‹ [Les quatre sergents de la RochelleChapitre 35 sur 100 · DERNIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

DERNIÈRE PARTIE

XiE G-ÉliTÉiaJLX, IDTiOXr O'H

Reposons-nous des scènes hideuses des massacres du Midi et des physionomies repoussantes des Roquefort, des Trestaillons et des Truphémy par les drames des conseils de guerre et le défilé des figures héroïques des Drouot, des Labédoyère, des Cambronne.

Le général Drouot, que Napoléon avait surnommé le Sarje, unissait à la gloire militaire le mérite qui fait un grand citoyen. Sa vie est sans tache. Ses talents militaires sont incontestés ; son dévouement à la patrie, sa fidélité à l'Empereur, le placent au premier rang des victimes illustres de la Restauration.

Antoine Drouot naquit à Nancy en 1774. Son père, riche boulanger, le fit élever au collège. A la suite d'un brillant examen qu'il subit sous le célèbre Laplace, à l'école d'application de Metz, il entra dans l'artillerie comme sous-lieutenant. Il se distingua particulièrement à Fleurus (1794) à la Trebbia, puis à Hobenlinden (180C)) et fut nommé en 1808, colonel-major de l'artillerie de la garde. Il prit une part glorieuse aux victoires de Wagram et de la Moscov^-a. C'est dans la campagne de 1812 que ses qualités militaires brillèrent avec le plus d'éclat. La perte de nos vieilles troupes dans les neiges de la Russie obligèrent .Napoléon à suppléer au nombre et à l'expérience des soldats par une importance plus grande donnée à l'artillerie. Drouot se montra alors vaine-ment prodigieux d'habileté et d'énergie à Rautzen, à Lulzen, à Wachau. Le 30 octobre, il sauva l'armée française en foudroyant 80,000 Bavarois qui nous barraient le passage à Hanau. 11 venait d'être nommé général de division ; la campa;,Mie di- isl'i lui

donna d'autres occasions de se signaler. Il mit le comble à sa réputation en s'emparant du passage de Vanclos, défendu par 60 bouches à feu, qu'il emporta avec quelques pièces de canon.

Après l'abdication, il suivit Napoléon à l'Ile d'Elbe et chercha, par de sages conseils, à détourner l'Empereur de rentrer en France. A Waterloo, il prolongea la résistance et fut du petit nombre des généraux qui se refusèrent à voir la perte de l'Empire dans la perte delà bataille. Il l'allia les débris de l'armée sous les murs de Laon.

Après la capitulation de Paris, il se replia avec ses troupes derrière la Loire. Il y donna l'exemple du sacrifice et de la plus noble abnégation. L'autorité qu'il exerçait sur la garde ; la grande affection qu'avaient pour lui les troupes, lui permirent de calmer l'effervescence de l'armée de la Loire et de faciliter son licenciement. Eh bien ! cela n'empêcha pas Louis XVIII de le porter, un des premiers, sur la liste de proscription.

Dès qu'il eût connaissance de la loi du 24 juillet, Drouot se constitua lui-même prisonnier.

Il sollicita des juges et comparut devant un Conseil de guerre dont les noms seuls soulèvent à la fois l'étonnement et la méfiance, des noms d'émigrés obscurs : le lieutenant-général, comte d'Antonard, président, du vicomte de Pons, du comte Louis de Vergennes ; du colonel de Marciilac, du vicomte Berraud de Rissus, de M. Denon, rapporteur.

Les dépositions de divers témoins, employés de la maison de l'Empereur, établirent que le général Drouot avait blâmé l'expédition de l'Ile d'Elbe et n'avait suivi l'Empereur que comme accomplissant un devoir.

— Si j'avais écouté le Sage^ dit plus tard Napoléon, je ne serais pas parti, mais il y avait encore plus de danger à rester à Porto- Ferrajo.

Le maréchal Macdonald témoigna que c'était au général Drouot que la France était redevable de la discipline et de la soumission de l'armée de la Loire.

Drouot tint un langage très digne ; il dit que, dévoué à i< Empereur dans sa prospérité, son attachement pour lui s'était augmenté en raisun de sa mauvaise fortune et que lorsque la funeste résolution de rentrer en France fut prise, son devoir était de le suivre. 11 ajouta :

LES QUATRE SERGENTS DR fA ROruiRLLf;

^^fe

Caïubioiiiie coiuuiaiiUalt une division do la vieille garde qui fui anéantie.

LIt. IT7 — Fatabd frèrai, édltear*.

— Si je suis condamné par les hommes qui ne jugent les actions que sur les apparences et d'après les événements, je serai absous par mon juge le plus implacable, ma conscience. Tant que la fidélité aux serments sera sacrée parmi les hommes, je serai justifié ; mais quoique je fasse le plus grand caa de leur opinion, je tiens encore plus ù la paix de ma conscience. J'attends votre décision avec calme. Si vous croyez que mon sang soit utile à la tranquillité de la France, mes derniers moments seront encore doux. »

Malgré ces généreuses paroles, la non culpabilité de Drouot ne fut prononcée qu'à une majorité de trois voix contre quatre.

Louis XVIII fit appeler le général, qu'il désirait connaître, et ordonna qu'il fût inscrit au cadre des généraux en disponibilité, mais Drouot ne reprit jamais de service. Napoléon avait la plus haute estime pour l'homme et pour le général. Il avait, disait-il, des raisons suffisantes pour le croire supérieur à un grand nombre de ses maréchaux... Et peut-être (ajoutait-il) ne s'en doute-t-il pas... ce qui serait encore une qualité de plus.

On lit encore, dans les Mémoires de l'Empereur « Drouot est un homme qui vivrait aussi satisfait, pour ce qui le concerne personnellement, avec quarante sous par jour qu'un autre avec les revenus d'un souverain. Sa morale, sa probité et sa simplicité lui eussent fait honneur dans les plus beaux jours de la République romaine.

Il serait difficile, en effet, de citer un seul des généraux de Bonaparte qui, à ses qualités militaires, réunit les vertus civiles de Drouot. Son éducation politique est un prodige au milieu des camps. Lié à la fortune de celui qui gouvernait la France, il a suivi l'impulsion de son époque, sans oublier la patrie. »

Cet éloge, décerné par Nîipoléon, est un brevet de gloire qui vau. bien des titres de noblesse.

Drouot, retiré à Laon, y mourut sans fortune en 1847,

Page 1