PAR MONTS ET PAR VAUX
Revenons à Mouton-DuvernetJ
Sa situation était, sinon périlleuse, au moins pénible, car il était harassé de fatigue, était trempé par la pluie et avait faim.
En s'éloignant du château inhospitalier, il avisa la chaumière de la meilleure apparence, et se hasarda à y demander à manger. II n'y avait au logis qu'une vieille femme et une jeune fille. Elles le regardèrent étonnées et muettes, et, lorsqu'il eut bien expliqué qu'il paierait en beaux écus un morceau de pain, la vieille lui répondit :
— Nous n'avons pas de pain. Nous n'avons plus, pour nous nourrir, que des noix, du lait de notre chèvre, et un peu de fromage.
— Eh bien! voilà cent sous, dit-il, donnez-moi un peu de tout cela.
La jeune fille, en bâillant et en se traînant, alla lui chercher ce qu'il implorait, une poignée de noix et une tasse de lait.
Il demanda ensuite à se reposer un instant, fuma une pipe, — par Donheur il avait du tabac, — et s'informa du chemin du plus prochain village. On le lui indiqua.
Il fallait reprendre dans le bois, mais entre ses ramées humides, il ne risquait de rencontrer personne, et il pouvait espérer trouver à la lisière un gîte pour la nuit.
Il reprit son voyage.
Depuis Paris, il n'avait pas encore subi pareille épreuve, et il n'était pas au tiers de son parcours. Le courage ne lui manquait pas, mais la patience. Il était irrité du nombre des petites difficultés qu'il avait à vaincre et n'avait pas prévues. La pluie, la boue, le manque de ressources.
Partout l'invasion et la ruine.
La tristesse aussi le gagnait.
Un rayon de soleil, un bon repas d'auberge auraient suffi à le ranimer, mais à peine filtrait un jour pâle sous les futaies. Les oiseaux eux-mêmes se taisaient.
• Il trouvait le temps long, se demandait si on ne l'avait pas égaré, et s'il ne serait pas obligé de coucher dans cette solitude, il marcha très longtemps sans rencontrer personne, dans la direction du sud-est. A la lisière de cette forêt, dont il ignorait le nom, il aperçut un village. De la plupart des cheminées s'élevait, comme en automne, un panache de fumée, qui dénonçait la présence des Allemands occupés à faire sécher leurs bottes.
Il fallait bien en prendre son parti, pour plusieurs jours encore cette compagnie serait inévitable.
Du lieu oij il se trouvait descendait un sentier tortueux qui, avant d'arriver au village, aboutissait à un chemin vicinal. Il dégringola ce sentier d'un pas alerte, malgré sa fatigue, puis s'arrêta pour reprendre haleine.
Au même moment, il vit venir dans sa direction deux individus : l'un monté sur un petit cheval campagnard, l'autre sur un âne, — comme Don Quichotte et Sancho Pança. Le premier ne lui était pas inconnu. Il se rappela l'avoir vu la veille à la Croix-d'Or. Le second lui parut de la même espèce que son compagnon.
Cette rencontre lui déplut.
Elle ne lui sembla point l'effet du pur hasard.
Il s'assit sur le bord du sentier et leur laissa le chemin libre. Mais, bien qu'ils fussent encore à près de deux cents mètres, un de ces cavaliers, — M. Jeangeot, — le reconnut également, et ralentit le pas de son cheval.
— Tiens! dit-il en se penchant vers Lamblin, voilà notre homme. Lamblin s'arrêta court.
— Tu en es sûr? demanda-t-il.
— Oui. L'occasion est belle.
Il mit pied à terre et son ami l'imita, et le générai ne douta plus de leur intention.
Jeangeot répéta son invitation à son collège o.
— L'arrêtons-nous?
— Sans doute.
— Comment allons-nous faire?
— Profitant de ce quïl est sans méfiance, nous l'aborderons poliment .. si tu veux te régler sur moi?
— Volontiers.
— Allons. '>»•.
Tenant leurs montures par la bride, ils s'avancèrent paisiblement.
— Bonjour, monsieur, dit Lamblin avec politesse.
— Bonjour, messieurs.
— Vous paraissez fatigué.
— Je le suis en effet.
— Les chemins sont si mauvais.
— Oh! oui.
— Vous êtes voyageur?
— Je voyage pour mes affaires.
— Eh bien! si vous voulez, nous ferons route ensemble; par co temps-ci, les bons Français ont besoin de se sentir les coudes.
— C'est bien vrai, mais je suis très fatigué.
Le général se leva et vint sur le chemin; il s'approcha de Jeangeot et de son cheval, et tout en flattant l'animal de la main :
Vous êtes heureux d'avoir un cheval, monsieur. Est-il bon? ■ — Il n'a pas de mine, mais il est infatigable.
— Voulez-vous me le vendre?
L\ KOCHELLE ^ ^^^
Ils s-asBlrent rèslgnOs