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FEMMES, LES HOMMES MEURENT DIT-ON, POUR ASSURER LA RACE

Les amazones, tribu guerrière antique, se battaient elles-mêmes contre leurs ennemis. La sculpture grecque nous en a laissé des témoignages immortels. Nos amazones modernes ne peuvent plus dépenser leur ardeur qu’en discours enflammés.

Cela n’est pas de leur faute, évidemment, mais c’est déjà un peu moins héroïque. L’une de ces amazones, fugitive des pays envahis après l’affreuse destruction du foyer paternel, ardente et séduisante, décide le mari d’un de ses cousines, chez laquelle elle a été recueillie, à reprendre du service dans un régiment. Quarant-huit ans, bien portant, lieutenant de réserve, il aurait pu s’en aviser tout seul. Cet engagement n’a rien d’exceptionnel. Sa femme et ses filles subiraient le sort de milliers et de milliers de femmes et de filles si leur mari et leur père était parti par noblesse de caractère, pour avoir sa part dans le salut de la patrie, et non pour plaire à une fougueuse jeune fille qui l’a troublé.

Or, il est tué au feu et sa veuve, en contemplant les reliques du mort, trouve dans le portefeuille qu’il portait sur son cœur, avec des lettres de l’amazone, une lettre destinée à l’amazone, révélatrice de la liaison blanche, mais nourrie de pensées et de sen-

timents dérobés à l’épouse, qui unissait son mari à sa jeune cousine. Et elle la chasse.

Six mois après la guerre, plusieurs années peutêtre après cette mort, l’amazone est sur le point d’épouser un sous-préfet. Car il y aura encore des sous-préfets après la guerre. On est bien content de le savoir. Je suppose que ce sous-préfet a eu, pendant la guerre, une conduite glorieuse et qu’il a survécu par miracle, car l’amazone serait de bien médiocre caractère de n’exalter le sacrifice de soi qu’à l’usage du mari des autres.

Mais voici la veuve qui surgit et qui accable l’amazone fiancée et qui lui prouve que son mari étant mort en réalité à cause d’elle, elle doit se consacrer à sa mémoire, car elle est la vraie veuve. Ainsi dans certaines peuplades sauvages on immole encore les femmes sur la tombe du mari...

Alors la mort pendant la guerre, la mort inexorable sans relâche et sans répit — et la stérilité ensuite ! Hélas, à chacune sa douleur, sa souffrance, son martyre, à chacune de se débattre avec eux dans sa chair et dans son âme, selon les forces et les faiblesses de sa chair et de son âme.

Mais que celles pour qui rien désormais n’est plus, que celles qui entrent dans le veuvage comme on entre en religion fassent l’effort de comprendre et d’absoudre celles qui sentiront renaître en elles les puissances mystérieuses et sacrées de la vie. Car la France dont il n’est guère question dans ce drame d’amour égoïste, la France aura besoin d’enfants. Et qui aura le plus le loisir d’en faire qu’une femme de sous-préfet !

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