‹ Les quatre vents de l'espritChapitre 68 sur 97 · EN MARCHANT LA NUIT DANS UN BOIS · texte numérisé non relu

EN MARCHANT LA NUIT DANS UN BOIS

11 grêle, il pleut. Neige et brume Fondrière à chaque pas.

Le torrent veut, crie, écume, Et le rocher ne veut pas.

Le sabbat à notre oreille Jette ses vagues hourras.

Un fagot sur une vieille Passe en agitant les bras.

Passants hideux, clartés blanches ; Il semble, en ces noirs chemins, Que les hommes ont des branches, Que les arbres ont des mains.

On entend passer un coche.

Le lourd coche de la mort.

II vient, il roule, il approche.

L'eau hurle et la bise mord.

Le dur cocher, dans la plaine Aux aspects noirs et changeants, Conduit sa voiture pleine De toute sorte de gens.

Novembre souffle, la terre Frémit, la bourrasque fond ; Les flèches du sagittaire Sifflent dans le ciel profond.

EN MAUCHANT F.A NUIT DANS UN BOIS. ;(si

— Cocher, d'où viens-tu? dit l'arbre.

— Où vas-tu? dit l'eau (|ui luit.

Le cocher est fait de marbre

Et le coche est fait de nuit.

Il emporte beauté, gloire, Joie, amour, plaisirs bruyants ; La voiture est toute noire, Les chevaux sont elTravants.

L'arbre en frissonnant s'incline.

L'eau sent les joncs se dresser.

Le buisson sur la colline Grimpe pour le voir passer.

Le brin d'herbe sur la roche.

Le nuage dans le ciel, Regarde marcher ce coche, Et croit voir rouler Babel.

Sur sa morne silhouette, Rattant de l'aile à grands cris, Volent l'orage, chouette.

Et l'ombre, chauve-souris.

Vent glacé, tu nous secoues !

Le char roule, et l'œil tremblant, A travers ses grandes roues, Voit un crépuscule blanc.

La nuit, sinistre merveille, Répand son effroi sacré ; Toute la forêt s'éveille.

Comme un dormeur effaré.

Après les oiseaux, les âmes !

Volez sous les cieux blafards.

L'étang, miroir, rit aux femmes Qui sortent des nénuphars.

L'air sanglote, et le vent râle, Et, sous l'obscur firmament, La nuit sombre et la mort pâle Se regardent fixement.

WII

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