‹ [Les quatre sergents de la RochelleChapitre 69 sur 100 · CE QUE DEVENAIT CLÉMENT · texte numérisé non relu

CE QUE DEVENAIT CLÉMENT

Disons de suite qu'il n'était pas avec les Hommes libres et ne s'occupait point de politique, mais il avait plusieurs raisons de vivre dehors. La première était celle que son père avait devinée, la crainte d'être embarqué pour Paris; la seconde, qu'il avait à consoler Adèle et la femme de Lagingeole.

La première vivait absolument seule, en quarantaine. Tout le monde la plaignait, mais avait peur de se compromettre.

Elle avait quelques sous qui lui permettaient de vivre indépendante.

Clément allait la voir sans révolter les vertus les plus farouches. Leur nir d'honnêteté, leur franchise en imposaient beaucoup. Puis on disait :

N'est-ce pas juste que ce soiî le fils qui répare le mal que fait le père. Ce jeune homme est un bon cœur, et, s'il pouvait sauver Honorât, il le ferait. Il faut bien aussi que cette pauvre fille ait un protecteur. Elle n'est pas coquette et n'accepte pas de cadeaux, mais elle ne peut pas le repousser. M. le curé a été la voir. Il lui a demandé ce qu'elle comptait faire, si elle ne voulait pas se mettre en place à la ville.

Elle a répondu qu'elle ne ferait rien sans son père; qu'elle espérait être plus tard employée dans la même maison que lui.

— Savez-vous, lui a dit M. le curé, que ce n'est pas bien d'entretenir des relations avec M. Clément d'Ambaret.

— Mais, répondit-elle, ces relations ne sont pas coupables.

— Cllos sont déjà coupables d'exciter le fils à désobéir à son père, à le narguer en lui faisant prendre parti pour ceux que son père a chassé. Il faut donc, ma fille, changer de conduite et tenir votre porto fermée à ce jeune homme. 11 faut que ce scandale cesse. Si vous manquez tout à fait d'argent...

Elle l'interrompit :

— Oh! merci, monsieur le curé, j'en ai. • — Mais c'est du jeune homme?

— Non pas, c'est des économies de mon pè-re.

— Prenez bonne note de ce que je vous ai dit et obéissez-moi. Elle ne répondit point, et une heure après elle recevait son ami. Ces braves jeunes gens mettaient dans leur amour une réserve

courageuse et ne songeaient pas à mal. Après avoir échangé un court baiser, ils s'asseyaient vis-à-vis lun de l'autre pour causer.

Elle lui lut une lettre de son père et lui apprit la détresse extrême de la femme Lagingeole.

— Il paraît, ajouta-t-elle, que la ménagerie est en vente. -- Eh! bon Dieu! qui voudra l'acheter"?

■-- Personne.

— Alors, qu."arrivera-t-il? Les animaux vont devenir enragés do faim, et la pauvre femme...

— Le maire de la commune ne veut plus les garder. Il leur a accordé un délai, mais je crains bien que le délai ne soit passé maintenant.

— Vous croyez? fit Clément, avec une vive inquiétude. Que faire?...

— Si seulement Lagingeole et M. Aristide étaient renvoyés innocents 1

— Ah! il n'y faut pas compter! fil Clément, d'un air qui donnait à penser qu'il savait à quoi s'en tenir sur la justice et la haine des gens d'éjrlisc. C'est vraiment pitoyable et révolthnt. Quand je vois trois personnes en prison, deux fi-mmes dans la misère, et tout cela parce que nous nous sommes assis ensemble à un spectacle de fêto patronale, j'en veux à mon père, et je le délesterais si je pensais qu'il a pu prévoir tout le mal qu'il a fait en vous renvoyant. Mais les olKjses n'en resteront pas là, jo veux réparer, moi, le mal dont je suis la cause involontaire et dont mon père est le fauteur. Nous avons cncoro

quelques jours devant nous. Pour le moment, je dois courir au plus pressé.

— Qu'allez-vous faire? demanda Adèle, Il regarda sa montre.

— J'ai le temps.

— Oîi allez-vous?

— Au secours de la ménagerie.

— Oh! que vous êtes bon! ,

— Mais ce n'est que justice, ma chère amie, et pardonnez-moi de vous quitter si vite. Mon cheval n'est pas fatigué. Je serai arrivé avant trois heures. Au revoir donc, chère Adèle. A demain.

— Oui, à demain, que j'aie des nouvelles, et puis vous voir me fait tant de bien!

— Vous n'avez vu personne depuis avant-hier soirV Elle hésita, mais elle ne savait pas mentir.

— Si, fit-elle avec embarras.

— Qui donc?

— Le curé.

■ — Encore! Et que vous voulait-il?

— Oh! c'est pénible à dire, car cela va vous fâcher. Je n'en aurais rien dit si vous ne m'aviez pas questionnée.

— Mais enfin, quoi doncl... Devons-nous avoir des secrets l'un pour l'autre.

— Eh bien! il m'a défendu de vous recevoir parce que, dit-il, c'est exciter le fils à désobéir à son père.

— En voilà bien d'un autre! se récria Clément, vont-ils se mettre tous contre moi. Sans eux, Lagingeole serait encore libre avec les siens. J'espère, Adèle, que ce curé ne vous fait pas peur? Que lui avez-vous répondu?

— Rien. Je n'ai rien promis. Mais d'un ton de menace, il m'a engagé à prendre bonne note de ses conseils.

— A demain, fit Clément.

11 avait déjà pris un baiser d'adieu, mais comme ils avaient causé après, il se crut permis d'en prendi'e un second.

La iiaiitlicre no quiltiiit. pas des ycuj: sa patronne.

Liv. 207. — FAYAnD frères, ôdltcurs.

ir.-o lî:s quatre pkcgi'Xts de la rociîelle

: Ar; DÉunÉp.ATioN du conseil municipal, les animaux carnassiers

Page 1