‹ Les quatre NapolitainesChapitre 8 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

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Un quatrième messager arriva.

—Monseigneur, dlNl en tombant éfmisé de fatigue, les Espagnols sont déjà maîtres des premières maisons du faubourg de la Gellaria.

— A cheval! cria Guise d'une voix qui fit retentir tout son palais.

Et tout aussitôt il s'élança vers la cour, où Ton tenait toujours un cheval de bataille tout harnaché.

— Monseigneur, lui dit Roehefort en courant après lui, voici votre cuirasse.

•^ Je n'ai pas froid, monsieur, répondit Guise en mettant le pied à Télrier.

*- Monsdgneur, lui dit Cérisàntes, prenez du moins votre casque.

-*^I1 ne fait pas de soleil, monsieur, repartit Guise en montant à cheval.

Les troffi gentilshommes et quelques autres qui habitaient le palais du duc l'imitèrent, et Modène lui dit :

•—Où allons nous, monseigneur?

— Nous allons partout, répondit Guise, puisque partout il y a des ennemis.

Immédiatement, il partit au galop.

Quelques minutes après, il arrivait du côté de la Gellaria.

En avant de lui, le second régiment des moQsqae-

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taures marchait vers la fontame au Serpent» où se postaient déjà quelques compagnies espagnoles; le duc de Guise, impatient de l'obstacle que lui faisaient ses propres troupes, quitte brusquement la large voie qu'elles suivaient, s'engage dans des rues étroites, puis tout à coup, au moment où les Napolitains se formaient en face des Espagnols, au moment où les arquebuses s'ouvraient, où les mèches s'étaient allumées, au moment où le feu allait commencer des deux parts, Guise, débouchant par une rue latérale, paraît entre les deux troupes.

Le premier, il s'élance contre les Espagnols la tête nue, l'épée aux dents, les pistolets aux poings; pres^ ([ue aussitôt il disparaît dans les rangs ennemis, suivi à peine d'une vingtaine de gentilshommes.

Dix minutes ne s'étaient pas écoulées, que la rue P'occttpaient les Espagnols était balayée d'un bout à l'autre et que le régiment napolitain, s'élançant au pas dd^ (Charge dans la direction que Guise venait de prendre, ne trouvait plus que des armes abondonnées, des éVdndards foulés aux pieds, des morts et des blessés.

Antonio de Calco, qui commandait ce régiment et qui, 8urpm comme tout le monde par cette attaque impré» vue des Espagnols, ne faisait que d'arriver, se mit à la tête de sa troupe en criant joyeusement :

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— Allons, enfants, la route est facile, jGrUÎse a passé par ici.

Lorsqu'Antonio de Calco arriva jusqu'au pied des retranchements derrière lesquels s'étaient abrités les restes de la troupe Espagnole, il ne trouva point le duc de Guise : en effet, déjà le duc s'était élancé d'un autre côté de la ville.

Il était temps...

Les Espagnols s'étaient emparés de la douane, et ils s'y retranchaient de manière à commander à toutes les issues par où on pouvait y pénétrer.

Guise arrive, et c'est à peine s'il trouve quelques hommes épouvantés s'abritant dans les maisons voisines contre les terribles mousquetades des Espagnols.

— Eh quoi ! s'écrie le duc avec fureur, ne savez-vous plus manier un mousquet? Ne pouvez-vous renvoyer aux Espagnols les balles qu'ils vous adressent?

Un cri unanime lui répond :

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— Nous n'avons pas de poudre, monseigneur.

— Eh bien ! s'écrie le duc, je vais vous montrer commeot on s'en passe.

Aussitôt il descend de cheval, s'arme d'une hache qu'il prend aux mains d'un portefaix, et, traversant la place qui le séparait du premier bâtiment de la douane, courant sous une pluie de balles, il arrive jusqu'à la porte^ qu'il attaque avec une telle vigueur, que chaque coup qu'il porte domine le bruit formidable de la mousqueterie.

A l'aspect de tant d'audace, le peu de gentilshommes qui avaient pu suivre la course effrénée du duc de Guise s*élance après lui; le peuple s'élance après les gentilsl^ommes, la porte est bientôt brisée; Guise pénètre le premier dans ses longs et vastes magasins.

li avait dit vrai, la poudre était devenue inutile; ce n'était plus qu'un combat où la hache, l'épée ou le poi- . guard pouvaient seuls donner la victoire. Elle fut un oioment incertaine; les Espagnols, délogés du premier bâtiment qui leur servait de retranchement, se retirent dans le second.

Guise ne les y poursuit point, il s'arrête, mais il ne s'arrête qu'un moment pour dire à Cérisantes :

-^ J'ai brisé la première porte de votre principipauté <le Fondi, je vous laisse le soin de briser les autres.

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Puis il s'éloigna de nouveau en appelant Boehefort et Modène.

— Comte, dit-il au premier, venez avec moi enlever l'ile Saint-Barthélémy; c'est le chemin qui mène au duché de Calabre.

» Modène, courez à Visita-Pavori, je vous y joindrai tout à l'heure ; j'espère que vous y prouverez que si vous achetiez les Suisses de Bénévent avec l'or de la Ronda, ce n'est pas faute d'avoir une épée pour les combattre et les vaincre.

Tout aussitôt il s'élance vers Llle Saint-Barthélémy; il y apporte aveo sa présence la nouvelle de ses succès, £t il n'a qu'à laisser faire Rochefort» devant lequel les Espagnols se retirent bientôt en désordre»

Aussitôt, il se prépare à rejoindre Modène; mais il apprend en route que les Espagnols, troublés par son activité audacieuse, attaquent de nouveau la douane et qu'ils se sont emparés des maisons voisines, car la poudre continue à manquer à Cérisantes et à ses soldats; il y court de nouveau, pénètre dans les magasins qu'il avait forcés; fait de ses propres mains d'énormes torches avec le chanvre qu'ils renfermaient, les enduit de goudron; et tantôt, les lance sur les soldats qui montent à l'assaut du bâtiment qu'il occupe; tantôt, va les attaquer lui-même à la porte des maisons voisines, où

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le» Espagnols sd sont retirés ] bientôt Tincendie s'allume et combat pour lui.

Alors il pense à Modène» et, toujours ardent, toujours infatigable, il redescend vers Yisita-Poveri.

Là était le danger le plus pressant.

D^à les Espagnols s'étaient emparés d'un bon nombre de maisons et s'étaient logés dans les étages supérieurs, d'où ils tiraient avec avantage sur les soldats du premier régiment que rien ne garantissait contre leurs feux.

Guise aborde Modène, qui s'exposait avec la témérité d'un homme qui veut justifier ses prétentions.

— Vous perdrez votre temps ici, monsieur, dit Guise, et cependant les munitions ne vous manquent pasj je vous ai montré tout à l'heure comment on se passe de poudre, je vais vous montrer maintenant comment on s'en sert.

Aussitôt il pénètre dans la maison la plus rapprochée de celles qui sont occupées par les Espagnols; à coups de hache et aidé de quelques intrépides soldats, il perce le mur qui le séparait de la maison voisine, il y pénètre par le rez-de-chaussée, pendant que les Espagnols, enfermés au-dessus de lui, répondent à l'attaque que Modène dirige à l'extérieur.

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Tout à coup Guise ressort de la maison, laissant apiès lui une longue traînée de poudre.

Modène et ses soldats, avertis par le duc, se retirent précipitamment; les Espagnols, qui croient à leur fuite, les poursuivent de leurs acclamations et de leurs huées.

Mais tout à coup un éclair s'allume sous la main de Guise, court comme un trait jusqu'à la maison qu'il vient de quitter; une détonation épouvantable se fait entendre; la maison occupée par les Espagnols vole en éclats, et bientôt, au lieu des acclamations et des cris de triomphe des ennemis, on entend les gémissements douloureux des mourants ensevelis sous les décombres enflammés

— Continuez, monsieur, dit le duc à Modène; la brèche est ouverte, l'assaut vous appartient.

Mais déjà les Espagnols épouvantés abandonnaient les unes après les autres les maisons dont ils s'étaient emparés.

Guise se repose un moment : aussitôt arrivent près de lui Antonio de Galco, qui lui apprend que la CeUa^ ria est complètement dégagée, puis Rochefort, qui n'a pas laissé un seul Espagnol dans Tile Saint-Barthélémy; Gérisantes accourt à son tour, annonçant que la douane est entièrement évacuée, et Modène revient enfin, apr^

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avoir porté ses avant-postes jusque sous les retranchements des Espagnols.

n était à peu près deux heures.

*- Eh bienl messieurs» leur dit Guise, étes-vous con* tents de votre journée? Que sont devenus ces ennemis qui ce matin étaient partout, et qui n'ont résisté nulle part?

Gomme Guise prononçait ces paroles, un homme vêtu d'une longue robe de moine, le capuchon baissé sur le visage, lui dit d'une voix sinistre :

—Us sont tous à la porte d'Averse, où le gros de l'armée royale se réunit sous le commandement du duc d' Arecs, pendant qu'on t'amuse ici avec des escarmouches d'enfant.

— A la porte d'Averse, messieurs, dit Guise, et fasse Dieu que cet homme n'ait point menti 1 fasse Dieu que nous nous trouvions enfin une fois en face de toute l'armée ennemie!

Et tout aussitôt, la tête nue, l'épée à la main, tel qu'il était sorti de son palais. Guise prit le chemin de h porte d'Averse«

Nos lecteurs n'ont pas oublié que c'est là que l'attendaient le Pione et Gamiole Scoppa.

Cependant le bruit de ces attaques successives et de oes combats avaient éveillé tout Naples; la population

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attentive cherchait à saisir les nouvelles au passage des cavaliers qui traversaient la ville au galop; elle écoutait, Toreille tendue, le fracas des mousquetades, commentant chaque intervalle de silence et chaque reprise plus animée de oe bruit formidable.

Puis, lorsque le bruit s'éteignait tout à fait, une anxiété nouvelle tenait la foule en suspens.

Quel était celui qui avait fait taire le feu de ses ennemis? Les Espagnols étaient-ils repoussés? les Napolitains avaient-ils perdu leurs postes avancés?

Guise avait-il encore une fois sauvé Naples? ou bien le duc d'Arcos allait-il y rentrer en vainqueur impitoyable?

On avait vu Guise passer et repasser ardent, échevelé, répée à la main» courant partout où le danger éclatait; mais cette course furieuse à travers la ville ressemblait plus à la lutte désespérée d'un courage indomptable qu'à la rapidité d'un général qui va porter en tous lieux les secours de sa présence et de ses ordres.

Il y avait dans toute la ville une horrible incertitude sur l'issue de l'attaque simultanée des Espagnols^ et chacuoi selon sa position, prévoyait, dans la défaite de Guise, d'affreux malheurs et de sanglantes persécutions; on voyait dans la victoire du duc d'Arcos la fin d'une révolte qui, jusque-là, n'avait amené que le pillage^ la ruine du

commerce, le massacre des riches, la proscription des nobles.

Mais nulle part reflet de cette lutte n'avait jeté un trouble plus grand que dans la demeure de Filomarlni et dans celle de Gennaro Annese.

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