ICI EST LE CIMETIÈRE DU MARÉCHAL BRUNE
« 2 août 1815. »
Mais, dans le Midi, il n'y a pas de fête complète sans danses. La foule revint sur la place organiser un bal. « Des hommes et des femmes, dit un historien, que l'élégance de leurs costumes désignait pour appartenir à la haute société, se mêlèrent à ces réjouissances. Des couplets furent improvisés. Par celui-ci, jugez du reste ;
Un ange subtil .\vait placé dans le fusil L'excellente prune Qui tua le maréchal Brune.
Cependant, quelques Avignonnais regrettaient que le cadavre n'eût pas été défiguré et rendu méconnaissable avant d'être jeté au Rhône, afin de rendre toute constatation impossible.
Le fleuve, en effet, rejeta le cadavre plusieurs fois sur les bords^
et, plusieurs fois, les riverains le repoussaient à l'eau. Enfin, le flot le déposa à dix lieues d'Avignon, sur une grève, entre Tarascon et Arles.
Le garde-champêtre, ancien soldat qui, peut-être, avait servi sous le Maréchal, reconnut ce chef héroïque et lui creusa une fosse au bord du fleuve.
Il en parla, peu après, au jardinier d'un château voisin, appartenant à M. Laugier de Chartreuse. Ce jardinier, nommé Berlandier, en parla à son maître, qui fit inhumer le corps du Maréchal et lui donna une tombe provisoire dans un fossé de son domaine.
Pendant longtemps, cette modeste et pieuse sépulture demeura ignorée; mais elle ne put échapper à la connaissance de la Maréchale, qui faisait fedre, aux bords du Rhône, d'activés recherches. A la prière de M"' Brune, M. de Chartreuse fit exhumer une seconde fois les restes du Maréchal, les fit placer dans un cercueil et les transporta lui-même à Paris, chez M""* Brune.
Celle-ci, après avoir beaucoup remercié .M. de Chartreuse, le pria de revenir le lendemain matin.
A l'heure dite, le gentilhomme provençal se rendit à l'hôtel Brune. Il fut reçut par des domestiques vêtus de deuil, le vestibule, les escaliers étaient tendus de noir. Introduit dans un salon décoré avec le même appareil funèbre, M. de Chartreuse y trouva la veuve entourée d'un petit nombre d'amis et de parents de son mari. Elle se leva eo l'apercevant, le présenta à chacune des personnes présentes et lus témoignant devant tous sa reconnaissance, l'invita à assister au repas des funérailles. La Maréchale, dans cette réunion, annonça sa résolution de venger la mémoire de son mari. Toutefois elle dut attendre pendant deux autres années, non pas des juges, il existe toujours des hommes revêtus de ce titre, mais le moment de la justice.