EN MARCHANT LE MATIN
Puisque là-bas s'entr'ouvre une porte vermeille, Puisque l'aube blancbit le bord de l'horizon, Pareille au serviteur qui le premier s'éveille Et, sa lampe à la main, marche dans la maison.
Puisqu'un blême rayon argenté la fontaine, Puisqu'à travers les bois l'immense firmament Jette une lueur pâle et calme que la plaine Regarde vaguement,
Puisque le point du jour sur les monts vient d'éclore, Je m'en vais dans les champs tristes, vivants et doux; Je voudrais bien savoir où l'on trouve une aurore Pour cette sombre nuit que nous avons en nous !
Que fait l'homme? La vie est-elle une aventure? Que verra-t-on après et de l'autre côté? Tout frissonne. Est-ce à moi que tu parles, nature. Dans cette obscurité?
Un groupe tout à l'heure était là sur la grève, Uegardant quelque chose à terre. — Un chien (lui crève! M'ont crié des enfants; voilà tout ce (}ue c'est. — Et jai vu sous leurs pieds un vieux chien (jui gisait. L'océan lui jetait l'écume de ses lames.
— Voilà trois jours qu'il est ainsi, disaient des femmes, On a beau lui parler, il n'ouvre pas les yeux.
— Son maître est un marin absent, disait un vieux. Un pilote, passant la tête à sa fenêti-e,
A repris : — Ce chien meurt de ne plus voir son maître.
Justement le bateau vient d'entrer dans le port;
Le maître va venir, mais le chien sera mort. —
Je me suis arrêté près de la triste bête,
Qui, sourde, ne bougeant ni le corps ni la tête.
Les yeux fermés, semblait morte sur le pavé.
Comme le soir tombait, le maître est arrivé.
Vieux lui-même; et, hâtant son pas que làge casse,
A murmuré le nom de son chien à voix basse.
Alors, rouvrant ses yeux pleins d'ombre, exténué.
Le chien a regardé son maître, a remué
Une dernière fois sa pauvre vieille queue. Puis est mort. C'était l'heure où, sous la voûte bleue, Comme un flambeau qui sort d'un gouffre, Vénus luit ; Et j'ai dit : D'où vient l'astre? où va le chien? ô nuit!