‹ Les quatre NapolitainesChapitre 9 sur 13 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

Aux premiers bruits d'attaque qui s'étaient fait entendre, Gennaro avait envoyé son frère Angelo pour s'informer de ce qui se passait.

Bientôt celui-ci était revenu avec la nouvelle que les Espagnols se présentaient à la fois à la douane, à Visita di Poveri, à l'île Saint-Barthélémy, à la Cellaria.

A ce foudroyant rapport, Gennaro s'était mis à se lamenter, à hurler et à pleurer avec rage.

— Oh I s'écria-t-il tout à coup, si je savais quel est le traître qui a vendu notre secret à ce damné Français, je jure par saint Janvier qu'avant de mourir je lui ferais expier sa trahison.

> Les Espagnols vont s'emparer de Naples, et c'en est

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fait de moi. C'est tout au plus s'ils eussent respecté leurs signatures dans le cas où je leur eusse moi-même livré la ville.

> Dieu sait ce qu'ils vont faire de nous maintenant qu'ils s'en sont emparés sans mon aide.

La Ronda, qui était aussi inquiète que son mari, mais qui l'était pour d'autres raisons, lui répondit aussitôt :

— Les Espagnols ne sont pas encore maîtres de la ville, puisque Guise vit encore : je viens de le voir passer à la tête de ses gentilshommes; vous savez bien que la victoire le suit partout où il va combattre.

Aussitôt, elle reprit sa place à la fenêtre haute d'où elle observait les divers mouvements de la foule qui se pressait toujours au tourjon des Carmes.

Gennaro Annese était trop troublé pour faire attention à ce que sa femme venait de lui dire.

Il continua donc ses lamentations en s'adressant à son beau-frère Angelo, qui observait la Ronda avec une attention menaçante :

— Qui soupçonnes-tu, lui dit-il, de nous avoir vendus à Guise? est-ce Pepé Palombo?

— Eh bien! que ferais-tu, lui dit Angelo, si c'était Pepé Palombo?

— Ce que je ferais, répondit Gennaro l'écume aux lè^ vres, les larmes aux yeux et s'arrachant les cheveux avec

fureur, mais regarde donc toutes ces richesses, tous ces trésors, que j'ai amassés avec tant de peine, tout cela me sera pris, enlevé...

— Ce n'est rien, reprit Angelo, que la perte de ces trésors, si du moins tu pouvais sauver ta vie.

— Ma vie 1 s'écria Gennaro, dont la colère ressemblait à une sorte d'ivresse furieuse, ma vie?... Que m'importe ma vie quand je serai pillé, volé, ruiné, quand je serai plus misérable que je ne l'ai jamais été?

» 0 mes pauvres trésors! mes pauvres trésors, ajoutai-il en prenant à poignée l'or, les diamants, les étoffes précieuses répandus autour de lui et en les couvrant de baisers et de larmes, comme un père qui va se séparer des objets de ses plus tendres affections, il faut donc vous perdre, il faut donc vous quitter!

» 0 exécration ! s'écria-t-il tout à coup en levant les poings au ciel, malheur à celui qui m'a trahi, à celui qui m'a vendu 1

» Angelo, ne m'as-tu pas dit que c'était Pepé Palombe?

— Eh bien! si c'était lui, que ferais-tu? demanda de nouveau Angelo vivement.

— Assure-moi que c'est lui, s'écria Gennaro en grinçant les dents, et j'irai le chercher jusque dans son ottine au milieu de ses soldats, et je le tuerai devant tous.

— C'est bien, dit Angelo d'une voix sombre, mais je ne

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