‹ [Les quatre sergents de la RochelleChapitre 89 sur 100 · LE MARCHÉ DES PROUVAIREG · texte numérisé non relu

LE MARCHÉ DES PROUVAIREG

Une dizaine de jours après l'installation du commandant Verdot chez M""' Dervieu, un homme, portant le costume de marchand de bjeufs, entra, à trois heures du matin, dans un cabaret de la rue des Prouvaires, à côté du marché de ce nom, et, après avoir jeté un rapide regard autour de lui, il alla s'asseoir auprès d'une table crasseuse qui était inoccupée.

11 frappa à coups redoublés sur cette table avec un bâton noueux, attaché à son poignet par une lanière en cuir. .

— Vous êtes donc sourd! s'écria-t-il en frappant plus fort.

Un garçon arriva auprès de lui en bâillant et en étendant les bras.

— Qu'est-ce que vous voulez, compère? demanda-t-il au nouveau venu.

— Ouvre donc les yeux, rDnflé, et apporte-moi une chopine. -- Du blanc ou du rouge?

— Du rouge, et du tourangeau, entends-tu, boule de Siam.

— A quel prix?

— ïu me le diras quand je te demanderai mon compte.

— On va vous servir.

L'homme à la tournure de marchand de bœufs tira une grosse tabatière en corne de sa poche, puis l'ouvrit et la présenta à deux paysans qui se trouvaient à la table voisine de la sienne.

11 tourna ensuite la tête de l'autre côté, oii un porteur de la llullo était assis, et allongea le bras en lui disant :

— En usez-vous?

Le porteur fit un signe imperceptible et plongea ses dui^ls dans la tabatière.

Le marchand de bœufs puisa à son tour du tabac. Il smsiL aiiroitement un polit papier roulé, que le porteur avait déposé en prenant sa prise, et le glissa dans la paume de sa main.

131i? LA CHASSE AUX PATRIOTES

Le garçon apporta, en ce moment la fameuse chopine.

— C'est du vouvray rouge, pur sang, fit-i!; vous m'en direz des nouvelles...

Le marchand de bœufs but en faisant claquer ca langue; puis il tira un gros carnet de sa poche; il l'ouvrit et, muni d'un crayon, il se mit à faire des calculs qui parurent l'absorber profondément.

Mais, lorsqu'il fut certain que personne ne l'examinait, il étendit le papier introduit par le porteur dans sa tabatière sur les feuillets do son carnet, et lut les lignes suivantes :

« Bonnes nouvelles. J'ai causé avec la Delphine, Je lui ai même arraché l'aveu qu'elle voit parfois Chardin. Elle va venir prendre u:\ verre de blanc pour pouvoir arranger son éventaire. Elle esL granue, très brune, et elle jette toujours sur sa tête un fichu de laine.

« CEîL DE Verrk. »

Œil do Verro était le sobriquet dont se servait Farjol loi-squ'il adressait des noces à Donnadieu, et ce dernier était l'homme déguisé en marchand de bœufs.

Le policier savait qu'on attachait une grande importance à la cap ture de Chardin, non seulement à cause de l'affaire de la rue Saint- Sauveur, de l'attaque du poste Mauconseil et du duel de Montfaucon, où sa présence avait été signalée, mais bien encore parce que dans les papiers saisis chez Bureau, négociant rue Montorgueil, on avait trouvé la preuve que le charcutier était un des membres les plus actifs du Cercle des Indomptables.

Or, Donnadieu n'avait voulu s'en rapporter qu'à lui du soin d'arrêler Chardin, et, au lieu de se faire seconder par un agent commissionné, il s'était borné à employer Farjot pour découvrir la piste qu'il cherchait.

Malgré sa prudence, Chardin, qui s'était faufilé à titre d'auxiliaire parmi les forts de la Halle, n'avait pu disparaître de la maison d'Antonia, oii il avait soutenu une terrible lutte pour échapper à la police, sans laisser des traces.

Un laquais de la comédienne l'ayant reconnu au marché des Prouvaises, malgré son déguisement, s'était empressé d'aller le dénoncer,

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