‹ [Les quatre sergents de la RochelleChapitre 88 sur 100 · I'aïako friT'^o, uaïuur · texte numérisé non relu

I'aïako friT'^o, uaïuur

M"'^ Dervicu fit un pas en arrière sans répliquer ; alors, le jeune garçon prit la main de Flaviennc et renîraîna en lui disant :•

— \cncz, rnanj'zelle, et n'ayez pas peur, je réponds de la casse. Quand Pascal et la jeune fillo furent entres, la lingère ferma la

porte et vint examiner cette dernière.

— Chez qui êles-vous en service? lui dcmanda-t-elle b-i-usquemeut.

— Mam'zelle n'est pas on service, répliqua le jeune garçon; c'est pour la déguiser que je l'ai engagée à mettre un tablier et un bonnet; comprenez-vous, ma tante ?

— Pourquoi est-elle obligée de se déguiser? demanda M"'° Dervieu d'un ton dur.

— Parce qu'elle est poursuivie .. pour ailairos politique;;.

— Ah! fil la lingère dont les traits s'éclaircirent.

— Oui, ma tante; c'est ia cousine du capitaine Baudouin.

— La cousine du capitaine Baudouin! s'écria M™° Di'rviea. Oh! ma chère enfant! pardon, j'ignorais... asseyez-vous viu\

Puis, se tournant vers son neveu, elle lui dit : ■ —Pourquoi ne m'as-tu pas prévenue tout d'aborti?

— 11 fallait m'en donner le temp?.

— C'est que je croyais... tu es si mauvais sujet... Voyons, ma chère demoiselle, racontez-moi ce qui se passe. Je sais que le capitaine Baudouin est l'objet des recherches de la police. On parlait de cela tout à l'heure chez M. le comte.

En quelques instants la jeune fille et Pascal mirent la brave femme au courant de la situation, et Flavienne pria de nouveau cette dernière de lui donner momentanément un asile pour la soustraire aux persécutions de l'officier prussien.

— Ah ! les coquins que ces alliés, reprit M""" Dervieu indignée; ils savent qu'ils trouveront toujours un appui auprès des magistrats, et alors rien ne les arrête... Ra?surcz-vous, mon enfant, vous êtes ici en sûreté, et je trouverai bien le moyen de vous découvrir une retraite oiî vous pourrez attendre tranquillement la fin de la crise qui sévit sur les partisans du gouvernement déchu.

— Oh! madame, vous êtes bonne!

— Non, je suis tout simplement fidèle à mes principes, mais je n'ai pas un grand mérite à cela... Voyons, écoutez-moi afin de ne

point vous exposer imprudemment à retomber entre les mains de ceux qui TOUS poursuivent.

— Qunnd je vous ai répondu de matante, je n'ai rien avancé de trop, vous le "voyez, mam'zelle, dit' Pascal tout joyeux à la jeune fille.

— Tais-loi, bavard, et laisse-moi donner quelques renseignements à la cousine da capitaine Baudouin. Sans le savoir, vous êtes venue chercher un asile dans la maison de son plus implacable ennemi.

— .\h! mon Dieu! dit Flavienne en pâlissant.

— Cependant, je vous le répète, vous y êtes en sûreté. Personne ne vient chez moi, et vous pourrez y rester aussi longtemps que vous le désirerL-z ; mais gardez-vous bien de prononcer à haute voix le nom du capitaine Baudouin.

— Oh! madame, afin de me montrer digne de votre bonté. j'aurai le courage de me taire.

— Pour vous mieux faire comprendre la nécessité d'agir avec une extrême prudence en cette circonstance, il me suffira de vous dire que le comte Verdot de la Bergue, au service de qui je suis, est le père du commandant Vnrdot.

— L'ami démon cousin? demanda vivement Flavienne.

— Oui. mademoiselle ; le commandant Verdot est aussi libéral et républicain que le comte, son père, est royaliste enragé.

— Qi:e me dites-vous!

— La vérité. Depuis longtemps. M. Léonard Verdot a été en quelque sorte chassé de cette demeure. Son père lui a fait formellement défendre de reparaître devant lui, et M"" la comtesse, sa mère pauvre femme courbée sous le joug des prêtres, n'a jamais voulu répondre à aucune de ses lellros.

— Et c'est son fils que cette dame traite ainsi? reprit Flavienne.

— Si elle n'était pas sous l'influence de la tyrannie du comte, peut-être lui ouvrirait-elle les bras; mais dans la disposition d'esprit où clic se trouve, le comniamlarit Verdot n'a ni pitié ni secours à attendre de sa mère.

-M"" Dervieu procéda à l'installation de la jeune fille, puis elle dit à son neveu de retourner chez lui.

Elle n'était pas sans inriuiôlude sur la suite de l'évasion de Flavienne, et eiie avait raison.

Quand le jeune garçon rentra à l'établissement dans lequel il ôtait

iSHi LA CHASSE AUX PATRIOTF.S

employé, il y trouva deux agents de police qui procédèrent aussitôt à son arrestation.

A son retour chez lui, von Thermann avait découvert son brosseur Keller profondément endormi, et la chambre oîi était enfermée Flavienne ouverte et vide.

Furieux, le Prussien commença par administrer une mailresse volée à la brute à laquelle il avait confié la garde de la jeune fille.

Keller grogna, mais ne se réveilla point.

Alors, von Thermann, commençant à soupçonner que son soldat avait été la victime de «quelque noire machination, fit appeler un médecin, qui reconnut aussitôt les traces d'un empoisonnement par le laudanum.

A l'aide d'une potion énergique, le docteur fit reprendre connaissance à l'Allemand, et celui-ci raconta piteusement ce qui était arrivé...

Ses aveux furent accueillis par von Thermann d'une façon conforme aux habitudes des officiers prussiens. Il se jeta sur son soldat et lui laboura le visage de coups de cravache; puis, il requit l'assistance de la police pour faire arrêter le jeune Pascal s'il avait l'audace de reparaître dans la maison.

Conduit chez le commissaire par les agents, le jeune garçon eut la chance de rencontrer un magistrat intelligent et profondément hostile aux alliés, quoique royaliste.

Pascal devina tout d'abord que son meilleur moyen de défense était de faire l'aveu sincère de tout ce qui s'était passé.

Pourtant il ne dit pas qu'il savait que la jeune fille séquestrée était une parente du capitaine Baudouin... En l'arrachant aux mains de l'officier prussien, qui voulait la violer, il n'avait fait que son do\(tii' d"hoiinête homme...

Puis, mis en demeure d'indiquer le lieu oii il avait conduit Flavi^'Him, il répondit qu'il s'était séparé d'elle place Royale. Il ignorait de (|uel côté elle s'était dirigée.

Après avoir fait une verte semonce au jeune garçon, le commissaire lui dit que, eu égard à sa jeunesse et aux bonnes intentions qui l'avaient guidé, il consentait à lui rendre sa liberté, mais il l'engagea à quitter le plus promptement possible sa place, afin de se soustraire à la veuueauce des Prussions.

Pascal revint prendre sa malle au moment où il supposa qu'il ne rencontrerait ni von Thermann ni Keller, et, au lieu delà faire transporter chez sa tante, il alla s'installer dans un modeste garni.

Le lendemain il eut la chance de trouver une nouvelle place, et co ne fut qu'au bout de trois jours qu'il se hasarda à retourner rue Sant- Louis.

Flavienne n'avait qu'à se louer des excellents procédés de M"' Dervieu, néanmoins elle était plongée dans de cruelles inquiétudes.

Qu'était devenu le capitaine Baudouin? Sa oou^iIlO était-elle encore en prison? Personne ne pouvait lui donner dos nouvelles de ces êtres si chers... Pendant la journée elle s'efforçait de dissimuler ses chagrins, en revanche, elle passait une partie de ses nuits dans les larmes.

L'espèce de détente produite un instant dans l'opinion publique par la dissolution de la Chambre introuvable n'avait pas duré longtemps. Les fanatiques de la royauté reprenaient leur influence néfaste, et bientôt les persécutions redoublèrent...

Menacé dans sa position par ses chefs s'il ne montrait pas plus de zèle, Donnadieu ne recula devant aucune mesure pour obtenir enlin des résultats sérieux.

Une minutieuse perquisition faite chez Panisset amena la découverte des papiers du capitaine Baudouin, apportés en ce lieu par Louise et Flavienne quand elles avaient quitté la demeure de M"" Voituret, et déterminèrent l'arrestation de la marchande à la halle et de son fils.

Des mandats furent décernés contre tous les officiers qui se réunissaient rue de la Harpe, et la délation d'un Iniître livra à la police l'association des Indomptables.

Averti à temps, Bureau put fuir; mais ses magasins furent envahis, toutes les marchandises qu'ils contenaient saisies, et le charcutier Chardin, qui avait cru pouvoir se cacher en restant au service d'Antonia, fut obligé de soutenir une bataille acharnée contre les sbires pour leur échapper.

Le commandant Verdot surtout était maintenant l'objet des recherches incessantes de Donnadieu.

Ce dernier ayant acquis la certitude, pendant son voyage à Deuil, que le capitaine Baudouin avait pu se soustraire à l'arrestation, com-

binée par Massé et le maire du pays et qu'il devait s eire ùirigé ùu côté de la frontière, voulait prendre sa revanche en s'enaparant du commandant Verdot, son ami, et l'un des plus dangereux adversaires du gouvernement des Bourbons.

Le signalement de Verdot était répandu à profusion. Une forte récompense avait été promise à celui qui le dénoncerait, et une gratification plus forte encore devait revenir à l'agent de l'autorité qui l'arrêterait.

Obligé de quitter précipitamment sa demeure, et ne voulant pas exposer M""* Guillaume, chez laquelle il avait conduit le capitaine, à être inquiétée, il s'était mis à errer dans les faubourgs.

Mais, par suite de la dispersion de ses camarades, il s'était bientôt trouvé sans argent, sans ressources.

Pendant plusieurs jours, le commandant s'était résigné à chercher un abri sous les arches des ponts, ces refuges des vagabonds et des misérables jetés hors des voies normales par une inexorable fatalité, et une nuit il se vit avec terreur enveloppé par une escouade de policiers.

Bien décidé à ne pas tomber vivant entre les mains de ses persécuteurs, Verdot qui, malgré sa petite taille était doué d'une grande force physique, s'élança tout à coup entre deux agents qui essayèrent vainement de lui barrer le chemin, et il se jeta dans la Seine avant qu'ils pussent s'opposer à l'exéeulion de son dessein...

Il se trouvait en ce moment sous lepont Mnrie, du côté de l'île Saint-Louis, et comme il y avait plusieurs bateaux le long du quai, il se glissa entre ces bateaux après avoir plongé.

Le temps était froid, l'obscurité profonde, et il put facilement échapper aux regards des agents.

Ne sachant au juste vers quel endroit il s'était dirigé et craignant sans doute le contact de l'eau glacée, aucun des policiers n'eut assez de zèle pour le suivre dans le fleuve.

Mais ils escaladèrent les bateaux et perdirent leur temps à les visiter, tout en criant aux patrouilles passant sur le quai des Ormes ou sur le quai Saint-F^aul, de l'autre côté de la Seine, d'arrêter un malfaiteur qui venait de leur échapper. . .

Le commandant ne chercha point à se cacher dans les bateaux.

LA CHASSE AUX PAÏRIÛit:. iZ'M

Tout au coiUraire, il so mita remonter la Seine, et comme c'était un . xcellent nageur, il atteignit bientôt les bords de l'île Loiivier.

En 1816, l'île Louvier, qui a été réunie il y a une cinquantaine d'années au quai voisin, était inhabitée. On n'y voyait que de grands chantiers do bois, des entrepôts de pierres et de pavés, et quelques Laraques servant d'abri aux gardiens des chantiers.

La police ne s'y montrait jamais, parce que ses abords y étaient d'un accès si difficile que les malheureu.x, à la recherche d'un refuge, ne pouvaient s'y rendre qu'à la nage ou dans une embarcation...

Lorsque Verdot y arriva, le ciel s'était couvert de nuages, et comme il n'y avait là ni réverbères ni lanternes, l'obscurité était absolue. A peine distinguait-il vaguement, dans la pénombre, les énormes masses formées parles piles de bois.

La rive, bordée de terres déchiquetées par les flots, était presque inaccessible, et le commandant retomba plusieurs fois dans l'eau en essayant de se hisser sur le sol...

Kntin, après d'innombrables effoi-ls, il parvint à saisir la branche d'un saule qui trempait dans l'eau et il arriva à terre.

Épuisé par cette affreuse lutte, les vêtements ruisselants, les membres glacés, Verdot s'affaissa sur un las de cailloux, où il resta pendant plus d'un quart d'heure avant de pouvoir se relever.

Au loii.1, il entendait des voi.\ qui faisaient des appels et qui répondaient ..

— Ce sont les agents qui me poursuivent, se dil-il... mais ils ne songeront poinlà venir me chercher ici.

Quand h; commandant parvint à se redresser, il se mit à trembler et une cruelle douleur lui déchira la poitrine...

Le malheureux n'avait rien mang-; depuis vingl-qualre heures.

Se voyant sur le point d'être envahi par la fièvre, les vêlements trompés, on proie à la faim et n'ayant en perspoolive que la prison et l'échaCaud, tout autre h. sa place se fût abandonné au désespoir.

Mais Verdot avait une nature d'une trempe à toute épreuve. Il avait puisé dans les rangs de ces armées héroïques, qui avaient étonné le monde autant par leurs sentiments généreux que par leurs prouesses, un courage indomptable.

— Voyons, ?e dil-il, il s'agit do sortir do celte situation. Pour le momcnl ce que j"ai de mieux à faire, c'est de m'approcher d'une des

baraques qui sont dans ces chantiers, et d'intéresser à mon sort les gardiens que je peux y rencontrer.

Le commandant agita fortement ses bras pour ramener un peu de calorique dans ses membres glacés, et il se glissa ensuite à liions outre les piles de bois qui se dressaient de tous côtés devant lui.

Une seule chose l'inquiétait en ce moment. Si, comme il le sup posait, des gardiens passaient la nuit dans ces baraques, ils devaient avoir des chiens. Or, les jappements de ces animaux pouvaient mettre l'île en émoi, et par suite attirer l'attention de la police.

Verdot savait qu'il existait un corps de garde en face du quai Morland, auprès du chenal.

Il n'eut heureusement [las ce péril à redouter, car il n'entendit aucun bruit jusqu'au moment où il arriva à une dizaine de mètres d'une baraque en planches, où se trouvait une petite fenêtre formée de quatre vitres, faiblement éclairée.

Le commandant s'arrêta.

Qui allait-il renconirer dans cette baraque? Un ami on un adversaire politique? A tt;lle époque, malgré la neutralité que beaucoup de gens s'efforçaient d'afficher, on appartenait à l'un ou à l'autre des deux grands partis entre lesquels la France était partagée.

Hésiter plus longtemps paraissait impossible à Verdot. A peine pouvait-il se soutenir, et s'il passait la nuit sur la terre, dans l'état où il se trouvait, il ne se réveillerait pas le lendemain...

Il s'avança donc et jeta, par In petite fenêtre, un regard dans l'intérieur de la baraque.

Il découvrit tout d'abord deux énormes tisons enflammés, achevant de se consumer dans une cheminée formée de trois pierres, puis, à la clarté douteuse des charbons incandescents, il vit un homme enveloppé dans une couverture de peaux de biques, qui dormait sur une paillasse supportée par deux petits IrcLeaux.

Il n'y avait pas de serrure à la jiorle de celle baraque.

Verdot la poussa doucement et entra.

L'homme rejota sa couverture et parut plongé dans une complète stupéfaction à la vue d'un étranger.

Puis il se releva tout à coup et s'empara d'une hache déposée auprès de son grabat.

LES OUATRE SERGEMS DE LA ROCHELLE

;^i^soz votre uac-o et ja vous dirui qui je suis.

htv. 237 — !'AVMt> fit-rcs. "• llleur!

1890 LA CHASSE AUX PATlUÛTliS

— Qu'est-ce que vous voulez? dit-il au commandant en l'evant sa har-he plutôt pour se défendre que pour attaquer.

— Rassurez-vous, mon ami, répondit Verdot avec douceur, vous voyez à mon extérieur que je n'ai pas de mauvaises intentions à votre égard.

— Je ne vois rien du tout, répliqua l'homme d'un ton bourru ; tous les vagabonds disent la même chose quand ils sont pinces. Comment êtes-vous entré dans l'île?

— J'ai traversé la Seine à la nage.

— En voilà un chemin qui n'est pas trop sec. Je gage que la police vous poursuivait?

— C'est vrai.

— Alors, je ne me trompais pas, vous êtes un vaurien, un vagabond, un de ces bandits qui arrêtent les gens dans les rues ou qui pénètrent dans les maisons, lorsqu'on a le dos tourné, pour y faire leurs coups-

— Vous êtes dans l'erreur, mon ami; laissez-moi vous dire..,

— N'approchez pas, ou foi de Boulard, je vous fends la Lôte ! s'écria l'homme en faisant tournoyer sa hache...

Comme l'habitant do la baraque fit deu.x: pas en arrière au lieu d'avancer, le commandant remarqua qu'il boitait.

Il était en outre malingre et chétif, et son aspect n'avait rien de bien redoutable.

• — Baissez vo!rc hache, reprit Vcrdol d'un ton presque impérieux et jo vous dirai qui jo suis.

— - .Mais il ne faudrait pas croire que j'ai peur, au moins...

— Mon ami, pui.-que je viens vous prier de m'accorder l'hospitalité pour quelques instants, il est tout naturel que je vous dise mon nom ; je suis le commandant Verdot.

— Un militaire, alors?

— Oui, et de plus un liomme poursuivi pour affaire politique.

En entendant ces mots, Boulard changea aussitôt d'attitude et abaissa sa hache. '

— Ah bien! la chose est dilTérente, reprit-il; aussi je médisais bien, en vous examinant, que vous ne ressembliez pas aux filous qui passent leurs nuits à marauder. Tenez, monsieur, assoyez-vous sur ce tronc et approchez-vous du feu pour sécher vos habits...

— Merci, mon brave... Ji3 vous avoue que voire humanité m'a probab>omt;nt sauvé la vie.

Le boiteux se rembrunit. Puisque la vie de celui qui venait do pénétrer si singulièrement dans sa baraque était en jeu, c'est qu'il était poursuivi pour une affaire grave, peut-être un crime? Or il savait que tr.iile personne donnant asile à un malfaiteur s'expose à èire [>■' ' • • nirae son complic?.

— . :; ;;;i peu vos habiU, dit-il au commandant, et profitez de la nuit pour vous sauver.

— Cv>mment?... Si encore vous pouviez me procurer une barquo pour traverser le chenal et gagner le quai !

— I! va bien la passerelle de Grammont.mais il existe un corps de garde à côté, et, à cette heure-ci, on voudra savoir d'où vous venez.

— 11 faudrait que je pusse atto;idi'e le jour en ce lieu... alors je trouverais le moyen de m'esquivcr, reprit le commandant, en s'approchant si près du feu que des nuages de vapeur commencèrent bientôt à s'élever de ses vêtements.

Boulard hocha la tête. II était complètement rassuré sur les intentions de Verdot à son égard, mais il craignait de se compromettre.

— Dame, monsieur, dit-il, pour les affaires politiques, je ne m'en mêle point ; il y a d'honnêtes gens aussi bien parmi les royalistes que parmi les partisans de l'autre, cl quand il s'agit de leur rendre service, je ne regarde pis la couleur de leur cocarde.

— C'est très bion ç;i, mon ami, répliqua le commaml.-.ul qui sentait une douce chaleur lui rendre peu à peu ses fore ■:-.

— Oui, mais je ne voudrais pas boire la sauce.

— Rx[)liquez-vous.

— Si \i\ patrouille- vous il('(-- )iuTe ici. on nous coffrera tous lc3

— i)n lait donc dos patrouilles dans l'île? demanda Verdot.

— Certainement; le6 soldais du post,e placé auprès de la passerelle qui conduit au quai .Morland font des rondes dans les chantiers pendant la nuit, et assez souvent ils entrent prendre un aîr de feu...

Le commandant se rendit compte de l'embarras du boiteux et il lui répondit en se levant :

— Je ne voudrais pas vous causer de l'ennui, e(, puisqu'il vous est impossible de me laisser attendre ici le jour, je vais me retirer.

— Et OÙ irez-vous comme ça?

— 11 doit y avoir des barques amarrées dans le voisinage; indiquez-m'en une, je la détacherai et je gagnerai le quartier de l'Arsenal; puis je l'abandonnerai... On la retrouvera facilement.

— Eh bien ! filez entre les deux piles de bois que vous rencontrerez en sortant d'ici et allez en amont de l'île, du côté opposé au corps de garde. Là, vous trouverez certainement votre affaire. Mais si par malheur vous rencontriez une ronde, il ne faudrait pas dire que vous m'avez vu.

— Je vous le promets.

Le commandant, dont les vêlements étaient presque secs, se disposait à se retirer, lorsque Boulard lui dit :

— Ma gourde est encore à moitié pleine d'eau-de-vie, si ça ne vous fait rien de boire après moi, vous pouvez en avaler un bon coup... Quand on est mouillé, il n'y a rien de meilleur pour l'estomac...

Buu'ard tendit en même temps sa gourde à Verdot.

En ce moment, rien ne pouvait causer une plus grande satisfaction à ce dernier^ et il se sentit pénétré de reconnaissance pour ce pauvre diable qui, sous son apparence égoïste, trouvait le moyen de l'obliger.

Il saisit la gourde, la porta en tremblant d'émotion à ses lèvres, et en but plusieurs gorgées avec une volupté inouïe...

Le fortifiant breuvage pénétra tous ses membres d'une vive chaleur, et il dit au boiteux en lui rendant sa gourde :

— Merci, cent fois merci, mon brave ; je n'oublierai jamais ce que vous venez de faire pour moi...

Il se disposait à sortir, quand Boulard Tarrèta de nouveau.

— Mais les barques sont attachées avec des chaînes fermées par des cadenas, lui dit-il, il vous sera impossible de les détacher.

— C'est vrai.

— Alors, prenez cette clé, et lorsque vous serez arrivé tout à fait à la pointe de l'île, près du bâtardeau, vous verrez à votre droite une toute petite barque verte, il est vrai que vous ne pourrez pas distinguer sa couleur; c'est avec cette clé que vous ouvrirez le cadenas de la chaîne qui l'amarre... Et conarae je ne veux pas être compromis,

vous jetterez cette clé dans la Seine quand vous n'en aurez plus besoin.

Verdot prit les mains du boiteux et les lui serra avec une effusion décelant les sentiments qu'il éprouvait.

— Allons, monsieur, filez vite... murmura Boulard en tendant l'oreille; il me semble que j'entends la patrouille...

Réconforté par l'eau-de-vie qu'il venait de boire et e.xcité par l'espérance d'échapper à ses ennemis, le commandant put facilement se diriger à travers le labyrinthe formé par les voies tracées à travers les chantiers, et il arriva sans encombre auprès du bâtardeau.

Il ne pleuvait plus, mais la nuit était si noire qu'il fut obligé d'essayer sa clé sur deux ou trois cadenas avant de trouver celui qu'il cherchait.

Enfin il entra dans la petite barque après l'avoir détachée, et, grâce à une rame qu'il découvrit dans le fond du canot, il traversa facilement le chenal et sauta sur la berge.

Le quartier où il aborda était complètement désert. Il se garda bien de tourner à gauche, car il serait arrivé à la caserne du Petit- Musc, et s'il marchait devant lui, il aboutirait infaillihiement à l'Arsenal, où se trouvait un poste.

Verdot ne pouvait songer à se diriger vers Bercy, car il savait que les barrières étaient sévèrement surveillées.

Et puis, il ne voulait pas sortir do Paris.

En hésitant beaucoup, il se décida à s'engager sur le boulevard Bourdon afin de gagner la place Saint-.Vntoine, aujourd'hui place de la Bastille.

A chaque instant, le commandant s'arrêtait pour écouler si quelque patrouille s'avançait de son côté.

Lfs rares et pauvres réverbères destinés à éclairev 'o boulevard ne parvenaient, heureusement, qu'à trouer d'une furun presque imperceptible les ténèbres, ce qui lui permettait de se glisser sous les arbres sans èlre vu.

Il ne passait du reste personne eu ce lieu, et le facliuiiiuiire placé devant la porte du Cirenier d'abondance ne l'aperçut point.

.\rrivé au bout de la rue Saint-.Antoine, il vit venir de loin une oatrouille de cavalerie. Tournant brusquement ù gauclie, il entra dans

LA rilASSR AUX PATRIOTES

la rue Castex, se bloUu u^.x^^^ l'encadrement d'une porte cochère et resta immobile pendant une dizaine de minutes...

Lorsque la patrouille se fut éloignée, Verdot sortit de sa cachette et revint dans la rue Saint- Antoine.

Il avait pris la résolution d'aller attendre le jour dans les environs des Halles, malgré le danger qu'il courrait en se jetant en quelque sorte dans la gueule de la police. Mais c'était le seul endroit de Paris où il pouvait trouver en ce moment un abri contre la pluie qui recommençait à tomber.

Devant l'église Saint-Paul, le commandant fit une rencontre q;ii hii fut de la plus grande utilité.

Le cheval d'une charrette de maraîcher venait de s'abattre au milieu de la rue, et la vieille paysanne conduisant cette charrette s'efforçait vainement de faire relever le pauvre animal, qui avait une jambe engagée sous le brancard.

La bonne femme suait à grosses gouttes et geignait an jetant dos regards d'anxiété autour d'elle.

Personne ne venait à son secours, par rexcellentc raison que la rue était déserte.

Verdot, qui se glissnit le long dos ra.:::t::io5, L..ri'iva auprès ue la paysanne sans être aperçu.

Il vit tout d'abord de quoi il s'agissait.

— Allons, la mère, dit-il à la bonne femme en s'approchant d'elle, ne vous désolez pas, nous allons, à nous deux, remettre votre cheval sur ses pieds.

— Que le bon Dieu vous écoute, répliqua la vieille en faisant un signe amical au commandant; mais il y aura du tirage, allez; la Grise est une farouche qui nenlend pas raison tous les jours ..

— C'est ce que nous allons voir.

Avec l'habileté d'un homme rompu à tous les exercices, Verdot défit les harnais du cheval; puis, reculant la charrette, il dit à la paysanne de donner deux ou trois coups de fouet à la bête.

Débarrassé de ses entraves, le cheval se releva aussitôt, et en une minute on lui fit reprendre sa place dans le brancard.

— Vous ne paraissez pas riche, dit la vieille après avoir examiné le commandant, voici dix sous pour votre peine, mon garçon

— Merci ; je ne veux pas être fjavé du léger service que j'ai élô assez heureux pour vous rendre, répliqua-l-il.

La paysanne parut surprise de ce refus.

• — Ah bien! c'est drôle lout de même, dit-elle; enfin, comme vous voudrez. J'aurais voulu pourtant vous faire plaisir.

— S'il en est ainsi, cela vous est, facile, repj'it Verdot. Je suis obligé d'attendre le jour pour me présenter dans une maison oii Ton doit m'employer, et comme cela ne vaut pas la peine de prendre une chambre, je serais content si vous me permettiez de monter dans votre voilure et d'y resfcr une ou deux heures. Elle est couverte par une bâche et j'y serais à l'abri.

La bonne femme n'était pas méfiante et elle répondit aussitôt : -- S'il ne faut que ça pour vous satisfaire, c'est bien facile. .411ons, montez auprès do moi, mon garçon. Vous me donnerez un coup de main pour décharger ma charrette, et vous la garderez ensuite jusqu'au moment où je viendrai la reprendre...

Voilà comment Verdot- passa le reste do la nuit sans s'exposer à. «Mirer l'attentioD des agents de service aux Halle.5.

5CÈ.NE DE fa.mill::

Quand huit heures du matin sonnèrent, le cominnndant quitta !a charrette et remercia l'a vieille paysanne, qui voulait absolument lui faire partager son modeste déjeuner; puis il s'engagea dans la rue Sniiil-Marlin, traversa le Marais, et se trouva bientôt au milieu de lu rue Saint-Louis.

Il ne savait trop oïl aller.

Vingt fois déjà, depuis qu'il était traqué par la police, il avait eu l'idée de mettre de côté l'amour-propre et d'aller demander un asile momentané à son père.

11 savait que personne ne songerait à le relancer jusque daas

l'hôtel du comte Verdot de la Bergue, qui l'avait h'autement désavoué.

— Mon père ne pourra rester insensible à mes prières, se disait-il, et ma mère, malgré ses préventions religieuses contre moi. se souviendra que je suis son fils...

Un vio.'ent com,bat se livrait dans l'esprit du commandant à ce sujet, et il s'efTorçait de surmonter la répulsion qui l'empêchait de se présenter chez ses parents, quand il remarqua un homme portant le costume de commissionnaire qui paraissait le suivre.

Il tourna brusquement à gauche, pénétra dans la petite rue des Douze-Portes et entra ensuite dans la ruelle Neuve-Saint-Pierre.

Là, il s'arrêta dans l'angle formé par cette ruelle.

Au bout d'une minute, il vit le prétendu commissionnaire prendre le même chemin et s'avancer précipitamment de son côté.

— Cet homme me file, se dit-il; j'ai à peine le temps de le dépister...

Verdot gagna le bout de la ruelle en courant ; il disparut dans la rue Saint-Gilles, tourna ensuite au coin de la rue Chaussée-des- Minimes, et remonta vers la rue Saint-Louis par la rue des Minimes.

Il avait égaré son espion.

En ce moment; il était à quelques pas de l'hôtel de son père. Alors il n'hésita plus. Suivi par la police dans le quartier, il ne pourrait lui échapper longtemps s'il continuait à errer à travers les rues.

Le commandant profita du moment où il ne passait personne devant l'hôtel pour franchir la petite porte que le concierge venait d'ouvrir.

Ce concierge, attaché depuis quelques mois au service du comte, ne le connaissait pas, et il se planta assez insolemment devant lui pour l'empêcher de passer.

— On n'entre point ici sans ma permission, dit-il ; allons, filez ou je vous jette dehors. . .

C'était un gros homme, à l'apparence robuste, qui indiqua la porte à Verdot par un geste majestueux.

— Il faut que je parle à l'instant à M. !e comte delà Bergue, reprit le jeune homme d'un ton énergique.

— M. le comte n'est pas levé; et puis il n'a guère rhabitude de «■cccvuir des gens de votre espèce...

Interrogez mes serviteurs et lalssoz-raoi traïuiuillc.

i,iv. -.3!'. — 1-'avari> frères, Oditcuri.

Le commandant rougit, et s'il n'eût pas craint de faire un éclat dont les suites pouvaient lui être funestes, M. le concierge de son père eût certainement été corrigé d'une façon exemplaire.

Mais, dans sa position, une prudence, même humiliante, lui élait imposée. Il se maîtrisa donc et répliqua avec calme :

— Prenez garde, mon ami, de faire une bévue dont vous pour-* riez vous repentir. Pour des raisons que je n'ai pas besoin de vous expliquer, il faut, vous me comprenez bien, il faut que je voie M. le comte à l'instant.

Ébranlé par la fermeté de Verdot, le concierge lui dit :

— Je voudrais au moins savoir votre nom.

— Je vous le dirai en sortant.

— Mais, monsieur...

— Allons, laissez-moi passer, sinon...

En ce moment, Baptiste, le vieux valet de chambre du comte, descendit le perron et s'approcha pour savoir ce qui se passait.

A la vue du commandant, qu'il reconnvt aussitôt malgré le désordre de sa toilette, il fit un geste de surprise et s'écria :

— Ah! c'est M, le.,.

— C'est bien, lui dit vivement Verdot; votre maître est-il levé?

— Oui, monsieur... balbutia le bonhomme en s'inclinant respectueusefifient, car il n'avait jamais cessé d'aimer le commandant qu'il avait vu tout pelit.

— Alors conduisez-moi auprès de lui et ne prenez pas la peine de m'annoncer.

— Si monsieur veut venir...

Verdot et le vieillard traversèrent la cour et gravirent l'escalier do perron, en laissant le concierge plongé dans une profonde stupéfaction.

— Voilà une drôle d'affaire... murmura ce dernier; quel est donc cet individu, qui ressemble à un vagabond et devant qui Baptiste s'incline comme s'il était notre maître?

Le vieux valet de chambre conduisit directement le commandant au grand escalier, et il lui dit d'un ton ému :

— Ah! monsieur le vicomte, que je suis donc heureux de vous revoir; vous nous revenez pour tout à fait, n'est-ce pas?

— Non, probablement, mon pauvre Baptiste. Tu ignores sans

La chasse aux patriotes 1899

doute qu'on est à ma recherche. Il y a un mandat d'arrestation décerné contre moi, et si mon père refuse de me recevoir, je ne tarderai guère à tomber entre les mains de la police.

— Quel malheur! Ah! gueuse de politique, en cause-telle des maux! et dire que ça recommence plus fort que jamais...

Le vieux valet de chambre proposa à Verdot d'aller prévenir lo comte de sa présence, car il craignait que, s'il se présentait tout à coup devant lui, M. de la Bergue ne se livrât à quelque violente démonstration.

— Merci, Baptiste, lui dit le jeune homme; mon père pourrait refuser de me recevoir, et j'aime mieux affronter sa colère que de sortir sans lui parler; il est dans sa chambre?

— Oui, monsieur le vicomte.

— Alors, laisse-moi, je m'annoncerai moi-même.

Le comte Verdot de la Bergue était un homme d'une soixantaine d'années, assez Jsien conservé, qui avait l'habitude de lire sa chère Gazette avant de procéder à sa toilette.

Enveloppé dans sa robe de chambre et à demi couché sur uno bergère, il savourait avec délices la prose boursouflée des rédacteurs de celte feuille quand son Dis parut sur le seuil de la porte.

— Eh bien! fit le comte sans tourner la tête, on se permet de me déranger... Va-t-en Baptiste, ou, vrai Dieu! je t'étrillerai de la bonne façon, malgré tes cheveux gris.

— Ce n'est pas Baptiste, mon père, c'est moi, dit le commandant d'un ton respectueux .

— Vous, qui vous? répliqua le comte en se levant d'un bond. Le jeune homme inclina la tète et fit un pas en avant...

Il serait impossible de décrire la fureur qui se peignit sur les traits du vieillard lorsqu'il reconnut son fils...

Ses tempes devinrent crnmoisies, ses yeux élincelèrent et sa gorge se conlracla si violemment qu'il ne put d'abord s'en échapper aucune parole.

.Mais il se redressa do toute sa hauteur, étendit le bras et parvint pourtant à dire en désignant la porte ;

— Hors d'ici, bandit... allons, sortez!...

Le commandant ne répliqua point, 11 s'attendait bien à être fort

mal reçu, et il avait fait provision de patience pour soutenir la lutte.

Au lieu de sortir, il garda son attitude respectueuse et attendit.

Le comte, irrité outre mesure de ce que son fils supportait sans broncher ses regards foudroyants, fit un pas et leva la main sur lui.

— Je croyais, reprit alors Verdot d'une voix douce, que monsieur le comte de la Bergue n'attaquait que des adversaires pouvant se défendre... Si vous me frappez, je me contenterai de vous dire : Mon père, on ne s'acharne pas sur un ennemi à terre; et je ne suis point votre ennemi puisque je suis votre fils.

Le comte avait tout d'abord atteint les dernières limites de la violence; aussi, maté par le calme extraordinaire du jeune homme, il lui tourna le dos et se mit à marcher avec précipitation dans la chambre en poussant de temps en temps de sourdes exclamations..

laimobile, le commandant le regardait avec anxiété.

Tout à coup le comte s'arrêta.

— Que venez-vous faire chez moi? je ne vous connais pas, dit-ii d'une voix stridento.

- — Mon père, je vous en conjure, écoutez-moi.

— Je ne suis le père de personne; j'avais un fils, il est mort.

— Eh bien! soit, reprit le commandant; Léonard Verdot n'existe plus, et c'est un étranger à votre famille, un proscrit, un malheureux persécuté par d'implacables ennemis désireux de faire tomber sa tête qui vient vous dire : Comte Verdot de la Bergue, vous seul pouvez me soustraire aux gens acharnés h ma poursuite; au nom de l'humanité, je vous supplie de m'accorder un asile...

— Jamais! enlendez-voiis bien, jamais je ne tendrai la main, je n'ouvrirai ma porte aux sicaires du brigand corse; à ces misérables qui ont mis la France à feu et à sang pendant plus de vingt ans; a cette tourbe de vauriens et d'affreux chenapans qui égorgent tous les jours des membres de nos vieilles familles et des officiers de l'armée de nos libérateurs! Encore une fois, hors d'ici, monsieur, ou vrai Dieu ! je fais un exemple que me commande mon amour pour notre monarque bien-aimé et ma fidélité aux principes d'honneur d'un fervent royaliste, je vous livre à lajusticel

LA CHASSE AUX PATKIOTES 190i

Cette virulente sortie, débitée avec plus d'emphrase que de conviction, ne produisit aucun effet sur le commandant. Il faut le répéter, il savait d'avance l'accueil qui lui serait fait, et il avait pris la résolution d'opposer un calme stoïque à toutes les provocations qui lui seraient adressées.

— Mon père, je ne suis pas venu chez vous pour critiquer votre conduite ni entamer une discussion politique avec vous, répliqua-t-il. Je sais qu'il me serait aussi impossible devons faire changer d'opinion qu'il vous serait difficile de modifier la mienne. Seulement, lorsque je vous aurai dit que je suis sans ressources, sans abri, sans pain; qu'une meute d'agents de police me poursuit avec acharnement pour me traîner au fond d'un cachot, si ce n'est sur l'échafaud ; non, vous n'aurez pas l'inhumanité de me livrer à ces bourreau.x!

— Encore une fois, je ne vous corinais pas, ou plutôt je ne veux pas vous connaître.

— Songez qu'en sortant d'ici, je tomberai infailliblement entre; /es mains des sbires.

— Eh bien! ils vous donneront du pain; vous vous plaignez, je crois, de n'en point avoir.

— Mais, dans la bouche d'un père, cette raillerie est sinistre.

— Plus sinistre encore est la conduite des bandits, vos compagnons et vos complices.

— Ainsi rien ne peut toucher votre cœur?

— Si; le jour où je lirai dans la Gazette que le brigand de la Loire, connu sous le nom de commandant Verdot, a reçu douze balles dans la tête en récompense de ses exploits; ce jour-là, je donnerai une fêle à mes amis pour me réjouir de ce que l'autorité a délivré la France d'un scélérat!

Le comte achevait de prononcer ces paroles lorsque la porte de la chambre s'ouvrit.

— Ma mère ! s'écria le commandant en s'avançant, les bras tendus, vers une dame qui venait d'entrer.

— Sainte Vierge, mère de Dieu! est-ce possible! fit la comtesse en se reculant.

— Si mon père me chasse d'une façon barbare, dit le jeuno homme; avant de quitter pour toujours cette maison vous ne me refuserez pas, 6 ma mère, de vous serrer encore une fois dans mes bras...

— Que le bienheureux Saint Joseph me protège! reprit la comtesse, je crois que c'est là Léonard.

— Vous ne m'aviez donc pas reconnu? fit le commandant en s'avançant de nouveau vers sa mère pour l'embrasser...

— Ne m'approchez pas, ne m'approchez pas, reprit vivement cette dernière; vos vêtements sont souillés et exhalent d'affreuses odeurs... Quand vous serez plus présentable, vous reviendrez me voir et peutêtre vous recevrai-je...

Sans doute, dans la crainte de subir une nouvelle démonstration de tendresse de son fils, la comtesse se retira précipitamment.

— Ainsi, vous me bannissez à jamais de votre présence, dit le jeune homme au comte d'un ton désespéré.

— Monsieur, je ne vous retiens point, fit ce dernier en lui tournant le dos; tout au contraire, je vous engage à ne pas braver plus longtemps le danger que vous courez en restant ici.

— Je ne vous comprends pas...

— Au même instant, Baptiste pénétra dans la chambre en disant d'un ton effrayé :

— Ah\ mon Dieu! voilà des hommes de loi et des soldats dans la cour...

— C'est moi qu'on vient arrêter, repartit le commandant. Il en est temps encore, mon père, vous pouvez me sauver...

— Baptiste, reconduisez monsieur, dit le comte au domestique.

— Perdu! fit le jeune homme... et mourir sans pouvoir rien faire; pour la liberté...

Il sortit de la chambre précédé par Baptiste. Mais, au lieu de le faire descendre au rez-de-chaussée, le vieux valet le prit par la main en lui disant :

— Silence, monsieur le vicomte, et venez...

— Oii me conduisez-vous?

— Dans un lieu oii vous serez en sûreté provisoirement. Je dirai à M. le comte que vous vous êtes enfui par le jardin...

Baptiste suivit un couloir étroit aboutissant à l'escalier de service de l'hôtel, et lorsqu'il fut arrivé auprès de cet escalier, il dit au commandant :

— Montez, monsieur le vicomte; tout en haut, vous trouverez une petite porte, vous frapperez deux coups et M'" Dervieu vous ouvrira.

LA CHASSE AUX PATRIOTES i\n,o

— M""' Dervieu, la femme de charge I

— Oui, monsieur le vicomte.

— Elle est donc toujours à l'hôtel? demanda V^erdot.

— M"* la comtesse ne veut à aucun prix s'en séparer.

— Merci, mon brave Baptiste, donne-moi la main.

— Oh! monsieur le vicomte... Hâtez-vous, je vous en supplie. De mon côté, je vais cherchera expliquer votre disparition...

Le vieux valet de chambre descendit précipitamment l'escalier, puis il traversa le petit jardin qui se trouvait derrière l'hôtel, ouvrit une porte bâtarde conduisant par un couloir à la rue des Minimes, et revint trouver le comte, qui avait passé un habit pour recevoir le commissaire do police.

Celui-ci interrogeait le portier, et donnait des instructions aux agents pour arrêter toutes les personnes qui tenteraient de sortir.

— Ce misérable est entre les mains de la police? dit le comte à Baptiste en rajustant son nœud de cravate.

— Que Monsieur le comte me pardonne, répondit le vieux domestique en baissant humblement la tête.

— ïu as donc fait une sottise? dit M. de la Bergue en se retournant vivement.

— Peut-être... j'ai cédé aux impulsions de mon cœur...

— Il s'agit bien de ton cœur en ce moment. Voyons, qu'as-tu fait? surtout n'essaie pas de me tromper.

— Eh bien! la pensée que M. le vicomte allait être arrêté m'a causé une si grande douleur que je n'ai pu résister au désir de le sauver.

— Tu as fait cela, vieux drôle! répliqua violemment le comte; alors, tu expliqueras ta conduite au commissaire de police qui ne peut tarder à se présenter, et comme cet acte tombe sous le coup de la loi, tu iras réfléchir en prison au danger qu'il y a à vouloir faire de la sensiblerie.

— Je me résignerai à subir les conséquences de ma faute, répliqua le bonhomme d'un ton résolu.

En cet instant un valet de pied nuvrit la porte du salon et introduisit le commissaire de police, accompagné de son secrétaire et de plusieurs gendarmes.

— Je regrette de vous déranger, monsieur le comte, dit le magis

190i LA CHASSE AUX PATRIOTES

trat; il s'est introduit tantôt dans votre hôtel, un ancien officier supérieur de l'armée licenciée qui doit être de vos parents.

— C'est mon fils; mais depuis longtemps je l'ai chassé de ma présence.

— Nous connaissons, monsieur le comte, votre fidélité à la famille qui règne sur la France, et nous savons que vous avez eu le courage d'éloigner de vous le fils qui s'est rendu indigne de porter votre nom. Aussi, suis-je convaincu que vous n'hésiterez pas à le remettre entre mes mains, car il est entré ici, non avec voire assentiment mais bien par fraude.

— Certes, oui, monsieur le commissaire. Si ce mauvais sujet m'avait demandé l'autorisation de venir me voir, il ne serait point arrivé jusqu'à moi, je vous l'assure.

— Pourtant il est ici?

— Non, il vient de s'échapper.

— C'est impossible; des agents gardent toutes les issues de l'hôtel, et le concierge, qui nous a fourni au sujet du commandant Verdot des renseignements exacts, assure que personne n'est sorti de cette maison depuis qu'il y est entré.

Malgré son respect pour* les fonctionnaires de Sa Majesté Louis XVIII, le comte de la Bergue, dont l'orgueil surpassait encore celui de ses o princes », commençait à trouver blessant l'interrogatoire qu'on lui faisait subir, et il répondit d'un ton agacé :

— Mon concierge est un âne. lia eans dcule oublié que l'hôtel a une issue rue des Minimes.

— Comment! fit le commissaire désappointé, c'estvous, monsieur le comte, qui avez facilité l'évasion d'un dangereux conspirateur?

A ces mots, le visage de M. de la Bergue pâlit. Il releva la tête avec hauteur et toisa dédaigneusement le magistrat.

. — Qui vous a donné le droit, monsieur, de faire cette outrageante supposition? reprit-il. Votre zèle dépasse le respect qu'on doit à un fidèle sujet du roi et à un ami du comte d'.\rtois.

— Mais, monsieur le comte...

— Interrogez mes serviteurs et laissez-moi tranquille, sans quoi je dirai deux mots de vous au ministre de l'intérieur.

Ijs comte jeta un regard de mépris sur le commissaire et passa dans la pièce voisine.

LtS QUATRE SEIIGENTS DE LA ROCHELLE 1.^05

A sa vue, cUo (prouva une granJc surpriso.

Llv. 239. — Kayaho frères, cdltoars.

t.SOG LA CHASSE AUX PATRIOTES

Le magistrat parut un iurlant fort embarrassé. Si, au lieu de se trouver dans l'hôtel d'un des membres de l'aristocratie bien pensante, il avait instrumenté chez un j.'eiit bourgeois, l'affaire eût pris une autre tournure ; mais avec le comte Verdot de la Bergue, un familier du comte d'Artois, diable! il devait courber l'échiné s'il i:c voulait pas être destitué.

Pourtant, il ne pouvait rédiger son procès-verbal sans avoir fait au moins une tentative pour dt'coavrir le commandant.

II s'adressa alors à Baniiste et lui dit :

— Vous paraissez être un vieux serviteur de la famille; à défaut de votre maître, vous pouvez guider nos recherches.

— Je suis à vos ordres, répondit le valet de chambre, n'.ivanL à ce moment qu'un but: déterminer les agents de l'autorité à quitter l'hôtel sans y pratiquer de perquisitions.

— Vous avez vu l'homme que nous cherchons? lui demanda le magistrat.

— Je le crois.

— Et qu'esl-il devenu?

— 11 est sorti de l'hôtel par une petite porte qui a une issue sur la rue des Minimes.

— Et qui lui a ouvert cette porte?

— Moi!

Le calme avec lequel Baptiste prononça ce mot fit tressaillir le commissaiie.

— Malheureux ! dit-il, en facilitant l'évasion d'un criminel, vous avez commis un acte tombant sous l'application de la loi.

— Je n'ai écouté que les inspirations de mon cœur, répliqua le vieillard. Le commandant Verdot est presque mon enfant, et je ne reculerai jamais lorsque je pourrai lui être utile.

— Il s'est évadé par le jardin, dites-vous?

— Oui, monsieur.

— Conduisez-nous à la porte par laquelle il s'est échappé... Quand le commissaire se fut assuré que cette porte s'ouvrait sur

un couloir communiquant avec la rue des Minimes, il crut bien avdir la certitude que Verdot avait quitté l'hôtel et il se décida à se retirer. Mais, avant de sortir, il dit aux gendarmes qui l'accompagnaient, en leur désignant Baptiste :

LA CHASSE AUX PATllIOTES 1007

— Assurez-vous de cet homme.

— Vous m'arrêtez? fit le vieux valet de chambre.

— Vous aurez à répondre de votre complicité dans l'évasion do Verdot, coupable de conspiration.

En voyant emmener Baptiste, le concierge, qui ne l'aimait point, lit un geste de satisfaction.

— C'est bien fait pour toi, vieille bète, murmura-t-il; tu no viendras plus me faire la leçon...

Lorsque le commandant frappa à la porte de M"' Dervieu, celle-ci crut que c'était le valet de chambre, car elle ne recevait habituellement pas d'autre visite que la sienne.

Pourtant, par mesure de prudence, Flavienne passa vivement dans la chambre voisine.

A la vue du commandant, la lingère éprouva une grande surprise.

— Vous! vous, M. Léonard! dit-elle en ouvrant démesurément les yeu.x.

— Oji, ma bonne madame Dervieu, répondit Verdot à voix basse, en se glissant dans la chambre, dont il referma aussitôt la porte.

— Mais, que se passe-t-il doncV demanda la lingère, s'efforçant de reprendre son sang-froid.

Elle ignorait que les agonl.s de l'autorité fussent dans l'hôtel.

— Plus bas... on est à ma poursuite, et mon père a refusé de me recevoir. Si le commissaire a l'idée de fouiller la maison, je ne lui échapperai certainement pas.

— Ah ! mon pauvre monsieur Léonard !

— En deux mots, voici ma situation, dit ce dernier...

Et il raconta sommairement ce qui lui était arrivé depuis qu'on avait décerné un mandat d'arrestation contre lui.

Son récit émut si profondément la bonne femme que des larmes mouillèrent bientôt ses paupières... Puis, elle fut prise d'une grande frayeur en songeant qu'on allait faire des perquisitions qui auraient pour résultat l'arrestation du jeune homme et celle de Flavienne.

Celle-ci, voyant que .M°"^Dervieu ne venait pas la chercher, éprouva tout à coup une grande terreur. Pour elle, il était évident qu'un danger imminent la menaçait. La visite mystérieuse que .M"" Dervieu venait do recevoir devait la regarder.

Toute palpitante d'émotion, elle s'était approchéo de la porte, alla

de chercher à comprendre ce qui se disait dans la pièce voisine, lorsqu'elle entendit la lingère sortir de chez elle. Mais elle avait laissé quelqu'un dans la chambre. Que signifiaient ces étranges démarches?

Voulant absolument savoir si le commissaire et les agents étaient encore dans l'hôtel, M"'* Dervieu descendit à l'antichambre et interrogea un laquais.

Elle apprit alors que Baptiste avait fait échapper le commandant par la petite porte du jardin, donnant sur la rue des Minimes, et que le pauvre vieillard avait été arrêté comme complice de cette évasion.

La lingère remonta précipitamment chez elle.

— Tout va bien, monsieur Léonard, dit-elle à Verdot. -- Comment cela?

— La police, croyant que vous vous êtes enfui par le jardin, s'est décidée à quitter l'hôtel. Malheureusement, elle a emmené Baptiste.

— Ah ! le pauvre homme ! répliqua le commandant d'un ton douloureux; il est victime de son dévouement pour moi... Que ne puisje, en exposant ma vie, lui faire rendre la liberté !

— Espérons qu'on ne le retiendra pas longtemps ; les juges seront touchés de sa situation, qui est digne de l'admiration de tous les honnêtes gens.

— Ah ! vous ne connaissez guère le mobile auquel ils obéissent; reprit le commandant. Ils savent qu'il leur sera tenu mille fois plus compte du zèle qu'ils montrent dans l'arrestation des proscrits, que des succès qu'ils obtiennent dans leurs luttes avec les malfaiteurs...

— Enfin, vous leur échappez, monsieur Léonard, car, après ce qui s'est passé tantôt, ils ne songeront jamais à venir vous chercher

— Merci, ma bonne madame Dervieu, mais je ne veux pas vous compromettre en demeurant dans ce logis; aussitôt qu'il fera nuit, je trouverai le moyen de m'échapper.

— Au nom du ciel! ne commettez pas une telle imprudence. On doit croire que vous n'avez pas quitté le quartier, et je suis sûre qu'il y a des agents en embuscade dans toutes les rues voisines. Ce serait pure folie d'abandonner un asile comme celui-ci pour vous exposer à de nouveaux dangers.

— Pourtant, ma bonne madame Dervieu, je ne puis attendre en 00 lieu qu'il me soit permis de circuler librement dans les rues.

— Pourquoi cela, monsieur? Où il y a de la place pour deux, on peut, en se serrant, en trouver aisément pour trois.

— Vous ne demeurez donc pas seule? demanda Verdot.

— Non, monsieur Léonard; j'ai une jeune pensionnaire fuyatil, comme vous, les suppôts de la police.

— Est-ce possible?

— Mieux que ça, c'est certain, et la preuve...

La lingère ouvrit la porte de la seconde chambre et dit ;

— Vous pouvez venir, ma chère Flavienne; je vais vous présenter le meilleur ami du capitaine Baudouin.

En entendant ces mots, la jeune fille devint écarlate; son cœuv' battit avec précipitation et elle s'avança toute tremblante.

— Monsieur le commandant Verdot! s'écria-t-ello. Ah! que je suis heureuse de vous voir... Vous m'apportez, sans doute, des nouvelles du capitaine?

— Ilélas ! non, mademoiselle. La violente persécution dont nous sommes l'objet nous a dispersés. Tout ce que je sais de ce cher ami, c'est qu'il a manqué d'être arrêté à Montmartre, et qu'il a été ensuite aperçu plusieurs fois aux environs de Saint-Denis.

Le visage de Flavienne prit une profonde expression de tristesse.

— Pauvre Francis ! murmura-t-elle en essuyant des larmes qui VL-miicnt de mouiller ses cils: le reverrai-je un jour?

— Il faut l'espérer, car notre seul bien, maintenant, c'est l'espérance. Mais comment se fait-il, mademoiselle, que je vous rencontre chez cette brave .M'"" Dervieu?

— .'Xh ! monsieur, j'ai été bien heureuse de trouver ce refuge, où je suis à l'abri de mes persécuteurs.

— Oui, je me souviens... Vous avez été arrêtée avec votre cousine chez .M"" Panisset... .Mais comment avez-vous pu vous éclmiiper, et qu'est devenue la sœur du capitaine?

— Ma pauvre Louise a été conduite en prison, car on nous a séparées au moment de notre arrestation, et j'allais tomber dans un affreux guet-apens, quand le neveu de M"" Dervieu m'a arrachée aux mains du misérable acharné ù ma perte, le Prussien von Thermann.

— Encore ce coquin... celui qui, aidé de l'infâme .Margout, a essaye de vous enlever?

- Oui, répondit Flavienne ; j'ai eu le malheur d'attirer Tuttention

10!0 LA CHASSE ACX PATRIOÏFS

de cet homme, et, depuis ce moment, je suis l'objet, de ses poursuites.

La jeune fille raconta au commandant ce qui lui était arrivé depuis le soir où le charcutier Chardin l'avait héroïquement soustraite, ainsi que sa cousine, aux entreprises criminelles du Prussien et de Margout, et elle acheva son récit en priant le commandant de l'instruire de tout ce qu'il savait au sujet du capitainî.

Lorsque ces confidences eurent été échangées, M"" Dervicu prit à son tour la parole.

— • Maintenant que vous êtes informés de tout ce que vous avez intérêt à connaître, dit-elle à Verdot et à Flavienne, il est nécessaire de s'occuper de votre installation.

— Mais, je ne peux pas, je ne dois pas vous embarrasser de ma personne, reprit le commandant. Ce logement est étroit; à peine peutil vous suffire; si je m'y établissais, je vous causerais une gêne insupportable.

— D'abord, monsieur Léonard, je suis ici la maîtresse, et, si vous ne voulez pas me faire beaucoup de peine, vous respecterez ma volonté.

— Cependant...

— Laissez-moi parler, et promettez-moi de ne point repousser mes arrangements, c'est le meilleur moyen d'éviter des discussions. Nous allons disposer cette chambre pour ma jeune amie Flavienne et pour moi. Vous vous installerez dans l'autre, monsieur Léonard, et vous -voudrez bien vous contenter de la simplicité du mobilier... Je m'efforcerai de me procurer des aliments sains et suffisants; mais vous ne pourrez guère prendre l'air que le soir à la fenêtre, lorsque les lumières seront éteintes, et je vous apporterai, de temps en temps, quelques journaux... Voilà, mes chers amis, le programme sommaire de la vie que nous allons mener jusqu'au jour oii vous pourrez sortir d'ici sans danger... Point d'objections; je n'accepte aucun amendement ; et, comme il se fait tard, après avoir remis en ordre les armoires de M™ la comtesse, j'irai loin d'ici chercher des provisions, dont vous, raonsie*vf^[.éonard, vous devez avoir le plus grand besoin...

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