I.L's csciilici's, sans (in nionlt's cl descendus
SonI pleins de ciis, dappels, de [tas sourds et perdus
Et d'un lourniillenienl de (diinières rampantes;
Des oiseaux ellVavanIs volent dans les eliarpentes;
C'est Bouddlia, Mahomet, Lutlier disant : allez!
Liici-èee, Spinosa, tous les noirs sphinx ailés!
Tout l'homme est sculpté là. Socrate, Pythagore,
Malehranehe, Thaïes, Platon aux yeux d'aurore,
(Combinent l'idéal, pendant (|ue Swift, Timon,
Ksope et Rahelais pétrissent le limon.
Est-il jour? est-il nuit? Dans l'affreux crépuscule
Le rhéteur grimaçant ricane et gesticule ;
()n ne sait quel reflet d'un funèbre orient
Blanchit les torses nus des cyniques riant,
Et des sages, jetant des ombres de satyres;
Le devin rêve et tord dans les cordes des lyres
Le laurier vert mêlé de smilax éternel.
Chaque porche entr'ouvert découvre un noir tunnel
Dont l'extrémité montre une idéale étoile ;
Comme si, — tu le sais, Isis au triple voile. —
Ces antres de science et ces puits de raison,
Souterrains de l'esprit humain, sans horizon.
Sans air, sans flamme, ayant le doute pour pilastre,
Employaient de la nuit à faire éclore un astre.
Et le mensonge impur, difforme, illimité.
Vaste, aveugle, à bâtir la blanche vérité !
Partout au vrai le faux, lierre hideux, s'enlace ;
Pas de dogme qui n'ait son point faible, et ne lasse
Une cariatide, un support, un étai ;
il6 LE LIVRE SATIRIQUE.
ïhèbe a pour appui l'Inde, et l'Inde le Cathay ;
Memphis pèse sur Delphe, et Genève sur Rome;
Et, végétation du sombre esprit de l'homme,
On voit, courbés d'un souffle à de certains moments.
Croître entre les créneaux des hauts entablements
Des arbres monstrueux et vagues dont les tiges
Frissonnent dans l'azur lugubre des vertiges.
Et de ces arbres noirs par instants tombe un Irait
A la foule des mains ouvertes dans la nuit;
Quel fruit? Demande au vent qui hurle et se déchaîne!
Quel fruit? Le fruit d'erreur. Quel fruit? Le fruit de haine;
La pomme d'Eve avec la pomme de Vénus.
0 tour ! construction des maçons inconnus !
Elle monte, elle monte, et monte, et monte encore,
Encore, et l'on dirait que le ciel la dévore;
Et tandis que tout sage ou fou qui passe met
Une pierre de plus à son brumeux sommet.
Sans cesse par la base elle croule et s'effondre
Dans l'ombre où Satan vient avec Dieu se confondre ;
Gouffre où l'on n'entend rien que le vent qui poursuit
Ces deux larves au fond d'un tremblement de nuit!
Lo vieil esprit de imil, irii^iiorance el de liaine
Des eloiis de Jésus-Chrisl l'urj^e à l'hoinine iiiie cliaine,
Change l'enfant candide el pur en nain vieillol,
Lie au bûcher Jean lluss et Morus au billot,
Frappe de sa férule Horace, el, si Voltaire
Et Rousseau font du bruit en classe, il les fait taire.
Il donne sur les doigts du bon Dieu stupéfait.
Il refroidit les fronts que l'aube réchauffait,
Il insulte le ciel dans la femme et le nie
Dans l'astre, dans la tleur, dans l'art, dans le génie.
L'éteignoir sur les yeux, la torche au poing, boudeur.
Sournois, pédant, féroce, il aspire l'odeur
De la pensée éteinte et de la chair brûlée.
11 fait mettre à genoux le vieillard Galilée
Sur la terre qui tourne et devant le soleil.
Sur l'œil qui veut s'ouvrir il verse le sommeil.
Il tient dans ses dents l'âme humaine, et la grignote.
II inspire Nisard, Veuillot, Planche, Nonotte,
Laisse derrière lui tout cœur mort et glacé.
Et l'herbe ne croît plus où son âne a passé.
Parfois c'est un devoir de féconder l'horreur.
Il convient qu'un feu sombre éclaire un empereur.
J'ai fait les Châtiments. J'ai dû faire ce livre. —
Moi que toute blancheur et toute grâce enivre,
Je me suis approché de la haine à regret.
J'ai senti qu'il fallait, quand l'honneur émigrait,
Mettre au-dessus du crime, en une ombre sereine,
Le resplendissement farouche de la peine,
Et j'ai fait flamboyer ce livre dans les cieux.
Haïr m'est dur. Mais quoi ! lorsqu'un séditieux
Interrompt du progrès les glorieuses tâches.
Tue un peuple, et devient l'infâme dieu des lâches,
11 faut qu'une lueur s'allume au firmament.
J'ai donc mis des rayons dans un livre inclémcnt;
J'ai soulevé du mal l'immense et triste voile;
J'ai violé la nuit pour lui faire une étoile.
C'est bien ; piiisqu'au sénat, puisqu'à la pourriture, Tu poses, calme, altier, fier, ta candidature, Puisque tu tends la main à l'argent de César, Puisque ta conscience est cotée au bazar. Puisque tu prends ton rang dans la honte infinie. Ne te gêne pas, jette au peuple l'ironie. Être le serviteur de l'ennemi public.
Avoir les torsions souples du basilic.
Vendre aux dévots hautains des bassesses athées, Disperser dans les vents des choses effrontées.
Ofîrir ta rhétorique abjecte à tout venant, Collaborer dans l'ombre au crime rayonnant, Baver, salir, avoir l'afTront pour camarade, Être un sauteur de plus dans cette mascarade, C'est ce que maintenant tu peux faire de mieux. Ainsi, quand la passante aux bras blancs, aux doux yeux, Qui fut femme d'honneur, se fait fille de joie. Quand elle est devenue un fumier, une proie, Un sein qui la nuit s'offre à qui veut l'acheter. Elle n'a plus qu'à rire, à danser, à chanter. Et qu'à se divertir jusqu'à ce qu'elle tombe Charogne à l'hôpital et spectre dans la tombe.
Il faut agir, il faut marcher, il faut vouloir.
Mais songer comme un turc et dormir comme un loir,
Aller aux champs, au bois, au bal, puis chez les filles,
Ce n'est point la façon de sauver nos familles,
De relever nos droits, de redresser nos fronts.
Et de porter remède au mal que nous soulfrons.
On a la chaîne au cou, mais des fleurs sur la tête ,
On rêve l'âge d'or antique de la bête
Où tout était charmant pourvu qu'on s'accouplât;
On est spirituel, on est jeune, on est plat.
IG
Oh! que de lâchetés! oh! l'abjecte débauche
Où la chute du peuple et de l'homme s'ébauche!
Cela ne sert à rien de faire les vainqueurs.
Ah ! la mort du pays suit le sommeil des cœurs.
Le devoir est un dieu qui ne veut point d'athée.
Je dis que la patrie auguste est souffletée,
Que ce n'est point l'instant des jeux, mais des coml)als,
Et que, lorsqu'on aura mis le tyran à bas
Et la loi sur le trône, il sei"a temps de rire.
Réveillez-vous! je dis* que la patrie expire,
Que cette mère, hélas, dont j'écoute les cris,
A besoin de Brutus et non de Sybaris,
Qu'il lui faut plus de fronts sévères et moroses,
Plus de bras étreignant des glaives, moins de roses!
Et que voilà pourquoi, moi, ployé par les ans
Sur la place publique, au milieu des passants.
En face du soleil sacré qui nous éclaire.
J'apporte ma vieille âme et ma vieille colère!
Mai ]8f.8.
Paris, le grand Paris agonise. Je pense
Qu'à l'heure où tant de sang à grands flots se dépense,
Avant de dire : Un homme a fui, c'est un gueusard !
Avant de mettre au ban des peuples au hasard
Tous ces vaincus, traqués comme des loups dans l'ombre,
On doit attendre; on doit peser le lieu, le nombre.
Le temps, l'événement, la fièvre, l'attentat.
Je le dis à messieurs les bonshommes d'état.
Car, fùt-on grand au point de s'appeler Cornesse,
Pour qu'on voie et qu'on juge, il faut que le jour naisse.
Et, même eût-on l'honneur d'être Anethan, il sied D'épargner au lion mourant le coup de pied.
Je dis cela. J'ai tort. C'est évident.
Bruxelle Est une grande ville et dans son sein recèle Des talents variés sur tous les instruments, Des virtuoses fins, spirituels, charmants, D'où coule l'harmonie ainsi qu'un flot de l'urne, Et ces musiciens m'ont offert un nocturne. L'exploit fera la place illustre désormais. Ce fut exquis. On prit l'heure où je m'endormais; Et chaque faune avait amené sa bacchante. J'étais sans armes, seul; ils n'étaient que cinquante; Et même on n'est pas sur qu'ils fussent tous armés. Ils ont livré bataille à mes volets fermés. M'ont jeté des hoquets et m'ont lancé des pierres. De mes petits-enfants je baisais les paupières Pour qu'ils eussent moins peur de ce fracas joyeux; C'était un ouragan de cailloux furieux.
Les coups au mur après les cris : à la lanterne! Grondaient, comme la flûte avec le fifre alterne. Mort! A mort! Ainsi hurle un essaim de drasrons. D'affreux chocs ébranlaient la porte sur ses gonds. Qu'il meure ! — Dans les bois, solitude commode, Ce genre de gaîté fut jadis à la mode. Schinderhanne a donné de ces charivaris.
r.mis, LE c.nAMï i'mus [cosise. ati
Aiiiialilf (V'If! Aussi, vous le voy^-/, j rii ris
Ccrlo, il laiidrail (|ue j'eusse une humeur l)ifii siuislre
l'our vouloii' (|u iiu nouimé Kerwvn, fils d'uu uiinislre,
Soil dérangé, s'il plaîl à ce jeune liéros
!>(■ me casser la lète vu brisant mes carreaux,
El pour ne pas comprendre, en cet antre où j'hahile,
Que le gendarme est pris de surdité subite
Kl (|uo le doux sommeil engourdit les sergents
Quand un crime est commis par les honnêtes gens.
Soit. C'est dit. Tout nest plus qu'une cendre qui vole.
La révolution française est une folle,
Une drôlesse, à qui Bruxelles dit : Va-t'en!
Danton est empoigné par monsieur d'Anethan
Et Robespierre est pris au collet par Cornesse ;
On met Paris au poste ainsi qu'une ivrognesse;
Nous sommes un troupeau de moutons qui n'est l)on
Qu'à suivre son berger et son boucher Bourbon ;
Depuis quatre cents ans l'esprit humain radote.
Qu'est-ce que le progrès? une vieille anecdote.
Nous nous sommes repus de chimèi*es; le vrai,
C'est Sanchez en morale, en finances Terray ;
La guillotine est bien, la potence est meilleure;
Ce que nous appelons conscience est un leurre ;
Dieu parle dans le dogme et non dans la raison ;
Le confessionnal nous offre sa cloison,
Collons-y notre oreille et soyons imbéciles.
C'est le salut. Faisons vers les hommes fossiles
Le plus que nous pourrons de pas à reculons.
Le vrai but resplendit derrière nos talons.
SOIT. C'EST DIT. \i-
C'csl le [)iissi', le Iroiic cl laiilcl, 1 ignorance. l)r'slii\l)iliioiis-n(»iis (l(> ce grand mol : la France. Le pape a drcrrlt'' (|iril est Dieu ; donc il l'esl. L'espril, i|iii de Paris siii- le monde soiirilail, Scmail (\r la folie aii\ iiiialrc vents éparse ; Les droits de Ihomme sont une assez triste farce; Le monarque est le char, le peuple est le pavé ; Nous n'avons rien créé, nous n'avons rien trouvé; A nos inventions mettons le bonnet d'une; Molière n'est qu'un drôle, et Tartuffe le damne; .lean-.)ac(|iic esl un croquant, Voltaire esl un griinaud. Kl Truhlel, l'atouillet, Pluche ont le dernier mol.
Allwics, 20 scpliMiibre 1871.
XXXVTI
Je suis haï. Pourquoi? Parce que je défends
Les faibles, les vaincus, les petits, les enfants.
Je suis calomnié. Pourquoi? Parce que j'aime
Les bouches sans venin, les cœurs sans stratagème.
Le bonze aux yeux baissés m'abhorre avec ferveur,
Mais qu'est-ce que cela me fait, à moi rêveur?
Je sens au fond des cieux quelqu'un qui voit mon âme ;
Cela suffit. Le flot ne brise point la rame,
Le vent ne brise pas l'aile, l'adversité
Ne brise pas l'esprit qui va vers la clarté.
Je vois en moi l'erreur tomber et le jour croître;
Je sens grandir le temple et s'écrouler le cloître.
Rien de fermé. Le ciel ouvert. L'étoile à nu. L'idole disparaît. Dieu vient. C'est l'inconnu, Mais le certain. Je sens dans mon âme ravie • La dilatation superbe de la vie Et la sécurité du fond vrai sous mes pas. L'abri pour le sommeil, le pain pour le repas, Je les trouve. D'ailleurs les heures passent vite. Quelquefois on me suit, quelquefois on m'évite ;
JK SUS II i /. roi nQiui/ i>2!t
Je vais. Soiivciil mes |ii('tl.s sdiil las, mon ((i-iir jaiiiais.
Lo jiisl»», liclas, je saij^no, où sont veux <|iic j'aimais? —
Soiil (|u il va droit, an hiil (|iiaiul an liasurd il marche,
Je suis, comme jadis ranli(|ne (>alriarche.
Penché sur une éuijj^me on j'a|)er(;ois <hi jonr.
.le ('lie à l'omhre immense : Amour! Amour! Amour!
.le dis : Kspère el crois, ijui (jne lu sois (|iii sonlIVes !
Je sens Irembler sous moi l'arche du pont des «roulVi-es;
Pourtant je passerai, j'en suis sur. Avançons.
Par moments la forêt penche tous ses frissons
Sur ma tète, et la unit m'attend dans les bois traîtres;
Je suis proscrit des rois; je suis maudit des prêtres;
Je ne sais pas un mois d'avance où je serai
Le mois suivant, l'orage étant démesuré ;
Puis l'azur reparaît, l'azur que rien n'altère;
Ma route, blanche au ciel, est noire sur la terre ;
Je subis tour à tour tous les vents de l'exil;
J'ai contre moi quiconque est fort, quiconque est vil;
Ceux d'en bas, ceux d'en haut pour m'abattre s'unissent;
Mais qu'importe! parfois des berceaux me bénissent.
L'homme en pleurs me sourit, le firmament est bleu.
Et faire son devoir est un droit. Gloire à Dieu!
Oui, vous avez riiison, je suis uu iuibécile.
Le ciel qui cache au fond îles antres de Sicile
La tlùte de Moschus, chère aux échos profonds,