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niant uc i^uvail .c dcfcndrc contre deux U.unr.cs.
Uv. :ji - r-AYAur frères, éditeur;
policier qui souleva au bout de sa cnnne une camisole à moitié raccommodée, oîi se trouvait encore une aiguille enfilée, et une coite à laquelle on avait commencé à mettre une pièce.
Dans leur précipitation à passer dans la chambre voisine, lorsm'elles avaient entendu frapper violemment à la porte, les jeunes filles avaient abandonné leur travail sur la table.
M"^ Panisset répondit :
— N'csl-on pas libre de faire chez soi ce que l'on veut?
— A l'exceplion, toutefois, de donner asile à des gens recherches nar la justice.
— Encore une fois, je ne sais pas ce que vous voulez dire.
— Ouvrez celte porte.
— Non!
— Prenez garde ! je vais recourir à la force...
— Si vous croyez me faire peur, mon beau monsieur, vous vous trompez bien... Allons, venez-y donc!
La mère Panissct saisit un lourd couperet dont se servait quelquefois son fils pour débiter des pièces de bois, et le brandit d'une façon menaçante...
Dans toutes les expéditions qu'il faisait, Donnadieu n'oubliait jamais de se munir, avant de sortir de chez lui, d'une paire de petits pistolets dont un officier anglais lui avait fait don.
11 sortit l'une de ces armes de sa poche et la dirigea contre la bonne femme, en lui disant :
— Bas le couperet, la vieille, sinon...
— Tirez donc, lâche ! osez donc tuer une femme... Donnadieu allait peut-être mettre sa menace à exécution, lorsque
la porte de la chambre s'ouvrit...
Louise et Flavienne, se donnant la main, parurent sur le seuil.
— Nous voici, dit la première ; il est inutile d'exercer des violences contre cette brave dame, car elle ignorait que nous fussions poursuivies par la police lorsqu'elle nous a reçues chez elle.
— C'est bon; on examinera son affaire plus tard; quant à vous, mes petites demoiselles, il faut me suivre...
Ahurie par l'apparition des deux cousines, la vieille marchande laissa tomber son couperet et garda le silence.
— Allons, David I s'écria Donnadieu en s'adressant à Farjot, venez
prf>iidre le bras de la blonde, tandis que celle belle brune me fera l'honneur d'accepter le mien,..
Dans la crainte que les hommes de la police ne fissent, dans ie le l.ig.'ment, une perquisition qui pouvait amener la découverte des pièces que le capitaine leur avait dit de cacher, elles se dirigèrent aussitôt vers la porte de sortie.
En passant devant M°" Panissct, elles lui jetèrent un regard empreint d'une profonde reconnaissance et lui dirent :
— Pardon et merci...
— Nous nous reverrons, la vieille, fit Donnadieu, et j'espère que vous ne nous recevrez pas alors avec votre couperet.
Comme les jeunes filles n'opposaient aucune résistance à Donnadieu et à Farjot, leur arrestation passa inaperçue, et elles gagnèrent la rue sans qu'aucun des habitants de la maison soupçonnru ce qui venait d'avoir lieu.
Mais la marchande de vin, qui était encore sur sa porte, fit un petit signe amical à Farjot et lui cria :
Ça va bien; vous avez retrouvé votre promise...
Lorsque Donnadieu fut arrivé auprès de la voiture qui l'attendait, il ouvrit la portière et invita Louise à monter dans l'intériour.
Et ma cousine? demanda la sœur du capitaine alarmée.
— Elle va monter dans une autre viùturc.
— Pourquoi pas dans celle-ci.
— Parce que les règlements s'y opposent...
De son côté, Flavienne fut très eiïrayée lorsqu'elle vit qu'on la séparait de Louise; elle eut même une velléité de résistance. Mais Farjot, fort peu galant par nature, mit sa main sous l'aisselle de la jeune fille, et, moitié de gré, moitié de force, il la hissa dans le fiacre.
11 s'élança ensuite auprès d'elle, après avoir donné, à voi.x basse, l'adresse du baron au cocher.
Flavienne, blottie dans un coin de la voiture, se livrait aux plus douloureuses ré(le.\ions.
Sans doute son cousin était arrêté, ainsi que ses camarades. Que leur était-il arrivé? Les ô' -nières exécutions qui s'étaient faites se représentèrent tout à coup à leur esprit et la firent frissonner de terreur.
Si Francis Baudouin, l'homme qu'elle adorait à l'égal d'un dieu.
périssait dans les supplices, elle comprenait qu'elle ne lui survivrait point...
Farjot interrompit ses sinistres préoccupations pour lui dire :
— 11 ne faut pas vous effrayer, ma petite demoiselle; au lit. a de vous faire du mal, on songe à vous ménager une agréable surprise. Vous croyez qu'on va vous fourrer en prison, n'est-ce pas?
— Où donc me conduisez-vous, alors? répliqua Flavienne d'une voix tremblante.
— Dans un endroit charmant, on vous trouverez le meilleur de vos amis, qui mettra tous ses soins à faire votre bonheur.
— Vous me conduisez auprès de mon cousin le capitaine? répliqua vivement la jeune fille, dont le cœur battait avec précipitation.
— Il m'est défendu de vous révéler le nom de l'ami qui vous attend, répondit Farjot; tout ce que je peux vous dire à son sujet, c'est qu'il vous aime et qu'il a juré de vous rendre heureuse.
Ces paroles mystérieuses la plongèrent de nouveau dans la plus poignante inquiétude. Si on la conduisait près du capitaine Baudouin, on n'avait aucune raison pour prolonger son anxiété. Elle comprit qu elle avait ouvert trop vite son cœur à l'espérance.
Mais ce qui mit le comble au trouble de lajeune fille, ce fut de voir la voiture dans laquelle elle était s'arrêter devant une maison à l'apparence luxueuse.
Cette fois, elle ne pouvait plus douter, ce n'était pas là la demeure où son cousin s'était réfugié.
— Il faut descendre, lui dit le vaurien en lui présentant la main. Voyant l'inutilité de la résistance, Flavienne quitta la voiture et
suivit Farjot sans prononcer une parole.
Ce dernier lui fit gravir, devant lui, un escalier garni d'un épais tapis, et la fit pénétrer dans une antichambre où se tenaient Keller et Pascal, puis il entra sans façon au salon.
— Eh bien? lui dit le Prussien en se levant vivement.
— Elle est là.
— Flavienne?
— Oui, monsieur le baron... Quant à l'autre, M. Donnadieu l'a emmenée.
l..es yeux du jeune officier étincelèrent et il porta sa main sur son cœur en prononçant quelques mots en allemand.
LA CHASSE AUX PATRIOTEb i845
— J'ai tenu ma parole, reprit humblement Farjot. et je prie monsieur le baron de ne pas m'oublier.
— Ah ! oui, fit ce dernier; c'est maintenant de l'argent qu'il vous faut.
— Dame! chacun vit de son métier.
— (J'est bien...
Von Thermann se dirigea vers son secrétaire, dans leauel il prit un petit sac à peu près semblable à celui qu'il avait remis à Donnadieu.
— Tenez, dit-il en le présentant au chenapan. Vous pouve? voae retirer. Je n'ai plus besoin, pour le moment, de vos services.
— Merci, répondit Farjot en empochant lestement l'aubair.e dar.ê quelques jours, je viendrai voir si je puis vous être utile de nouveau.
Le coquin s'inclina profondément, puis sortit en disant à la jeune fille affaissée sur un siège :
— Le bon ami va enfin vous serrer dans ses bras.
Lorsqu'un homme a désiré ardemment la possession d'une femme qui fait battre son cœur, et qu'il touche au moment de goiàler la suprême féhcité, il ressent ordinairement un trouble qui paralyse ses facultés inlellectuolles.
Les excitations animales remplacent, dans son esprit, l'exaltation poétique de l'amour, et il se laisse alors voir sous un jour peu favorable.
Le baron, sûr de posséder la ravissante créature, objet de toutes ses préoccupations depuis la première l'ois qu'il l'avait vue, ne pouvait croire à son bonheur, et il trouvait un charme délicieux à reculer le moment de sa victoire.
Enfin, ne pouvant plus résister aux impérieuses exigences de la passion, il appela Pascal et lui donna l'ordre d'introduire la jeune fille assise dans l'antichambre.
Il n'avait pas fallu longtemps au domestique pour deviner ce qui 86 passait.
— C'est une nouvelle victime de cette canaille de Farjot, s'étaitil dit, et elle a l'air d'être encore innocente... Ah ! mille tonnerres des Batignolles ! comme disait mon pauvre frère tué à Waterloo; si cet aztèque de baron essaye de lui faire violence, nous rirons un brin.
Quand Pascal alla chercher Flavienne pour la conduire au salon, il lui dit rapidement à voix basse :
— Courage, mademoiselle... je suis la, moi...
Loin de rassurer la jeune (ille, ces paroles aclievèrent, au contraire, de la plonger dans le plus grand effroi.
Effroi qui se changea en une folle épouvante lorsqu'elle se trouva en face de l'officier prussien...
Celui-ci, qui était devenu pourpre d'émotion à sa vue, s'avança vers elle et lui dit en lui offrant la main :
— Rassurez-vous, mademoiselle... Vous voyez en moi un homme pénétré d'admiration pour vos charmes, et disposé à satisfaire tous vos désirs.
— Laissez-moi I laissez-raoi ! répliqua Flavienne à demi suffoquée de colère, en repoussant la main du baron.
— Je comprends les sentiments qui vous animent, et je vous prie de me pardonner les moyens dont je me suis servi pour me rapprocher de vous; ils prouvent la force de mon amour.
— Au nom de la justice, je vous somme de me laisser sortir d'ici ! répliqua Flavienne en se dirigeant vers la porte, devant laquelle von Thermann s'était vivement jeté.
— Mademoiselle, je vous en conjure...
— Rien; je ne vous écouterai pas tant que je ne serai point libre, s'écria la jeune fiUe avec une singulière énergie. Encore une fois, laissez-moi passer 1, .
— Eh bien ! non, reprit d'un ton dur l'officier prussien, dont les traits se contractèrent. Je vous aime à en perdre la tête; pour vous posséder, j'aurais donné les trois quarts de ma vio, ma fortune, mon honneur; j'aurais trahi mon pays... et maintenant que vous êtes en mon pouvoir, que personne ne peut vous arracher de mes mains, je serais assez sot, assez bête pour vous laisser échapper ! Non, non, mille fois non ! Je vous tiens, je vous garde, et voui- ne sortirez pas d'ici avant d'avoir été ma maîtresse !
— v'amais ! s'écria Flavienne d'un ton si résolu que le Prussien hésita un instant...
Mais l'ardent désir qui le secouait reprit bientôt le dessus, et il s'élança vers la jeune fille on murmurant d'une voix sourde :
— C'est ce que nous allons voir...
LA CHASSE AUX PAlRlOTtS ISiT
Loin de perdre son sang-froid dans cette situation périlleuse, F1-' V cnne sentit son courage grandir avec k danger.
Évitant le baron par un bond de côté, elle se |irécipita sur réfie. •» ce miscrablf^ appendue à la muraille, la dégaina avec une naerveil- •iuse promptitudej et en présenta la pointe au baron avant que ce dernier pût la saisir pour paralyser ses mouvements.
— Si vous approchez, je vous tue, dit-elle d'un ton bref.
Von Thermann recula; puis il cria en allemand à son soldat, aux aguets dans l'antichambre, de venir à son aide.
Tout à coup, la porte s'ouvrit et Keller bondit dans le salon comme un taureau...
Il ne connaissait que sa consigne et se précipita sur la jeune fille, qu'il désarma facilement, car L malheureuse enfant ne pouvait se défendre en même temps contre deux hommes.
Tandis que Keller lui serrait les poignets, le baron, afin d'étouffer ses cris, lui mit un foulard sur la bouche, puis il la fit transporter dans la chambre préparée pour la recevoir.
Pascal, qui n'avait rien perdu de cette scène, s'avança alors sur la pointe du pied, et. comme il avait appris à peu près la langue allemande depuis qu'il s'était trouvé en relations avec les soldats étrangers, il entendit le baron donner des instructions à son brosseur au sujet de Flavienne.
— Tu vas garder à vue cette petite rebelle, lui dit-il. Après que son accès de colère sera |iassé, elle tombera dans un profond affaissement, et, un peu plus tôt, un peu plus tard, elle demandera de l'eau pour apaiser sa soif.
— Oui, mon lieutenant.
— En admettant qu'elle refuse de prendre quelque chose dans la journée, la faim finira par la talonner ce soir... lilnfin, tu jetteras adroitement, soit dans sa boisson, soit dans ses aliments, quelques gouttes du liquide contenu dans la fiole que je vais te remettre... le reste me regarde; m'as-tu compris?
— Oui, mon lieutenant.
— Je ne m'éloignerai point, et tu me préviendras aussitôt que cette jeune filio dormira... Maintenant, va t'asseoir dans sa chambre et ne la quitte pas de vue une seule minute.
Keller salua militairement à la prussienne, puis tourna sur ses
talons et disparut.
— Eh bien ! c'est du propre, se dit Pascal en regagnant vivement
l'antichambre pour n'être point découvert. Ce gueux de choucroulmann veut faire violence à cette pauvre petite sans qu'elle puisse se
défendre, et je souffrirais ça, moi qui ai tous ces canailles d'alliés eu
horreur? Ah ! non...
Vin