II
las hMB QUATBl NAP0LITAIN18*
crois pas que Pape Palombo doua ait trahis; il a*«vait mx'* cun intérêt à la &ira, lui. Il u'aa aat pas da même de Génuino, dont la petite-fille Gasta a, dit-on, attiré tes re« garda du duc da Guise.
— En vérité 1 dit G^naro sans s'apercevoir que sa femme avait pâli en entendant prononcer le nom de Gasta.
<— Ouiy dit AngelOy je crois savoir que pendant que le Genuino était ici à traiter avec nous de la reddition de Naples, le duc de Guise était dans sa maison.
» Or, il est possible qu'à son retour chez lui» le Genuino ait appris que le duc lui avait fait l'honneur de séduire sa petite- fille.
• Tu comprends que dàs ce moment il a dû changer d'opinion sur son compte , et qu'eu lieu de vouloir le perdre, il n'a plus songé qu'à le sauver.
^ Ohl l'inf&me, l'infâme! dit Gennaro, dont l'irritation ne se calmait pas; mais que m'importe ce que le misé-* rable fait de l'honneur de sa fille et de sa petite^e; je veux seulement savoir si c'est lui qui m'a trahi.
— Et si c'était lui? reprit Angelo.
•— Gomme j'irais chercher Pèpé Palombo au milieu de ses soldats, j'irais le chercher au milieu des consuitears du peuple, 6t je la poignarderais sur place. ^ -**• Mais> reprit Angelo^ aller firapper Palombo au miHeu
LtS QUATRE MAPOLlTAINÉd. 183
de ses soldats, Genuino au milieu des consulteurs, c'est t'exposer à être massacré par ceux qui se trouveront près d*eux.
— Que m'importe ! s'écria Gennaro ; si les Espagnols triomphent, je suis condamné; si Guise est vainqueur, je suis ruiné; car il ûe s'arrêtera pas à ce quMl m'a déjà volé.
» Non, vois-tu, Angelo, reprit Gennaro avec rage, je ne Veux pas mourir ainsi, je ne veux pas mourir sans vengeance, je ne veux pas périr sans entraîner mes ennemis dans ma perte.
» Nomme-moi mes ennemis, nomme-les-moi.
— Tu n'en as qu'un, Gennaro, lui dit son beau-frère en le regardant fixement; et avec celui-là, si tu oses le frapper, tomberont tous ceux qui t'ont fait obstacle jusqu'à ce jour. Garde ce sabre que tu viens de prendre, quitte avec moi le tourjon des Carmes, viens appeler aux armes toute cette partie du peuple qui voit encore en toi son véritable chef; dis-lui que tu vas les conduire toi-même à la ba* taille contre les Espagnols, et si le désespoir t'a inspiré un vrai moment de courage, va à l'endroit où le combat est le plus acharné, tu y trouveras ton ennemi; approchetoi de lui, ce qui te sera facile, car il sera sans défiance, et frappe-le au cœur en criant :
« -- Mort à Guise 1 mort aux Français!
La Ronda devint pâle et tremblante pendant que Gennaro attachait un regard éperdu sur son frère Angelo.
— C'est là ton véritable et ton seul ennemi, s'écria Angelo.
» Va droit à lui et ne t'occupe pas des traîtres qui ont vendu ton secret et le mien : ceux-là, j'en ferai justice.
— Eh bien! s'écria Gennaro, qui semblait pris à son tour de la fureur qui avait rendu Mazaniello si redoutable, suis-moi, frère; descendons dans la rue; ameutons la ville; exterminons ces misérables Français dont le chef nous écrase de son insolente autorité. Et toi, femme, ajouta- 1- il en se tournant vers la Ronda, monte jusqu'au sommet du tourjon et sonne le tocsin pour que tout s'arme.
» Périsse Naples, s'il le faut, pourvu que je me venge! suis-moi, frère; suis-moi, s'écria-t-il.
Et déjà Gennaro, allait s'élancer hors de la salle, lorsque la Ronda se jeta tout à coup au-devant de lui en s'écriant :
— Non, tu ne sortiras pas; non, tu n'iras pas assassiner le duc de Guise; je ne le veux pas.
Gennaro se recula et mesura sa femme d'un regard furieux, puis il se tourna vers Angelo en lui disant :
— Qu'a-t-elle donc?... que veut-elle?...
» Ne sait-elle pas que ce n'est plus le temps où tu étais
LBS QUATRE NAPOLITAINES. 185
de son parti, le temps où il me fallait obéir parce qu'elle me tenait sous ton poignard ? ne sait-elle pas qu'il faut qu'elle obéisse à son tour?
— Elle le sait, dit Angelo, et elle sait aussi que si je n'avais pas plus pitié d'elle qu'elle n'a eu pitié de moi, que si j'étais aussi prompt à vendre ses secrets qu'elle a été prompte à vendre les miens, elle ne s'opposerait pas longtemps à ton passage.
— Quoi! reprit Gennaro en se reculant encore, ce seraitelle qui aurait vendu mes secrets à Guise?
— Eh bien! oui, lui dit résolument la Ronda, c'est moi; et sais-tu, toi, pourquoi Angelo, mon frère, me trahit et me menace aujourd'hui? C'est que je n'ai pas voulu obtenir de Guise qu'il te chassât de ton poste pour le donner à mon frère Angelo; c'est parce que je n'ai pas voulu qu'il devînt ainsi le maître de toute ta fortune.
— Mais, dit Gennaro en regardant la Ronda d'un œil sanglant, s'il est vrai que ton frère t'ait demandé ce crime, c'est que tu pouvais sans doute l'accomplir.
> Quel droit avais-tu donc sur la volonté du duc, pour qu'Angelo pût attendre de toi pareille chose?
— Demande-le-lui, répondit la Ronda d'une voix brève et sifflante; demande-lui les conseils qu'il m'a donnés pour me rendre maîtresse de la volonté de Guise; demande-lui qui veillait sur ton sommeil pendant que j'é-
186 LBS QUATRE fïAP0UTAI9]B$.
taiff hors de cette chambre, et q/ji m'en avait ouvert furtivement la porte pour que je puase all^r auprç$ (iiu duc lui demander ta tête et tes trésors.
Gennaro promenait un regard effrayant de sa ïemm à son beau-frère.
— Est-ce vrai ? murmura-t-il avec une sorte de rugissement sourd et terrible.
— Oui, c'est vrai, repartit la Ronda; et comme je n'ai pas voulu lui donner ta tête et tes trésors, il te dit d'aller assassiner Guise, il te dit de m'écarter de ta route.
— Oh I s'écria Gennaro, dont le visage prit une expression effrayante, à toi d'abord, misérable^, qui m'as trahi.
Puis, tout aussitôt, il s'élança sur la Ronda, eil^ ir^pp^ en pleine poitrine de Tarme qu'il tenait à la main.
La Ronda tomba sous le coup, ses yeux s'agitàr^Qt un moment dans leurs orbites, quelques soupir^ confus vinreat expirer sur ses lèvres, et sa vie s'éehappct avec <^ dernier mot:
— Guise l Guise I
A l'aapeot du sang qu'il venait de répandre» la epl^re qui avait emporté Gennaro se (Rangea en un délii^e fu* rieux, et il s'élança tout à cq^ hor^ de la s^lle, w il laissai t le cadavre delà Ronda, en criant d'une voixfioroeûée;
«~ A moi! aux armesl aux armesl
Les qiisérable^ ^i lui servaient de gardes^ le ^uivirçAti
LS8 QUÂ'TRS NÀJ^OLttÀINlft. fSÎ
car Guise vdMit d'^voyer clierehef la compa^ie de mousquètaifea ^ni deptuift la veUte ooeupait le tourjon des CBftÊiêf^i eî toute cette Ibule de bandits s'élança à la suite dé son ûhef, et se iH^t & parcourir les rues de la ville, en criant de toutes parts :
^ Aux annesl aux armes!
Pendant que cette scène sanglante se passait au tourysn des Carmes, un entrelien bien différent arait Heu* 3u palais de Filomarini.
Olympia était avec le cardinal, dans cette même pièce où la veille elle avait échappé à la mort que lui apportait Carfiiolc Scoppa.
Elle était couchée sur lé lit de repos où l'avait trouvée Santis, suivant de i'œît Filomarinf, guî se promenait dans la chambre, s'arrêtant de temps en temps comme pour écouter les bruits qui pouvaient venir du dehors.
-* M*avez-Vôtis compris? dit-il tout à coup à Olympia;
m LES QUATBB NAPOLITAINES.
comprenez-vous qu'il faut, pour notre salut commun, que ce misérable disparaisse de ce monde?
— Envoyez dire à Guise, reprit dédaigneusement Olympia, que Garniole Scoppa l'attend à la porte d'Averse pour le faire tomber dans une embuscade ou il doit périr, et Guise vous débarrassera bientôt de l'homme qui vous a condamné à me laisser vivre.
— Avant que Garniole Scoppa périsse, repartit le cardinal, il faut qu'il m'ait débarrassé de Henri de Lorraine; quand l'assassin aura fait son œuvre, le bourreau fera la sienne.
^ Infamie et trahison! murmura Olympia avec mépris.
— Je comprends, dit le cardinal, qu'il vous paraisse dur de voir périr en un jour le premier et le dernier de vos amants : Garniole que vous avez trahi pour moi, et Guise pour qui vous m'avez trahi; mais c'est décidé, madame, et je compte sur vous pour m'aider à accomplir mes desseins.
Gomme il disait ces paroles, on entendit les premiers bruits de l'attaque des Espagnols.
Olympia se leva soudainement en s'écriant :
— Qu'est cela, mon Dieu?
— Rassurez-vous, madame, lui dit le cardinal d'un ton ironique, les nouvelles ne vous manqueront pas :
LBS QUATRE NAPOLITAINES. 189
beaucoup de mes gens sont dispersés dans la ville de Naples avec ordre de venir me rendre compte de ce qui s'y passe.
» En attendant leur arrivée, je puis vous dire d*où viennent ces divers bruits qui paraissent si fort vous épouvanter : ce sont les Espagnols qui attaquent à la fois Visita di Poveri, la Douane, l'île Saint-Barthélémy et la Cellaria.
— Si ce n'est qu'un combat, repartit Olympia en reprenant sa place, je suis tranquille.
— Quand Guise aura expié son insolence, vous comprenez que je ne veux pas rester exposé aux projets que peuvent inspirer à votre ancien fiancé ses retours de
tendresse pour vous.
— Je comprends que vous rêviez un crime de plus, monsieur, dit Olympia; mais ce qui m'étonne, c'est que vous ayez besoin dc^noi pour l'exécuter.
— Si la trahison qui attend Guise à la porte d'Averse réussit, le duc d'Arcos ne vous doit pas moins que la^ tête de Scoppa pour vous récompenser de vos bons services.
— Le duc peut périr ailleurs qu'à la porte d'Averse,
repartit Filomarini, et le piège où Scoppa veut l'attirer
peut devenir inutile; déjà le bruit a cessé de ce côté
It.
vaincu.
Comme il disait ces mots, un jeune hp^aniB ^i^ rapidement et dit au cardinal :
— Monseigneur, les Espagnols ont été repoussés iu côté de la Cellaria, et le duc de Guise les a balayés devant lui depuis la Fontaine-aux-Serpents jusqu'au pied de leurs retranchements.
Olympia envoya à Filomarini un regard et un sourire de triomphe, pendant qu'i! disait :
— Et que fait le duc, maintenftnt?
— Il se rend à la Doua<iie, où il parait que Tattaqne est beaucoup plus sérieuse que du côté de la Cellaria.
— ^ C'est bien, fit le cardinal en congédiaul le jeune homme du geste; allez, et qu'on m'averUs^e de oaqw va arriver.
— A mou tour, dit OlympÂa, je pute v<qu$ donner di^ nouvelles de ce qui va se passer : Le duc ^ra vainqueur à la ûoûaae, à l'Ile Saint-BartbéLemy, et par4au(j| comme il Ta été à la FontaiQe-aux-SerpeiitSr
Filonaarini n'écoutait point O^mp^; il était VHlt aa-
lier aux projets qu'il avait formés.
Il c(Hitinua en reprenant sa prom<enade : •«- Quand le duc aura péri, voua écpire^^ à Carriole
^oppa q,ue votre \ï^ est m danger,^ qu^ vous Vattea^
LKS fiVATlB NAPaLlTÀINIS. t91
à hà pelite poHe du jardin dp ptlais |Kmr fiteriser votre éTaiimi; il y viendra, car tt VQua ûoiq encore, puisqu'il vous a pardonnée.
-^ St m je ne veux paa éertre> moDâeigneur ?
— Vous écrirez, répondit te oerdiMl; car, «a vou3 fei* tes cela, je vous rends votre liberté, je veus laisse la fortuue (pxe \(xm ayez arracliée à ma, faiblesse, çt, çanune vous êtes die cçUe^ qi^i mi des amis dans tous les pwti^, voivs serez aussi bien en sûreté à Napl^s, quand le du.Q d'Arcos y régnera, que maintenant que Guise y commande.
» Écrivez :
Olympia prit une plume, et dit d'un ton de raillerie, dédaigneuse :
— Dictez, monseîgneur, je suis curieuse de voir comment un cardinal peut assez bien imiter le style tfime courtisane pour feire tomber un bandit daïïs un piège amoureux.
— Comme il vous plaira, dit sons se troubler Filomarini; éeiivcz.
Le cardinal se mit en devoir de dlefer , lors<fu'i! »'écHa tout à ooup en voyant pfaraitre un nouveau messaga^ devant lut :
■^ Qui vous a permis d'entrer ainsi?
— Monseigneur n'a-ff-il pas ordonné qu'on lui appor-
102 LB8 QCATHB NAPOLITÀINBS.
tàt ia nouvelle de tout ce qui se passe dans la ville?
— Eh bien! monsieur, qu*est-il arrivé? que fait le duc?
— Le duc vient de d^oger les Espagnols de la Douane; il court à rile Saint-Barthélémy.
— Quoi! déjà?
— Oui, monseigneur, dit le messager d'un ton joyeux, et c'est par . un courage au-dessus de la croyance humaine que le duc a reconquis la Douane, seul, une hache à la main.
— C'est bien, monsieur, c'est bien, dit brusquement le cardinal, en congédiant ce nouveau messager comme le premier.
Filomarini resta un moment silencieux, serrant les poings, frémissant d'impatience et de colère; puis tout à coup, s'arrachant soudainement à cette sombre préoccupation :
— N'allais-je pas vous dicter quelque chose?
— Oui, monseigneur, et j'étais prête à écrire. Le Cardinal commença à dicter ce qui suit :
« Mon bon Giuseppe, la Guana, ma fidèle négresse, vient de m' avertir que l'infâme qui m'a séduite et enlevée à ton amour a de sinistres projets contre moi... »
— Vous voyez, dit le cardinal en l'interrompant, que
LBS QUATBB NAPOLITÀINBS. 193
je sais assez bien imiter la façop dont vous parlez de moi à votre ancien fiancé.
— C'est très-bien, répondit Olympia; continuez.
9 Ses projets doivent s'exécuter la nuit procbaine, et pour que je ne les soupçonne pas , le cardinal m'accorde une liberté que je n'ai pas toujours; j'en profite pour t'écrire, et j'en profiterai ce soir pour me rendre à la petite porte des jardins du palais.
» J'y serai à neuf heures avec tout ce que je possède d'or et de bijoux de prix. »
— Monseigneur, monseigneur, s'écria tout à coup un page en se précipitant dans la chambre, l'Ile de Saint- Barthélémy est reprise, Visita di Poveri est enlevée, les Espagnols sont repoussés de toutes parts. Guise est vainqueur partout.
Le cardinal devint pâle et eut peine à contenir l'expression de la rage qui s'empara tout à coup de lui.
— Guise est vainqueur 1 murmura-t-il d'une voix étouffée, c'est bien.
— Je vous l'ai dit, fit Olympia d'une voix railleuse, on ne le tuera que par la trahison.
-- Ainsi, dit Filomarini en se remettant un peu, tout est fini, n'est^e pas, monsieur?
— Ou parle encore, repartit le page, d'une nouvelle attaque que les Espagnols ont l'air de vouloir tenter du
iM Lit OVÂTRK irÀ90Ltf AtMIff.
o5lé 4» te port« itAvef»; mris 1» #hc y sèm ^ qu'ils s'y montreront, et, là comme aitteim, il atim bientôt repoussé les ennemis.
-*• C'est bien, dît FiloMirtnl û'M» ^hAx ftgifée et presqtie jeyeuse, eou^est à la porte #Aver8&, et venez me redire ce qai É*y sera pfiasè.
— Attendes un moment, fifl O^mpie eii s'adressant «i page; peut-être monseigneur va-t-ril avoh» d*a«tfe9 ordres k vous donner.
Le page se retira, et Olympe l^ptit en s'adressant au oerdinel :
— Vous pourriez peul-Ôtre confier à ee jeune homme, la lettre que vous yenea de me diolen»; il tpwive^a Garniole Scoppa à la porte d'Averse, et roeeasioft serai* bonne pour moi d'implorer son appui eontre^ vous, m moment où i! va assassiïier Guise pour servir vos projets.
— Vous raillez, dit \e cardinal dont les ye»x bfilterenl d'une joie cruelle; mais je suis homme h suivre vos conseils.
» Il est des circonstances où l'on ne saurait trop se hèter . Donnez-moî donc eettre^ lettre.
Le cardinal la prit vivement des mains d'Olyn^ia, et ajouta en ricanant et en portant leé yeux s«r le papier:
— Il viendra, car vous M parlez d'ammir et de tpè-
9(m; ea» vous mma sm reocte^vou^ a^ee TOfre beauté et vos bijoux les plus précieux.
En parfont ainsi, Filomarlni se mit à parcourir la lettre des yeux.
Tout à eotip il pâ^Ut, f> chaBcela et panit priét h s'éranouir.
Eu effet, veiei ce ço'îi venait de Mm :
< Givseppe, tu as eu pHié de mot et tu m*as sauvé la vie, je veux à mon tour te rendre le même service.
» La lettre «pie tu as remise à ma flile Casta lui or^ êofmait de povter à Guise )e billet, snr tequel j'avaîs éei4t oes mots :
» Ceci est mon testament.
» Dans ce billet, je révélais au duc le complot tramé entre toi, Sentis et Filomarini; si dione tu n'es pe» arrêté à rbeure qu'il e»t, c'esrt que Guise veut avoir des preuves îrvéeusables de ta trahison.
» Profite de cet avis pour ftiir et pour échapper au suf^ice. »
— Quoi! éit Filomarinî la pèleur sur le visage, les lèvres tremblante», le regard égaré, ce suprême adieu que tu adressais à ta fille, cet acte de ta dernière volonté que tu remettais èr Scoppa, c'était une dénonciation pour Kvrer à Guise ma tète et celle de Carniole?
— Ottf, dit Olympia, je déférais à la justâce du duc de^
196 LB8 QUATEB NAPOLITAINES.
Guise la tète des deux hommes qui s'étaient faits ses assassins et les miens.
— Et ce misérable Carniole, s'écria Filomahni, a remis cettre lettre à ta fille, à la mienne?
— Oui, dit Olympia, car il Ta juré; et ce serment, il Ta tenu, j'en suis sûre.
— Et Casta, ma fille? reprit Filomarini avec un nouveau désespoir, aura été porter à Guise la lettre qui doit me perdre et me faire condamner. 0 Olympia! Olympia, ajouta Filomarini, tu as d'infernales trahisons, tu as d'épouvantahles adresses; malheur à qui t'épargne quand il te tient sous son poignard ! malheur à qui te laisse une heure pour parler ou pour écrire 1 c*est comme s'il signait son propre arrêt.
» Ah! cette fois du moins ce ne sera pas ainsi, s'écriat-il avec un transport furieux; Guise peut triompher, mais tu ne verras pas son triomphe; Guise peut le devoir la vie, mais il ne pourra pas t'en remercier.
— Vous devenez fou, monseigneur, dit froidement Olympia, au moment où Filomarini s'avançait vers elle un poignard à la main; vous oubliez que la porte de cet appartement n'est pas fermée, et vous ne voyez pas que c'est un fâcheux exemple à donner à ce moine vénéra-
. ble qui reste là debout sur le seuil, que de lui montrer comment un prince de l'Église obéit aux commande-
ments de Dieu qui lui ordonnent ia chasteté et qui lui défendent le meurtre.
Filomarini s'arrêta et se retourna; le moine releva son capuchon.
— Carniole Scoppal s'écrièrent à la fois Filomarini et Olympia.
— Oh ! s*écria Filomarini avec joie, tu n'as pas remis ia lettre à la Casta, n'est-ce pas?
— Je la lui ai remise, répondit Carniole tranquillement.
— Nous sommes donc perdus? reprit le cardinal.
— Merci, Scoppa, fit Olympia en se levant fièrement, tu as tenu ton serment, je te permets de te venger.
— Je suis venu ici pour cela, dit Scoppa; mais je dois Rapprendre une chose, c'est que Casta n'a point remis ta lettre au duc.
— On la lui a prise? s'écria Olympia.
— Non; mais elle Ta confiée au Pione et le Pione l'a gardée.
— Lui qui aime Casta? reprit Olympia.
— Le Pione, qui aime Casta, reprit Scoppa d'une voix pleine d'ironie, le Pione, ayant appris que ta fille, ouvrait la nuit la fenêtre de sa chambre au duc de Guise, n'a pas jugé à propos de remettre à son rival la lettre qui lui dénonçait le complot où il devait perdre la vie.
108 Lit OtTÀTR* MÀFOLItÀtNKS.
• L^ Pk>ne t'y est asBooié, et maiRtennDt il est à !d porte d'Averse, où je vais aller le rejoindre, et ût nous attendrons Guise ensemble.
Depuis un moment, Olympia ne semblait plus entendre ce que lui disait Scoppa.
Ses traits si beaux s'étaient contractés dans une arf^euse convulsion; ses lèvres si pures et si fraîches frémissaient d'un rire épouvantable; ses yeux, si limpides et si brillants, étaient injeetés de sang.
— Ma fille, murmurait-elle d'une voix haletante et étranglée, ma fille... Guise... il Taime...
» Et elle... Gasta... Guise... Guise t Guise t.. . ajouta la malheureuse avec trois cris déchirants.
Et tout aussitôt elle tomba sur le sol, sans m tressaillement.
Sa vie s'était rompue tout d'un coup avec le dernier cri qu'elle avait poussé.
— Je te disais bien, Filomarini, reprit Scoppa d'une voix sourde et grave, que j'étais venu pour me venger.
» Et maintenant, ajouta-t>il en rabattant son capuchon sur son visage, à Guise jusqu'à ce que je revienne ë toi.
LK« QOATKl IIAreLITAINB&. IM
xivin
Pour bien faire comprendre à nos l^teurs la scène qui se passa à la porte d'Averse, il faut que nous leur en donnions une description succincte.
La podrtâ d'Averse fermait du côté de la route de Rome la partie des remparts intérieurs qui enveloppaient à propreoient dire la ville de Naples ; mais au delà de cette porte s'étendait encore un faubourg assez eonsidérable.
Ck>ntre l'ordinaire, les maisons de ce faubourg, bâties de eha<pie c6té de la route, laissaient entre elles une voie très-longue et parfaitement droite; si d\ine part eetle dlspositien permettait aux Espagnols qui oooupaioat une partie du faubourg d'y faire un large déve* loppement de troupes, elle rendait d'une autre part la dé« fensa de ce point plus facile.
Dès les premiers jours de son arrivée, Guise s'était occupé de protéger cette partie de l'enceinte.
11 avait fait élever, es avant de la porte, une redouta armée de quatre pièces de canon qui eommandaient, pat
SOO LES QUÀTRB NAPOLITAINES.
conséquent, la large et longue avenue par laquelle on arrivait.
Par son ordre les maisons qui avoisinaient cette redoute, avaient été détruites à la même époque, de façon à ce que Tinfanterie ne pût s'y loger, et gêner, par le feu de ses mousquetades, le service de la redoute.
Toutefois, il avait encore prévu le cas où ce premier retranchement pourrait être enlevé; ainsi deux canons, placés sous la porte même qui fermait la ville, étaient prêts à foudroyer les ennemis qui auraient enlevé la première redoute; et à supposer que ce double feu ne les eût point arrêtés, il suffisait d'un instant pour faire tomber la herse de la porte et fermer toute communication entre la ville et le faubourg.
Lorsque Guise y arriva accompagné d'une trentaine de gentishommes, il reconnut que Tavis qu'on lui avait donné était exact.
Les Espagnols se formaient intrépidement sur la route de Borne, et il put juger qu'ils étaient décidés à tenter une attaque désespérée, en voyant que le duc d'Arcos avait pour ainsi dire concentré toutes ses forces sur ce point.
Le duc était sorti de Naples et s'était arrêté au sommet de la redoute extérieure, de façon à se trouver placé entre les canons qui enfilaient la route de Rome et ceux
LSS QUATRE NAPOLITAINES. 201
qui, placés derrière lui, étaient prêts à foudroyer les ennemis qui emporteraient celte première redoute.
— Qui commande ici? dit Guise après avoir remarqué que les canons étaient servis par une troupe de lazares.
— Moi, dit le Pione en s'avançant, et j'espère que Votre Altesse reconnaîtra bientôt que je n'étais pas •indigne de commander un poste aussi important.
— Je n'ai pas besoin de nouvelles preuves de ton
courage, mon brave capitaine, lui dit Guise, et je vois
que Dieu me protège dans cette journée périlleuse,
puisqu'il t'a mis au poste qui appartenait à l'infâme
Santis.
— Tête-Dieu! monseigneur, s'écria tout à coup Cérisantes, voici, je crois, le moment de tirer nos épées : voyez, les premières lignes des Espagnols s'ébranlent, et les voilà qui s'avancent résolument.
— Il faut que le duc d'Arcos et don Juan, reprit Guise, soient cruellement exaspérés par le mauvais succès de leur lâche dessein, pour envoyer ainsi à la boucherie leurs meilleures troupes.
» Sur mon honneur, ils sont fous; voyez, Cérisantes, ils n'amènent pas même un canon pour répondre aux nôtres.
-^ Attendez, dit Rochefort ; probablement ces pre-
t09 LIS QUÂTHB NÀPOIilTAINBS.
mières li^aes d'infaoterie vont s'ouvrir et nous démasquer quelques terribles batteries qui vont engager TatU^ que d'une manière plus sérieuse; car il est impoi^ible que des gens viennent se jeter avee cette imprudence à la bouche du canon.
^ C'est ce que nous pouvons savoir tout de suite, dit Cérisanles; caries voilà à une distance convenable, et nous pourrions bien leur envoyer notre première décharge pour savoir ce qui se cache derrière cette compagnie de grenadiers qui s'avance d'un pas si résolu.
— Laissez-les s'approcher, dit Guise en fronçant le sourcil; ils n'ont point de canons, et cette attaque doit couvrir quelque piège que je ne comp^^n^id P^-
» Tirons nos épées, messieurs, car il est possible que nous ayons besoin de nous en servir plus tôt que vous ne pensez.
•^ Si les Espagnols, repartit Gérlsantes, devaient emporter cette redoute, il serait inutile, à trente que nous sommes, de la défendre l'épée à la màln ; il faudrait nécessairement nous retirer derrière le rempart» après leur avoir toutefois envoyé le feu des deux canons qui sont derrière noua.
— De par tous les diables! fit Rochefort, oes damnés Espagnols ont l'air d'aller à la promenade; lia avancent
LBB QVATBB NÀP0LITÀINB8« 803
vers cette i)atteri6 comme s'il n'y avait personne pour la garder.
»N'eatril pas.temp9 de leur apprendre que nous y sommes?
-*I1 est temps, en effet, dit Gttise en s'adressant au Pione.
Celui-ci fit un signe à ses lazares, le feu ftit mis aux quatre canons braqués sur les Espagnols, les amorces brûlèrent, mais les pièces ne partirent point.
A ce moment il se passa une scène de désordre indicible ; d'un côté , les Espagnols poussèrent un cri de joie, et, abandonnant le pas lent et mesuré avec lequel ils s'étaient avancés jusque-là, ils se précipitèrent à toute course vers la redoute.
Au même instant tous les gentilshommes qui entou-^ raient Guise reculèrent en désordre jusqu'à la porte où 86 trouvait la seconde batterie.
Pendant que les uns accouraient et que les autres fuyaient si précipitamment, le Pione et ses lazares s'étaient tous couchés à plat ventre, de façon que le ^uc resta seul debout au sommet de la redoute abandonnée.
Les cris : < Espagne! Espagne ! » retentissaient devant ^ui; les cris: « Trahison! trahison t » retentissaient derrière lui.
304 LBS QUATRE NAPOLITAINBS.
Furieux, éperdu. Guise courut vers la porte de la ville ; il n'eu était plus qu'à une vingtaine de pas lorsqu'il vit, près des deux pièces qui gardaient cette entrée, Carniole Scoppa, qui avait relevé le capuchon de moine qui lui couvrait le visage et qui tenait à la main une mèche allumée.
— Attends, attends, lui cria Guise; ménage cette dernière ressource, à moins que ces canons ne soient encloués conune les autres.
— • Ceux-ci ne le sont pas, et tu vas en juger.
Aussitôt il mit lui-même le feu aux canons en face desquels se trouvait Guise; mais ces canons restèrent muets comme ceux de la redoute.
Guise, qui s'était arrêté uu moment en voyant Scoppa mettre le feu à ces pièces, s'élança avec fureur du côté de la porte ; mais à l'instant même la herse tomba, et il se trouva rejeté en dehors des remparts, entre cette porte fermée et la redoute que les Espagnols étalent sur le point d'envahir.
Il leva ses deux poings fermés vers le ciel, et se retournant du côté de la redoute, il s'élança à toute course en criant :
— Guise, Guise, en avant!
Il y rentrait à peine, lorsqu'il vit le Pione et ses lazares agenouillés à côté de leurs pièces.
LBS QUATRE NAPOLITAINES. 205
*— Ah! s'écria Guise en s'élançant sur le Pione, tu m'as dégagé de ma parole chez le Gucurulle; je punirai du moins Tun des traîtres qui m'ont vendu à mes ennenis.
— Feu ! cria le Pione sans daigner faire un mouvement contre l'attaque de Guise.
Les quatre pièces de canon partirent du même coup avec un fracas épouvantable : les Espagnols étaient à peine à vingt pas de la redoute, l'eflet de cette décharge ht épouvantable; pas un homme ne resta debout; jusqu'à plus de cent pas en arrière des premiers, la route fut balayée de soldats par cet ouragan de fer qui venait passer dans leurs rangs. Tout ce qui suivait s'enfuit dans un désordre inexprimable.
— Rechargez vos pièces, dit tranquillement le Pione, qui, tout sanglant de la blessure que veâait de lui faire Guise, était cependant resté debout appuyé sur son long bâton blanc.
— Ainsi, dit Guise en s'approchant de lui, la voix tremblante et les larmes aux yeux, ces canons n'étaient pas encloués? «
— Non, dit le Pione de sa voix calme et monotone; mais ceux qui étaient derrière toi, sous la porte, et que Scoppa avait destinés à te tuer le sont véritablement; seulement, ceux-là devaient être ici, et ceux-ci de-