SUR LA FALAISE
Tu souris dans l'invisible, 0 douce âme inaccessible;
Seul, morne, amer.
Je sens ta robe qui flotte Tandis qu'à mes pieds sanglote
La sombre mer.
372 LE LIVRE LYIUUUE.
La nuit à mes chants assiste.
Je chante mon refrain triste
A l'horizon.
Ange frissonnant, tu mêles Le battement de tes ailes
A ma chanson.
Je songe à ces pauvres êtres,
Nés sous tous ces toits champêtres
Dont le feu luit.
Barbe grise, tête blonde, Qu'emporte cette eau profonde
Dans l'àpre nuit.
Je pleure les morts des autres.
Hélas ! leurs deuils et les nôtres
Ne sont qu'un deuil.
Nous sommes, dans l'étendue, La même barque perdue
Au même écueil.
Tous ces patrons, tous ces mousses, Qu'appelaient tant de voix douces Et tant de vœux,
s II H LA I ALAISE. :J7;»
lU stiiil iiirL-s à r«'.s|(acc, \A II' poisson (l'arj^nil passe Dans ItMiis clicviMix.
An lonil des vagues sans nonihrc, On voit, sons l'épaisseur sombre
Du Ilot bruni, Leur boueiie ouverte et terrible Qui boit la stupeur horrible
De l'infini.
ils errent, blêmes lantônies, Ils ne verront plus les chaumes
Au pignon noir, Les bois aux fraîches ramées, Les prés, les fleurs, les fumées
Dans l'or du soir.
Dans leurs yeux l'onde insensée, Qui fuit sans cesse, poussée
Du vent hagard, Remplace, sombre passante, La terre, à jamais absente
De leur regard.
Ils sont l'ombre et le cadavre ; Ceux qui vont de havre en havre Dans les reflux,
Qui ne verront plus l'aurore, Et que l'aube au chant sonore Ne verra plus.
Et cependant sur les côtes On songe encore à ces liâtes
De l'inconnu, Partis, dans l'eau qui frissonne, Pour cette ombre dont personne
N'est revenu.
C'était l'enfant ! c'était l'homme !
On les appelle, on les nomme
Dans les maisons, Le soir, quand brille le phare.
Et quand la flamme s'effare
Sur les tisons.
L'un dit : — En août, j'espère, Ils reviendront tous, Jean, Pierre,
Jacques, Louis; Quand la vigne sera mûre;... — Et le vent des nuits murmure :
Évanouis !
SI U LA KALAISE. 376
L aulif (lil : — Dans K-s li'iii[)cles llej^ardez bien, el leurs lùles
A|)parnîlroiil.
Ou les voit (juaiid le soir lomi)e. Toule vague est une tombe
D'où sort un front. —
C'est dans cette onde effrénée Que leur ànie au ciel est née,
Divin oiseau.
Toute vague est une tombe ; Toute vague, ô ma colombe.
Est un berceau.
i8 lévrier 18ot.
J'ai beau comme un imbécile Regardei' dans ma maison, Si bien qu'on dit dans la ville Que j'ai perdu la raison,
J'ai beau chercher; elle est morte.
Elle ne reviendra pas.
Elle est partie, et la porte Est encore ouverte, hélas !
Je tressaille quand on sonne.
Je l'attends, j'en fais l'aveu.
Où sont ces beaux jours d'automne
Quand elle était là, mon Dieu !
Cette âme s'en est allée.
Elle a fui, moi demeurant.
La nuit, à l'ombre étoilée Je tends les bras en pleurant.
JM liKAi: COMME L S IMliECl LL a77
Je m accoude à ma rciièlre, .le songe aux jours révolus.
Hélas! ce pauvre doux èlrc Qui ehantait, je ne l'ai plus!
Ltr