‹ [Les quatre sergents de la RochelleChapitre 31 sur 100 · LE CHATIMENT · texte numérisé non relu

LE CHATIMENT

En vain la .Maréchale demandait justice

Ce fut un jeune avocat, Crémieux, qui appelé à Avignon par M. Mallin, pour obtenir la restitution de tableaux et autres objets d'art pillés en 1815 dans son hôtel. Ce (ut Crémieux qui osa le premier.

en plein tribunal, évoquer rombr& sanglante du Maréchal. L'effet en fut prodigieux, et cette sortie éloquente contre les bandits royalistes mérite d'être rapportée :

« Comprenez-vous bien, messieurs, ce que je demande à la justice? Je demande la prison et des restitutions pécuniaires contre des misérables dont le délit se rattache à cette fatale époque de 1815, temps de crimes et de désordres pour nos malheureuses contrées. Je demande une punition exemplaire pour ces voleurs audacieux qui bravèrent si longtemps la justice et que la justice, enfin, doit frapper sans haine, mais sans miséricorde ; je le demande ici, d'oîi mes paroles sont entendues à Nîmes, àUzès, qui ont vu, sans les réprimer encore, ces désordres et ces crimes. Je demande justice contre les hommes de 1815, ici, messieurs, dans cette ville à laquelle il faudra, pour son honneur même, un jour, d'éclatantes, d'immenses réparations.

« Héros que tant de champs de batailles avaient respecté, dont le sang généreux avait coulé tant de fois pour la patrie et qui l'a servie avec un égal honneur de la plume et de l'épée, toi que la Hollande, la Suisse, l'Italie, admiraient dans la gloire, que la France comptait avec orgueil au nombre de ses plus illustres guerriers, de ses plus savants législateurs, des ses plus habiles diplomates. Brune, maréchal Brune! quelle mort ils t'ont donnée!

« Hier, je baisais avec respect la dernière place oîi reposa ton cadavre sanglant. Quand ils osèrent, après t'avoir assassiné, te précipiter dans le fleuve qui te déposa plus tard loin d'eux, sur une rive hospitalière : aujourd'hui, dans cette enceinte sacrée, j'évoque tes mérites et rends à ta mémoire un juste tribut d'admiration et de larmes. La justice est lente quelquefois, comme l'a dit un poète romain^ mais elle atteint un jour le coupable et console les bons citoyens. »

Les voleurs furent condamnés; cependant pendant quatre ans encore les assassins se promenèrent la tête haute dans Avignon, mais la Maréchale ne se décourageait pas et ne cessait de réclamer justice. Elle y déployait une énergie admirable.

Un jour, comme on l'en complimentait, elle se leva et conduisit le visiteur près de sa chambre, dans une pièce d'une décoration sévère. Là, elle souleva un rideau et le visiteur étonné vit le tombeau du Maréchal Bruno.

Los bandits s'éloignèrent, lai^

ictime sar le pavé.

Llv. 17) — FiTAim frcros. èditourî.

i386 LES QUATRE SERGENTS DE LA ROCHELLE

— Jl demeurera là, dit elle, jusqu'à ce que j'aie vengé sa mémoire et fait punir les assassins.

En 1819, le moment lui parut favorable pour obtenir ce qu'elle attendait depuis si longtemps.

Assistée de Dupin, elle présenta au roi une requête éloquente. Elle avait pris pour épigraphe un passage du discours du garde des sceaux, prononcé le 14 mars 1817 :

0 Le scandale est dans le crime, il n'est pas dans la plainte; il n'est pas dans le cri du sang injustement répandu. »

.\près avoir fait du crime un récit saisissant, elle terminait par co cri pathétique :

« Je demande justice, Sire;

« Justice du meurtre de mon époux ;

« Justice de l'outrage fait à son cadavre;

« Justice de l'insulte faite à sa mémoire par ceux qui ont osé l'accuser de suicide.

« Cette justice, je la demande au Roi;

« Je la demande à ses ministres ;

« Je la demande aux Chambres ;

<( Je la demande à la nation entière :

a Je veux que du sein de toutes les âmes lior.nêtes s'échappe un même cri qui seconde le mien : Justice! justice! »

Cette requête fut renvoyée au Garde des sceaux, M. de Serres, elle fut accueillie par ce ministre, mais seulement le 24 février 1821 , six ans après l'assassinat, la Cour d'assises de Riom procéda aa jugement.

En attendant, la rage des royalistes acheva de s'assouvir.

Le fameux journaliste Marlinville, rédacteur du Drapeau blanc, écrivit une biographie de Brune, où il le traitait de voleur, d'assassin, de traître, de concussionnaire, de lâche, de pillard, d'incendiaire. Poursuivi, à la requête de la Maréchale, ce coquin fut acquitté : le tribunal ayant déclaré que la vie de Brune appartenait aux libres jugements de l'histoire.

Enfin l'afTaire Brune fut déférée à la Cour de Hiom, et l'on entama une instruction qui ne dura pas moins de doux ans. Protégés par leurs nombreux complices et par quelques-unes des autorités mêmes du Midi, les accusés ne furent pas arrêtés, Farges mourut, Guindon, dit

Roquefort, fut jugé par contumace, quand tout le monde pouvait le voir à Avignon. Des gendarmes avaient été punis pour l'avoir poursuivi trop vivement.

Après son interminable instruction, l'afTaire fut appelée devant le tribunal; mais le principal accusé Guindon, dit Roquefort, faisant défaut, il n'y eut point, aux termes de la loi, d'appel du jury; aucun témoin ne fut assigné et l'affaire fut jugée sur le rapport des pièces.

« Néanmoins c'était un obstacle imposant que celui de la veuve de l'un des plus illustres maréchaux de France, ayant à ses côtés le défenseur de tant de gloires et venant, après avoir surmonté tous les obstacles, écouter la décision des magistrats pénétrés de la grandeur de leur mission. Un auditoire immense attendait en suspens le triomphe de la vérité et, tout entier aux émotions que le récit des faits et l'éloquence de la partie publique et celle de l'avocat lui fournissaient, no laissa échapper que des murmures d'indignation contre le crime, et des soupirs à la mémoire du guerrier et à la noble poursuite de sa courageuse épouse.

Malgré le mauvais vouloir de certains magistrats qui faisaient dire au Garde des sceaux :

— (( Voilà dans une ville un commissaire de police qui ne voit pas, et un juge d'instruction qui n'entend pas. » Malgré les menaces et les tentatives d'intimidation et de subordination, la lumière allait enfin se faire sur cette cause obscure et sanglante.

« Il résulte de l'information, disait le rapport du juge d'instruction, que Didier et Baudon, qui ont déclaré au procès-verbal et devant le conseiller Dupiii, avoir vu le Maréchal se suicider, que Didier qui a obtenu depuis la mort du Maréchal la décoration de la Légion d'honneur, et Baudon, qui est soupçonné par quelques témoins d'avoir coopéré à l'assassinat, sont de faux témoins. »

L'acte d'accusation formule nettement l'attentat commis sur la personne de Brune.

Il Dès l'instant où une opinion favorable et juste s'est formée sur cot événement, on n'a pas douté que le Maréchal ait été assassiné; ce Guindon dit Roquefort a été sifrualé comme l'un de ses meurtriers. Il n'v a qu'une voix, qu'un cri sur la part qu'il a prise à cet assassinat. Dès le premier moment on a dit, comme on l'a répété dans la suite, qu'un individu que la mort a mis hors de la justice des hommes,

ayant tiré le premier coup de pistolet contre le Maréchal, Guindon, dit Roquefort, lui représentant sa maladesse, le poussant à l'écart et se mettant à sa place, prononça ces affreuses paroles :

« Je vais te faire voir comment il faut faire, w Et déjà il avait tiré son coup de carabine et le Maréchal n'était plus.

Mais l'instruction avait été bien circonscrite, et l'accusation bien limitée.

Les complices, les vrais coupables avaient été laissés hors de cause et Dupin avait bien raison de s'écrier :

— Ainsi l'on n'a pas instruit contre ces fonctionnaires dont la conduite, si elle ne les accuse pas de connivence, les accuse au moins d'une grande faiblesse.

« On n'a pas instruit contre ce jeune homme qui, au dire de plusieurs témoins, avait excité et. fomenté l'attroupement, contre cet audacieux qui, se trouvant dans la chambre du Maréchal Brune, l'aurait injurié en face et menacé d'une mort prochaine.

« Et ce commandant qui n'a trouvé d'autre apologiste que dans la déposition. de l'un des signataires du procès-verbal, ce commandant de place, si puissant sur la multitude qu'un mot de sa part suffit pour la calmer, mais quand?... Lorsque le but est rempli, quand le crime a été commis et que le Maréchal a cessé do vivre. Ce même homme qui donne à la gendarmerie l'ordre de se retirer, quand il fallait, au contraire, lui donner l'ordre d'agir, quand son insuffisance même du côté du nombre n'eut pas été un motif capable de légitimer sa retraite, à moins que le devoir de mourir à son poste ne soit un vain mot !

« A-t-on instruit contre les deux faux lémoias qui ont attesté le prétendu suicide?

« A-t-on instruit sur le pillage des effets partagés sur la voie publique?

Toutefois, messieurs, ne croyez pas qu'en relevant ces lacunes dans l'instruction, je veuille accuser les intentions des magistrats qui l'ont dirigée; je veux seulement en tirer cette conséquence, qu'au moins il est bien prouvé par là que l'instruction a été conduite avec une grande modération, sans animosité, et que par conséquent les seuls faits qu'elle eut soin d'établir méritent toute votre confiance.

o On n'est pas remonté jusqu'aux instigations du crime, on n'a

poursuivi que les vils instruments dont on s'est servi pour le commettre.

Tout aboutit à doux portefaix dont l'un est mort, l'autre contumace. Roquefort contumace ! « Eh! pourquoi? »

On l'a vu, on l'a signalé à l'autorité; il se promenait publiquement sur les quais, dans les rues d'Avignon, cependant on ne l'a pas arrêté, on ne l'a pas voulu ! On a fait des perquisitions, mais après des avertissements préalables. Le commandant de gendarmerie a été changé, mais l'influence des instigateurs n'était pas détruite ; ils craignaient que, menacé sur sa tète, le coupable ne nommât ses complices ! »

Le 26 février 1819,1a Cour rendit un arrêt qui condamnait Guindon à la peine de mort, pour avoir fait partie d'une réunion de plus de vingt personnes armées et en rébellion ; pour attaque et résistance avec violence et voies de faits envers la force publique, pour s'être rendu coupable de vols d'effets et d'argent, et pour avoir, volontairement et avoir préméditation, donné la mort au Maréchal Brune.

Et, statuant sur les conclusions civiles, sans s'arrêter ni avoir égard au procès-verbal dressé à Avignon le 2 août 1815, la Cour ordonne qu'en vertu de l'arrêt il sera procédé à la rectification de tous les registres où la mort du Maréchal aurait été attribuée à un suicide.

Faut-il ajouter que Guindon ne fut pas exécuté, mais continua à vivre publiquement au-milieu de ses concitoyens.

Mais la Maréchale avait obtenu ce qu'elle désirait par dessus tout: la proclamation de la vérité sur la mort de son mari.

En 1811, Brives-la-Gaillarde, ville natale de Brune, éleva une statue à cet homme illustre.

Encore un mot :

Ceux de nos lecteurs qui croient à la justice divine apprendront avec satisfaction comment, après avoir échappé à la justice toujours défaillante des hommes, les criminels d'Avignon furent punis par la justice infaillible :

L'auteur des Causes politiques célèbres, auquel nous venons d'emprunter les détails du procès, termine en ces termes :

Les assassins qui s'étaient soustraits à la justice des hommes n'échappèrent point à la vengeance de Dieu. Presque tons eurent une Cn misérable : Roquefort et Farges furent atteints de maladies étranges

et inconnues, pareilles à ces anciennes plaies qu'envoyait' la main de Dieu aux peuples qu'il voulait punir.

Chez Farges, ce fut un raccornissement de la peau et des douleurs tellement enflammées que, tout vivant, on l'enterrait pour le rafraîchir. Chez Roquefort, ce fut une gangrène qui atteignait la moelle et qui, décomposant les os, leur ôtait leur résistance et leur solidité; de sorte que ses jambes cessèrent de le porter et qu'il se traînait parles rues, comme un reptile. Tous deux moururent dans d'atroces douleurs et regrettant l'échafaud qui leur eut épargné cette cruelle agonie.

Pointu, condamné à mort par la Cour d'assises de la Drôme pour avoir assassiné cinq personnes, fut abandonné par son propre parti. Pendant quelque temps on vit, à Avignon, sa femme infirme et difforme, aller de maison en maison, demandant l'aumône pour celui qui avait été, pendant deux mois, le roi de la guerre civile et de l'assassinat. Puis, un jour, on la vit ne demandant plus rien et coiffée d'un haillon noir. Pointu était mort, — sans que l'on sût oia, — dans un coin, au creux de quelque rocher, au fond de quelque bois, comme . un vieux tigre auquel on aurait scié les griffes et arraché les dents.

Nadaud et Magnan furent condamnés chacun à dix ans de galères. Nadaud y mourut, Magnan en sortit et, fidèle à sa vocation de mort, valet de voirie, il empaisonne aujourd'hui les chiens.

Puis il y en a d'autres qui vivent encore, qui ont des places, des croix et des épaulettes, qui se réjouissent dan^ leur impunité et qui croient, sans doute, avoir échappé au regard de Dieu.

.attendons! ..

Les scélérats de cette espèce ont ordinairement des vices, dont ils payent tôt ou tard les excès : justice naturelle à laquelle on n'échappe pas.

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a-É:iSrÉE.^Ii BliEISS^l^TZD

L'.T33n';sinaf, du général Breissand est le pendant de l'assassinat du maréchal Brune. Il eut pour théâtre Sisteron, petite ville du département du Gard, le jour même, presque à la même heure, avec les mêmes détails de férocité.

On eut dit que les royalistes obéissaient à un mot d'ordre, comme pour la Saint-Barthélémy. Ces massacres simultanés s'appelaient : « les représailles des honnêtes gens. » Us n'ont pas été exécutés sur des ordres écrits, mais, d'après les rensei3iiements recueillis, oii est autorisé à croire qu'ils avaient pour directeurs occultes des émissaires du duc d'Angoulême qui, pendant quelque temps, résida à Toulouse.

Cette capitale du Languedoc, ainsi que Nîmes, était un foyer de fanatisme royaliste auquel se joignait la haine ancienne des protestants.

En demeurant à Sistero.n, son pays natal, celui dont quelques mois auparavant il faisait la gloire, et oij il ne croyait pas avoir d'ennemis, le général Breissand ne s'attendait pas à être en butte à des haines sanguinaires. C'était un brave officier dans le genre des Jumeaux de La Réole. Comme tant d'autres, il avait servi la République sans prendre part à ses excès, et pendant quinze ans avait lutté pour défendre sa patrie dont l'Europe monarchique, coalisée, avait juré l'abaissement.

II n'était pas du nombre des traîtres de 1814 et 1815. 11 n'était pas allé au devant des princes et ne s'était pas fait embaucher dans les turpitudes lucratives du royalisme par les Foucher et lesTalleyrand, mais la gravité de ses blessures l'avait empêché de reprendre du service aux Cent-Jours. Il se retira à Sisteron, où il ne s'occupa en rien do politique et vécut dans le plus complet isolement.

Dès que la nouvelle de Waterloo fut connue, les assassins qui attendaient dans l'ombre et en armes le moment oîi ils pourraient,

sans danger, se ruer sur les patriotes, sortirent en hurlant de leurs demeures, véritables tanières, et se répandirent dans les rues en poussant des cris de mort.

Sur le chemin de la bande se trouvait la maison d'un ancien mairo de la commune connu par son libéralisme, généralement estimé; c'était une victime toute désignée. « A mort! Vincent! » Vincent était le nom de cet honnête homme.

Il est seul chez lui avec ses deux fils; ils n'ont pas d'armes; ces deux jeunes gens se jettent entre les brigands et leur père; mais on les assomme et Vincent est poignardé sous leurs yeux.

Au meurtre succède le pillage, et les amis du meilleur des rois (comme on disait et comme on dit encore) détruisaient tout ce qu'ils ne pouvaient emporter.

Ils se retirent hurlant de joie et encouragés par un premier succès.

Mais la victime était obscure. Le meurtre d'un honnête homme no suffisait pas à leur gloire, il leur fallait un homme célèbre. Non loin de là habitait un général de la grande armée, un de ces soldais éprouvés qui sont l'honneur et la force de leur pays, le général Breissand. Ses blessures, nous l'avons dit, le clouaient dans son fauteuil. 11 n'avait aucune méfiance. On n'avait pas encore vu en France que la gloire militaire et le patriotisme fussent des crimes. Il ne se croyait coupable ni d'Austerlitz ni d'EyIau, il ne croyait pas avoir à rougir d'Iéna, de Friedland, de la Moscowa. Il vivait donc isolé, triste, mais tranquille, quand la foule hurlante des royalistes entoura sa demeure, en brisa les portes et se rua sur lui.

Il n'y eut pas d'explications possibles, les cris de mort couvrirent tout d'abord sa voix; ils le rouèrent de coups, le poussèrent et l'entraînèrent dans la rue oii il tomba baigné dans son sang.

Quelques curieux effarés se montrèrent, mais sans oser lui porter secours, et ils ne purent que témoigner, plus tard, que des mille outrages dont ces lâches abreuvèrent son agonie.

Le pillage suivit l'assassinat et les bandits s'éloignèrent, laissant leur victime sur le pavé.

Après être resté ainsi longtemps étendu sur la voix publique, Breissand fut enlevé par ordre de la municipalité et transporté à l'hôpital.

Là, on reconnut que son corps était encore chaud et que son cœur n'avait pas cessé de battre. La nouvelle s'en répandit dans la ville et

L'assassinat du général Rarael.

Liv. 17.'). — Fayard frcreSi éditeurs.

arriva aux oreilles des égorgeurs. Aussitôt, furieux d'avoir "laissé leur œuvre inachevée, ils accoururent à l'hôpital, s'emparèrent du blessé et le traînèrent par les rues, sans l'avoir achevé, jusqu'au pont de la Beaume, sur la Durance.

« Rien de sinistre, dit un historien de Provence, comme ce site étranglé entre deux hautes montagnes, la rivière y forme des gouffres affreux et des tourbillons vertigineux. Non loin sont les ruines du pont d'Enfer, qui doit son nom à l'horrible aspect de ces lieux. »

C'est là que les bandits traînèrent le corps du général Breissand.

Parvenus au milieu du pont, qui n'a qu'une seule arche hardie et élevée, ils précipitèrent le corps tout palpitant de ce vaillant soldat qu'avaient honoré et respecté nos plus implacables ennemis. Le cadavre plonge au milieu du flot tourbillonnant, revient à la surface, tourne quelque temps, puis disparaît emporté en quelque sorte par la rapide rotation du gouffre.

En ce moment, les bandits font entendre des cris de joie et de frénétiques applaudissements, .mais oseront-ils prétendre que leur victime, pour leur échapper, s'est précipitée dans la Durance?

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