LE CAMP RE LAUREXTZ
tenant M. Laurentz regarde le <iel et la girouette; je voudrais bien qui! vint aussi dan- la prairie. Yoin Laurie qui a l'air d'un marin, un joli garçon ! Oh ! miséricorde! voilà une voilure pleine de gens : une grand.' dame, une petite fille et deux terribles petits garçons! L'un d'eux est boiteux. Pauvre petit ! il a une béquille! Laurie ne nous lavait pas dit. Dépêchez-vous, il est tard! Tiens! voilà Ned Moffat! Regardez, Meg, n'est-ce pas là ce jeune homme qui nous a saluées un jour que nous faisions des commissions ensemble?
— Oui, c'est bien lui; c'est étonnant qu'il soit venu. Je croyais qu'il était allé faire un voyage dans les montagnes. Voilà Sallie! Je suis contente qu'elle soit revenue assez tôt. Suis-je bien comme cela, Jo? demanda Meg très agitée.
— Un© vraie pâquerette! Relevez votre robe et méfiez votre chapeau droit; i! vous donne un air sentimental, mis de cette façon-là, et s'envolerait au premier coup de vent. Allons, maintenant, venez.
— Oh ! .h», vous n'allez pas mettre cet affreux grand chapeau? C'est trop absurde! Vous ne devriez pas faire de vous un épouvantait, s'écria Meg en voyant. ,lo lier un ruban rouge autour du grand chapeau à larges bords que Laurie lui avait envoyé en plaisantant,
— Certainement si, je le mettrai! Il est on ne peut plus commode, très léger, très grand, et m'abritera très bien du soleil. Il m'a été donné par Laurie avec intention pour aujourd'hui ; cela l'amusera de mêle voir, et ça m'est bien égal d'avoir l'air d'un épouvantai!, si je suis à mon aise. »
La vérité est que ce chapeau excentrique, eu égard à la mode du moment, n'allait pas mal à la vive et aimable physionomie de Jo.
Jo ouvrit la marche, ses sœurs la suivirent, et toutes
paraissaient très jolies avec leurs robes d'été et leurs figures heureuses sous leurs chapeaux de paille.
Laurie courut à leur rencontre et les présenta à ses amis de la manière la plus cordiale. Une allée du jardin était le salon de réception, et, pendant plusieurs minutes, il s'y joua une scène animée. Meg fut très contente de voir que miss Kate, quoiqu'elle eût vinixi ans, était habillée avec une simplicité que les jeunes filles américaines feraient bien d'imiter, et elle fut très flattée des assurances de M. Ned qu'il était venu exprès pour la voir. Jo comprit pourquoi Laurie faisait la « grimace » en parlant de Kate, car cette jeune fille avait un air raidi • qui contrastait singulièrement avec l'attitude libre et aisée des autres jeunes filles. Beth regarda attentivement les nouveaux petits garçons, et décida en elle-même que celui qui était boiteux n'était, pas « terrible », mais gentil et faible, et qu'elle serait bonne pour lui à cause de cela. Amy trouva que Grâce était, une joyeuse petite personne bien élevée, et, après s être regardées mutuellement pendant quelques minutes, les deux petites filles devinrent soudainement très bonnes amies.
Les tontes, le déjeuner et le jeu de crocket avaient été expédiés à l'avance dans la grande prairie, et toute la compagnie s'apprêta à aller les rejoindre. Un bateau n'eût pas suffi; il y en avait deux, une vraie flotte: l'un était dirigé par Laurie et Jo, l'autre par M. Brooke et Ned. M. Laurentz resta sur le rivage, agitant son chapeau en signe d'adieu. Le chapeau comique de Jo aurait mérité un vote de remerciements, car il fut d'une m, lue générale. Ce fut lui qui brisa la glace dans le commencement en faisant rire tout le monde ; pendant quelle ramait, il créait une brise rafraîchissante en s agitant en avant et en arri -ve, et Jo dit que, s'il
LE C AM P DE L.UJni-NTZ.
arrivait un orage, il ferait un parapluie très commode pour toute la société. Kate paraissait étonnée des manières de Jo, surtout lorsque, prenant sa rame, elle s'écria: « Christophe Colomb, priez pour nous! » et lorsque Laurie, lui ayant marché sur le pii'd, lui dil : « Vous ai-je fait mal, mon cher camarade? » Mais, après avoir mis plusieurs fois son lorgnon pour mieux examiner celle bizarre jeune Mlle, miss Kate décréta qu'elle était originale, mais instruite, et lui sourit de loin.
Meg, dans l'autre bateau, était parfaitement placée vis-à-vis des rameurs qui l'admiraient tous les deux, déclarant qu'elle se détachait très heureusement dans le paysage. M. Brooke, dont nous aurons à parler pins d'une fois, était un jeune homme grave et silencieux, qui avait de beaux yeux bruns et une voix agréable. Ses manières tranquilles plaisaient à Meg, et elle le regardait comme une encyclopédie vivante. 11 ne lui parlait jamais beaucoup, mais la regardait souvent, et au fond de son cœur elle était sûre qu'il ne la regardait pas avec aversion. Ned, étant au collège, prenait naturellement tous les airs que les collégiens se croient obligés de prendre ; il n'avait pas beaucoup de sagesse, mais était
très gai et (fini très bon caractère; enlin, c'était un petit personnage très à sa place pour un pique-nique. Sallie Gard hier était très occupée à, préserver de tonte tache son immaculée robe de piqué blanc et à gronder Fred qui, par ses mouvements désordonnés, menaçait de faire chavirer le bal fan et terrifiait la pauvre Belh.
La grande prairie n'était pas loin de la maison de M. Laurent/. Kn y arrivant, on trouva la lente plantée et les ustensiles de crocket disposés sur un terrain uni et couvert de fin gazon. La troupe joyeuse débarqua
en poussant des exclamations de joie, et leur jeune hôte s'écria :
« Soyez les bienvenus au camp Laurentz î Veuillez, dans le capitaine ttrooke, reconnaît iv le commandant en chef de l'expédition. Je serai, si vous le permettez, le commissaire général ; ces messieurs sont les officiers d'état-major, et vous, mesdames, vous êtes l'aimable compagnie. La tente est à votre usage spécial ; ce chêne est votre salon, celui-ci la salle à manger, et celui-là la cuisine du camp. Maintenant je vous propose une partie de crocket avant qu'il fasse trop chaud. »
Frank, lïeth, Àmy et Grâce s'assirent et regardèrent jouer les autres; M. lîrooke se mit avec Meg, Kate et Fred, et Lan rie prit Jo. Sallie et Vd. Les Anglais jouaient bien ; mais les Américains Jouaient encore mieux et contestaient charpie point, comme si l'esprit de 1776 les eût encore animés. Jo et Fred eurent ensemble plusieurs dilï'érends et furent même une fois très près d'une bataille de mots. Jo \enaii de manquer un coup, ce qui l'avait contrariée. Fred. dont le tour venait avant le sien, envoya sa propre boule un peu au delà des limites du jeu; personne n'était très près, et en courant pour examiner sa boule, il lui donna, sans s'en vanter, un léger coup de pied qui la ramena dans les limites voulues.
« Kl maintenant, miss Jo, je vais l'emporter sur vous, s'écria le jeune homme en se préparant à lancer sa boule. A" . -
— Vous avez poussé votre boule, contre toutes les règles, répliqua Jo ; je vous ai vu, vous avez perdu votre tour ; ( Ysi le mien maintenant, dit Jo d'un ton bref.
7" h n'y ai pas touché, elle a roulé un peu peut-être, mais c'est permis; ainsi laissez-moi passer, s'il vous plaît, que je fasse mon coup.