‹ [Les quatre sergents de la RochelleChapitre 23 sur 100 · Mailel-Dupan, Mercure Britannique · texte numérisé non relu

Mailel-Dupan, Mercure Britannique

la plupart de ses membres, par l'apathie de quelques-uns et la corruption des autres, avait réduit le pays aux derniers degrés de la misère et du désordre.

Barras promet à Louis XVIII de coopérer à la Restauration; il reçoit, par lettres-patentes, sa grâce entière et la promesse de douze millions. Sieyès dit à Gabier : « Nous voici membres d'un gouvernement qui, nous ne pouvons nous le (îissimuler, est menacé de sa cbute prochaine. Mais quand la glace se rompt, les pilotes habiles peuvent échapper à la débâcle. Un gouvernement qui tombe n'entraîne pas toujours ceux qui sont a sa tète. »

Sieyès cherche la force dans l'armée. Il prépare Joubert, sonde Moreau, pense à Jourdan, à Bernadotte, à Macdonald, avant de se tourner vers Bonaparte.

« 11 me faut une épée », dit-il. Boulay de !a Meurthe, dans une brochure, propose un protectorat militaire. Baudin, membre des Cinq- Cents, dit à Carnot, un de ses collègues : « La Constitution de l'an ill ne peut plus aller, seulement je ne vois pas où prendre le bras d'exécution.

En effet, les généraux sondés par Sieyès sont royalistes, un d'eux, même, sera roi un jour.

C'est vers ce dernier et vers Lefèvre, que Michel Ney, invité à soutenir Bonaparte, se tourne pour demander conseil.

Il voit sans doute, comme tout le monde, les lézardes de Pédificc républicain, mais il ne sait à quel parti se rallier, Bernadotte et Lefèvre, après avoir hésité eux-mêmes, le décidentpour le vainqueur de Marengo et des Pyramides.

Ney, d'une étonnante audace, d'un rare sang-froid sur le champ de bataille, était incertain, irrésolu lorsqu'il se trouvait en face d'une politique comple.xe, et était prompt à se laisser entraîner. 11 se rallia donc au coup d'Etat de Brumaire, comme tant d'autres généraux. Il fut comblé, par le premier Consul, de bontés et de faveurs.

Bonaparte lui fit épouser M"' Auguié de Lascaus, amie intime de sa belle-fille, Hottense de Beauharnais, et fille de .M"' Auguié. femme de chambre de Marie-Antoinette. Le mariage eut lieu au château de Grignon en 1802, et, à cette occasion, Bonaparte fit don au général d'un magnifique sabre égyptien qui devait lui être fatal en 1815.

Pour tâter l'intelligence de Ney, le premier Consul lui confia une

mission diplomatique en Suisse, en qualité de ministre plénipotentiaire.

Ce pays était devenu le foyer de tous les cabinets de l'Europe. A son arrivée, tous les cantons étaient en armes, Ney fit occuper la forteresse d'Ausbourg, la ville de Zurich, puis se présenta au Sénat de Berne, l'assura de la protection de la France et donna en même temps, au général Brankmann, l'ordre de licencier ses troupes. Bien qu'il eût parlé moins en diplomate qu'en militaire, il réussit. La Suisse recouvra la paix et signa le traité de médiation (février 1803). La République helvétique lui décerna une médaille comme témoignage de reconnaissance.

En octobre suivant, la rupture des relations diplomatiques avec l'Angleterre le rappela à Paris. Bonaparte formait, alors, le camp de Boulogne. Ney fut placé à la tète du 6' corps.

Après la proclamation de l'Empire, Ney fut comblé d'honneurs, il fut fait maréchal de France et grand officier de la Légion d'honneur.

Devant la grandeur de la France, les grandes monarchies de l'Europe reformaient leur coalition. Nous avions contre nous la Russie, l'Autriche et l'Angleterre.

En quelques jours, Ney transportait son armée au bord du Rhin; s'emparait des défilés du Danube et mettait en déroute l'archiduc Ferdinand à Geutzbourg. Ensuite, il enlevait les formidables positions d'Elchingen, défendues par 14,000 hommes et 40 pièces d'artillerie, rejetait l'ennemi dans les plaines d'Ulm qui capitulait peu de temps après

Après ces victoires, et tandis que Napoléon marche sur Vienne, Ney, avec 30,000 hommes, envahit le Tyrol, chasse l'archiduc Jean et s'empare des magasins et des arsenaux de l'ennemi.

La victoire d'Austerlitz force l'Autriche à implorer la paix, qui es signép à Presbourg, le 26 décembre. Chaque année va l'illustrer d'une viclntp. C'est lui qui, en 1806, achève Ja défaite des Prussiens h lén;:. qui s'empare d'Erfurt, oîi il prend 120 pièces de canons et fait iO/K'tO prisonniers, puis de Magdebourg, qui capitule en 24 heures, et lui livre 800 canons et 23,000 prisonniers. Chaque étape est une victoire. Ney franchit la Vistule, met l'ennemi en déroute à Milarva, le bat près de Lauterbach, repousse le général russe Beningsen, arrive au secours de Bernadotte attaqué par toute l'armée russe à

Moringhem, le 27 janvier 1807, et dix jours après, anéantit tout un corps prussien à Deppen, enfin coupe la retraite aux Russes à la terrible bataille d'Eylau.

Le 1" mars, à Gustad, avec 16,000 combattants, il soutient le choc de 70,000 Russes appuyés par 100 pièces de canon. Le 6 juin, toujours victorieux, mais sous la menace de forces écrasantes, il se replie avec une lenteur habile sur Altenbourg. Le 14, il est à Friedland, oîi, digne lieutenant de l'empereur, il jette dans l'Allé l'aile gauche de l'ennemi et s'empare de la ville défendue par la garde impériale russe.

Le traité de Tilsitt mit fin à cette campagne, une des plus admirables des guerres impériales.

Napoléon, qui savait combien les titres de noblesse avaient gardé de prestige en France, qui, dans ses armées et ses relations diplomatiques sentait l'ancienne noblesse, ruinée et déchue de ses privilèges, reconquérir un ascendant par ses seuls titres, avait résolu d'opposer des rois, des princes, comme lui sans naissance, aux rois et aux princes héréditaires, et enfin, dans le même esprit, de tirer du peuple, parmi les citoyens les plus iljustres de l'armée, de la science et des arts, une noblesse nouvelle.

Ainsi Michel Ney fut fait duc d'Elchingen.

La victoire suivit Ney jusqu'en Espagne, où le patriotisme, devenu un fanatisme religieux, nous opposa une résistance inattendue. Cette résistance, qui fit le bonheur de notre éternelle ennemie l'Angleterre et retarda de cinquante ans la civilisation de l'Espagne, assura à ce royaume le gouvernement paternel des Bourbons, et nous coûta très cher, en épuisant nos forces en combats de détails, en succès militaires stériles, à une époque où l'Empire avait besoin de toutes ses forces, contre une coalition sans cesse reformée.

L'année suivante, un autre allié de l'Angleterre, le Portugal, nous offrit d'autres champs de bataille et nous obligea à la retraite.

L'entêtement de Napoléon à maintenir le blocus continental et à lutter ainsi contre le gouvernement qui s'était fait le banquier de la coalition, amena la rupture avec la Russie ou du moins contribua à cette rupture.

On connaît peu généralement l'histoire de l'Empire, mais on a une idée de l'expédition de Russie. Le retentissement de sa catastrophe

tlv. 1' — F*tàr& frères, editoars.

dure encore. Le sujet est trop vaste pour être traité ici. Nous n'en parlerons que pour citer les actions les plus glorieuses de Michel Ney.

Le maréchal eut d'abord le mérite de prévoir le danger, pour une armée aussi considérable, de s'aventurer dans un pays sans chemins et peu connu, presque sans ressources, et à l'entrée de l'hiver.

Ses conseils ne furent pas écoutés.

Le 7 septembre, il prit la part la plus glorieuse à la sanglante bataille de la Moscowa, et Napoléon le nomma prince de la Moscowa.

Mais le plus beau titre de gloire de ce légendaire héros fut acquis surtout après l'incendie de Moscou. Dans cette désastreuse retraite, il se montra presque surhumain.

Chargé, le 2 novembre, du commandement de l'arrière-garde, Ney eut constamment à lutter contre les cosaques. Au combat de Krasnoë, séparé du gros de l'armée on le crut perdu. Il ne lui restait que sept mille hommes pour repousser des forces considérables. Parvenu aux bords du Dnieper, il n'a plus que trois mille hommes, et pour franchir le fleuve, il est obligé d'abandonner son artillerie et ses bagages.

EnQn, il rejoint l'armée à Orcha. Mais il a perdu ses chevaux et fait, à pied, le coup de fusil avec ses soldats.

Mais il doit prendre le commandement de l'armée. l'Empereur est parti pour Paris, où il pense parer aux dernières conséquences du désastre et prévenir une insurrection. Murât l'a suivi pour sauver sa couronne de Naples. Le prince de la Moscowa va redoubler d'efi"orts héroïques.

« Il traverse Kowno et le Niémen, dit M. de Ségur, toujours combattant, reculant, mais ne fuyant pas, marchant toujours après les autres et pour la centième fois depuis quarante jours et quarante nuits, sacrifiant sa vie et sa liberté pour sauver quelques Français de plus.

Il sort enfin le dernier de cette fatale Russie, montrant au monde l'impuissance de la fortune contre les grands courages, et que pour les héros, tout tourne en gloire, même les plus grands désastres.

11 fallait nous attendre à être attaqués par tous nos alliés de la veille.

En avril 1813, Napoléon rentre en campagne, et remet à la tête du 3= corps, le prince de la Moîcûwa. Ney franchit la Saale, .passe sur le corps de roiinemi au défilé de Posenà, le 1"' mai, soutient pendant si.x heures, à Lutzen, l'effort des coalisés et décide la victoire. Le 21

mai, àBautzen, iltoume les positions ennemies par une marche rapide au delà de la Sprée, enlève à la baïonnette le village de Pvëilitz, et s'avance sur Wurchem, tandis que l'ennemi laisse 18,(X}0 hommes sur le champ de bataille et bat en retraite.

A la tête des 3', 5° et 7' corps, il envahit la Silésie et entre à Breslau, le 3 juin.

Battues de toutes parts, la Russie et la Prusse, pour se refaire, demandent une armistice ; Napoléon commet la faute delà leur accorder. La Suède, dont Bernadotte est devenu roi, s'allie à la Prusse et à la Russie ; l'Autriche se vend au poids de l'or et la coalition européenne s'est reformée contre nous.

C'est l'hydre de la fable, on lui coupe une tête, il en repousse deux.

. Bernadotte va fournir contre son ancienne patrie, contre son ancien maître, les plans de la campagne, et nous battre avec notre propre génie.

Napoléon rappelle près de lui le maréchal Ney. Malheureusement en son absence, son corps d'armée se fit battre, et, après avoir contribué à la victoire de Dresde, Ney fut lui-même battu par Bernadotte, qui lui fit dix mille prisonniers et lui prit vingt pièces de canon, mais la défaite sanglante de Leipzig suivit de près.

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