‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 23 sur 97 · Livre Arioste au vol fantasque des griffons · texte numérisé non relu

Livre Arioste au vol fantasque des griffons

Et fait dialoguer le prophète avec l'aigle.

Le grand ciel d'où sur nous descend l'ombre et la règle

M'avait créé pensif, de sorte que j'avais

L'œil fixé sur la route incertaine où je vais,

Et que je n'étais guère autre chose qu'un homme

Attendri, de colère et de haine économe,

Vieux par les souvenirs, jeune par les penchants,

Fait pour la vénérable allégresse des champs.

Mais en même temps j'ai, comme Eschyle, deux âmes,

L'une où croissent les fleurs, l'autre où couvent les flammes;

Théocrite en mon cœur rencontre d'Auhigné;

Ce qui fait que parfois j'ai, d'un œil indigné,

Regardé, dans ce siècle ainsi que dans l'histoire,

Cette méchanceté qu'on nomme la victoire.

Ma pente est de bénir dans l'enfer les maudits.

Et vous me raillez. Soit. Eh bien, je vous le dis.

Je ne me repens point. Je trouve bon, limpide,

Consolant, honorable et doux, d'être stupide.

Être inepte me plaît, me charme et me sourit.

Puisque je vois comment sont faits les gens d'esprit.

Je suis de mon plein gré rentré dans la tempête.

Oui, rarement on eut l'audace d'être bête

A ce point, et mon deuil comprend votre gaîté ;

J'étais en terre ferme, au port, en sûreté,

J'ai vu des naufragés qui s'enfonçaient dans l'ombre.

Sans aide, et j'ai sauté sur le vaisseau qui sombre.

Aimant mieux leur malheur que votre joie à tous,

Et périr avec eux que régner avec vous.

Puisque je suis élrangc au milieu de lu ville, Puisque je veux la vie amère et jauiais vile, Puisque je me dévoue avec stupidité, Puisquiuiprovisant tout, j'ai tout prémédité, N'ayant d'autres éclairs que ceux de mon cratère Et ne parlant qu'après avoir voulu me taire ; Puisque je déraisonne à ce point de penser Que l'ouragan ne doit rugir que pour bercer. Que la victoire aimante est la seule victoire. Qu'un lever d'astre plaît à la nuit la plus noire. Et qu'un peu de démence est nécessaire, après La sanglante arquebuse et les noirs couperets; Puisque j'ose affirmer je ne sais quelles règles D'apaisement des vents, que connaissent les aigles. Mais que jamais Néron ni Séjan ne comprit ; Puisqu'assez de folie entre dans mon esprit Pour que j'en vienne à dire aux bommes qu'ils sont frères. Qu'ils ont le même but, malgré les flots contraires, Que tout, sur terre, au ciel, là-haut comme ici-bas, Les tempêtes, les chocs furieux, les combats,

Tout doit, les profondeurs étant des harmonies,

S'évanouir dans l'ombre en douceurs infinies ;

Puisque je crois que Thomme est meilleur, pardonné;

Puisque je m'attendris au cri d'un nouveau-né

A qui l'exil, voleur féroce, a pris son père;

Puisque je dis qu'il faut, pour que l'état prospère,

Civiliser le riche autant qne l'indigent,

Qu'il faut panser l'ulcère, et qu'il est moins urgent

De punir les effets que de guérir les causes ;

Puisque je perds mon temps à répéter ces choses.

Et puisqu'on ne veut pas même en faire l'essai.

Laissez-moi retourner à mon noir Guernesey.

Là point de lâcheté, là point de bâtardise ;

Là je pense, et ne vois rien qui me contredise.

Et librement je marche et respire, et je vis.

Le grand océan sombre étant de mon avis.

Ainsi nous n'avons plus Strasbourg, nous n'avons plus

Metz, la chaste maison des vieux Francs chevelus !

Ces villes, ces cités, déesses crénelées,

Ce teuton nous les a tranquillement volées !

Ainsi le Chasseur Noir a ces captives-là !

Ainsi ce cavalier monstrueux, Attila,

Horrible, les attache aux arçons de sa selle ;

A l'un pend l'héroïne, à l'autre la pucelle !

Et les voilà, râlant dans le carcan de fer,

Metz où régna Clovis, Strasbourg d'où vint Kléber !

Le vauloiir a ces monls et ces prés sous son aile!

Et tout cela pourtant, c'est la France éternelle !

C'est à nous, ce Haut-Rhin où la Gaule apparaît!

J'en atteste Tété, le printemps, la forêt,

Les astres toujours purs, les roses toujours neuves

Et le ruissellement d'émeraudes des fleuves !

J'en atteste l'épi doré, le nid d'oiseau.

Et le petit enfant qui, nu dans son berceau,

Joue avec son pied rose en attendant la France !

J'en atteste l'œil bleu de la sainte espérance,

L'honneur, le droit, l'autel où l'on prie à genoux,

Cette Lorraine et cette Alsace, c'est à nous !

Là rêva Gutenberg, là se dressa Lothaire ;

Ce ciel est notre azur, ce champ est notre terre !

Nous nous sommes laissé prendre ces grands pays, Nous, France !

En même temps nous sommes envahis Par le prêtre, et flairés par la louve romaine ! Ainsi nous subissons la schlague qui nous mène! Ainsi nous acceptons sur nous le traînement Du syllabus gothique et du sabre allemand ! Ainsi nous permettons au reître, au bonze, au cuistre. De reclouer sur nous le grand linceul sinistre, L'ignorance, l'erreur, le mensonge et la nuit ! Ainsi l'immense aurore aux cieux s'évanouit! Ainsi, pourvu qu'il ait au poing de l'eau bénite.

M.\si .\(H S .\ Avoys l'Lis sTii.\si:(n lu.. \m

l'oiii'Mi (|n ii|ii'ùs avoir lui (Icviiiil le sainnilo,

Il dresse un sombre ^flaiv(' à la gloire iiic(»iiim.

Le premier misérahle imhéeiie venu

Pciil MOUS crier : Paix là, vous Ions! («are à i|iii l)oii<^e !

Mais nos |)ères auraient mordu dans du fer rouj^e!

Qui que tu sois qui tiens un peuple dans ta main.

Sultan, czar pseudo-grec, césar pseudo-romain.

Roi pour rire, empereur pour pleurer, Claude ou Jacques,

Bonjour. Prospère, mange et règne, et fais tes pâques.

Je ne conteste pas ton prestige, et l'émoi

Que cause aux bonnes gens Ta Majesté. Pour moi.

Quand dans la rue un roi, que sa garde enveloppe,

Doré, superbe, orné de sabres nus, galope.

Ma foi, je tourne moins la tète que si c'est

Lise qui passe avec une rose au corset;

Mais c'est un goût bizarre, et tous les autres hommes

Admirent qui leur fait payer de grosses sommes.

Donc sois heureux. Jouis du droit qu'on a d'abord

D'avaler son voisin si l'on est le plus fort ;

Va! dans la probité des princes rien n'accroche;

Leur conscience auguste et sainte est une poche

Si grande qu'il y tient un royaume, et qu'on peut

Y fourrer tout un peuple et dessus faire un nœud ;

Et saisir Oldenbourg, Nassau, Hambourg, Hanovre,

D'un tour de main, avec le riche, avec le pauvre,

Uil QLE n SOIS ni I I li:.\s I \ l'I.I l'I.i: i;t'.t

Avec chiilcaiix. Iiiid^cts cl iiiillidiis, ii\i'c

l'r(Hr(\s ol .si'iialciir.s, le Tcdeuiii au hcc.

Pur-dessus lo iiian'Iié, vous êtes un y;raiid liouinie.

C'est fait. Haiidil. Il donc! c'est héros (ju'oii vous noninie.

Prenez Franefort, ou Men Venise avec Saint-Marc.

(le (|ui fui Melternieli est aujourd'hui Bismarck;

Tihère est un lion dont Scjan csl la )j;riire.

Puisque le maître est grand, (ju'importe rescogrifTc.

Tout est hien. Ilurrah! Prince! aie un castjue pointu.

KlaïKjue au bai>ne l'honneur, la gloire, la vertu ;'

Ole à ceux-ci leur droit, à ceux-là leur patrie;

Complète la grandeur par de la Sibérie;

Soit.

Mais aie à l'esprit ceci présent, mon cher.

En même temps qu'on est de marbre, on est de chair.

Parfois on est un monstre en croyant être un ange,

Mais quoi (ju'on fasse, on est un homme. Chose étrange.

Un roi, cela vieillit, même un roi fort puissant.

Les rois ont des poumons, de la bile, du sang,

Un cœur, qui le croirait? et même des entrailles;

La fièvre avant l'émeute a fréquenté Versailles ;

Le ventre peut manquer de respect; les boyaux

Osent mal digérer les aliments royaux ;

Bons rois! Dieu joue avec leur majesté contrite;

Dans la toute-puissance il a mis la gastrite;

11 faut bien l'avouer, dût en frémir d'Hozier,

Ainsi que les dindons, les rois ont un gésier;

Louis le Grand avait un anus ; on constate

Quelquefois, chez César lui-même, une prostate ;

Charles neuf, faible et mou comme un jonc sous le vent,

Fut par les vers de terre habité tout vivant.

Or les sages pensifs font remarquer aux princes

Qu'il est toujours aisé d'empoigner des provinces.

Mais qu'un roi ne peut prendre, en eùt-il grand besoin,

Un muscle de son râble au crocheteur du coin.

Un César souvent porte, à son dos qui cahote.

Son empire bien moins qu'un chiffonnier sa hotte.

Mais il ferait tuer ses preux jusqu au dernier

Avant de conquérir les reins du chiffonnier.

Majesté, vous aurez plutôt Rome, la Chine,

L'Inde, qu'une vertèbre ou deux de son échine.

La migraine se plaît sous les couronnes d'or;

Malgré l'huissier de garde au fond du corridor,

Elle entre. Trop d'azote et pas assez d'ozone.

C'est assez pour qu'allant du Gange à l'Amazone,

Le choléra-morbus s'abatte à plomb sur vous ;

L'effrayant typhus passe, il rend les hommes fous.

Vous êtes empereur, mais gare tout de même.

Vous dites : Je suis presque un Alexandre. On m'aime!

Eh bien, même Campaspe et même Éphestion

N'ont pas à votre place une indigestion.

C'est doux d'avoir, avec des vins à pleine amphore

Des femmes plus que n'a de vagues le Bosphore;

Sérails et festins sont charmants, et malfaisants.

Les gens de Géorgie apportent tous les ans

Une vierge au sultan, c'est une politesse;

Qi:i Qi:i: ri: sois qui riihys vy rKiirij: r.i

.Mais ne jiciis ciil, IkUmn, (|iiitiMl iiiciiic sa liatilcssc Dili^iicrail les rouer de coiiits dt; iutI de Ixiiil, Avec lu viande rraiidu- ollVir rcstomac iiouf.

On crache, on lonsse, même en la plus haute sphère. La nature est j)arrois insolente. Qu'y laire?

On est le grand passant d'Arcole et d'Iéna;

On est le cavalier de la victoire; on a

Pour soleil Austerlitz et pour oinhre Brumaire,

Si bien (jue Juvénal viuis prend aux mains d'Homère;

Cela ncmpèehe pas le sternum d'exister.

Qui frappe? C'est la mort (pii vient vous débotter,

Sire.

On a beau régner, se faire un entourage De trompettes, d'encens, de fumée et d'orage ; On a beau se coiffer de lauriers sur les sous, Avoir sous soi le peuple en paysans dissous, Etre le criméen, l'africain, le dacique, S'asseoir sur l'aigle ainsi que le Jupin classique, Se loger au Kremlin, vivre à l'Escurial, Au moment où l'on est le plus impérial, A l'heure où Ton remplit de son nom les deux pôles, Voilà qu'on est poussé dehors par les épaules. A rien ne sert d'aller se cacher dans des trous. Dieu vient. On perd sa peine à fermer les verrous. Ce fâcheux-là n'est point un de ceux qu'on évite. Hélas, mon prince, on meurt brutalement et vite.

II suffit d'un cheval emporté, d'un gravier

Dans le flanc, d'une porte entr'ouverte en janvier,

D'un rétrécissement du canal de l'urètre.

Pour qu'au lieu d'une fille on voie entrer un prêtre.

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DIEU ÉCXA1U)USS1< PAR ZOILE

Ah çà, si nous disions un peu son fait à Dieu?

Son œuvre n'a ni fin, ni lèle, ni milieu.

L'imagination de ce faiseur s'épuise.

Sa meule tourne usant ce qu'on dit qu'elle aiguise.

Il se répète; il est au bout de son rouleau.

Quoi de plus vain que l'air ! quoi de plus plat que l'eau !

L'hiver est blanc et vieux; laurore est vieille et rose;

On croit qu'il renouvelle, il fait la même chose ;

Toujours la même forme eu ses œuvres s'épand ;

L'arbre est un hérisson, le fleuve est un serpent ;

La lune jaune accuse, en copiant l'orange.

Une stérilité d'invention étrange ;

C'est morne. Essayez donc de le tirer un peu

De son flot toujours vert, de son ciel toujours bleu !

La face du liard au revers est pareille ;

Le narcisse est un œil, l'épilobe une oreille.

Ce inonde est nn immense opéra rococo,

Doré par le reflet et rhythmé par lécho ;

Un ange endiablerait dans sa philosophie

D'écouter le plain-chant que la forêt solfie;

Le Léman n'en dit pas plus long que l'Érié ;

Depuis des milliers d'ans, Dieu n'a point varié

La gamme du bouvreuil, du geai, de la linotte;

Son vieux fou d'ouragan n'a qu'une seul note.

Sa musique est toujours comme au temps d'Agénor;

En vain le rossignol, infortuné ténor,

Dans l'espoir de changer sa vieille cavatine.

Interroge et poursuit d'un regard qui s'obstine

Ce triste Dieu caché dans le trou du souffleur;

Mai porte à son chapeau toujours la même fleur.

Le destin, chausse-lrape usée à la charnière.

S'ouvre et se clôt toujours de la même manière.

El la vie, où l'espoir avorte et se morfond,

N'est qu'une boîte avec la mort pour double fond.

L'histoire est un vieux thème usé dès Hérodote;

Dieu ne la refait pas, mon cher, il la radote;

11 recrépit Tibère, il replâtre Néron ;

Il ressouffle la guerre avec son vieux clairon ;

Il livre, avec un tas de détails parasites.

Aux russes Bonaparte ou Darius aux scythes ;

Pas un crime qui n'ait été cent fois commis ;

Il pétrit Catherine avec Sémiramis ;

Il fait resservir Claude et Pilate ; il retape

Caïn dans Borgia quand il lui faut un pape;

1)1 i;i; l'.CLABOiissr; i'.\i; Zdii.i:. i'..-.

(le Louis i|iiin/,t' clail à L<m(lrt's C.liailcs <lcu\ ;

S<Mis le iKiiii (le ('amhvsr Allila lui hideux;

Hicrlas reparaît dans (lalilre. Kn somme.

Dieu n'a qu'un seul paiiou sur l<-i[U('l il lail l'IioMinir:

Il laisse de ses mains le monde informe choir;

Il u"a |)as le nioven de ehani'er d'éhauehoir,

Et c'est toujours avec la même terre glaise

Qu'il iahri(|ue une juive ou qu'il crée une anglaise.

J'ai vu le premier homme et j'attends le second.

Dieu se trom[)e s'il croit prouver qu'il est fécond

Parce cpiil tire Adam à heaucoup d'exemplaires.

Sur un profil, les pleurs, sur l'autre, les colères.

C'est toujours la victime et toujours le tyran.

Son Arcturus ressemhle à son Aldeharan ;

Un juif du moins vous rogne ou vous dore une piastre;

Lui n'a pas encor pu remettre à neuf un astre !

Il faut pour admirer que l'homme soit têtu.

Voilà ce que fait Dieu. Quand donc finiras-tu.

Entre l'endroit terrible et l'envers ridicule,

De regarder toujours le même crépuscule,

0 création pauvre, ayant à les deux bouts

Les soleils ronds des cieux, les yeux ronds des hiboux !

Je déclare ton Dieu fini.

Vois ! monotone Quand, zéphyr, il roucoule, et quand, bourrasque, il tonne, Rajustant l'ancien cadre aux anciens horizons, Il n'a que quatre vents et que quatre saisons. ^ ieux grand-père en enfance, il ne sait qu'une fable.

Et dans tous les recoins de son œuvre inelTablo, Dans son éclair qui n'est que du rayon cassé, Dans la mare stagnante au fond de tout fossé, Dans le perroquet vide et bavard comme l'homme. Dans Eve et dans Vénus cueillant la même pomme, Dans la fumée aussi vague que le brouillard, Dans le dindon pleureur et dans l'âne braillard. Dans les orangs-outangs autrefois troglodytes, Dans le cygne pareil au lys, que de redites !

L'Auvergne et ses volcans s'éteignent; au verso

Expirent TénérifTe et le Chimborazo ;

A force de cracher toujours le même soufre,

L'Hékla meurt; le Gibel est au fond de son gouffre;

Vésuve époumonné n'est qu'un essoufflement.

Dans la bête hurlant toujours son hurlement,

Dans le flux et reflux, rongeant toujours sa digue,

Dans le temps, dans l'espace, on sent de la fatigue.

La mer poussive jette un sanglot décrépit ;

Son antique courroux n'est plus qu'un vieux dépit,

Et sa tempête a pris la forme d'un catarrhe.

Gomme on voit pendre au mur un spectre de guitare,

La vieille poésie, où l'amour a vingt ans.

Frissonne dans le vide avec le vieux printemps.

Dieu regarde tourner la nature, machine

Qu'il domine, accroupi comme un magot de Chine ;

Et cela va si mal et c'est si mal bâclé

Qu'on dirait par moments qu'il a perdu la clé.

Quelque jour l'araignée emplira de ses toiles

1)1 r.C KCKAHorsSK l'Ai; ZOIKK. itl

L'iiorloj^i* (lu mutin, du si»ir d des étoiles, Et le l)itMi, l't \c mal, cl le suri, noirs haluils Mal cmliiiîli's, mal [iciiils, mal olduôs, iiim! ficlius.

Vois! l'azur est i-idc', laubo tousse et i^M-elotte;

La jeunesse éternelle est à la fin vieillotte;

Le ehant du point du jour chevrote (|uel(|ue [)eu.

Juillet eadue voudrait s'asseoir au coin du feu;

Le bonhomme janvier geint, et sans verve épanehe

La neige qui jaunit de l'ennui d'être blanche;

Floréal est fané, passé, mangé des vers.

Ce sont des lieux communs que ces bocages verts

Où vient nicher la grive, où vient glapir la caille;

La rose au frais bouton nest plus qu'une antiquaille.

Les grands nuages sont d'informes arrosoirs;

Et le haut firmament, sombre pourpre des soirs,

Rideau des arcs-en-ciel, déployant sur l'abîme

Ses constellations, épouvante du crime,

Et ses nuits dont les yeux semblent tout épier,

Est une loque à pendre au clou chez le fripier.

Ce monde, chaque jour plus gothique et plus trouble.

S'embourbe plus avant dans l'ombre qui redouble;

L'homme en entend crier les joints, craquer les ais;

Et les religions attellent sans succès

L'éléphant de Brahma, le bœuf Apis, la bête

Que saint Jean vit ayant sept cornes sur la tête,

Et le cheval Pégase et la jument Borak

A ce noir chariot chargé de bric-à-brac!

148 Lï LIVRE SATIRIQUE.

Dieu ne fait de l'effet qu'en forçant les contrastes. Son univers, malgré des détails assez vastes, N'est qu'un long cliquetis au fond très puéril; Le blanc, le noir; le jour, la nuit; décembre, avril; Salomon et Piron déclamant la même ode; Le cygne et le corbeau ; Marc-Aurèle et Commode ; Vice, vertu; la course effarée et le mors; La rumeur des vivants, le silence des morts; Que tout crie et pérore! Assez, que tout se taise! Je voudrais bien le voir sortir de l'antitbèse. On sourit dès qu'on met à nu le procédé. Heureusement pour Dieu que Plancbe est décédé; Comme il vous donnerait, car c'était là sa tâche, Sur les doigts de ce bon Jéhovah qui rabâche!

Quoi! toujours ce poëme insipide des champs.

Des halliers, des ruisseaux et des vallons penchants,

Plus usé qu'un trumeau du bonhomme Natoire!

Quoi! l'été, puis l'hiver! toujours ce répertoire!

Toujours le même loup montrant les mêmes dents!

Toujours ce vieux joujou des vents, des flots grondants,

Ce casse-tête horrible et niais tout ensemble

De la chose qui n'est jamais ce qu'elle semble.

Où Dieu bande les yeux à l'homme, où ce vieillard

Avec Adam perdu joue à colin-maillard!

Toujours l'illusion d'optique qui vous frappe!

Le ciel qui sans bouger remue, et cette attrape

Du soleil qui se lève et ne se lève pas!

Quoi! toujours le cloaque au sortir du repas.

DIKII KCLAIMMISSK l'Ai; ZoiLK. l '.!•

!,'liimi!mil('' lii'rc en luis par la iiiiiiirc,

lll le vomisseinenl après la nourriture!

Mais lc> iiioiiulre griinaud (|ui porte la [)rimeur

Do (H> (|ue sa eahoclie enfante, à riin|)rim('ur,

Après s'être gratté sa slupide perrucpic,

Après s'être eni|)oi}jfné de ses deux mains la nu(nie.

Un rimeur de deux sous, un bélître, un poussah.

Un goitreux, trouverait autre ehose (jue ya!

11 est temps <jue ee Dieu repeigne et revernisse

Le pré que six mille ans a brouté la génisse;

Qu'il blanchisse le lys, et qu'il mette des freins

Aux anciens vents hurlant leurs antiques refrains;

Qu il change de l'oiseau la chanson coutumière,

Et qu'il redore au fond du ciel noir la lumière.

Sa machine est connue et c'est un grand défaut.

Oui, s'il veut qu'on le prenne au sérieux, il faut

Qu'il renouvelle, arrange, et radoube, et refasse

Son univers, moyens et but, fond et surface;

Son froid printemps qui fait sans cesse un faux serment,

Ses édens, ses enfers, mieux inventés vraiment

Ceux-ci par les Miltons et ceux-là par les Dantes;

Son jeu dépareillé de forces discordantes,

Son mystère, cassette à secret où déjà

Le bras des fureteurs jusqu'au coude plongea;

Sa tei're, son soleil, assez maigre étincelle,

Et son attraction dont on voit la ficelle.

Il a pour vous distraire inventé les fléaux.

Voulant, selon la loi de maître Despréaux,

Passer du grave au doux, du plaisant au sévère.

Il brise un peuple ainsi qu'un ivrogne son verre,

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