II
14 LES QUATEE irAPOl.lTA.lNBS.
-- Quoi 1 tu sais quel est celui qui cette nuit était près de moi?
— Je le sais, reprit Anita d'un ton bref et menaçant.
» Mais, avant de te dire comment je Tai appris, ajoutât-elle d'un ton plein de sarcasme, je veux savoir comnieQt tu Tas connu, comment il t'a aimée.
— Que t'importe, Ahîta, repartit Casta d'un ton désolé, que t'importe de savoir que, la première fois qu'il entra dans notre maison, son aspect me fit trembler, son regard me troubla, sa parole me fit frémir jusqu'au plus profond de mon âme?
— En vérité 1 dit amèrement Anita. Et pius?
— Et puis, reprit Casta, quand il fut parti, je ne puis t'expliquer cela, mais tout à coup et pour la première fois il me seonbla que msi maisqp. dopt les occupations de chaque jour avaient jusque-là 8u(B à ma vi^, était devenue soudainement vide, sombre et froide.
— En vérité ! répéta la pièce de Csirniole.
— Oui, continua Casta.
» Imsigiqe-tqi savoir vécu toufe \à vie dans im 30uterrain humide, obscur, triste; le Qorps se fait à ce froid, les yeux à cette obscurité ; mais quç Dieu fasse un jour qu'un rayon de soleil brûlai^t et lupiineux pénètre dans cet abîme, l'éclairé et l'échaufle, aussitôt Içi vie s'épanouit, l'âme s'ouvre, et la chaleur l'inonde, jusqu'au mo-
LBS QUÀTRS NAPOLITAINBS. 7^
meï\t pu l'astre se retire et vous laisse seule avec cette oml^re qu'on hait désormais, avec ce froid qui vous fait mai à présent.
'- Ainsi, dit Aaita, tqi qui aimais, te beau IJédina, ainsi, dès le premier jour, au premier Ei^pect, tu as aimé Guise, s^ns comb^its, sans regrets, S8(ns reiqords ?
Cai^ta rougit et repartit ^'we VQJ^^ éniue et en baissant les yeux :
— Sçins repior<ls, sans combats.
— Tu n'as pas eu pitié de Médina? fit Anita.
— l^ n'y ai plus pensé; je n'ai pensé qu'à Henri de Lorraine; je suis c|eveAue folle.
Anit^ baissa la têtç et muriuvira 0'une ypix spur^P '
— C'est cpmme u^o\.
— Comme toi ? s'écria Casta avec terreur; tu l'îts donc aimé?
An^ta garda un farouche sileuce, et se prit ^ regar^pr Casta avec une fixité effrayante,
— Tu l'aimais doAC? répéta Casta en jetant autour d'elle un regard éperdu.
— Oui, reprit Anita d'une voix sifflante; je l'ai aimé, et jeTaiioe encore; pt vqilà pourquoi j'ai pris ce poignard à la Rpnda, qui l'aime aussi, pour te tuer, toi qu'il aillée.
— Pitié 1 pitié 1 s'écria Casta ei^ tombant à genoux,
— Moi aussi, je t'ai crié : t Pitié! » mourante et glacée ua pred d6 ta fenêtre, et tu ne m'as pas répondu, car il était près de toi.
— Grâce ! grâce , Anita ! je ne savais pas que tu l'aimais; ne me tue pas!
Anita porta la main sur la Gasta, saisit à poignée ses blonds cheveux, et renversant en arrière la tête de sa rivale, elle la contempla avec un cruel sourire:
— Te tuer... te tuer... tu as raison, ce serait une misérable vengeance...
• Mais, ajouta-t-elle en balançant son poignard audessus de cette tête charmante, labourer ton visage de. cicatrices sanglantes, déchirer et rendre hideux comme les miens ces traits dont tu es si ftère, voilà quelle est ma vraie vengeance.
— Oh! s'écria Gasta avec une épouvante indicible et une résolution désespérée, tue-moi donc! j'aime mieux mourir.
— Tu l'aimes donc bien? reprit Anita, dont tout le corps frémissait d'un tremblement convulsif.
— Oui, dit Gasta, je l'aime, tue-moi...
— Non, dit Anila en levant son poignard, tu ne mourras pas de ma main, Gasta ; mais je te ferai si hideuse à voir, que tu mourras de désespoir sous le mépris et le dégoût d'Henri de Guise.
En parlant ainsi, Anita allait frapper la malheureuse enfant, qui se débattait à ses pieds avec des cris déchirants, lorsqu'elle se sentit arrêtée par une main de fer qui la clouait à sa place.
Anita se retourna, le visage enflammé de colère, et la Casta resta immobile, haletante, éperdue en entendant le Pione, car c'était lui, dire d'une voix solennelle et lente :
— Il s'appelle donc Henri de Guise?
— Oui, répondit Anita emportée par la fureur; elle l'aime, et, pour se donner à lui, elle t'a chassé du seuil de sa porte...
• N'est-ce pas, Scipion, qu'elle a mérité de mourir?
— Elle, dit le Pione en regardant Casta, toujours immobile dans son effroi; elle, non, elle ne mourra pas; mais lui, il mourra, entends-tu, Anita?
— Lui 1 s'écria Anita, en devenant à son tour tremblante el éperdue.
— Si ton oncle Carniole est fatigué de la tyrannie du duc de Guise, reprit le Pione d'un ton sombre, tu peux lui dire qu'il peut s'épargner un crime, car dans une beure j'aurai fait justice.
— Quoi ! reprit Anita avec une colère mêlée de dédain, tu oserais le frapper I tu oserais toucher à cette tête sacrée !
— N'étais-tu pas là lorsqu'il me l'a donnée? répliqua le Pione; n'étais tu pas là, Anita, lorsqu'il m'a dit :
78 LkS QtÀTRK NAPOLItXlNkS.
t — Tu peux frapper au cœufr celui qui l'é brisé le fcœur, je t'absous d'avance de ce crime.
— Et parce qu'il a été généreux, tu te ferais assassin; parce qu'il t'a donné sa vie^ tu la prendrais?
— Je la pretidirai, je le tuerai comme tu as voulu tuer la Gasta.
— MaiistU m'as arrêtée, reprit Anita; maislu tiens encore ma main dans la tientie. C'est qUe tu tie veUx pas que je la tue, sans doute;
— Eh bien ! reprit le Pione d'une voix sinistre^ eh bien ! frappe-la donc, moi; je vais chercher Guise.
Anita se tourna vers Gasta, et la voyant toujours immobile dans son épouvante^ elle s'écria d'une vobc désespérée :
— Et toi, tu ne dis rien pour le sauver? tu vois que le Pione vâ pour le tuer, et tu ne l'arrêtes pas?
— Scipion, Scipion, écoute-moi par pitié, s'écria Gasta en se traînant jusqu'aux pieds de l'inflexible jeune homme.
— Scipion, reprit Ahita en s'attachant aussi à lui, tu as aimé Gasta et tu l'aimes encore; tu peux lui pardonner, car elle est belle; elle peut se repentir et t'aimer un jour.
» Ëcoute-la, aie pitié d'elle, et ne tue point Guise. Scipion profnena un regard stupéfait de l'une à l'autre
LBS Q0ÀTRB HAPOLITAIKKS. 7S
de ces deux jeunes fiUés qui l'implorakot à genoux.
— Ainsi, dil-ii en s*adressant à Anila, tu lui pardonnes?
— Oui, repartit Anita d'une voix brève, qu'Henri vive
et je pardonnerai à Casta.
— Et toi, Casta, fit Scipion d'une voix profondément douloureuse, que feras-tu ?
— Qu'il vive, et je ne le reverrai plus jamais, répondit Casta d'une voix haletante.
—C'est donc ainsi qu'on l'aime t dit le Pione en cachant sa tête dans sa main. Mais qui me dit, Anita, que si je te promets de respecter les (jours de Guise, tu n'att^leras pas à la vie de Casta?
— Qu'elle parte, reprit Anita, qu'elle s'éloigne, que je ne la revoie jamais...
» Emmène-la, Scipion; le danger^ qu'elle a à courir n'est pas long, car ce n'est pas impunément que j'ai bravé le froid de la nuit pour sauver Henri de Guise des complots de Miquel Santis et de mon oncle.
> Je sens la mort qui m'avait quittée revenir avec ses fèves funestes et ses fantômes hideux; emmène-la si tu crains que ma jalousie ne s*éveîlle.
Anita alla s'asseoir sur le bord de son lit, épuisée parla lutte terrible qu'elle avait supportée durant cette nuit^
80 LKS QUATBB NAPOLITAINKS.
— Voudras-tu me suivre, Casta? dit le Pione en s*adressant à la jeune fille.
— Scipion, lui répondit Casta d'une voix triste et douce, tu m'as fait chasser de la maison de mon père, qui pouvait peut-être cacher ma faute; je n'irai pas habiter ta maison pour ajouter un déshonneur de plus à celui qui me flétrit déjà.
— Où donc iras-tu? lui répondit le Pione; dans quel asile cacheras-tu ta honte?
— Au moment où Garniole m'a conduite dans celte maison, dit la Casta, il m'a remis un message de ma mère; c'est le premier souvenir que j'ai reçu d'elle, depuis quinze ans qu'elle m'a donné le jour; peut-être est-ce un asile qu'elle m'offre!
— Un asile chez ta mèret s'écria le Pione; un asile chez la courtisane éhontée qui t'a méconnue jusqu'à ce jour, et dont le nom te faisait horreur?
LES QUATRB NAPOLITAINES. 81
— Ohl dit Casta, dont les larmes coulèrent lentement sur son visage pâle, Dieu maudit Tenfant qui maudit sa mère; j'ai méprisé ses fautes, et Dieu me les a envoyées en punition de mes mépris.
» Crois-moi, Scipion, la ftlle perdue peut accepter l'asile que lui donne la mère coupable.
— Lis donc cette lettre, repartit le Pione, et puis je te dirai ce que j'attends de toi et d'elle, ajouta-t-il en montrant Anita.
Casta rompit le cachet qui scellait l'enveloppe où étaient enfermées les deux lettres qu'Olympia avait remises à Carniole.
Elle lut celle qui lui était personnellement adressée, et Pesta comme anéantie après cette lecture.
Elle regardait tour à tour le Pione et Anita, comme si elle eût cherché à s'assurer par leur présence qu'elle n'était point le jouet d'un rêve épouvantable.
— Qu'est-ce donc, lui dit vivement le Pione? épouvanté à son tour de l'expression étrange du visage de Casta.
— Qu'y a-t-il? dit Anita en se rapprochant vivement.
— Il y a, reprit la Casta d'une voix entrecoupée, il y a que Guise est perdu si je ne le vois aujourd'hui même, dans un instant.
— Et pourquoi? fit Anita, qui semblait avoir complé-
tement oublié sa haine contre Casta, pourquoi est-il perdu?
— Elle ment! s'écria violemment le Pione, elle veut le revoir, elle veut mentir à la promesse qu'elle m'a faite de ne plus le rencontrer.
— Si c'était vrai! dit Anita avec un geste de menace.
— Tiens, lui dit Casta en )ui tendant la première lettre, lis ce que m'écrit ma mère.
Anita prit le billet, et lut ce qui suit :
c Ma fille,
> Jamais tu n'as répondu aux messages de ta mèfe : que Dieu te le pardonne, quoiqu'il appartienne à ceux qui sont innocents de pardonner à ceux qui sont coupables*
» Je t'écris cette lettre sous le poignard d'un assassin.
> Je ne te demande pas de me répondre, car il se peut que la mort qui me menace me frappe avant que ta réponse puisse m'arriver; mais si tu as pitié de ta mère qui souffre, de ta mère qui va mourir, tu exécuteras ma dernière volonté.
» Aujourd'hui même, aujourd'hui, entends-tu? tu iras remettre toi-même au duc de Guise la lettre que je joins à celle-ci, et sur laquelle j'ai écrit ces mots :
» Ceci est mon testament.
LBS QUATRE NAPOLlTAINBS. 83
> Tu ne connais pas le duc de Guise, Casta; mais pour le peu de bonheur qu'il a donné à ta pauvre mère méprisée et maudite de tous, je lui dois de le sauver, et s'il ne reçoit pas cette lettre aujourd'hui même, il esit perdu.
> Fais donc ce que je te demande, Casta, en te souvenant que je vais peut-être mourir, et que Dieu pardonnera peut-être à la mère coupable dont sa fille aura eu pitié. »
— Oh ! va donc lui porter cette lettre, s'écria tout à coup Anita; va le sauver, et non - seulement je te laisserai vivre, Casta, mais encore je te pardonnerai d'être belle, et je te pardonnerai pour l'avoir sauvé.
— Casta ne doit plus revoir le duc de Guise, s'écria le Pione avec colère.
—.Eh bien! j'irai, moi, dit Anita; j'irai le visage découvert, au risque de le voir se détourner de moi avec horreur.
—Vous n'irez ni l'une ni l'autre, ' dit le Pione.
— Tu nous tueras donc l'une après l'autre, s'écria Anita; car si tu me frappes, elle ira; si tu la frappes, j'irai.
Le Pione resta muet, et les deux jeunes filles purent croire un moment que la folie qui obscurcissait si
souvent l'intelligence du jeune lazare allait encore s'emparer de son esprit.
Elles attendaient sa réponse dans une profonde anxiété, lorsqu'elles le virent tout à coup tomber à genoux en s'écriant d'une voix inspirée:
— Mon Dieu, le jour où mon frère Mazaniello a perdu la raison, le duc d'Arcos m'a fait dire :
» — Frappe-le de ton poignard et délivre Naples de sa tyrannie.
» Je vous ai invoqué et j'ai entendu votre voix qui me répondait :
» — Laisse faire aux assassins, et ne trempe pas tes mains dans le sang innocent.
» Seigneur, le jour où le prince de Massa vendait notre ville aux Espagnols, Genuino est venu me dire :
» — Frappe-le de ton poignard, et nous t'assoirons à sa place.
» Alors, et comme la première fois, je vous ai invoqué, et vous m'avez répondu :
» — Laisse faire au bourreau et ne trempe pas tes mains dans le sang coupable.
• Aujourd'hui, ce n'est ni 'la voix du duc d'Arcos ni celle de Genuino qui me parle, c'est la mienne qui me parle, c'est la mienne qui me dit :
» — Frappe le duc de Guise.
LBS QUATRE NAPOLITAINES. 8S
> Doi^je l'écouter mon Dieu ? ne suîs-je pas comme ceux qui me conseillaient le meurtre dont tous m'avez détourné? n'est-ce pas ma haine qui me pousse, et non la cause glorieuse du peuple à laquelle vous m'avez voué?
> Ayez pitié de moi. Seigneur, faites-moi entendre aujourd'hui votre parole souveraine comme vous avez déjà fait : faut-il perdre celui qui peut sauver le peuple? faut-il frapper cehii qui a tué mon bonheur?
En parlant ainsi, le Pione s'inclina jusqu'à ce que sa tête touchât le sol.
Il resta un mcMuent immobile et muet dans cette position, pendant qu'Anita et Casta, leurs mains l'une dans l'autre, le regardaient avec admiration et pitié Bn attendant la décision que lui allait inspirer le Ciel.
Bientôt le Pione se releva : son visage avait perdu l'expression inspirée qui l'animait pendant sa prière, ^^ ses regards, redevenus incertains, ses traits retombés dans leur immobilité accoutumée, semblaient ne plus garder de traces de la colère violente qui l'avait agité un instant auparavant
-- Anita, et toi, Casta, dit-il aux deux jeunes fiUe» ^n leur tendant la main, si IHen vent qoe je meure avant vous, ce qui est le destin pn4»ble de celui qui va chaque jour aflronter la bataille, si je meurs de-
S6 LIS QUATRI NAPOLITAINES.
main, vous ferez élever ma tombe à la place où était la cabane qu'habitait ma mère, et que les Espagnols ont fait raser, parce que la pauvre femme n'avait pas pu payer l'impôt qu'elle leur devait.
> C'est là que je l'ai enterrée, moi, lorsqu'elle mourut de misère, de faim et de froid ; je veux dormir près d'elle qui m'aimait, moi que personne n'a aimé dans cette vie.
— 0 Scipion! Scipion! ne dis pas cela, reprit Anita.
— Ne dis pas cela, ajouta Gasta.
— Me jurez-vous de faire ce que je vous demande?
— Nous le jurons, répondirent les deux jeunes filles.
— Eh bienl reprit le Pione, adieu...
En prononçant ces paroles, le Pione prit la lettre que Casta tenait encore dans ses mains, et il s'éloigna brusquement en disant :
— Je remettrai cette lettre à Henri de Lorraine.
— Que Dieu sauve le duc! dit Casta, et je mourrai sans regrets, ajouta-t-elle en se mettant à genoux devant la Madone posée à un des angles de cette chambre.
— Que Dieu le sauve ! répéta Anila en s'agenouillant auprès d'elle, et je ne serai plus jalouse, ni de ton amour pour lui, ni de son amour pour toi.
Et tandis que le Pione s'éloignait emportant ce billet où était enfermée la destinée de Guise, les deux jeunes
L8S OtTATBK NAPOLITAINES. 87
filles restèrent à prier longtemps, ensemble, et quand leurs prières furent finies, elles se parlèrent de lui.
l>éjà le jour était avancé lorsqu'elles interrompirent cet entretien, mêlé de larmes.
Ce fut seulement alors qu'Anita s'aperçut que son oncle Gamiole n'avait point reparu, et que Francesco, entraîné par Borgia, n'était pas non plus rentré dans la maison.
Nous avons laissé Guise se renfermant dans une chambre de son palais avec Francesco et un homme que nous avons dit être le bourreau.
Guise prit place sur un siège élevé ë côté d'une fenêtre à laquelle il tournait le dos, tandis que les rayons du jour, tombant d'aplomb sur la figure de Francesco, permettaient au duc d'examiner les moindres expressions de la physionomie de cet enfant.
— Ecoute, lui dit-il, et réponds-moi franchement; ta sincérité peut te mériter ta grâce; mais au moindre
mensonge, je laisserai faire son devoir à cet homme... » Le connais-tu?
— Oui, répondit Francesco d'une voix calme : c'est Andréa le bourreau.
— Gomment te nommes-tu? reprit Guise.
— Je m'appelle Francesco.
— Tu dois avoir un autre nom ?;
— Je n'ai jamais porté que celui-là.
— Comment s'appelait ton père ?
— Je n'ai point connu mon père.
— Dis-moi au moins le nom de ta mère.
— Je n'ai point connu ma mère.
— Tu es né cependant à Naples?
— Je ne sais où je suis né.
— Mais qu'as-tu fait dans ton enfance ? où as-tu vécu ?
— Mes premiers souvenirs n'appartiennent point à cette ville; il me semble avoir vécu autrefois sous un ciel gris où il faisait froid, parmi des hommes d'armes qui étaient sans cesse en bataille.
— Et puis, dit Guise, où as- tu vécu ensuite?
— Dans un autre climat, et sous un ciel aussi bleu et aussi chaud que le nôtre.
9 Mais ce n'était ni le ciel ni le climat de Naples.
— Habitais-tu la campagne ou la vill«?
LES OUATRB NAPOLITAINES. 89
— J'habitais la ville.
— Sais-tu le nom de cette ville?
— Je ne m'en souviens pas.
— Pourrais-tu me la décrire?
— Je ne me souviens que d'une longue rue bordée d'orangers et aboutissant à un fleuve tout peuplé de magnifiques navires.
— Ce fleuve ne s'appelait-il pas le Tage, et cette ville ne s'appelait-elle pas Lisbonne?
— Je vous ai dit que je l'avais oublié.
A cette réponse faite d'un ton résolu, le duc fit un signe au bourreau, et deux hommes entrèrent, apportant avec eux les instruments de la torture.
— Tu vois? dit le duc à Francesco.
» Dis-moi donc le nom de la ville que tu prétends avoir oublié, sinon voici de quoi te rendre la mémoire; car tu mens, enfant.
— Vous avez raison^ répondit Francesco sans s'émouvoir, j'ai mal parlé quand j'ai dit que j'avais oublié le nom de cette ville; j'aurais dû dire que je ne l'ai jamais su.
Le bourreau s'approcha de Francesco, mais il s'arrêta sur un signe de Guise.
— Et depuis cette époque, où as-tu vécu?
— J'ai vécu tantôt à Naples, tantôt à Sessa, quelque temps à Syracuse.
90 LB8 QUATRE NAPOLlTAtNBS.
— Et quel métier exerçais-tu durant ton ëntettcie?
— Je mendiais et je dormais.
-* Mais enfin quelqu'un a pris soin de toi, quelqu'un t'a transporté du climat brumeux de rAUemagne jusqu'en Portugal, et de Portugal t'a amené ici?
— Les voyages que j'ai faits, repartit Francesco, je les ai faits avec des étrangers.
— Mais qui te conduisait à ces étrangers?
— Chaque fois je me suis trouvé, en m'éveiUant, sur un navire inconnu; chaque fois je me suis trouvé, en m'éveillant encore, sur une terre que je n'avais pas encore vue.
— Mais durant le séjour que tu as fait dans ces divers endroits, qui te nourrissait?
— Un homme qui semblait m'aimer et que je n'avais jamais quitté jusqu'au jour où il m'abandonna sur la plage de Naples.
— Et le nom de cet homme, le sais-tu ? -^ Je le sais.
— L'as-tu revu?
— Oui, je l'ai revu.
— Quel est son nom?
— Cet homme lui-môme ignore que je sache son nom, cet hottlme ignore même que je l'ai reconnu lorsqu'il est revenu â Naples, et ce secret que j'ai gardé pour
Lftft QtTATftB NAPOLItÀINKS. 91
mot seul Jusqu'à ce jour^ je ne tous le diftii pdd plus que je ne le lui ai dit.
— n suffit, dit Guise, je le connais aussi, et ce n'est pas à toi que j'ai à demander les raisons pour lesquelles il Va cacl^ qui tu étais.
» Rerenons maintenant à ce qui t'a amené dans ce palais.
> Ce matin, tu f es mêlé aux gens du marché qui apportent ici les provisions de la journée ?
— C'est vrai, monseigneur.
•—Tu as fait semblant d'être épuisé de fatigue ^ et tu as demandé la permission de te reposer dans un coin des cuisines?
— C'est vrai, répondit encore FrancescOi
'•^ Tu t'es approché ensuite des fourneaux où l'on préparait mon repas du matin, et tu as jeté une liqueur blanche dans les mets qui m'étaient destinés?
— C'est encore vrai, monseigneur.
^ Quelle était cette liqueur?
— C'était du poison*
La brutale franchise de cette réponse fit tressaillir le duc de Guise.
— Qui t'a poussé à commettre ce crime?
— Peu importe, repartit Francesco; c'est moi qui ai tenté le crime, c'est pour moi seul que j'ai voulu lo
92 LBS QUATRE NAPOLITAINBS
commettre, il est donc inutile que je vous dise le nom de celui qui m'a fourni le poison.
— Ne fais pas le bravache, enfant, dit Guise; car si je tenais à entendre ce nom de ta bouche, la torture te l'aurait bientôt arraché.
» Mais je n'ai pas besoin de tes aveux; je sais que Borgia est allé te chercher cette nuit dans la maison de Carniole Scoppa; je sais où il t'a conduit, et je veux que tu me dises en quel endroit il doit te remettre la récompense qu'il t'a promise pour avoir voulu m'empoisonner.
— La récompense qui m'attend pour ce que j'ai fait, répondit Francesco, c'est la mort, et je la recevrai partout où il vous plaira de me la faire donner.
» Quant à la récompense que Ton m'avait promise, j'ignore ce qu'elle était et j'y tenais peu. Vous comprenez que j'y tiens moins encore en ce moment.
— Tu as raison; mais à la place du gibet, que mérite ton crime, je puis te donner avec la vie tout ce que t'a promis Borgia, si tu veux m'àpprendre où tu dois le retrouver.
— Croyez-moi, monseigneur, ce n'est pas pour la vengeance d'un autre que j'ai agi, c'est pour la mienne, je vous l'ai déjà dit, et je ne ferai supporter à personne la peine de ma maladresse.
LKS QUATRE NAPOLITAINES. 9S
— Ta vengeance, dis-tu? reprit Guise. Mais quel mal fai-je fait? pourquoi peux-tu m'en vouloir? qu'y a-t-il de commun entre toi et moi?
— Vous souvient-il, monseigneur., de la barque qui vous a poursuivi avec tant d'acharnement depuis la côte de Terracine jusqu'ici?
— Oui, dit Guise, je sais que tu montais cette barque avec Borgia l'empoisonneur.
— Il y avait dans cette barqu« une troisième personne que vous ne devriez pas oublier, car votre felouque s'est arrêtée pour la recueillir, tandis que ni vous ni Carniole Scoppa ne vous occupiez du pauvre enfant qui se débattait dans les flots.
— Mais comment t'es-tu sauvé ? lui dit Guise.
— Pendant que vous discutiez avec Carniole Scoppa s'il vous fallait envover une balle dans la tête de Borgla, je m'étais attaché à une corde qui pendait à l'arrière ûe votre felouque, et c'est ainsi que j'ai suivi votre entrée triomphale dans la ville de Naples.
— Est-ce donc pour t'avoir oublié dans ce désastre, que tu as voulu m'empoisonner?
— Non, monseigneur, répondit Francesco, c'est parce que la jeune fille qui vous a accompagné dans la demeure de Gennaro Annese vous a aimé, et a oublié Francesco comme l'avait oublié Carniole.
94 LIS QUATaK NAPÛLITMNVS.
— Tu l'aimais donc?
— > Lorsque j'étais eafant et que je pleurais^ misérable et DU, sur les grèves de Naples, Anita, qui demeurait alors chez la Rouda, sa marraine, me doonait souyent la moitié de son pain.
> Plus tard, lorsque je me mis au service d'u9 pécheur qui me jetait pour tout salaire qudlque faible partie du poissou que nous apportions, j'allais le porter à Anita, et elle me l'achetait toujours bien au delà de sa valeur; j'étais son lazare, son pauvre, son esclave, si bien que lorsqu'elle dut rentrer à S^ssa, auprès de soa père, j'allai à Sessa pour ne point la quitter.
» Ce qu'elle me disait de faire, je le faisais, et j'étais arrivé à ce point d'obéissance que, lorsqu'elle m'envoyait à Qorgia pour lui dire rbeure de ses rendezvous, j'y allais en pleurant, mais j'y allais.
— Tu savais donc que le Borgia l'aiinait? dit Guise. » Comment se fait-i( que ta vengeance ne se soit pas
d'abord adressée à lui, qui t'avait pris le cœur d'Anita?
— C'est qu'il ne m'avait pas pvia son cœur, monseigneur, répondit Francesco; c'est que si les espérances insensées du Pappone avaient tourné la tête de la jeune fille, elles n'avaient pas perverti son âme.
» C'est que, lorsqu'elle me parlait de son aveoiri c'étaient les beaux domaines, c'était le nom de Borgif
LBS QUATBIB NAPOLITAINES. 9$
auxquels fille rêvait sans cesse; je sentais bien qu'elle ne l'aimait pa3, lui, ca; loisqu'elle me racontait tous ses projets, elle me disait toujours :
> — Je serai puissapte et riche, Francesco, et nous seroiis heureux.
>. Mai3 depuis qu'elle t'a rencontré, toi, duc de Guise,
elle ne parle plus, ni de titre, ni de couronne ducale, qi
de celle que tu es venu chei^cher ici : c'est de toi, de toi
seul qu'elle m'entretient sans cesse; elle n'aime de toi,
que toi-même : elle ne regrette pas sa beauté perdue,
parce qu'elle n'a plus respé|[>ance de devenir duchesse
ou jreiiie; non : elle ne pleure, elle ue se désole, elle ne
veut mourir, que parce que tu ne peux plus l'aimer.
> Oh I elle t'aime, je le sens, à la haine que je te
po.rte, et c'est pour celq que J'ai voulu te tuer, c'est pour
cela que je te tuerais encore ci je le pouvais; il est donc
inutile que je te dise qui Qi'n fQurni le poison, et en quel
endroit je devais recevoir ma récompense.
Guise avait écouté attentivement ce jeune homme, et il s'était senti ému d'une secrète pitié en présence de la passiop implacable qui animait Francesco.
— Sur mon honneur de gentilhpmnie, je te jure de t'accorder la vie et de te renvpyer près d'Anita, si tu veux nommer celui qui ta fourni le poison et l'endroit où tu dois le revoir.
96 LK8 QOATRK NAPOLITAINES.
— J'ai juré de ne pas le nommer, et je serai fidèle à mon serment, comme vous le seriez à la parole que vous venez de me donner.
— Faites votre office, dit de Guise au bourreau.
Au moment où celui-ci allait s'emparer de Francesco, ce jeune homme tira un flacon de sa poche et le porta à ses lèvres.
Guise arrêta sa main, et parvint à s'emparer du flacon.
— Qu'est-ce que cela? lui dît-il.
— Je n'avais pas versé tout le poison dans les mets qui t'étaient destinés, et j'avais gardé ceci pour moi.
— Pourquoi donc ne l'as-tu pas pris lorsque lu as été découvert?
— Parce que si j'avais réussi, répondit Francesco, je ne voulais le prendre qu'après avoir été dire à Anita quelle était la main qui avait arraché la vie à celui qu'elle aime avec une si folle passion.
— Et tu comptais sans doute, dit Guise, échapper aux tortures, si tu étais arrêté comme cela t'est arrive?
— * Vous venez de voir que c'était mon dessein, dit Francesco d'une voix calme et digne; mais je n'ai pas de bonheur aujourd'hui...
» Dites à vos bourreaux de commencer.
— Puisque tu as voulu mourir en prévoyant que tu pourrais être soumis aux tortures de la question, c'est
qu'elles t'épouvantent, c'est que tu craignais qu'elles ne t'arrachassent ton secret...
» Parle donc avant de me forcer à des rigueurs auxquelles tu succomberas.
— Vous vous trompez, monseigneur, dit Francesco, j'ai craint de souffrir, mais je n'ai pas craint de parler.
» J'ai voulu éviter la torture, je n'ai pas réussi : qu'elle vienne.
Guise frappa la terre avec impatience.
— Livrez-nous cet enfant, dit le bourreau, et Votre Altesse saura bientôt tout ce qu'elle a besoin de savoir.
— Pas encore, dit Guise.
» Ecoute^ enfant, fit-il, j'ai un marché à te proposer. » Sortez, ajouta-t-il en s'adressant aux bourreaux, et attendez mes ordres.
— Monseigneur, dit Francesco dès qu'ils furent seuls, vous avez parlé de marché... faites revenir vos bourïeaiix.
* Les paroles que la torture ne peut m'arracher, votre or ne me les fera pas dire.
^ Ecoute-moi et comprends bien ce que je vais te dire.
» Tu connais le Cucurulle, n'est-ce pas ? — Sans doute, dit Francesco avec une légère agitation.
il. ê
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— Je le connais aussi, car il est Tenu jadis à la cour de France, et peut-être lui ai-je rendu alors un senrice dont il me doit la récompense.
— Est-ce donc, dit Francesco, lorsqu'il était entoné au Chàtelet de Paris sous une accusation de magie? Son procès était fafl, et il avait été condamné au bûefaer.
— Au moment où il quittait sa prison pour marcher au supplice, son cortège fut attaqué par une douzaine de cavaliers masqués qui dispersèrent les gardes, enlevèrent le Gucurulle et le firent sortir du royaume de France.
» C'est moi qui commandais cette expédition.
— En quoi cette histmre peut-elte me regarder, menseigneur?
— Le Gucurulle possède une eau précieuse qui détruit et fait disparaître les trac^ de Thorrible maladie qui a perdu la beauté d'Anita.
— Je le sais, monseigneur, car le vieux Julio Gucurulle est profondément versé dans toutes les sciences de la terre.
— Bh bien! dit Guise, ne paierais-tu pas biefi cher cette eau qui peut rendre la beauté à Anita?
— J'en eusse payé chaque goutte d'une écuelle de mon sang, si le Gucurulle avait voulu me la vendre à ce prix; mais il m'a refusé.
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— Il ne me refusera pas, moi...
— Vous? s'écria Francesco.
» Et vous rendrez la beauté à iinita? reprit-il avec anxiété.
— Non, dit Guise, tu me comprends mal.
» Je ne reverrai pas Anita; je la connais à peine, et son amour est une folie dont je la plains, mais que je ne partagerai jamais.
> Ce n'est point inoi qui rendrai la beau^ ^ Anita, ce sera toi.
-r- Mojl dit Francesco en attachant siir le duc un regard éperdu.
— Toi! et crois-tu qu'aucune femme au monde, défigurée, flétrie, comme l'est Anita, puisse reftiser son amour à celui qui lui rapportera la jeunesse, la beauté, Tespérance, la vie entière?
— Elle redeviendrait belle 1 dit Francesco. ^ Et elle t'aimera, enfant.
— Mais si, quand je lui aurai rendu cette beauté, dit Francesco d'un ton sombre, elle n'en était flère que pour vous; si elle ne l'acceptait de moi que pour vous la donner?
— La méprises-tu à ce point, dit Guise, de la croire capable d'une pareille trahison?
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— Eh qui sait, mon Dieu, ce que peut l'amour? Je l*aime bien telle qu'elle est.
— Décide-toi, dit le duc, il est temps, car si tu ne réponds pas comme je le veux, les bourreaux rentreront, et tu peux t*apprêter à mourir.
— Et si je meurs, rendrez-vous la beauté à Anita ? dit Francesco d'une voix tremblante.
— Peut-être, fit Guise, qui vit enfin pâlir Francesco.
— Et elle serait belle? s'écria Francesco avec une rage indicible; et elle vous aimerait toujours, et vous pourriez l'aimer?... et moi, je serais mort?...
» Monseigneur, donnez-moi votre parole de gentilhomme que vous ne confierez qu'à moi cette eau merveilleuse.
— Je te la donne.
» Et maintenant, dis-moi quel est celui qui t'a remis le poison, et en quel endroit tu dois le revoir.
— Monseigneur, conduisez-moi chez le Cucurulle, et en échange du don précieux que vous m'avez promis, je vous dirai lé nom de cet homme, et vous saurez en quel lieu je devais le rencontrer.
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Il nous faut maintenant transporter nos lecteurs dans une tour située à Textrémité du quai de la Chiaïa et presque au bord de la mer.
Au sommet de cette tour, on voyait un télescope d'une dimension rare à pelle époque. Quelques croisées étroites et profondes montraient à Textérieur que cette toui: était divisée en quatre étages.
On y pénétrait par une porte basse en bois de chêne, garnie de lames de fer et d'énormes clous à pointes quadrangulaires.
C'était la maison du Gucurulle.
Le jour commençait à baisser lorsque le Pione frappa à cette porte.
Elle s'ouvrit immédiatement.
Le Pione entra sans que personne y parût; probablement il était accoutumé à cette façon d'être reçu, car il referma la porte avec soin et gravit un escalier étroit, mais couvert d'un épais tapis.
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II arriva bientôt dans une vaste salle, et se trouva en présence d'un homme vêtu d'une longue robe de velours noir, serrée à la taille par une corde de soie de même couleur. Cet homme étfiit occupé à piquer des épingles à tète rouge sur un planisphère qu'il semblait interroger avec soin.
L'arrivée du Pione ne le détourna pas de cette occupation, et, quoiqu'il tournât le dos h la porte par laquelle venait d'entrer le jeune lazare^ et que par cpn^équea^ il pût paraître ne pas l'avoir vu, i) lui dit 4'we voix douce et greva :
. «*^ Assieds-toi, enfant, et sois patient; car il me faut finir un calcul d'où dépend la destiiée d'un puissant personnage.
— Faites, reprit le Pione avec un profond soupir; je serai patient.
Le Gucuruile, car c'était lui, sourit tout bas et continua son travail. C'était à cette époque un homme de cinquante ans, d'une figure grave, mais pleine de bienveillance; sa taille était élevée, sa prestance ferme, et l'âge n'avait eu d'autre influence sur lui que de jeter quelques fils d'argent dans sa chevelure et dans sa barbe d'un noir d'ébène.
— La planète de Mars, dit tout bas le Cucurulle en
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écrivant quelques chiffres, étant l'étoile de Henri de Lorraine, donnera...
Le Pione tressaillit et se rapprocha.
Le Gucurulle s'arrêta; soit hasard, soit adresse, il avait prononcé un nom qui intéressait le Pione et qui pouvait lui apprendre la cause de l'arrivée du jeune lazare.
Le Gucurulle sourit encore, et lui dit d'un ton paternel :
— Pourquoi fixes-tu des yeux ardents sur ce que je viens d'écrire?
— Pardon, dit le Pione en se reculant.
— Demeure, dit le Gucurulle; tu peux regarder.
> Je ne cache à personne les moyens naturels par lesquels j'arrive à la découverte de la vérité; seulement, sarde le silence.
Le Pione resta immobile devant le Gucurulle, qui continua en paraissant se parler à lui-même :
-- Je disais donc que l'étoile de Mars se rencontrait en opposition avec l'étoile de Saturne, qui est le cardinal.
Le Pione resta immobile; le Gucurulle reprit :
— Il passera nécessairement près de Torbite de Vénus, qui est Olympia.
Le Pione se pencha vers les chiffres que traçait le
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CucuruUe, comme s'il eût pu y comprendre quelque chose.
Le Cucurulle jeta un regard furtif vers le jeune lazare, et remarqua Tattention avec laquelle il examinait ces chiffres muets.
L'astrologue continua :
— Il peut donc arriver qu'il se rapproche aussi de la constellation de la Vierge, qui est Gasta...
Un soupir profond sortit de la poitrine du Pione.
Un nouveau regard apprit au Cucurulle que la fille d'Olympia était pour quelque chose dans la visite du Pione.
Il poursuivit donc, mais en entrecoupant ses paroles de silences habilement ménagés.
— Mars se trouverait en conjonction avec la Vierge- Non... c'est impossible.
Il écrivit encore :
— Comment, reprit-il d'un air surpris et se parlant à lui-même, toujours Guise et Gasta ensemble!...
» Je me trompe sans doute...
— Non, reprit le Pione avec douleur; vous ne vous trompez pas... Le Ciel dit la vérité, il ne ment pas, lui.
» Guise Ta séduite... elle l'aime, et, pour le sauver, elle m'a remis ce billet de sa mère Olympia.
» Je vous l'ai apporté pour que vous me disiez ce que je dois faire...
— Je t'avais ordonné de garder le silence, dit sévè-
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remeçt le CucuruIIe, tu as fait manquer l'horoscope que je voulais faire sur la destinée de Guise.
— Sa destinée, dit le Pione d'un ton sombre, est sans doute écrite dans le ciel, mais vous pouvez en décider sur la terre.
» Dîtes-moi ce que contient ce papier.
Le CucuruUe le prit et en lut la suscriplion :