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COMMENT FINIT MURAT

Cependant, à la chute de INapoléon celle de Murât était liée. L'Empereur a succombé pour la seconde fois. Brune quitte Toulon et les royalistes s'en emparent. Murât fut obligé de quitter la maison dite de Plaisance, de se déguiser en homme du peuple, de se cacher de nuit et de jour.

Sans un toit hospitalier, si humble qu'il fût, certain d'être livré aux égorgeurs qui sillonnaient la campagne et surveillaient la côte, s'il était découvert, il en fut réduit à s'enfouir dans un trou sur lequel s'avançaient quelques branchages. Il avait donc fini par connaître la peur?

Que lui avaient répondu le duc d'Otrante et la « belle dame », l'amie de la dernière heure ? On ne l'a jamais su. Sa dernière lettre est sans doute restée sans réponse.

Il était donc seul dans son trou, par un temps de pluie épouvantable. Quelques intrigants, quelques désespérés, cachés comme lui aux environs, étaient encore décidés à partager sa fortune. Ils s'entretenaient les uns les autres dans les plus fausses espérances.

Enfin, des contrebandiers consentirent à les passer, lui et trois des siens, dans l'île de Corse. C'était le 22 août 1815.

Mais on croirait que les éléments, comme on disait jadis, étaient conjurés contre lui. Il part, une tempête éclate; la balancelle qui faisait le service de Bastia à Toulon le reçoit à son bord. A peine a-t-il quitté son embarcation, qu'elle s'entr'ouvre.

Parvenu à Bastia, il court se cacher au village de Vescovato, chez ]e vieux Colonna Cecca'.di. Là, non sfc'ement il était en sûreté, mais

il retrouva des partisans, Deux cents officiers le rejoignent avec le général Franceschetti. Il marche sur Ajaccio. La ville maternelle de. Napoléon tenait encore seule pour son fils. De tout son Empire, Napoléon ne possédait plus que son berceau.

La garnison de la cita'delle salue Murât et veut le proclamer roi de Corse ; il le refuse ; il ne trouve d'égale à sa grandeur que le sceptre des Deux-Sieiles.

Pendant ce temps, à Vienne, Louis XVllI, pressé par Talleyrand, qui détestait Murât, confirmait la rentrée dans ses Etals de Ferdinand IV de Bourbon et la déchéance de Joachim-Napoléonl". Celui-ci reçut bientôt son aide de camp, M. Mucirone, arrivant de Paris; il lui apportait la décision de l'Autriche, en vertu de laquelle il devait quitter le titre de roi et se retirer, à sa volonté, en Bohème ou en Moldavie.

— « Il est trop tard, mon cher Mucirone, répondit Joachim, le dé en est jeté \ dans un mois, je serai à Naples.

11 avait déjà réalisé six bâtiments pour transporter ses partisans, des armes et des munitions, et avait mis, pour cela, ses derniers diamants en gage.

Tout son entourage paraissait plein d'enthousiasme et lui prédisait un succès facile. Il mit à la voile dans la nuit du 28 septembre 1815.

Il avait confié le commandement de sa petite escadrille à un ancien capitaine de frégate, qui devait à la faveur de Murât ce grade dans la marine napolitaine; il se nommait Barbara; et bien que quelques avis fussent parvenus à Joachim sur le compte de cet homme, dont on l'engageait à se défier, il croyait à son dévouement et à son courage.

Contrariés par les vents, les bâtiments dont se composait l'escadrille furent dispersés, le 5 octobre, par une tempête.

Le 6, en vue des côtes de Calabre, les signaux ne purent rallier qu'une seule barque, contenant quarante soldats.

Un oflicier envoyé pour répondre aux questions de la douane, fut retenu prisonnier et les douaniers menacèrent de faire l'eu si les barques ne s'éloignaient pas.

Murât parut alors reconnaître lu nécessité d'une prompte retraite, mais Barbara, qui avait reçu le prix de sa trahison, insista pour qu'il débarquât nu Pizzo, et .Murât lui donna enfin l'ordris qu'il désirait.

Quand la barque arriva devunl le port, les officiers, qui a uv«.ien<

pas été consultés sur sa dernière résolution, le supplièrent d'y renoncer, lui assurant qu'il allait à la mort.

Il fut inflexible et donna le signal du débarquement; puis il ordonna à Barbara de se tenir près du rivage, toujours prêt à le recevoir lui et sa suite dans le cas où l'accueil des Napolitains ne répondrait pas à ses espérances. Environ trente hommes, officiers, soldats, domestiques l'accompagnaient, lorsqu'il débarqua.

Quelques cris de Vive Joachim! l'accueillirent lorsqu'il descendit sur le rivage.

Dix ou douze canonniers garde-côtes le suivirent. Mais à peine sa petite troupe eut-elle pris le chemin de Monteleone, que des paysans que commandaient un officier de gendarmerie, nommé Capellani, fit feu sur elle. Des rassemblements se formèrent sur d'autres points. La résistance devenait impossible et il fallait retourner sur ses pas.

Mais lorsque Murât et ses compagnons eurent regagné le rivage, le bâtiment qui devait l'attendre avec le capitaine Barbara et le chef de bataillon Courant, avait disparu.

Il ne restait à Murât et à sa troupe aucune retraite.

Bientôt, ils furent cernés par la populace du Pizzo qui s'était réunie aux paysans et aux gendarmes. Une décharge générale tua un officier du roi et blessa sept autres personnes.

Fait prisonnier avec sa suite, il fut conduit au fort. Il eut à y subir d'abord les lâches insultes de Capellani qui le fouilla, lui enleva ses papiers, — entre autres plusieurs proclamations, — et vingt-deux diamants.

Le gouverneur de la province, le général Nunziante, arriva de Monteleone dans la nuit du 8 au 9. Son premier soin fut de faire transporter l'illustre prisonnier dans une chambre particulière. Le quatrième jour de sa détention, il fut prévenu, par le général Nunziante, que le gouvernement lui avait transmis par le télégraphe, l'ordre de le retenir prisonnier malgré ses réclamations, pour être transporté sur un bâtiment portant le pavillon anglais.

Dans la nuit du 13, le général reçut l'ordre de former un tribunal militaire chargé de juger l'ex-roi de Naples. Cette décision surprit vivement Murât. La veille, on avait éloigné de lui les généraux Franceschetti et Natale, qui partageaient son logement.

La Commission militaire se composait d'officiers qui, pour la plupart, avaient reçu leurs grades et leurs décorations du roi Joachim.

Il est condamné d'avance et par décret de Ferdinand.

Ces despotes, à moitié endormis, dit Vaulabelle, dont l'imbécillité sanguinaire est le S.éau des populations du vieil Orient, peuvent seuls donner une idée du roi Ferdinand, prédécesseur et successeur tout à la fois de Murât. Ce roi, qui alliait les habitudes les plus basses à la dévotion la plus grossière, se pemt tout entier dans le décret qu'il rendit pour la mise en jugement de Joachim.

Voici les termes de ce document :

Ferdinand, par la grâce de Dieu, etc., nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

« Article 1". — Le général Murât sera traduit devant une Commission militaire dont les membres seront nommés par notre ministre de la guerre.

« Article 2. — Il ne sera accordé ac condamné qu'une demi-heure pour recevoir les secours de la religion.

« Donné à Naples, le 9 octobre 1815.

« S}(jné : FEr.DiNAND. »

Il comparut à peine devant la Commission qui ne semblait chargée, en définitive, que de constater son identité et de prononcer l'arrêt dicté par le roi. Dans la nuit du 13, on lui signifia cet arrêt. Il prolesta avec amertume en disant : « Je suis Joachim, roi des Deux- Siciles.

Puis, il demanda à écrire à sa femme, ce qui lui fut difficilement accordé.

Lorsque sa lettre fut achevée, on le fit descendre dans une des cours intérieures du fort oîi se trouvaient réunis vingt gendarmes; en passant devant ce détachement, il lui adressa le salut militaire.

Il regarda les soldats charger leurs armes, et choisit lui-même, en capitaine expérimenté, l'endroit où les balles le pouvaient mieu.x atteindre.

L'officier chargé de faire exécuter la sentence, voulue lui faire mettre un bandeau sur les yeux. Il le refusa, ainsi que la chaiàc qu on lui offrit.

— J'ai trop souvent bravé la mort pour la craindre, répondit-il d'un ton ferme, mais sans jactance.

Couché en joue, au moment du feu, il dit :

— Soldats, sauvez le visage, visez au cœur.

Il tomba, tenant à la main les portraits de sa femme et de ses enfants. Ces portraits ornaient auparavant la garde de son épée. On l'enterra dans une fosse déjà préparée, au cimetière du Pizzo.

Murât aima le luxe, l'apparat, les richesses du costume, la pompe des cérémonies. — « Au moment d'une bataille, dit Béguin, il se revêtait de son plus brillant uniforme, i! implantait dans son panache une aigrette étincelante de diamants, et il aimait à parader devant les troupes. Guerrier, il n'avait pas, comme Hoche, Desaix, Kléber et Lannes, ce génie stratégique qui prépare un plan de campagne, ainsi que l'on crée le plan d'un grand poème; mais nul, mieux que lui, ne sut saisir l'à-propos d'un mouvement, distribuer, réunir, mouvoir des masses de cavalerie, tenter d'incroyables hardiesses et forcer la fortune.

« Roi, il gouverna sagement, libéralement et se fit aimer.

« Arrivé sur le trône avec 12 millions de fortune personnelle qu'il dépensa dans l'intérêt du royaume de Naples, il en descendit ruiné, presque sans aucune ressources.

De son mariage avec Caroline Bonaparte, il avait eu deux fils et deux filles :

Napoléon-Achille Murât, né à Paris en 1801, mort aux États-Unis en 1847; Napoléon-Lucien -Charles, né à Milan en 1803, fournit une longue carrière. Il passa une partie de sa vie en Amérique, revint en France en 1848, se fit nommer représentant du Lot. En 1861, il manifesta quelques velléités de revendication du trône de Naples, mais le gouvernement déclara qu'il désavouait ses projets. 11 disparut de la scène politique en 1870.

Les deux filles sont Italiennes. Lœtitia- Joséphine, née en 1802, épousa le comte Pepoli de Bologne. Enfin, Louise-Julie-Garoline, née en 1805, a épousé le comte Rasponi de Ravenne.

LES QUATRE SERGENTi^ DE LA ROCHELLE 1519

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