CE QUE DEVINT LA MENAGERIE
Le lendemain de ce malheur, il fallut que la pauvre femme fermât 3on. établissement et allât à la ville chercher la nourriture de ses animaux.
Elle se rendit d'abord h la prison oia elle put voir Aristide. Elle le trouva plein de confiance. Il espérait que Lagingeole serait jugé dans ia quinzaine. Les événements avaient retardé son affaire. Honorât était cité comme témoin à décharge.
A son retour, de nouveaux ennuis l'allondnient. Eiletrouva devant sa porte le garde-champêtre qui l'atlendail pour l'inviter à passer chez M. le maire,,
LLS QUATRE sERGE.NTS DE LA ROCHELLE 1611
Grâce, mon oiflcierl mon père est innocont.
Liv. 206. — Fayard frères, éditeurs.
M. le maire, en entendant la panthère et le lion hurler, se dit que ces animaux pouvaient devenir enragés de faim, et qu'ils étaient un danger pour la commune.
Avant d'en entretenir le Conseil municipal, il voulait en parler à la femme Lagingeole.
Celle-ci se rendit à son invitation.
Elle fut très franche avec ce maire qui, heureusement, était un honnête homme. Elle lui avoua qu'elle se trouverait bientôt sans ressources :
— Mais, dit-elle, nous sommes jeudi, accordez-moi un délai do huit jours; le dimanche, je ferai peut-être quelques sous, et peut-être mon mari sera-t-il jugé dans la huitaine.
Enfin, je cours encore la chance de trouver un acquéreur.
Le maire compatit à cette situation aussi cruelle que bizarre, et lui accorda ce qu'elle voulait.
Le dimanche, on vint des villages voisins. Elle ne fit pas une forte recette, — l'argent était si rare, — mais elle fit une bonne journée; il semblait, à cet empressement, qu'on voulut la consoler.
Cependant, quelqu'un se réjouissait particulièrement de l'arrestation des deux Egyptiens et d'Aristide : c'était le comte d'Ambaret.
— Enfin! se dit-il en apprenant ces « heureuses nouvelles ». On %'a coffrer le saltimbanque pour quelques années et fusiller ce vieux coquin d'Honorat. J'espère qu'après ceux-là on peut tirer l'échelle et qu'il n'y en a plus de la même espèce.
Il éprouvait un réel soulagement, car il redoutait les révélations des deux anciens soldats plus qu'il n'osait se l'avouer.
Il venait de faire sa promenade habituelle; le concierge s'avança vers lui et lui tondit une lettre.
— Pourquoi n'avez-vous pas porté cette lettre chez moi ? demanda-
— Monsieur le comte, je viens de la trouver à l'instant.
— Comment cela?
— Quelqu'un, que je n'ai pas vu, l'avait déposée là, sur cette lubie.
Le comte mit la lettre dans sa poche, entra dans la cour et descendit de cheval. Mais, avant d'aller plus loin, vivement
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stimulé par la curiosité, il rompit le cachet de la lettre et lut ce qui suit :