CECI EST MON TESTAMENT
— A qui ce billet doit-il être remis?
— Casta devait le porter au duc de Guise...
> Mais Casta ne le reverra jamais... Elle l'a juré, du moins, et elle m'a chargé de le lui remettre.
— Et pourquoi ne le lui as-tu pas porté?
— Parce que je veux savoir ce qu'il contient.
— Tu peux briser le cachet, tu le liras.
— Briser le cachet d'une lettre est un crime, dit le Pione, je ne le ferai pas.
» Mais vous, pour qui rien en ce monde n'a de mystère, ne pouvez-vous le lire à travers son enveloppe ?
— Si briser le cachet d'une lettre est un crime, dit le CucuruUe, la lire à travers son enveloppe est tout aussi coupable, je ne le ferai pas.
— Ecoute, reprit le Pione, je ne suis pas comme Gennaro ou comme Santis, je n'ai pas amassé par le pillage
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des trésors h flaire eavie à un prince, niais j*ai pu m*8mparer loyalement des dépouilles des gentilshommes espagnols que j'ai tués dans les combats. J'ai pu de même accepter les rançons que m'offraient les prisonniers qos j'avais faits.
» Eh bien, tout ce que j'ai amassé d'or et de bijoux, je te le donne si tu veux me dire ce que renferme cet écrit.
— Il n'y a pas de trésor qui puisse me payer d'une mauvaise action, et je ne la ferai pas.
Etait-ce probité de la part du CucuruUe, était-OQ impuissance de ne pouvoir satisfaire aux désirs du Pioue, c'est ce que nous t^ déciderons pas; mais le ton dout il fit ce refus était si far^el, que le Fione reprit la lettre et dit à l'astrologue ;
— Eh bien! dpnC; j'irai la porter ab duc de Guise,
Il s'apprêtait k sortÎFi lorsqu'un coup particulier fut frappé à la porte de la tour.
Sans que le pioae pût voir comment le CucuruIIa avait pu répondre à cet appel, U epteqdit la por^ s'ouvrir, et bientôt il vit entrer, dans la chambre où il sa trouvait, FranceacQ suivi 4'un oayalier enyelpppé 4^0^ ^^ long manteau.
Le Piône s'ptait fetirp daus un aagle obsoupSde la chau)l)re.
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— Je vous aUendsiSy monseigneur, dit le Gticurulle à Guise en le saluant humblement.
Guise était un hoiâme d^uh courage rare, et ii en avait donné des preuves t)ouir alîisi dii'ë Mes ; mais il était du petit, tiômbré des hommes de soii siècle qui avaient gardé une confiance involontaire dans Tastrologie, tout eu ayant honte de sa crédulité.
L'accueil du Cucurulle le troubla; mais il ne voulut pas laisser paraître son émotion, et il répondit d'un ton dégagé :
— Allons, allons, seigneur magicien, n'oublie pas que tu parles à Henri de Guise, et non pas à une femme superstitieuse ou è un lazare ignorant...
> Tu ne m'attendais pas...
— le vous attendais si bien, répondit le Cucurutie eti montrant le Pione, que ce jeune homme m'a trouvé consultant les a^res pour répondre à ce que vous allez me demander.
— Eb vmté? dit Guise d'un ton railleur et troublé à la fois.
— C'est vrai, dit ie Pione en se tevani et en se plaçant en face de Guise^ qu'il semMait dévorer du regard.
> Quand je suis arrivé, ii parlait de vous et tirait votre boroseope.
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— Ety reprit Guise en riant, me promettait-il un merveilleux avenir?
^ Oui, dit le GucuruUe en attachant ses yeux perçants sur Guise; la table de votre destinée m'offrait le plus splendide avenir ; votre étoile brillait d'un éclat é^l à celui du soleil; mais je ne sais comment cela s'^t fait: à la venue de ce jeune homme, le ciel m'a semblé s'obscurcir, votre étoile a pâli...
— Et, dit Guise d'une voix profondément émue, tes calculs t'ont dit que?...
— Que vous étiez en danger, fit le GucuruUe; mais comme l'arrivée du Pione m'a interrompu, je ne puis dire quel est le péril qui vous menace.
— Les périls qui me menacent, reprit Guise en se donnant une assurance qu'il n'avait pas, sont de plus d'une nature; mais, Dieu aidant, j'espère faire face à tous.
-- A tous? reprit le Pione d'un ton sombre; en étesvous bien sûr, monseigneur?
— Oui, mon fidèle capitaine, je l'espère, surtout avec des serviteurs aussi dévoués que toi.
Le Pione poussa un profond soupir, et s'écria :
— Oh ! monseigneur, monseigneur, que Dieu m'éclaire et vous assiste!...
» Mais faites l'aifaire qui vous a amené dans cette
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maison, et puis je vous dirai, moi, pourquoi j'y suis venu.
— Le Pione a raison, reprit Francesco, vous m'avez promis quelque chose, monseigneur; l'heure passe, peut-être le secret que je dois vous dire vous sera-t-il bientôt inutile.
— Eh bien, reprit le duc, écoute, Cucurulle : tu m'as dit, lorsque je te sauvai du bûcher, que ta science était à mes ordres et qu'à quelque époque que je vinsse te demander la récompense du service que je t'avais rendu, ^ serais, prêt à me la donner.
— Je te l'ai dit, et je tiendrai ma parole.
— Tu possèdes, je le sais, le secret d'une eau mer- Veilleuse pour efîacer les traces de l'horrible maladie ^i sévit maintenant à Naples?
— Je la possède, dit le Cucurulle.
— Je viens t*en demander un flacon.
— Sais-tu que je l'ai refusé aux prières de Sa Sainteté?
— Sa( Sainteté t'a excommunié deux fois, et je t'ai sauvé la vie...
— Sais-tu que je n'ai point voulu en vendre au prix de cent mille écus à Marie de France ?
— A supposer que tu en aies refusé ce prix, je te demande si tu estimes ta vie moins de cent mille écus...