Pour ce Minois, ces massacres sont des lumullcs
n Et alors, la victime, n'espérant plus de grâce, les priait au moins de l'achever de suite.
« La sueur me coulait sur le front; je me tâtais pour voir si je n'avais pas sur moi une arme quelconque. Je n'avais rien, pas même un couteau. Je regardai mon chien, il était couché et paraissait lui-même atteint de la terreur la plus profonde. Le prisonnier continuait de se lamenter, les assassins menaçaient et raillaient toujours. Je descendis de mon figuier pour aller chercher des pistolets, mon chien me suivait des yeux et semblait n'avoir que la tête de vivante.
« Au moment oîi je mettais le pied sur le sol, une double détonation se fit entendre. Mon chien poussa un hurlement plaintif et prolongé. Je devinai que tout était fini.
« Il était désormais inutile d'aller chercher des armes; je remontai sur mon figuier. Le malheureux, la face contre terre se tordait dans son sang; les assassins s'éloignaient en rechargeant leurs fusils.
« Je voulus voir s'il n'y avait pas moyen de porter secours à celui que je n'avais pu sauver. Je sortis donc aussitôt. Je m'approchai de lui ; il était sanglant, défiguré, expirant, et pourtant il vivait encore et poussait des gémissements sourds. J'essayai de le soutenir, mais je reconnus que ses blessures, faites à bout portant, l'une à la tête, l'autre dans les reins, étaient sans remède.
« Une patrouille de la garde nationale paratalors au coin de la rue. Au lieu de voir en elle un secours, je voyais un danger. Je ne pouvais plus rien pour le blessé ; déjà il râlaitetbienlùt il allait mourir, je rentrai, je repoussai la porte à demi, et j'écoulai :
— Qui vive? demanda le caporal.
— Farceur, dit un autre, qui demande qui vit à un mort.
— Eh! non il n'est pas mort, répliqua un troisième, lu vois bien qu'il chante encore.
En effet, le malheureux, dans son agonie, poussait des gémissements affreux.
— On l'a chatouillé, dit un autre ; il n'y a pas de mal à ça ; le meilleur, maintenant, serait de l'achever.
« Aussitôt j'entendis cinq ou six coups de fusil et les gémissements cessèrent.
« Celui qui venait d'expirer se nommait Louis Lechaire; ce n'était pas à lui, mais à son neveu que les assassins en voulaient.
Ils avaient pénétré de force dans son domicile, et comme celui qu'ils cherchaient n'y était pas et qu'il leur fallait une viclime, ils l'avaient arraché des bras de sa femme et l'avaient emmené jusqu'auprès de la citadelle, où ils l'avaient assassiné.
« Le lendemain, dès le point du jour, j'envoyai chez trois commissaires de police, pour obtenir l'autorisation d'enlever le cadavre et le transporter à l'hospice, mais, ou ces messieurs n'étaient pas encore levés, ou ils étaient déjà sortis, si bien que ce ne fut qu'à onze heures, et après de nombreuses visites que l'on voulut bien me délivrer cette autorisation.
« Le lendemain, grâce à ce retard, toute la ville vint voir le corps de ce malheureux ; le jour qui suit un massacre semble un jour de fête ; on laisse tout pour venir contempler les cadavres des victimes.
« Un homme, voulant amuser la foule, ôta sa pipe de sa bouche, et la mit dans celle du cadavre. La plaisanterie eut un merveilleux succès et les assistants se prirent à rire aux éclats. »
Ce temps d'atrocités était cependant !a période électorale qui envoya à Louis XV[I[ sa Chambre dite introuvable.
M. Madier de Montjau, père du député actuel, alors conseiller à la Cour de Nîmes, s'exprima plus tard en ces termes, dans une pétition adressée à la Chambre des Députés :
<i Trestaillons et Truphémy ont été les deux chefs principaux des assassins de Nîmes ; ils ont présidé aux massacres commis l'avantvoille des élections de 1815 et qui furent accompagnes de tant de raffinements de barbarie. Ils escortaient ce fatal tombereau qui attendait les victimes à la porte de leurs maisons et les portaient à la voirie quand elles avaient été frappées. Trois fois en plein jour ce tombereau traversa Nîmes pour aller déposer et reprendre un effroyable chargement. Voilà sous quels niispices ont été faites les élections do 1815.
<( Si quelques-uns de ces hommes qui, à une époque désastreuse éloufTèrenl la voix du courageux d'Argenson, rejettent mon témoignage, si même ils m'accusent d'exagération, ils m'obligeront à vous parler de ces proclamations incendiaires qui, loin do vouloir calmer la rage des bourreaux, allaient soulever la lie du j)(;iij)le et ses plus impurs éléments.
« Je ferai retentir cet arrêté d'un commissaire extraordinaire qui, le 20juillet 1815, à l'époque la plus féconde en pilhiges et en nssas-
sinats, ordonnait à des infortunés qui avaient fui pour éviter la mort, de rentrer dans le délai de huit jours sous peine de séquestration de leurs biens.
« Les despotes de l'Asie, moins cruels et moins absurdes, envoient à leurs esclaves le cordon fatal, mais ne leur ordonnent pas de venir le chercher.
« Je parlerai aussi de cet autre fonctionnaire plus élevé, qu'un pasteur s'efforçait d'émouvoir par le spectacle déchirant du supplice de plusieurs femmes fouettées par le peuple avec des battoirs garnis de pointes aiguës et qui répondit en souriant :
« Allez, monsieur, les magistrats de Paris auraient trop à faire s'ils avaient à s'occuper des querelles de la place Maubert. >'
Les élections furent faites sous le poignard. Tout le monde royaliste, depuis le gouvernement jusqu'aux bandes provençales, y trouva son compte; car, en assassinant pour S. M. Louis XVIII, les Trestaillons ne croyaient pas travailler pour le roi de Prusse.
Les bandits dévastaient et mettaient de côté ; leur fureur était de la comédie, ils agissaient avec calcul ; ils n'incendiaient souvent que pour mieux dissimuler leurs vols. Sans pitié pour leurs victimes pauvres, ils pratiquaient, vis-à-vis des riches, le chantage le plus audacieux ou le plus cynique.
Les environs de Nîmes, fermes et villages, étaient frappés par eux de contributions. Trestaillons, et l'un de ses lieutenants écrivaient aux propriétaires protestants ou connus pour leur bonapartisme et leur imposaient lepaiementd'une somme, sous peine d'incendie. Les maires des communes dont la majorité était protestante recevaient la même sommation, on exigeait d'eux dix, vingt ou trente mille francs de rançon. Résistaient-ils? On coupait leurs oliviers, on arrachait leurs vignes, on enlevait leurs grains.
Tous ces coquins ramassaient des rentes dans le sang de leurs compatriotes et leurs chefs furent encore pensionnés du roi.
LES QUATRE SERGENTS DE LA ROCHELLE UCî