sa trahie était toujours sous ses pieds, et elle avait une crainte perpétuelle de perdre ses boucles d'oreilles.
Elle s'éventait nonchalamment en riant des fades plaisanteries d'un jeune homme qui taisait Ions ses efforts pour être Spirituel, mais n'y réussissait pas, lorsqu'elle s'arrêta subitement de rire et parut confuse. Juste vis-à-vis d'elle, elle aperçut Laurie qui la regardait, sans déguiser sa surprise et aussi sa désapprobation. Meg lut dans ses yeux sincères quelque chose qui La troubla, l'a 1 le eût donné bien des choses pour n'avoir que sa vieille robe. Sa confusion fut complète quand elle vit Belle donner un ,T>up de mude à Annie et regarder attentivement elle et Laurie. Heureusement pour elle, Eau rie avait ce soir-là l'air encore plus enfant et plus timide que d'habitude.
« Bêtes de gens de m'avoir mis de telles pensées dans la tète! se dit Meg; mais je ne veux pas y faire attention et je ne changerai pas de contenance pour cela. »
Elle Iraversa donc bravement la chambre pour aller donner une poignée de main à son ami.
« J'avais peur que vous ne Vinssiez pas; je suis très contenir que vous vous soyez décidé, dit-elle.
— Jo m'a forcé d'accepter. Klle désirait savoir de moi quel air vous aviez, rrpondit Laurie, sans trop oser tourner 1rs yeux vers elle.
138 LES QUATRE FILLES l"> ' I> > -TIIIIR MAÎiSCH.
— Qu'est-ce que vous lui direz? demanda Meg, curieuse de savoir l'opinion qu'il a\aît d'elle, et cependant se sentant pour la première fois mal à son aise avec lui.
— Je lui dirai que je ne vous reconnaissais pas, tant vous avez l'air cérémonieux, et que vous vous ressemblez si peu que j'ai tout à fait peur de vous, répondit-il en faisant tourner entre ses doigts le bouton de son gant pour dissimuler son embarras.
— Que vous êtes donc absurde, Laurie ! Mes amies m 'oui habillée pour faire une plaisanterie, et je me suis laissé faire. Jo ouvrirait de grands yeux si elle .nie voyait, n'est-ce pas? »
Meg aurait voulu lui faire dire s'il la trouvait mieux ou plus mal que d'habitude.
« Jo ouvrirait de grands yeux, oui certainement, répondit gravement Laurie.
— Est-ce que je ne vous plais pas comme cela?
— Eh bien, non !
— Pourquoi? »
Il regarda sa tête frisée, ses épaules plus découvertes qu'à l'ordinaire et sa robe excentriquement garnie, d'un air qui la rendit encore plus honteuse que sa dure réponse qui détonnait avec sa politesse habituelle,
« Jo n'aimerait pas les embarras et cette robe à queue, » ajouta Laurie.
C'était trop fort de la part d'une personne plus F»»e qu'elle, et Meg s'en alla en disant avec pétulance à Laurie :
« Vous êies ce soir le petit garçon le plus impoli que j aie jamais vu. »
. Et > t0ut ilTit «e, elle alla près d'une fenêtre rafraîchir un peu ses j<.ue S , auxquelles la robe trop étroite