‹ [Les quatre sergents de la RochelleChapitre 55 sur 100 · LA MÉNAGERIE · texte numérisé non relu

LA MÉNAGERIE

Dès qu'il eut vu son père partir à cheval, Clément s'empressa de descendre dans la cour et de franchir la porte du château pour aller voir la tente des saltimbanques, au moins le théâtre à défaut du spectacle.

La porte du château, — ceci est à noter, — était une tour carrée et massive, ce que l'on a appelé une bastille; ses murs avaient dix pieds d'épaisseur, et des deux côtés de sa voûte élevée s'ouvaient deux logis, un pour le concierge, l'autre, en face, pour une compagnie de gardes.

Le passage était donc spacieux, et comme il n'y avait plus de gardes, le concierge jouissait des deux logements. De même l'ancien pont-levis avait fait place à un pont fixe.

Un homme âgé, ancien soldat de la République, nommé Honorât, demeurait là avec sa fille, M"e Adèle, une beauté de dix-huit ans.

Quelquefois, au passage, on rencontrait le bonhomme Honorât qui détachait aussitôt sa pipe de dessous ses longues moustaches et soulevait son bonnet de loutre pour vous saluer, mais le plus souvent on entrevoyait, sur le pas de sa porte. M"* Adèle occupée d'un tricot ou d'une couture.

M. Clément n'aimait pas la rencontrer, cela le gênait.

Elle n'aimaitpas, non plus, être obligée de lui dire bonjour; mais dès qu'il avait traversé la voûte elle était à une fenêtre.

Le jour dont il s'agit, reconnaissant son pas, elle quitta la porte fie la conciergerie en toute hâte et courut à la fenêtre qui donnait sur la campagne et elle put le voir très bien qui se dirigeait vers la ménagerie.

Dans une jolie prairie que bordait le chemin du village au château

Monsieur, désirez-voas visiter notre établIsseraontT

Liv. ins — l'Avvnn frr^rps, Cilitciir;.

s'élevait un cirque formé de toiles grossières de différentes sortes dont quelques-unes portaient des traces de peinture capables, par l'incohérence du dessin et la violence de la peinture, d'intriguer les badauds.

Un mât, planté au milieu, livrait au vent un grand morceau de cotonnade blanche tachée de jaune, qui depuis deux ans remplaçait le glorieux et joyeux drapeau tricolore.

A droite, à gauche, deux chevaux et une chèvre paissaient en liberté, — comme chez eux.

Clément, à la vue du cirqu-e de toile, ralentit le pas et marcha avec circonspection. L'ensemble lui parut bizarre.

Des deux côlés de l'entrée, surmontée de deux linges blancs tachés de fleurs jaunes, imprimées, il remarqua deux estrades formées dû. planches placées horizontalement sur des tonneaux et pensa qu'elles étaient destinées à des musiciens.

Il n'avait jamais rien vu de semblable et en imagina merveille.

Mais bientôt les peintures attirèrent ses regards et les captivèrent.

Ni Champollion, ni Denon, en Egypte ne furent possédés d'une curiosité plus ardente à la vue des inscriptions, des pyramides et des obélisques, que le jeune d'Ambaret à la vue de ces tableaux étranges.

Ces toiles, très anciennes, provenaient d'une autre ménagerie. Leur vétusté avait obligé de les découper, s^ns souci de ce qu'elles représentaient, de sorte qu'on y voyait la moitié d'une baleine pêchée en présence d'un lipn, un singe sans tête levant les bras vers le ciel, la tête d'un serpent boa qui se trouvait d'un côté du cirque, tandis que la queue était restée de l'autre.

Au-dessus de la porte d'entrée, payoisée comme nous l'avons dit, on lisait en grandes lettres rouges :

MÉNAGERIE LAGINGEOLE

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