I-K U(H T DK I.OIM'.IMJ
Kl t'o n'est pas un seul, c'esl tous. — Vous inc romhlez. — El nous rions.
Kl puis je rentre, <'l je im-dilc.
Ils en sont là.
Ou temps (le Vénus Aphrodite, Parfois, seule, éeoutaul on ne sail (pielles voix, La déesse errait nue et blanche au fond des hois; Elle marchait tranquille, et sa beauté sans voiles. Ses cheveux faits d'écume et ses yeux faits d'étoiles, Étaient dans la forêt comme une vision ; Cependant, retenant leur respiration.
Voyant au loin passer cette clarté, les faunes S'approchaient ; l'œgipan, le satyre aux yeux jaimes, Se glissaient en arrière ivres d'un vil désir, Et brusquement tendaient le bras pour la saisir. Et le bois frissonnait, et la surnaturelle, Pâle, se retournait sentant leur main sur elle. Ainsi, dans notre siècle aux mirages trompeurs, La conscience humaine a d'étranges stupeurs; Lumineuse, elle marche en notre crépuscule, Et tout à coup, devant le faune, elle recule. Tartuffe est là, nouveau satan d'un autre éden. Nous constatons dans l'ombre, à chaque instant, soudain. Le vague allongement de quelque griffe infâme Et l'essai ténébreux de nous prendre notre âme. L'esprit humain se sent tàté par un bourreau. Mais doucement. On jette au noir quemadero
Ce qu'on peut, mais plus tard on fera mieux peut-être,
Et votre meurtrier est timide; il est prêtre.
II vous demanderait presque permission.
II allume un brasier, fait sa procession.
Met des bûches au feu, du bitume au cilice.
Soit; mais si gentiment qu'après votre supplice,
Vous riez.
Grillandus n'est plus que Loyola.
Vous lui dites : Ma foi, c'est drôle. Touchez là.
Eh bien, riez. C'est bon. Attendez, imbéciles !
Lui qui porte en ses yeux l'àme des noirs Basiles,
II rit de vous voir rire. Il est Vichnou, Mithra,
Tentâtes, et ce feu pour rire grandira.
Ah! vous criez : — Bravo, ta rage est ma servante.
Brûle mes livres. Bien, très bien. Pousse à la vente! —
Et lui songe. Il se dit : — La chose a réussi.
Quand le livre est brûlé, l'écrivain est roussi.
La suite à demain. — Vous, vous raillez. Il partage
Votre joie, avec Tair d'un prêtre de Carthage.
Il dit : Leur cécité toujours me protégea.
Sa mâchoire, qui rit encor, vous mord déjà.
N'est-ce pas ? ce brûleur avec bonté nous traite,
Et son autodafé n'est qu'une chaufferette !
Ah ! les vrais tourbillons de flamme auront leur tour.
En elle, comme un œuf contient le grand vautour,
La petite étincelle a l'incendie énorme.
Attendez seulement que la France s'endorme.
LK 110 iT i)i: loukiijj:. so
El vous verrez.
Peul-(»n calculer le clieiniu Que rei;iil pas à pas, liiei', aujourd'hui, deuiaiii, L'elVroyahle lorlue avec ses pieds fossiles? Qui sait? bientôt peut-être on aura des conciles! On entendra, qui sait? un hornuie dire à Dieu :
— L'infaillible, c'est moi. Place! recule un peu. — Quoi! recommence-t-on? Ciel! serait-il possible Que riiomme redevînt pâture, proie et cible !
Et ([u'on revît les temps difformes! qu'on revît
Le double joug qui tue autant qu'il asservit!
Qu'on revît se dresser sur le globe, vil bouge,
Près du sceptre d'airain la houlette en fer rouge !
Nos pères l'ont subi, ce double pouvoir-là!
Nuit! mort! Melcliisedech compliqué d'Attila!
Us ont vu sur leurs fronts, eux parias sans nombre,
Le côte à côte affreux des deux spectres dans l'ombre;
Ils entendaient leur foudre au fond du firmament,
Moins effrayante encor que leur chuchotement.
— Prends les peuples, César. — Toi, Pieri'e, prends les âmes.
— Prends la pourpre. César. — Mais toi, qu'as-tu? — - Les flammes.
— Et puis? — Cela suffît. — Régnons.
Ages hideux!
L'homme blanc, l'homme sombre. Ils sont un. Ils sont deux. Là le guerrier, ici le pontife; et leurs suites, Confesseurs, massacreurs, tueurs, bourreaux, jésuites! 0 deuil ! sur les bûchers et les sanbenitos
Rome a, quatre cents ans, braillé son vil pathos,
Jetant sur l'univers terrifié qui souffre
D'une main l'eau bénite et de l'autre le soufre.
Tous ces prêtres portaient l'afîreux masque aux trous noirs ;
Leurs mitres ressemblaient dans l'ombre aux éteignoirs;
Ils ont été la Nuit dans l'obscur moyen âge;
Ils sont tout prêts à faire encor ce personnage,
Et jusqu'en notre siècle, à cette heure engourdi,
On les verrait, avec leur torche en plein midi,
Avec leur crosse, avec leurs bedeaux populace.
Reparaître et rentrer, s'ils trouvaient de la place
Pour passer, ô Voltaire, entre Jean-Jacque et toi !
Non, non, non ! Reculez, faux pouvoir, fausse foi ! Oh! la Rome des frocs! oh! l'Espagne des moines! Disparaissez ! Prêcheurs captant les patrimoines ! Ronnets carrés ! camails ! capuchons ! clercs ! abbés ! Tas d'horribles fronts bas, tonsurés ou nimbés ! 0 mornes visions du tison et du glaive ! Exécrable passé qui toujours se relève Et sur l'humanité se dresse menaçant!
Saulx-Tavanne, écumant une écume de sang, Criant : Égorgez tout ! Dieu fera le triage ! La juive de seize ans brûlée au mariage De Charles deux avec Louise d'Orléans Et dans l'autodafé plein de brasiers béants Offerte aux fiancés comme un cierge de noce ; Campanella brisé par l'église féroce; Jordan Rruno lié sous un ruisseau de poix,
LK BOUT DM l/OUKII.U:. «1
(Jiii idiij^i' |>iir su lliimiiic cl ci'eusc par son poids;
D'Alité «pii iliMis riiorniii' des Nùchers se promène
Séchaiil sa iiiaiii sanylaiile à celte braise liiiiiiainc;
GaliU'i' ahaissaiil ses genoux repentants;
La place irAbhevilIe où Labarre à vingt ans,
Pour avoii- cbansonné toute cette canaille,
Eul la langue arraclice avec une tenaille,
Et hurla clans le feu, tordant ses noirs moignons;
Le marché de Uonen dont les sombres pignons
Ont lo rouge l'ellel de ton supplice, ô Jeanne!
iluss brûlé par Martin, l'aigle tué par l'àne ;
Farnèse et Charles-Quint, Grégoire et Sigismond,
Toujours ensemble assis comme au sommet d'un monl,
A leurs pieds toute l'âme humaine épouvantée
Sous cet effrayant Dieu qui fait le monde athée ;
Ce passé m'apparut ! Vous me faites horreur.
Croulez, toi monstre pape, et toi, monstre empereur!
;., K. ^" inv
LECHAFAUD
— Œil pour œil! Dent pour dent ! Tête pour tête! A mort! Justice! L'échafauil vaut mieux que le remord. Talion ! talion !
— Silence aux cris sauvages !
Non ! assez de malheur, de meurtre et de ravages ! Assez d'égorgements ! assez de deuil ! assez De fantômes sans tête et d'afTreux trépassés !
Assez de visions funèbres dans la brume !
Assez de doigls hideux, montrant le sang qui fume,
Noirs, et comptant les trous des linceuls dans la nuit !
Pas de suppliciés dont le cri nous poursuit !
Pas de spectres jetant leur ombre sur nos têtes!
Nous sommes ruisselants de toutes les tempêtes ;
Il n'est plus qu'un devoir et qu'une vérité,
C'est, après tant d'angoisse et de calamité,
Homme, d'ouvrir son cœur, oiseau, d'ouvrir son aile
Vers ce ciel que remplit la grande âme éternelle !
Le peuple, que les rois broyaient sous leurs talons.
Est la pierre promise au temple, et nous voulons
Que la pierre bâtisse et non qu'elle lapide !
Pas de sang! pas de mort! C'est un reflux stupide
Que la féi'ocité sur la férocité.
Un pilier d'échafaud soutient mal la cité.
Tu veux faire mourir! Moi je veux faire naître!
Je mure le sépulcre et j'ouvre la fenêtre.
Dieu n'a pas fait le sang, à l'amour réservé.
Pour qu'on le donne à boire aux fentes du pavé.
S'agit-il d'égorger? Peuples, il s'agit d'être.
Quoi! tu veux te venger, passant? de qui? du maître?
Si tu ne vaux pas mieux, que viens-tu faire ici ?
Tout mystère où l'on jette un meurtre est obscurci ; L'énigme ensanglantée est plus âpre à résoudre ; L'ombre s'ouvre terrible après le coup de foudre ; Tuer n'est pas créer, et l'on se tromperait Si l'on croyait que tout finit au couperet ;
i; l'en A FA II D. 65
C'esl là (|u'iiiiillcn(liit'. iiiipr-iuHruMc, iiniiuMiso,
IMeine d'éclairs subits, la (|m^ti(»ii cominence;
C'esl (lu liion cl du iiiid : mais Ir mal es! |)iiis ^raiid.
Satan ril à Iravers l'érhal'aud liaiisparciil.
Le bourreau, <|ui'I (|u"il soil, a le |)ie(l dans l'abîme;
Quoi (ju'elle lasse, hélas! la luudie ("ail un crime;
Une lugubre uuil fume sui- ce Iranobanl;
Quand il vient de luer, comme, en s'en approchant,
On Irémit de le voir tout ruisselant, et comme
On sent qu'il a frappé dans l'ombre plus qu'un homme!
Sitôt qu'a disparu le coupable immolé,
Hors du panier tragique où la tête a roulé,
Le principe innocent, divin, inviolable,
Avec son regard d'astre à l'aurore semblable.
Se dresse, spectre auguste, un cercle rouge au cou.
L'homme est impitoyable, hélas, sans savoir où.
Gomment ne voit-il pas qu'il vit dans un problème.
Que l'homme est solidaire avec ses monstres même,
Et qu'il ne peut tuer autre chose qu'Abel !
Lorsqu'une tète tombe, on sent trembler le ciel.
Décapitez Néron, cette hyène insensée,
La vie universelle est dans Néron blessée;
Faites monter Tibère à l'échafaud demain,
Tibère saignera le sang du genre humain.
Nous sommes tous mêlés à ce que fait la Grève ;
Quand un homme, en public, nous voyant comme un rêve.
Meurt, implorant en vain nos lâches abandons,
Ge meurtre est notre meurtre et nous en répondons ;
C'est avec un morceau de notre insouciance, C'est avec un haillon de notre conscience, Avec notre âme à tous, que l'exécuteur las Essuie en s'en allant son hideux coutelas.
L'homme peut oublier; les choses importunes
S'efTacent dans l'éclat ondoyant des fortunes ;
Le passé, l'avenir, se voilent par moments ;
Les festins, les flambeaux, les feux, les diamants,
L'illumination triomphale des fêtes,
Peuvent éclipser l'ombre énorme des prophètes
Autour des grands bassins, au bord des claires eaux,
Les enfants radieux peuvent aux cris d'oiseaux
Mêler le bruit confus de leurs lèvres fleuries,
Et, dans le Luxembourg ou dans les Tuileries,
Devant les vieux héros de marbre aux poings crispés,
Danser, rire et chanter : les lauriers sont coupés !
La Courtille au front bas peut noyer dans les verres
Le souvenir des jours illustres et sévères ;
La valse peut ravir, éblouir, enivrer
Des femmes de satin, heureuses de livrer
Le plus de nudité possible aux yeux de flamme ;
L'hymen peut murmurer son chaste épithalame ;
Le bal masqué, lascif, paré, bruyant, charmant,
Peut allumer sa torche et bondir follement.
Goule au linceul joyeux, larve en fleurs, spectre rose ;
Mais, quel que soit le temps, quelle que soit la cause.
C'est toujours une nuit funeste au peuple entier
Que celle où, conduisant un prêtre, un guichetier
Lr.CllAKAUD. 87
Koiiillc ail Irousscau de clers i|iii jx-iid à sa criiiluir l'oiir aller, sur le lit de lièvr(! el de lorlure, Uéveiller avant l'heure un [tauvir liunuiie eiulonni, Tandis (jue, sur la (Irève, cnlrevus à demi, Sous les coups de uiarleau ([ui fitiil fiiii- la (liouelle, D'erfravants madriers dressent leur silliouelle, Rougis par la lanterne horrible du bourreau!
Le vieux glaive du juge a la nuit pour fourreau.
Le tribunal ne peut de ce fourreau livide
Tirer que la douleur, l'anxiété, le vide,
Le néant, le remords, l'ignorance el l'effroi.
Qu'il frappe au nom du peuple ou venge au nom du roi.
Justice! dites-vous. Uu'appelez-vous justice?
Qu'on s'enlr'aide, qu'on soit des frères, qu'on vêtisse
Ceux qui sont nus, (ju'on donne à tous le pain sacré,
Qu'on brise l'alTreux bagne où le pauvre est muré.
Mais qu'on ne louche point à la balance sombre!
Le sépulcre où, pensif, l'honime naufrage el sombre,
Au delà d'aujourd'hui, de demain, des saisons.
Des joui's, du flamboiement de nos vains horizons,
El des chimères, proie el fruit de notre étude,
A son ciel plein d'aurore el fait de certitude ;
La justice en est l'astre immuable el lointain.
Notre justice à nous, comme notre destin.
Est tâtonnement, trouble, erreur, nuage, doute;
Martyr, je m'applaudis; juge, je me redoute;
L'infaillible, est-ce moi, dis? est-ce loi? réponds.
Vous criez : — Nos douleurs sont notre droit. Frappons.
Nous sommes trop en butte au sort qui nous accable,
Nous sommes trop frappés d'un mal inexplicable,
Nous avons trop de deuils, trop de jougs, trop d'hivers,
Nous sommes trop souffrants, dans nos destins divers,
Tous, les grands, les petits, les obscurs, les célèbres,
Pour ne pas condamner quelqu'un dans nos ténèbi-es. —
Puisque vous ne voyez rien de clair dans le sort.
Ne vous bâtez pas trop d'en conclure la mort,
Fût-ce la mort d'un roi, d'un maître et d'un despote;
Dans la brume insondable où tout saigne et sanglote.
Ne vous hâtez pas trop de prendre vos malheurs.
Vos jours sans feu, vos jours sans pain, vos cris, vos pleurs,
Et ce deuil qui sur vous et votre race tombe.
Pour les faire servir à construire une tombe.
Quel pas aurez-vous fait pour avoir ajouté
A votre obscur destin, ombre et fatalité.
Celte autre obscurité que vous nommez justice?
Faire de l'échafaud, menaçante bâtisse.
Un autel à bénir le progrès nouveau-né,
0 vivants, c'est démence; et qu'aurez-vous gagné
Quand, d'un culte de mort lamentables ministres,
Vous aurez marié ces infirmes sinistres,
La justice boiteuse et l'aveugle anankè?
Le glaive toujours cherche un but toujours manqué; La palme, cette flamme aux fleurs étincelantes Faite d'azur, frémit devant des mains sanglantes, Et recule et s'enfuit, sensitive des cieux !
L'i'nilAFAUD. 69
\/,i colrr»' assouvie a le Iroiil soiiciciix.
Qiiaul à moi, lu If sais, nuit caliiic où je n'>^|lil■l',
J'aurais là, sous mes pieds, mou oniUMui, Ir pirr.
riaïii jnjjfo, Jiulas iionlii'e, Salan roi.
Que j'ouvrirais ma jjoric cl dirais : Sauve-loi!
Non, l'élargissemenl des inornes cimelières N'esl pas le but. Marchons, reculons les frontières De la vie! 0 mou siinde, allons toujours plus luiul! Cii'andissons !
Qu'est-ce donc qu'il nous veut, réchalaud, Celte charpente spectre accoutumée aux foules, Cet îlot noir qu'assiège et que bat de ses houles La multitude aux Ilots inquiets et mouvants, Ce sépulcre qui vient attaquer les vivants. Et qui, sur les palais ainsi que sur les bouges. Surgit, levant un glaive au bout de ses bras rouges? Mystère qui se livre aux carrefours, morceau De la tombe qui vient tremper dans le ruisseau, Bravant le jour, le bruit, les cris, bière effrontée Qui, féroce, cynique et lâche, semble athée! 0 spectacle exécré dans les plus repoussants, Une mort qui se fait coudoyer aux passants. Qui permet qu'un crieur hors de l'ombre la tire! Une mort qui n'a pas l'épouvante du rire. Dévoilant l'escalier qui dans la nuit descend, Disant : voyez ! marchant dans la rue, et laissant La boue éclabousser son linceul semé d'astres;
Qui, sur un tréteau, montre entre deux vils pilastres Son horreur, son front noir, son œil de basilic ; Qui consent à venir travailler en public, Et qui, prostituée, accepte sur les places, La familiarité des fauves populaces!
0 vivant du tombeau, vivant de l'infini,
Jéhovah! Dieu, clarté, rayon jamais terni,
Pour faire de la mort, de la nuit, des ténèbres.
Us ont mis ton triangle entre deux pieux funèbres;
Et leur foule, qui voit resplendir la lueur,
Ne sent pas à son front poindre une âpre sueur.
Et l'horreur n'étreint pas ce noir peuple unanime.
Quand ils font, pour punir ce qu'ils ont nommé crime,
Au nom de ce qu'ils ont appelé vérité,
Sur la vie, ô terreur, tomber l'éternité !