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TARQUÎN LE SUPERBE. 253
imposait ces travaux fût bien misërablo; car plusieurs, poussés au désespoir par les fatigues de la corvée, aimèrent mieux se tuer que de continuer un tel labeur. Mais Tarquin, ne voulant pas qu'on pût échapper à sa tyrannie môme par la mort, fit crucifier les cadavres des suicidés.
Tarquin avait cru, en livrant le peuple à un travail constant, le détourner des révolutions; il s'était trompé et cela même fut la cause de son renversement.
Quand du Ponte-Rotto on considère le triple cintre de l'ouverture par laquelle la Cloaca Maxima se déchargeait dans le Tibre, on a devant les yeux un monument qui rappelle beaucoup de grandeur et beaucoup d'oppression. Ce monument extraordinaire est une page importante de l'histoire romaine. Il est à la fois la suprême expression de la puissance des rois étrusques et le signe avant-coureur de leur chute. L'on croit voir l'arc triomphal de la royauté par où devait entrer la république.
Les prodiges qui, selon les doctrines de rÉlrurie, annonçaient un changement dans la société, ne manquèrent pas d'apparaître. La tradition en rapporte plusieurs : tous ont un caractère étrusque, ce qui porte à croire qu'ils furent mis en circulation par les prêlrcs de cette nation, et que ces prêtres eux-mêmes se dôlachaicnt d'un roi p:r qui la religion avait été opprimée.
Ce sont des vautours, c'est-à-dire des faucons % qui chassent un aigle de son nid. Ceci rappelle les prétendus vautours de Romulus, au nombre de douze, que nous avons vu se rapporter à la divination deTÉtrurie. L'aigle, qui surmontait le sceptre des Tarquins, était Femblème de la royauté étrusque. Un serpent sortit d une colonne et lit fuir le roi. Le serpent apparaît souvent aux mains des mauvais génies dans les représentations étrusques. Dans les mains des prêtres, il était un moyen de terreur.
Le soleil change de direction, et, au lieu d*aller d'orient en occident, va d'occident en orient.
L'empire allait en effet passer de l'Étrurie, qui est au couchant, à la Sabine, qui est un peu à l'orient de Rome; car ce furent, nous le verrons, surtout des Sabins qui détrônèrent les Tarquins. N'était-ce pas un augure sabin qui avait mis en circulation la menace prophétique de ce symbole?
Tarquin, saisi d'inquiétude, se tourne alors vers un autre sacerdoce pour en obtenir des prédictions plus favorables. II s'adresse à Toracle de Delphes, avec lequel la ville étrusque de Cœre était déjà en relation, ce qui pouvait tenir à son origine pélasgique, origine qui était également celle de Tarquinii.
Il n'y a donc nulle raison de s'étonner que Tarquin, dont la famille, venue de Tarquinii, était originaire
« Voy. 1. 1, p. 295.
TABQUIN LE SUPERBE. 255
de Corinthe, ait envoyé consulter Torade suprême des nations helléniques.
Ce n'est pas d'ailleurs la seule trace de rapports entre la Grèce et Rome au temps des rois.
Ces rapports ne furent considérables et réguliers que plus tard; mais ils existèrent dès lors partiellement, dans une mesure qu'il faut reconnaître, mais qu'il ne faut pas exagérer.
Nous avons vu un chef étrusque, Mastarna, importer de ritalie méridionale à Rome une constitution grecque. De Tltalie méridionale, probablement de Cumes % colonie grecque, vint aux Romains leur alphabet, employé dans un traité conclu par ce même Mastarna devenu le roi Servius TuUius, traité dont Denys d'Halicarnasse * vit l'original ou au moins une reproduction conservée dan^ le temple de Diane sur l'Aventin. C'est à Cumes qu'alla mourir Tarquin.
Les Phocéens, qui devaient fonder Marseille, visitèrent Rome en passant*.
A ces rapports antiques de la Grèce et de Rome se rattache certainement Thistoire des livres sibyllins vendus très-cher à Tarquin par une femme inconnue.
L'origine des oracles sibyllins parait remonter aux
« Voy. 0. Mail., Etr., n, p. 518.
I • Den. d'Haï., i?, 26.
■ Ce faiti rapporté par Justin (uni, 3), mérite quelque confiance; car Juilin est un abréviateur de Trogue Pompée, et celui-ci, originaire de la Gaule méridionale, parait avoir été particulièrement renseigné sur tout ce qui concernait les origines massaliotcs.
Pélasges*, comme celles des oracles de Dodone et des sorts de Prénesle. Apportés en Italie* par les popula* tiens grecques qui s'établirent dans sa partie méridionale, ils vinrent de Cumes à Rome. Près du lieu où fut Cumes, on montre encore aux voyageurs une prétendue grotte de la sibylle*.
* La plus ancienne des sibylles est fille de Dardanus, et par là se rattache à la race pélasgique dont Dardanus est le représentant, à rida, séjour de Dardanus et où existent de grandes murailles pélasgiques. Niebuhr rapproche les oracles sibyllins des anciens oracles des cités grecques. (HUt, R., i, p. 2S3-4, trad. française.)
* On a pu penser que les oracles sibyllins avaient été apportés à Rome par les Phocéens, parce que ces livres furent mis en rapport avec le culte d'Apollon, auquel les Phocéens élevèrent un temple à Massalio; mais, avant d'êti^ conservés dans le temple d'Apollon, les livres sibyllins étaient conservés dans le temple de Jupiter. D'ailleurs, le culte d'Apollon ne fut introduit à Rome que sous la repu* blique. Il est donc plus probable que ces livres furent apportés à Rome de Cumes, dont les relations avec Tarquin sont connues, et où ils étaient venus, disait-on, d'un pays pélasgique, Erythrée, patrie de la sibylle (Den. d'Ual., i, 55), dans le voisinage de l'Ida. (Serv., ^n,, ▼1,36, 321.)
' Déjà, au second siècle de notre ère, on montrait dans les environs de Naples aux touristes païens, comme Pausanias, ou aux voyageurs chrétiens, comme saint Justin, la grotte de la sibylle et même son tombeau. Aujourd'hui on donne pour avoir été Tantre fatidique un lunnel percé dans la montagne, analogue à la grotte de Pausilippe, et en partie comblé. (Nurray, Hattdb, S. U.t P- 392, 400.) Le souvenir populaire de la sibylle s'est curieusement mêlé à un souvenir d'un genre bien différent : celui d'Abailard, dont la renommée, répandue par des étudiants italiens qui étaient venus l'entendre à Paris, était parvenu jusque-là et avait passé à l'état légendaire. Une vieille batelière de Naples me disait, en me montrant les restes du mMe de Pounole,
Tarquin déposa les livres sibyllins dans uii lieu souterrain au-dessous du temple Capilolin. Il y a dans l'intérieur de la colline plusieurs souterrains dont l'origine remonte peut-être aux carrières de tuf d'où sont sorties les premières constructions de la Rome des rois. C'est ainsi que dans les anciennes villes grecques on déposait dans les acropoles les oracles primitifs analogues aux oracles des sibylles*.
Auguste enleva les livres sibyllins au Capilole pour les placer sur le mont Palatin, au pied duquel il était né, où fut toujours sa demeure, dans le temple d'Apollon, son dieu de prédilection.
Le Capitole avait été la colline des rois et de la république; le Palatin devint la colline des empereurs.
Les sibylles, dont le berceau était en Asie, furent identifiées en Italie avec les prophétesses latines, qu'on supposait rendre leurs oracles près des sources sulfureuses, et qui, à cause de la couleur blanchâtre de ces eaux, portaient le nom à!Albunea. C'est ainsi que l'on a donné le nom de sibylle à YAlbunea latine de Tibur, et de là est venue cette dénomination de Temple de la Sibylle imposée à tort au charmant édifice qui couronne si élégamment la chute retentissante de l'Anio à Tivoli.
qu'une sorcière (maga) avait construit cela pour Pierre Abailard (Pçtro Bailardo). Ce n'était, du reste, pas beaucoup plus faux que d'appeler ces ruines, comme on le fait encore, le pont de Caligula. ' Meb., loc. cit.
23S L'UIvSTOIRE ROMAINE A ROME.
Les sibylles, ces êtres fatidiques plus anoiens que la venue des Pélasges, étaient encore honorées à la fin de l'empire, au quatrième siècle, dans le Forum; auprès des anciens rostres, se voyaient les statues de trois sibylles confondues alors avec les trois Parques, et appelées les trois Destinées (tria fata), les trois fées.
Car ce mot fata est le mot italien qui veut dire fée; notre mot fée a la même originel
Le christianisme a adopté les sibylles^ il a vu en elles le symbole d un pressentiment de la venue du Christ au sein de l'ancien monde païen* C^te idée^ qui avait de la grandeur^ a donné nussance aux livres sibyllins apocryphes où beaucoup d'événemaits ont été prédits après coup.
De là aussi la fameuse prédiction de la sibylle annonçant à Auguste Tavénement miraculeux du SàVh veur qu'une Vierge doit enfanter*.
La légende a placé cette scène au Capitole, là même où est l'église d'Araceli, dans laquelle s'en est €onaer* vée la mémoire.
Tout près, dans la galerie de tableaux du Capitole> on peut voir, sur une petite toile de Peruzzi, la sibylle,
' Le pluriel, fàta^ les destinées, a fait le singulier, fiHa, la fëe« comme ostiaf les bouches (du Tibre), a fait oslia, Ostie.
* On a attribué it môme pressauliment prophétique ans <b*Qide6. Ils auraient rendu un culte à la Vierge qui devait enfanter : VirgM paritur», et c'est au lieu où ce culte aurait été <féiù&sté que s^élè?»* rait la cathédrale de Chartres.
TARQUIN LE SUPËUBË. K9
avec un geste assez inspiré, monti^ant à Auguste la sainte Vierge et l'enfant Jésus dans le ciel.
Mais c'est ailleurs qu'il faut chercher les sibylles de Fart chrétien; il faut aller admirer éans l'église de la Pace le§ belles sibylles de Raphaël; il faut aller à la Sixtine contempler avec stupéfaction les terribles sibylles de Midiel-Ange; elles alternent avec les pro* phétes dans le prodigieux plafond de la Sixtine comme dans rhymne lugubre du jugement dernier : Dies irm dies illa, la sibylle ligure à côte de David : Tesêe David cum sibylla.
Nous voilà bien loin de notre siiyet; mais nous né sommes pas sortis de Rome, et au Capitole, au Forum, au Vatican, mus avons suivi dans la tradition et dans Tart toute l'histoire des stt)ylles é&pnis Tarquin jusqu'à Regphaël.
Aux relations de la Rome des rois avec la Grèce se rattache un autre fait qui, s'il était véritable, serait plus important pour l'histoire romaine que l'achat des livres sibyllins par Tarquîn.
Il est possible et même asses vraisemblable que Tarquin ait envoyé consulter l'orade de Delphes, il ne l'est point que Brutus ait Joué dans cette circonstance le rôle d'imbécillité simulée que l'histoire lui a prêtée On a remarqué qu'au moment de la révolution Brutus «tait tribun des Célères, dignité éminente qu'on n*eût point confiée à un homme qui aurait passé pour idiot. Un tel personnage n'eût pas non plus été chargé
240 L'inSTOlUË ROMAINE A ROME.
d'aller consulter l'oracle. On dit, il est vrai, que les fils de Tarquin l'avaient emmené avec eux pour se divertir de ses absurdités; mais c'est donner à une chose grave un motif puéril.
La fable de la feinte stupidité de Brutus s'explique par son nom, qui pouvait recevoir ime interprétation défavorable, bien que ce nom pût se prendre aussi dans un autre sens et exprimer la gravité, l'énergie *. Ce sens était, je n'en doute pas, le vrai sens du nom de Brutus.
Mais, comme un tel nom prêtait à l'équivoque, une légende a pu se former qui fit de Brutus le grave, le courageux, Brutus l'insensé. Il est possible qu'elle n'ait été qu'une exagération de la tacitumité prudente d'un parent suspect à Tarquin dont celui-ci avait fait périr le père et le frère aîné, et qui cachait, sous une apparence d'impassibilité, le désir de la vengeance. Dans tous les cas, on comprend que la version injurieuse de la légende ait été adoptée et propagée par le parti du roi que Brutus avait détrôné, et qu'elle ait passé de la tradition étrusque dans l'histoire romaine.
Tout ce qui avait p récédé préparait une révolution prochaine. Les misères de la corvée n'en fiirent pas la seule cause et n'auraient pas suffi à l'amener.
* Drutum anliqui gravem dicebant. (P. Diac, p. 31.) Gravis se prenait pour fortis. Cette acception du mot gravis devait être ancienne; car Servius, qui nous la fait connaîtœ (A'n., xn, 458), icile Sallusle, amateur, comme on sait, du vieux langage.
II faut que le peuple souffre pour qu'une révolution soit possible; mais, hélas I le peuple souffre toujours. Il faut donc quelque chose de plus : il faut que le mécontentement pénètre dans les régions élevées de la société. Pour atteindre une tyrannie, le coup doit partir à la fois d en bas et d'en haut. Brutus, qui renversa Tarquin, oppresseur du peuple, était, par sa mère, neveu du roi; Brutus était un prince du sang.
Les plus pauvres des plébéiens détestaient le superbe et cruel despote qui les accablait d'un travail disproportionné à leur force, et qui, s'ils voulaient s'y soustraire parla mort, les livrait sur le gibet aux oiseaux de proie.
Si Tarquin n'avait eu affaire qu'à la foulé misérable qui creusait ses égouts, il eût pu l'opprimer longtemps; mais les patriciens ne lui pardonnaient pas d'être monté au trône par un coup d'État sanglant sans qu'ils eussent prononcé.
Les Latins voyaient en lui le destructeur de la constitution de Servius, par laquelle ils étaient devenus égaux en droits aux Sabins; pour les Sabins il était un étranger appartenant à cette race étrusque dont les rois s'étaient mis à la place des rois de leur nation. Il n'avait rien fait pojir adoucir leur ressentiment; au contraire, il l'avait aigri par son orgueil et ses violences.
La haine, en divisant Sabins et Latins, avait servi
l'ambition de Tarquin; la haine, en les rapprochant, le
renversa.
242 L'UISTOIRE ROMAINE A ROME.
Tarquin avait donc excité une détestation universelle quand le crime de son fils Sextus souleva toutes les âmes et arma tous les bras.
Ce n'était pas assez de la misère et de l'oppression des pauvres, de Firritation des grands, de la haine nationale des Sabins et des Latins contre les rois étrusques; il fallut encore la colère contre un lâche attentat, et la pitié mêlée d'admiration qu'inspirait cette femme s'immolant à la chasteté violée.
C'est un beau trait de la nature humaine que les révolutions généreuses éclatent seulement lorsque le sentiment moral est offensé par quelque grande iniquité. Le malaise les prépare, l'indignation les consomme.
L'histoire de Lucrèce, admirablement racontée par Tite Live, est connue de tout le monde; je ne la raconterai pas après lui. Cette belle histoire est vraisemblable; je ne vois rien à y changer. Je ne ferai pas comme ces savants allemands qui ont supposé que Lucrèce vraiment coupable s'était tuée pour se dérober au jugement de ses proches *.
C'est renouveler le crime de Sextus, comme Voltaire, en souillant le nom de Jeanne d'Arc, a imité les soldats qui voulurent la déshonorer dans sa prison. La pureté de la pucelle d'Orléans, la chasteté de Lucrèce, font partie du trésor moral de l'humanité.
• Schwegl., fi. G«c*., I, p. 805.
TARQDIN LE SUPERBE. 243
Je n'ai qu'une chose à dire sur Tévénement quj précipita du trône le second Tarquin.
Pour donner à cet événement toute sa portée historique, il faut lui rendre son caractère national, que se sont gardés de mettre en relief les écrivains latins. Tout dans cet événement fut sabin.
Lucrèce, dont on a fait le type de la matrone romaine, était Sabine. Ce type lui-même de chasteté, de dignité conjugale, ce n'est pas sur le Palatin qu'on devait l'aller chercher parmi des femmes d'aventuriers et de bandits; les récits qui couraient sur leur compte étaient d'une autre nature. Acca Larentia, la nourrice et peut-être la mère de Romulus, passait pour avoir été une lupa, en donnant à ce mot l'acception fâcheuse dont la trace s'est conservée dans lupanar.
Une autre tradition, à peine plus honorable, faisait d'elle une courtisane enrichie par la faveur d'Hercule*.
Tout porte à croire que Lucrèce était Sabine. D'abord son nom, dérivé de celui de son père, qui ressemble au nom du mont Lucrétile, mont sabin *. Une tradi-
* Plut., Qusut. Bom., 35.
* Et à celai du lac LucHn en pays iabelliqQe. J'ai parlé de ce nom d'Hostus, qui est un nom sabin. (Voy* t I, p. 449.) Or je trouve plus tard un Lucretius Hosti fiUuê, Le prénom du père de Lucrèce, Spurius, est sabellique; car il est ombrien et se trouve en Etrurie, comme beaucoup de noms ombriens, sous la forme Spurina, nom d'un devin au temps de César. Les surnoms des Lucretius ont la terminaison en a et la terminaison en o, qui caractérisent les suriioais sabins : Ofella, comme Sylla; Vespilio, Trio, comme Scipio,
lion l'attribuait à Tépouse de Numa *, fille de Tatius.
Lucrèce vivait dans une ville sabine, CoUatie'. Collatie était un fief que le premier Tarquin avait donné à son frère. Ce frère, qui s'appelait AniNS, avait pris le nom d'Egerius, nom sabin, car il est le même que celui de rÉgérie de Numa'. Le fils d'Egerius, CoUatin, avait succédé à son père dans la possession de Collatie, dont il portait le nom, comme on portait le nom d'un fief au moyen âge; peut-être aussi parce qu'il y était né.
n y avait épousé la fille d'un chef sabin du pays, Lucretia.
Ceci posé, l'histoire de Lucrèce acquiert son véritable sens.
deux surnoms' des Gornelii, gens sabine établie sur le Quirinal. n y a un Lucretius Flavus, tribun consulaire en 373. Flavus, qui veut dire blond, est un surnom caractéristique fréquent dans les familles sabines; ce mot entre dans le nom àesElooieni, ipie l'on sait avoir ^é Sabins.
« Plut., Numa, 21.
• Tit. Uy., I» 38. Collatia et qnidquid circa Gollatiam agrierat 5aàùiii ademptum. Il y avait une GoUatia en pays sabellique» dans. TApulie. (PL, Bi$$. nat,, m, 16, 4.)
» On ne peut prendre au sérieux Tétymologie d*EgerUu, tirée ^egerty manquer, parce queEgerius était né pauvre (Den. d'Haï » m, 50), pas plus que celle de ColUUia, eiCollatd pecunià, par qu'on y transporta l'argent des autres villes (P. Diac, p. 31) apparemment avant qu'elle eût un nom. Le nom de CoUatia vient de colUif parce qu'elle était sur plusieurs collines : Et CoUatinas iroponent montibus arces. (Virg., i£n., VI, 774.) Le mot ColUi était sabin, car c'était le nom du Quirinal, d'où porta CoUina.
TARQUin LE SUPERBE «45
Le genre de vie de Lucrèce à Coilatie, où elle file bien avant dans la nuit, opposé à la dissipation des épouses des jeunes princes, c'est raustéritë des coutumes sabines opposée à la mollesse et au relâchement des mœurs de la Rome étrusque.
Sextus a les mœurs de sa nation, représentées toujours comme sensuelles et dissolues. L'hospitalité confiante avec laquelle il est reçu, l'odieux abus qu'il fait de cette hospitalité, sont de nouveaux traits du même contraste, tel que la tradition ou la poésie populaire, encore cette fois évidemment sabines, s'étaient complu à le présenter.
Dans Tite Live, tout le drame de la mort de Lucrèce a Collatie pour théâtre.
Denys d'Halicamasse la fait venir à Rome pour se tuer, ce qui n'a pas de motif. Il faut laisser le lieu de la scène dans la petite ville sabine de Collatie \ d'où Lucrèce n'avait nulle raison de sortir, d'où peut-être elle n'élail jamais sortie.
Collatie était certainement voisine d'un site connu des peintres, Lunghezza ', dont le paysage tranquille va bien au souvenir de la paisible vie que menait là l'épouse de Collatin.
Son souvenir est dans ces lieux immortalisés par sa vertu : Laude ptulidtix célèbres.
* TU. Liv., 1, 38.
« M. Rosa vient de constater que GoUatie était sur remplacement même de Lunghezza. (Rome, février 18($1 )
n ne faut pas chercher à Rome une représentation par Tart de l'histoire si dramatique de Lucrèce qui puisse faire revivre cette histoire dans sa vérité. Ce ne sera point à coup sûr le tableau de Cagnacci, remarquable par la couleur, mais non par la couleur hUtotique. On y voit Sextus menacer Lucrèce de son poignard dans un costume très-moderne, et qui ressemble assez à un uniforme de fantaisie.
Pour Lucrèce, elle est nue, ce qui a épargné au peintre un second anachronisme de costume.
Comme Lucrèce était Sabine, Brutus était Sabin. Ce nom de Brutus se retrouve chez les peuples sabelliques. Un chef samnite s'appelait Brutulus ^ Papius. Les Bruiiens descendaient des Samnites *. On a encore d'autres raisons de croire Brutus Sabin' : de ses deux fils, Tun s'appelait Titus, prénom des Flaviens; l'autre, Tiberius, prénom des Claudes, deux familles sabines \
* Tit LiY.» Tin, 39. Brutus et Brutulus, même nom, comme Romus et Romulus.
* Str., n, 1, 3. Les auteurs grecs les appellent Brettienê; c'est le nom (Str., ti, 1, 4) que leur donnèrent les Lucaniens, et qui Youlait dire fugitifs dans leur langue, langue sabellique. Les Brettient passaient pour descendre de Brettios, un héros, fils de la déesse sabellique Valentia, et dans ridiomc mcssapien existait un mot très-semblable, breniion, qui voulait dire une tête de cerf. Il y avait entre brettios et brention la même ressemblance qu'entre senms et cenms.
* Selon Silius Italiens (Punie , vin, 361), Brutus était né àCoUatie. ^ Un des fils de Brutus, suivant Plutarque (Publ.y 6), s'appelait V»-
1er lus, nom certainement sabin.
TARQUIR LE SUPERBE. 'ni
Je crois que la gens Junia, à laquelle appartenait Junius Brutus, était sabine.
Junius vient de Juno^ et Junon, nous l'avons vu, était le nom d'une divinité des Sabins.
Le père de Bru tus avait un prénom sabin, Marcus ^ .
Quoi qu'il ait pu advenir plus tard, les Junius étaient originairement patriciens '.
Or, à cette époque, patriciens et Sabins, c'était à peu près la même chose.
Pour Valerius, qui depuis fut appelé Publicola, et qui assista à la mort de Lucrèce, il était incontestablement Sabin, comme tous les Valerius, et probablement parent du père de Lucrèce. Lucrèce ne dut appeler au récit et à l'héroïque expiation de sa honte que des hommes de sa famille 'et de sa nation. Tout dut se passer entre parents et entre Sabins. Brutus,
* Marcut, de Mon, comme Mamerout de Marner*. Mars et Mamers sont les deux noms d'un dieu sabin; d'où Tient aussi Martim ou MarO' thu, surnom du roi sabin Ancus. A cette époque, un prénom sabin indique une famille sabine.
* Sans cela, comment un Junius aiu'ait'il épousé une fille et une sœur des Tarquins? La noblesse des Jiinii était si ancienne qu'on les faisait descendre d'un compagnon d'Ènée. (Den. d'Haï., iv, 68.) Les Junii plébéiens, dfot l'un fut le meurtrier de César, ne descendaient pas du premier Brutus, mais d'un Junius qui, profitant de la ressemblance de son nom avec celui d'un consul mort quinze ans avanî, prit aussi, sans y avoir aucun droit, le surnom de Brutus. (Den. d'Haï., vi, 70.)
' Gum Injuriam suam in concilio necessarioram deplorasset
(Val. Max., vi, 1, i.)
248 L'HISTOIRE ROMAIHE A ROME.
neveu des Tarquins, comme Collatin, et Sabin, par son nom, devait s'y trouver à ce double titre K
La tragédie de la mort de Lucrèce s'accomplit donc sur le territoire sabin ; son chaste intérieur était un intérieur sabin; ses vengeurs furent Sabins comme elle, et ce fut un poignard sabin que le Sabin Brutus retira du cœur de la Sabine Lucrèce.
C'est dans le Forum de CoUatie que Brutus fit apporter le corps de la victime de Sextus et jura Fabolition de la royauté.
D alla bien à Rome, mais ce fut pour convoquer les patriciens dans le Comitium, en vertu de sa charge de tribun des Célères.
Puis il s'adressa à tout le peuple de ce lieu élevé* qui dominait le Gomitium et le Forum, et qu'on appelait le Yulcanal, pour faire prononcer la déchéance et Texil des Tarquins.
Le roi assiégeait alors Ardée. Ardée était une ville ancienne et très -florissante', dont l'origine pélasgiquç ne semble pas douteuse % habitée par les Rutules, peuple sabellique', et qui
' npMxoyra ftbf xorft y<vo« Ixctv^. (Gedren., i, 149.) « Den. d'Haï., nr, 76. ^
» Tit. Liv., I, 57; Den. d*flal., ir, 64.
* Cette opinion est confirmée par le culte que les Ardéates ren< daient à Jumm, THéra d'Argos (PI., fliM. nai., xxxr, 97, 4), et par la tradition qui donnait à leur ville pour fondateurs des Argiens venus avec Dardanua. (Virg., jEn., vu, 372.)
* Tumus, roi des Rutules, est fils de Venilia, épouse de Janus
avait subi quelques influences de rÉtrurie^ Elle se trouvait alors en guerre avec le dernier roi étrusque.
En apprenant ce qui se passait, Tarquin accourut à Rome; il trouva la révolution faite et les portes fermées. II retourna bien vite au camp devant Ardée; maisBrutus l'y avait devancé par une autre route*, et l'armée, lasse peut-être du siège, s'était prononcée en faveur du fait accompli. C est une chose singulière que la facilité avec laquelle le pouvoir en apparence le mieux établi tombe quand son heure est venue.
Tarquin se retira d'abord à Gabie, chez son scélérat de fils. Mais l'inventeur de l'apologue des tètes de pavots abattues dut y être reçu peu favorablement. De là il se réfugia d'abord à Tarquinii et à Cœre, où la sé-
(Virg., JEn., z, 76.) Virgile les appelle gens Daunia (il*., vni, 146), et Silius Italicus [Punie., tiii, 357) êacra roanus rululi, allusion au Ver êocrum des nations sabelliques.
^ Les peintures d'Ârdëe, plus anciennes que Rome, dont^ parle Pline, devaient être des peintures étrusques. Ârdée a un double agger : Tagger, formé d'un fossé et d'un relèvement en terre, parait se rattacher au sillon sacré qu'on traçait autour des villes suivant le rite étrusque. On voit à Ârdée des portes dans les tombeaux, t qui ont la forme étrusque.
* n y avait en effet deux routes pour se rendi:e de Rome à Ardée : l'une en sortant par la porte Gapène et en prenant à droite; ce fut depuis la Via Ardeatina. L'autre en sortant par la porte Trigemina et en prenant à gauche; c'est à peu près la route actuelle. Tarquia suivit l'une et Brutus choisit l'autre pour ne pas le rencontrer et arriver avant lui.
i50 L'HISTOIRE ROMAINE A ROME.
pulture d'une famille qui parait être celle des Ta^ quins a été retrouvée *.
Les Romains, comme les Anglais, aimaient à conserver les dénominations antiques, même quand elles ne représentaient plus rien. Ce nom de roi, ce nom détesté et à jamais proscrit, fut laissé à un personnage sacerdotal qu'on appela le roi des sacrifices, le roi sacrificateur *.
Mais on eut soin de le soumettre au grand pontife, de peur que son titre ne conservât trop d'importance. Sa demeure était sur la Yelia, là où avaient habité les deux derniers rois sabins et les deux premiers rois étrusques', comme si on eût voulu perpétuer le souvenir de Thumiliation de la royauté en abandonnant sa demeure à un fonctionnaire religieux du second ordre qu'on appelait, non sans une certaine intention dérisoire, le roi.
Le 24 février, anniversaire du jour où la révolution s'était accomplie, on célébrait une fête appelée la Fuite du roi. Ce jour-là, le roi des sacrifices venait
^ Ce nom, écrit TarchnaSj y est répété une trentaine de fois. (Denn., Sep. of Etr., u, p. 44.)
* Rex sacrinciorum (Tit. Liv., ix, 34, 12); Rex sacriûcus (14., il, 42, 8), ou Rex sacrificulus. [Id.f u, i.)
' Il ne faut pas confondre l'habitation du roi des sacrifices sui la Vel^, où est l'arc de Tiius, cl la Regia, demeure du grand pontife, plus loin, sur la voie Sacrée, près du temple de Vesta, un peu avant d'aiTiver au cloître de Yesla, qu'a remplacé l'église de Sainte-Marie-Libératrice.
dans le Forum, et, devant leComitium \ offrait un sacrifice, puis s'enfuyait, en mémoire de Tarquin, qui avait fui le Comitium '.
En présence de cette chute de la tyrannie de Tarquin, je pense que, malgré la loi qui protège les morts contre l'histoire, il me sera permis de prononcer un jugement sévère sur sa mémoire. Il le faut bien, car la tyrannie est si fort du goût de certaines âmes, qu'elle trouve des apologistes même quand elle ne réussit pas.
L'envie de se distinguer du vulgaire, de s'élever audessus des lieux communs de la conscience, porte parfois de beaux esprits à soutenir des thèses f&cheuses qu'on ne doit point laisser passer sans les combattre.
C'est ce qu'a fait un très-bel esprit allemand, M. 6. Schlegel ', dans un discours apologétique en faveur de Tarquin le Superbe, qu'il a placé à la suite
' Le roi, en oflhmt ce sacrifice là à peu près où est la colonne de Phocas, regardait le Comitium et était tourné vers la façade da temple de Jupiter Capitolin.
* Ce sacrifice se faisait sons la direction du grand prêtre; il était offert en l'honneur de Janus, et les Saiiens 7 assistaient. {Marq., Bmdb.,tft p. 353.) Janus, dieu sabin, les Salions, prêtres sabins, figuraient dans le regifUgium en mémoire du rôle que les Sabins avaien joué dans l'expulsion de Tarqoin. Le Comitium avait été choisi en signa du caractère aristocratique de cette révohition.
* A. W. Schlegel'8 recension Ton liiebuhr's BAmîschen Geschichte in den Heidelberg JahrbOcher der litterstnr. (1816, p. 800 ]
d'une réfutation plus prétentieuse que profonde de l'hisloire de Niebuhr.
La défense de Tarquin roule sur deux points principaux.
La révolution qui le renversa fut accomplie par des patriciens; elle fut faite au profit de Faristocratie.
Rome était plus puissante sous son dernier roi qu'elle ne le fut d'abord sous la république.
Ce sont là deux incontestables vérités.
Oui, ce furent des patriciens qui détrônèrent Tarquin; mais ils furent les vengeurs et les libérateurs des plébéiens opprimés. On ne voit pas que ceux-ci aient fait le moindre ePTort pour le défendre, et quand un effort fut tenté pour le rappeler, ce furent des patriciens qui le tentèrent.
A cette époque de l'histoire romaine, on ne rencontre nulle part un nom plébéien; il n'y a pas encore de noms plébéiens. J'ajouterai même, ce qu'on ne dit point d'ordinaire, que ce furent les grandes familles sabines qui prirent l'initiative de la révolte, et je ne doute pas qu'une haine nationale contre la race étrusque, qui avait dépossédé la leur de la royauté, ne soit entrée pour beaucoup dans cette révolution. Mais, si la royauté de Tarquin a été détruite par des Sabins, ce fut apparemment à la satisfaction de la population latine; car je ne sache pas que la tradition latine ait conservé la trace d'aucune sympathie pour le roi déchu. L'exagération même des torts qu'elle lui a
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prêtés et que ne dément nul témoignage, cette exagération, si on veut l'admettre, prouve la vivacité des sentiments populaires, comme l'absence de témoignages contradictoires prouve leur unanimité. D'ailleurs, la constitution de Servius, qui ne tenait nul compte de la race, fut rétablie par la classe et la race victorieuses.
J'accorderai que l'aristocratie fut dure et superbe comme le roi qu'elle remplaçait; cela n'empêche pas ^ que ce roi Tait été, et il n'en est pas moins vrai que Rome gagna beaucoup au changement, car elle y gagna la liberté.
Tout vaut mieux que le pouvoir absolu d'un seul. C'est tant qu'il dure un mal sans remède et sans espérance; avec la liberté, il y a toujours possibilité de remède et motif d'espérance.
Contre le pouvoir absolu d'un seul, on ne saurait lutter; on peut lutter contre les privilèges et l'orgueil d'une aristocratie. Or c'est la lutte plus encore peutêtre que le triomphe qui est bonne pour développer l'énergie morale d'un pouple; et ce qui fait la valeur d'un État politique, c'est, avant tout, le développement de cette énergie.
La meilleure condition pour un peuple, c'est peutêtre d'avoir à combattre une aristocratie sans la détruire. Telle fut durant ses plus beaux siècles la condition de la république romaine, telle a été jusqu'à ce jour la condition de rAugleterre.
254 1. aiSTOlRE ROMAINE k ROME.
Il est facile d*être jusle pour le bien que peut faire Taristocratie, quand on n'en veut point à cause du mal qu'elle entraine et qu'on écrit dans un pays où elle n'est plus à redouter.
Je pourrais dire que, dans les deux que je viens de citer, elle a maintenu la suite dans les desseins et la fierté dans les caractères; mais je ne veux parler ici que des avantages qu'elle a eus comme obstacle, obstacle qui peut, il Ta fait à Rome et en Angleterre, céder graduellement et jouer le rôle de ce qu'on appelle en terme d'horlogerie l'échappement, ressort qui n'empêche pas l'aiguille d'avancer, mais la force d'avancer avec régularité.
Sans doute une démocratie assez intelligente pour se modérer elle-même n'a pas besoin de ce modérateur, qui, je n'ai certes nulle raison personnelle de ne pas le reconnaître, offre de grands inconvénients; mais, il ne faut pas l'oublier, l'idéal des sociétés humaines, vers lequel doivent tendre tous les peuples, Funion de l'égalité et de la liberté, ne s'est montrée encore en grand que dans un seul pays, aux États- Unis, et là même les inconvénients de la démocratie absolue se font sentir.
Il serait coupablederegretterl'inégalité, qui en soi est une chose inique; il serait insensé de vouloir la rétablir là où elle est impossible, comme en France; en France, d'ailleurs, l'aristocratie fut trop souvent servile, mais il ne faut pas oublier que la démocratie peut Télre.
Une démocratie qui n'aime pas la liberté consolide le despotisme.
Une démocratie animée de Tesprit de liberté finit toujours par conquérir, même sur la plus fiëre et la plus tenace aristocratie, l'égalité.
Voyez à Rome. Le patriciat était fondé en partie sur la conquête et s'appuyait sur la supériorité sociale et même numérique de la race dominante, seule en pos* session des choses sacrées et du droit complet de la famille. Il avait le privilège de tous les honneurs, et, qui plus est, du gouvernement.
Les plébéiens descendaient pour la plupart de vaio« eus et de transportés; quelques-uns de gens sans avai et de fugitifs. On ne les admettait pas à la participa- . tion des fonctions religieuses ou civiles; on ne daignait pas s'unir à eux par le mariage; ils étaient, comme des étrangers, tolérés dans la cité.
Eh bien, cette situation détestable que la tyrannie de leur dernier roi leur avait faite ou plutôt leur avait rendue en détruisant Tœuvre passagère de Servius TuUius, et que la république à s<« avènement n'avait guère modifiée; cette situation, par suite de la lutte des deux ordres, changea complètement.
Le patriciat, après les avoir défendus opiniâtrement, finit par abandonner tous ses privilèges, et les plébéiens finirent par obtenir la complète égalité des droits, parce que le germe de vie avait été déposé dans
la société romaine le jour où le pouvoir absolu, qui est la mort, était tombé.
Les apologistes de Tarquin font remarquer que Rome atteignit sous lui un haut degré d'influence au dehors et de splendeur au dedans; que, dans les commencements de la république, l'ascendant sur la confédération latine fut diminué, l'extension du territoire arrêtée; que Ton ne construisit plus de si grands édifices, que l'on n'eut plus un commerce aussi étendu.
Tout cela est vrai; mais par le fait de la liberté, bien qu'imparfaite d'abord et proclamée dans des circonstances fâcheuses par des chefe qui la voulaient surtout pour eux; par cela seulement que le sentiment de la liberté était entré dans les cœurs, que quelques-uns délibéraient, que tous pouvaient réclamer, que les citoyens avaient retrouvé leur flme depuis que la volonté d'un seul ne la remplaçait plus, la vraie grandeur, la grandeur de l'individu, devint possible.
Le peuple romain, a dit Florus, était un enfant^; mais les langes qui avaient emmaillotté l'enfant furent déchirés; il put se débattre, il marcha.
Ce peuple se fortifia par une lutte incessante, il grandit, et eut bientôt regagné ce qu'il avait un moment perdu; il reprit son ascendant sur ses voisins,
* Proctm.f ei ailleurs in curUêvagient.
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et finit par étendre son empire à toutes les nations. C'est que la lutte c'est la vie. Il ne faut pas se lasser de répéter aux hommes ce qu'Alvarès dit dans Âlzire
aux Américains dont il vient de briser les fers :
« Soyez librcsl vivez! j>
La liberté a tous les avantages et tous les inconvénients de la vie.