‹ Les quatre voyages du capitaine Lemuel GulliverChapitre 6 sur 17 · II · texte numérisé non relu

II

* Le caractère romanesque de toute cette légende est remarquable. ' en citerai un trait : pendant le siège, les Étrusques seraient venus

GUBRRE D'AFFRAMGHISSBMBlfT. S95

Pour expliquer comment Porsena, malgré sa puissance, avait pu se retirer sans avoir éprouvé une défaite, on lui a supposé une admiration et une sym^ pathie peu vraisemblables pour le peuple romain» Les auteurs de cette fiction savaient bien qu'elle n'aurait pas de peine à s'accréditer; car elle flattait ingénieusement la vanité des Romains par un hommage d'autant plus flatteur, qu'il venait d'un ennemi.

Même les faits qui peuvent être véritables ont été accommodés aux étranges relations que l'on supposait s'être établies entre Porsena et les Romains» La fuite de Clélie ne rappelait plus qu'un échange de procédés généreux; mais l'embûche tendue aux otages et attribuée à l'odieux Tarquin, qui probablement n'était pour rien dans la guerre et dans les desseins tout peiv sonnels de Porsena, fait soupçonner des relations moins amicales entre Rome et ce roi.

Les otages indiquent la soumission des Romains, et une tradition voulait môme qu'ils eussent été tous massacrés \ excepté Valeria.

Suivant une autre tradition, Horatius Codés aurait péri dans le Tibre*. En ce cas, le pont Sublicius a bien pu n'être pas défendu, et les Étrusques l'auraient passé pour prendre Rome.

disputer les palmes du cirque aux Romains et auraient élé proclamés vainqueurs. (Serv., j£n., xi, 134.)

» Pl.,/fw/.ntf/.,xxxiT, 13,2.

» Polybe, VI, 55,

Enfin raventure de Mutius Scaevola, si dramatiquement présentée, ne cache-t-elle point une conspiration contre Porsena* et un assassinat accompli dans des circonstances que la légende romaine n'aimait pas à avouer? El il faut bien que le renversement du pouvoir de Porsena fut lié à quelque souvenir fâcheux, car on ne comprend pas sans cela pourquoi les Romains ne s'en seraient pas vantés.

Il est vrai que Ton montrait son tombeau en Ëtrurie, et que Varron l'a décrit *• ^

Mais la réalité du monument décrit par Varron a été niée par Niebuhr, comme celle du tombeau d'Osymandias par M. Letronne.

Quand on admettrait l'existence du tombeau de Porsena^ ainsi que je suis porté à l'admettre', cela n'empêcherait point que Porsena ait pu être assassiné au bord du Tibre.

Les restes de Charles XII, assassiné bien probablement devant Frederickstadt, reposent à Stokholm.

D n'est pas étonnant que les Latins aient pris fait et cause pour Tarquin, qui, hors de Rome, avait toujours cherché à s'appuyer sur eux, et qui avait dû

* L'histoire du scribe tué au lieu du roi et de la main mise dans le brasier pourraient être un embellissement ajouté postérieurement; car la même chose était racontée d'un frère de Thémistocle qui avait pénétré jlisqu'à Xercès pour l'immoler. (Plut., Parai. f 2.)

« PL, Hiit. nat., xxxvi, 19, 7.

* Au moins une partie de la description de Varron paraît à Ot. Huiler avoir été faite e^^ visu. (Etr., u, p. 224.)

nouer des intelligences dans la confédération des cités latines, réorganisée et longtemps dirigée par lui. Elle ne pouvait voir d'un œil favorable une révolution con* duite par des Sabins, et devait craindre que leur triomphe ne fût une menace pour l'intérêt latin. Aussi c'est à la tête des populations latines que les Tarquins tentèrent contre Rome délivrée ce grand effort qui vint échouer au bord du lac Régille.

On est plus surpris que les Sabins aient fait les premiers la guerre aux Romains. Mais rien ne montre que cette guerre fût liée à la cause des Tarquins, et un incident qui la suivit fait connaître qu'il y avait dans la Sabine un parti favorable à la révolution que des Sabins venaient d accomplir.

Car c'est alors que la puissante tribu des Claudîus, s'étant opposée vainement i ce que l'on fît la guerre contre Rome, vint se donner à elle ou plutôt s'unir avec ses cinq mille clients aux autres grandes familles sabines qui se trouvaient à la tète de la république. En devenant romaine, elle demeura sabine.

Les Claudii continuèrent d'habiter au delà de TAnio, dans une région conquise sur leurs compatriotes, où on leur permit de s'établir ^ Les chefs de la tribu vinrent habiter Rome, et ils y restèrent aussi sabins que dans leur pays*.

* On leur donna toutes les terres, entre Fidène et Ficulée, qui étaient sur la voie Salaria, (Tit Liv., n, 16; Uen. d'Haï., v, 40; Suct., m., I, Plut., Publ., 2i; Nibb., IHtU., n, p. 381-2.)

* Selon Tite Uye, Denys d'Halicamasse et Suétone, ils tenaient de

SOS L'HISTOIRE ROIAINB A ROMB.

Leur dureté, leur orgueil, leur fermeté, furent TAme et la force du patriciat, qui, par eux, s'était retrempé à sa source.

La ligue du Latium était formidable. La plupart des cités latines avaient pris les armes; le parti des Tarquins s'agitait dans Rome. On créa le premier dictateur, et bientôt après on en nomma un second, Aulus Postumius, qui devait vaincre dans le terrible combat du lac Rëgille.

Ce combat était décisif pour les destinées de Rome. Il s'agissait de savoir si Rome maintiendrait la liberté qu'elle avait fondée ou si elle retomberait sous le joug d'un tyran étranger ramené par l'étranger.

L'acharnement fut extrême du côté de l'ennemi. C'était la dernière chance des Tarquins; c'était pour les Latins une occasion à saisir pour arrêter l'ascendant que les Sabins venaient de reprendre è Rome.

Le combat du lac Régille est raconté avec des détails que ne saurait avoir transmis l'histoire. 11 n'y avait pas de bulletin à l'époque de Tarquin. Cependant plusieurs de ces détails peuvent être vrais, car ils peuvent avoir été conservés par un chant héroïque composé sur ce combat célèbre.

Nous allons voir qu'un récit poétique est évidemment au fond de la narration tout homérique de Tite Live et

Regillum, probablement de Tintérieur de la Sabine, et ils s'établirent sur la frontière.

GUERRE D'ArrRANGHISSEMEIlT. 800

surtout de Denys d'Halicamasse*. De plus, cette narra* tion est parfailement conforme à la disposition des lieux, ce qui suppose une tradition au fond véritable; car on ne se serait pas donné la peine d'approprier si exactement aux localités une pure fiction.

La légende est toujours plus locale que le roman, excepté quand c'est W. Scott qui l'écrit; mais il n'y avait pas de W. Scott à Rome.

La détermination du lieu où fut livrée la bataille du lac Bégille est une des belles découvertes de M. Rosa, qui Ta reconnu non loin de la Colonna. Là fut évidemment un lac aujourd'hui desséché, dans un endroit qui s'appelle encore le Marais (Pantano). On voit la route antique contourner l'espace que le lac occupait, tandis que la route moderne, postérieure à son dessèchement, le traverse en partie.

Une fois en possession, grâce à M. Rosa, de Fempla* cément véritable du lac Régille, on retrouve à merveille la situation des deux armées.

Le dictateur Aulus Postumius arrive en une nuit en présence des Latins campés près du lac Régille. Cfe trajet, d'environ quatre lieues, pouvait facilement s'opérer dans une nuit. Les Latins étaient postés

* On pourrait croire que Deoys a inséré ces détails épiques dans son récit par l'envie naturelle à un rhéteur d'imiter Homère; mais la plupart se retrouvent dans la narration beaucoup plus succincte de Tite Live, et avec quelques variantes qui empêchent de supposer que l'un des deux historiens ait copié l'autre.

sur une hauteur {Monte Falcone). Les Romains, t^ommandés par le dictateur Postumius, occupèrent un lieu élevé et de difficile accès qui ne peut être que la Colonna. Un corps d'armée amené par le consul Virginius se plaça sur la gauche du dictateur, de manière à renfermer les Latins dans leur camp. L'intention des généraux romains était, pour venir à bout de Tennemi, d'arrêter ses convois de vivres en s'emparant du chemin par lequel ils devaient passer. Les Romains étaient donc en possession de toutes les hauteurs qui dominaient par derrière le camp latin.

Pour achever de Tisoler, Postumius fit occuper par la cavalerie une colline du côté des montagnes, qu'on peut reconnaître dans Monte Azzolino.

Mais le maître de la cavalerie ayant envoyé des éclai* reurs vers le pays des Volsques, on intercepta des lettres qui annonçaient aux Latins que ce peuple et le peuple hernique venaient à leur secours. Alors le dictateur, ne voulant pas donner à ce renfort le temps d'arriver, descendit dans la plaine où fut livrée la bataille'.

Cette bataille est, comnoe je l'ai dit, toute épique. Les prouesses des chefs dans des combats singuliers livrés au milieu de la mêlée sont racontées à la façon dllomère, les coups qu'ils portent sont indiqués, les blessures qu'ils reçoivent sont décrites avec précision comme dans Y Iliade.

« Den. d'Haï, n, 5-5

Titus, Tun des fils de Tarquin, est blessé par un dard à Fépaule droite, de sorte qu'il ne peut plus se servir de sa main. Une autre tradition lui substituait en cette rencontre le vieux Tarquin. Denys d'Haliçarnasse fait observer que Tarquin aurait eu alors quatrevingt-dix ans; mais la tradition ne tient jamais compte des dates et fait figurer ensemble des héros qui n'ont pas été contemporains, comme on le voit dans les Niebelungen.

Le commandant de la cavalerie romaine, iïlbutius, et le gendre de Tarquin, Mamilius, se provoquent à un combat singulier à la manière des Grecs et des Troyens; ils s'attaquent d'abord sans se porter de coups mortels, ainsi que les héros de Flliade, protégés par un dieu ou par une déesse.

Enfin iËbutius frappe Mamilius, dans la poitrine, d un coup de lance qui l'atteint à travers sa cuirasse, et Mamilius lui perce le bras droit par le milieu. Le frère de Yalerius Publicola est tué d'un coup de pique.

Ses neveux défendent leur oncle expirant pour qu'il ne soit pas dépouillé de son armure, selon le point d'honneur homérique. Un lieutenant du dictateur, Titus Herminius, attaque Mamilius déjà blessé, un des hommes les plus grands et les plus forts de son siècle^ qualification épique, et le tue; il reçoit presque au même instant dans les entrailles un coup mortel.

Le coupable auteur de cette guérie, Sextus Tar-

quin, qui avait combattu avec une opiniâtre fureur et avait mis en déroute l'aile droite des Romains, voyant le dictateur paraître à la tête de ses troupes victo^ rieuses et ne voulant pas survivre à ses chances d'ambition, se précipite tête baissée au milieu des enne* mis, entouré par la cavalerie et par Tinfanterie légère, attaqué comme une béte féroce qu'assaillent les traits des chasseurs.

Cette comparaison de Denys pourrait bien appartenir à Tauleur ignoré du chant primitif. Sextus meurt sur le champ de bataille, environné de Romains immolés à sa haine et à son désespoir.

Le vieux Tarquin, vaincu, privé d'un fils, se retire à Cumes, où il va finir ses jours chez Aristodème, un autre tyran non moins détestable que lui, et dont la fin devait être encore plus terrible.

C'est vers ce temps qu on place la dédicace du temple de Saturne \ de ce temple qu'on disait aussi avoir été fondé par TuUus Hoslilius, mais qui, probablement plus ancien, fut réparé ou refait après la grande victoire du lac Régille *.

On pourrait voir dans cet hommage àTantique dieu des Latins vaincus l'intention de les attacher à leurs vainqueurs.

*Tit. Liv.,n,20.

* L'autel de Saturne au moins existait depuis le premier établisse* ment des Latins sur le Capitole. (Voy. 1. 1, p. 80-7.)

GUERRB D'iFFRANGUlSSBMBMT. 303

En effet, le sénat s'efforça dès lors de les gagner ', se cherctiant un appui au dehors, ainsi qu'avait fait Tarquin.

Valerius Publicola passe pour avoir le premier déposé le trésor public dans le temple de Saturne ^ A ce temple se rattache aussi Torigine d'une magistrature romaine, les questeurs*, comme au temple de Cérès (œdes Cereris) Tinstitution des édiles. A Rome, la re* ligion est dans toutes les origines.

La victoire du lac Régille, qui avait décidé du sort de la république, fut consacrée par un monument spécial.

Tite Live se borne à dire que le dictateur Postumius avait voué durant Taction un temple à Castor*.

A ce fait tout naturel et conforme à Tusage la lé^ gende joignit un fait merveilleux. On avait vu pendant le combat ^ deux cavaliers plus beaux et plus grands que des cavaliers ordinaires se placer à la tête de la cavalerie romaine, et, frappant les Latins de leurs lances, les mettre en déroule. Le soir, deu : jeunes guerriers, aussi très-grands et très-beaux, étaient venus faire boire leurs chevaux et laver leurs visages couverts de poussière dans une source qui coulait près

^ Cela s'accorderait avec la douceur dont on usa envers eux après la paix. (Scbulze, Kampfd, dem* und arûtocr, in tUnn., p. 28.)

• Plut., Quest. rom.j 42.

5 Plut., Publ., 12.

• Tit. Liv.,n, 20.

• Den. d'Haï., vi, 13.

du temple de Vesta, vers rextrémité du marché; ils avaient apporté la nouvelle de la victoire^ puis avaient disparu.

On avait reconnu les Dioscures Castor et Pollux, et on leur avait élevé un temple au lieu de leur apparition.

Cette légende était grecque; car on racontait la même chose à propos d'un combat entre les habitants de Locres et ceux de Crotone.

Peut-être était-elle venue aux Romains par Cumes. Peut-être aussi, commune aux peuples grecs et italiotes, avait-elle une origine pélasgique, car les Dioscures étaient des dieux pélasges*.

Leur temple fut élevé en un lieu déjà consacré aux cultes pélasgiques, dont nous avons cru découvrir la présence dans tous les environs du Palatin*.

Quoi qu'il en soit, ce temple, qui donnait sur le Forum *, fut un des plus fréquentés et de plus honorés qu'il y eut à Rome. Le sénat y tenait souvent ses séances ^1 et des jugements y étaient rendus*.

• Les Dioscures avaient des statues en Samothrace. (Serv., jEn», m, 12.) On les assimilait aux grands dieux. Ils avaient été dans l'origine des divinités pélasgiques de la lumière. (Gherard, Gr. Myth., 161, 483.)

• Voy. 1. 1, p. 147. Une raison de croire le culte des Dioscures anciennement établi à Rome depuis les Pélasges, et non emprunté aux Grecs de Cumes, c'est la forme indigène et populaire PolluXf au lieu de la forme grecque et savante Poludeukèê.

» Inforo. (Tit. Liv., IX, 43.)

• QÀCypro Quint,, k.

' In œde Castoris, ceieberrimo clarissimo^ue monumento. (CiCi in Yerr., u, 1, 49.)

GDERUE D'AFFRANCHISSEMENT. 305

Castor finit par remporter sur Pollux, et le temple, qui leur était dédié à tous deux, s'appela dans l'usage Temple de Castor.

Le sort des deux demi dieux, que Jupiter avait fait semblable, était resté inégal sur la terre, et Ton comparait plaisamment le rôle de Pollux, dont le nom était passé sous silence dans cette occasion, au rôle effacA du consul Bibulus, collègue de César, dont le nom aussi était passé sous silence, et qui ne figurait pas ploê à côté de César que Pollux à côté de Castor.

Cependant le juron familier xdepol^ par le temple de Pollux, au moins aussi ordinaire qn xcastor, par le temple de Castor, prouve que dans Torigine une des dénominations de Tédifice était aussi populaire que l'autre*.

Évidemment le souvenir de Tapparition des deux frères divins l'était beaucoup. Au temps de Cicéron, Ton montrait encore près du lac Régille l'empreinte d'un des pieds du cheval de Castor*.

Oserais-je dire que, dans l'église de Sainte-Françoise-Romaine, très-voisine du temple de Castor, on montre l'empreinte laissée par les deux ge-

* A Sparte, deux poutres, réunies par une troisième, étaienT un symbole ancien des Dioscures. On les portait devant les deux rois quand ils allaient à la guerre. (Plut., De flrai, am,, I.) C'était une image de leur dualité. Le culte des Dioscures fut-U à Rome mis en rapport avec l'établissement du consulat f

* Gic. De nat. d.,iu, 5.

noox de saint Pierre, tandis qu'il priait Dieu de confondre Tart diabolique au moyen duquel le magicien Simon s'était élevé dans» les airs, et rappeler Fempreinte du pied de Bouddha sur les rochers de Ceylan, en même temps que celle des pieds de Jésus- Christ que Ton montre dans la petite église de Dominâj quo vadU, au lieu où l'on rapporte qu'il apparut à saint Pierre, et lui dit : « Je vais à Rome pour y être de nouveau cruci/i^? » légende qui n'est point un article de foi et que la Rome papale devrait repousser, car on a pu l'interpréter dans un sens qui ne lui était point favorable.

Il reste du temple de Castor et Pollux, voué par le dictateur Postumius, dédié par son fils, peut-être antérieur à tous deux et au peuple romain lui-même, réparé vers la fin de la république par Melellus le Dalmatique, refait sous Auguste et dédié alors par Tibère, trois colonnes qui sont le plus bel ornement du Forum romaine

*• Je crois que ces trois colonnes appartiennent au temple de Castor et Pollux. Sans discuter ici les opimons des archéologues qui en ont jugé différemment, je m'en tiens, comme je fais toujours, aux lémoignages positifs, clairs, incontestables des anciens, comparés avec l'état des lieux ou la position des ruines, écartant tous ceux qui peuvent s'interpréter diversement. Auguste (Monument. Ancyr,) dit positivemcnl que la basilique Julia était entre le temple de Castor et le temple de Saturne ; Qtus fuit inter xdem Cattoris et aedem Satiimù Les régionaires, la Notilia aussi bien que le Curiosum urhU, partant du pied du Capilole, nomment successivement la basilique Julia et la

En les contemplant, je ne m'arrêtais pas à Tibère, duquel elles datent; je ne remontais pas aux Pélasges, premiers auteurs du culte des Dioscures en ce lieu

|M iiiiilivciuciiî cuiisdcic ydi Icui' aitti»|ac ieiigiuii . ma pensée se portait entre ces deux extrémités de Tliistoire du temple de Castor, sur la bataille mémorable qui fonda l'indépendance de la république romaine, et ce beau souvenir complétait poui; moi Teffet pittoresque de la belle ruine.

temple de Castor (Reg., 8), puis le temple de Vesta. Or la basilique Julia, dont remplacement a été retrouvé à ne pouvoir s'y méprendre, est précisément entre les huit colonnes qui restent du temple de Saturne et les trois colonnes qui restent du temple de Castor. De plus, tout ce qu'on sait du rapport de proximité de ce dernier temple avec le temple de Vesta et avec la ionlaine de Jutume (Ov., Fast., I, 707), voisine eUe-môme du temple de Vesta (Don. d'Haï., VI, 13), dont la position n'est point douteuse, s'accorde avec celte détermination. On s explique aussi comment le temple de Castor était dans la direction du pont par lequel Caligula unit son i>alais, placé à r angle septentrional du Palatin, avec le Capitole. (Sucl., Calig., 22.)

LIEUX POLITIQUES DE ROMji.

Nulle demeure particulière assignée aux rois et aux consuls. — Lieu de réunion du sénat, la curie, différents temples. — Lieu des assemblées patriciennes, le Gomitium. Plate-forme qui le dominait à Touest, le Yulcanal. — Tribunal du préteur. — Comices par curies dans le Gomitium. — Comices par centuries dans le Champ de Mars. — Censure. — Recensement, lustration. — Questure. — Le Forum, comices par tribus, la tribune. — Recensement et procession annuelle des chevaliers dans le Forum. — Corps religieux, leurs habitations respectives.

La république romaine est constituée. L'histoire de sa constitution* semble en dehors de nos recherches; il n'en est rien, la constitution romaine a aussi sa topographie; car la plupart des magistratures et chacune des assemblées politiques de Rome sont en rapport avec un lieu ou un monument dont on peut déterminer l'emplacement.

De cette détermination résulte un aperçu plus net, un aspect plus saisissable du rôle de ces magistratures et de ces assemblées.

Les allribulions, les débats, les coiiflils, qui, dans

les histoires ordinaires, se présentent avec une certaine confusion ou au moins un certain vague, apparaissent distincts et vivants dans une histoire qui les montre à leur place et les met, pour ainsi dire, sur leurs pieds.

La royauté n'avait point de siège particulier dans Vancienne Rome. Ce n'était pas le temps des palais. Chaque roi liabitait sa maison et le quartier qu'il avait choisi : Romulus, sa cabane du Palatin; Tatius, sa citadelle duCapitole; Numa, le Quirinal sabin ou la Regia à côté du temple de Yesta. Cette dernière demeure s'appelait bien la demeure rayde^ Regia; mais elle ne fut pas celle de ses successeurs : chacun d'eux, suivant la tradition, alla habiter le point de la ville qu'il lui semblait le plus utile de surveiller. Les déplacements de l'habitation royale suivent les développem^ts graduels de la cité et les indiquent.

TuUus Ilostilius va loger sur le Caelius au milieu des Albains, ses nouveaux sujets, et sur la Yelia, qui domine le marché et le Comitium. Là est aussi la demeure des deux derniers rois sabins, du premier et du dernier roi étrusque, tandis que Servius TuUius s'établit sur lEsquilin, du côté par où la ville était le plus menacée, car Mastarna fut un chef guerrier; et au-dessus du quartier qu'il assigna aux patriciens, car ce chef guerrier fut aussi le roi qui abaissa sous le niveau du cens la supériorité patricienne.

n n'y eut donc pas à Rome de demeure royale. Cha-

510 L'HISTOIRE ROMAINE A ROHB.

que roi rendait la justice dans sa maison, comme on le voit par le récit de la mort du premier Tarquin; ou allait s'asseoir au sein du sénat dans la curie, comme le montre le récit de Tavênement et de la mort de Servius Tullius.

Cest pour cela que les consuls, héritiers des rois, n'eurent pas non plus de résidence assignée par l'État. Leur siège était le tribunal patricien placé sur le Vulcanal au-dessus du Comitium. Ce fut aussi le siège du préteur quand cette magistrature patricienne eut été fondée.

La construction de la curie, lieu des assemblées du sénat, était attribuée à Tullus Hostilius, dont ce monument portait le nom (Curia Hostilia). Là se réunit, pour la première fois sous un toit, le conseil des anciens rois que le savant Properce, avec un sentiment vrai des antiquités romaines, nous montre tel qu'il était dans Torigine, se rassemblant au son de la trompe pastorale dans un pré, comme le peuple dans certains petits cantons de la Suisse.

Nous savons où était la curie; elle faisait face au Comitium, vers lequel on descendait de la curie par un escalier et où Ton montait par quelques degrés.

Nous pouvons même avoir une idée de sa forme et de ses proportions, car Vitruve nous indique les règles observées à cet égard. C'était un édifice carré ou rectangulaire d'une grande, hauteur*. Avec le temps,

* Cette hauteur était égale à une fois et demie la largeur si la curie

lie;ux politiques de rome. 311

la curie fut ornée de statues et de peintures, mais ne présentait sans doute rien de semblable dans les premiers siècles de la république.

La curie devait être assez vaste pour contenir six cents sénateurs, nombre auquel ils furent portés à Tépoque des Gracques. D n'y avait pas de tribune. Chacun à son tour se levait et parlait de sa place; souvent on votait eu la quittant pour aller se ranger avec ceux dont on partageait Fopinion.

Le sénat ne s'assemblait pas toujours dans la curie; il s'assemblait aussi tantôt dans un temple, tantôt dans un autre; car il se considérait lui-même comme wie chose sacrée. C'était en général dans les temples voisins du Forum.

Le choix du temple où le sénat tenait ses séances n'était pas indifférent. Quelquefois on voit le motif qui l'a déterminé. Il était beau de se réunir dans le temple de la Concorde *■ pour entendre Cicéron accuser Catilina. C'était prolester contre ceux qui, ouvertement comme Catilina, ou secrètement comme César, poussaient aux dissensions civiles. Ce ne fut pas sans intention qu'après le meurtre de celui-ci le sénat, qui ne l'avait pas défendu, se rassembla dans le temple de Tellus, élevé là où avait été rasée la maison de Spurius

était carrée; si elle formait un carré long, sa hauteur égalait la moitié de la longueur ajoutée à la largeur. (Vitr., ?, 2, i.)

* On songea à dédier la curie elle-môme à la Concorde. (Cic, De dom,, 51.)

Cassius, mis à mort parce qu'on Taccusait d'avoir voulu se faire roi.

Ce nom de curia^ donné au principal lieu de réunion du sénat, avait été appliqué dans l'origine à ceux où se rassemblaient les trente confréries patriciennes, appelées elles-mêmes curies. Les curix étaient des espèces de chapelles, avec un foyer sacré, dans lesquelles Ton offrait un sacrifice et Ion célébrait un banquet religieux en l'honneur de la Junon sabine (Juno Curis); elles étaient distinctes, mais rapprochées les unes des autres et placées toutes au pied du Palatin, faisant face au Cœlius; puis furent, sauf quatre d'entre elles, que l'association patricienne à laquelle elles appartenaient n'avait pas voulu quitter, transportées ailleurs \

Ces curies séparées n'avaient rien de commun que le nom avec la curie du sénat.

Celle-ci était un lieu auguste. Cicéron l'appelle le Temple de la sainteté, de la dignité, de l'intelligence, la tête de Rome *.

Près de la curie, sur la même esplanade où se trouvait le Vulcanal, était le Senaculum*, où se tenaient les sénateurs avant d'entrer en séance*.

* PrèsduCompitum Fabricium, sur lequel il n'existe, à ma connaissance, aucun renseignement. (Fest., p. 174.)

* Cïc.^Pro Mil., 33.

' Le Senaculum est dit au-dessus de la Grrecostase (Varr., De l. lat., V, 156) et au-dessous de la curie. (Tit. Liv., xi.i, 27.)

* V. Max , II, 2, 6. Les magistrats y venaient délibérer avec les séaleurs. (Fest., p. 3i7.)

Cicéron disait vrai, la curie était la télé et le sénat rintelligence de Rome. Dans cet édifice qui dominait le Forum, ce corps illustre qui s'élevait au-dessus de la nation en eut toujours la pensée, en dirigea toujours Taction politique aussi longtemps qu'elle fut libre.

En droit comme en fait, les portes de la curie étaient ouvertes*. Des plébéiens y furent déjà admis dès le temps des rois, puis par Brutus et Yalerius Publicola*.

Après que les plébéiens eurent remporté sur le patriciat cette série de victoires qui commença par le droit au mariage et finit par le droit au consulat, les consuls et les censeurs désignèrent comme sénateurs les plus dignes de chaque ordre*. Les anciens magistrats plébéiens, les tribuns, les édiles, faisaient de droit partie du sénat \

Enfin les Gracques y introduisirent trois cents chevaliers, et au temps des Gracques les chevaliers étaient de riches plébéiens.

* U fallait bien qu'elles le fussent, puisque les tribuns assis à la porte de la curie étaient là pour surveiller les délibérations du sénat.

* Den. d'Haï., v, 15.

»Fest., p. 246.

* Prœtorii, tribunicii, sedilicii, quiestorii. (Cic, PMLf im, 14.) Li» cinius Calvus, le premier tribun consulaire plébéien, était un vieux sénateur. (Tit. Liv., v, 12.)

... Deligerentur autem in id concilium ab universo populo, aditusquc in iUum summum ordinem omnium clvium industrise virtutique paterct. (Cic, pro Seèt., 05.)

314 L'HISTOIRE ROMAINB A ROME.

Les familles patriciennes formaient, il est \raî, lo corps de cette assemblée, et transmirent de siècle en siècle la tradition invariable de la politique romaine. La curie placée au pied du saint Capitole veillait à la conservation de la religion nationale, étroitement mêlée à toutes les grandeurs de Rome. Placée en face du temple de Saturne, où se gardait le trésor public, elle surveillait et dirigeait l'emploi de ce trésor. Élevée au-dessus du Comitium et du Forum, des assemblées du patriciat et de la plebs, elle avait l'œil sur les comices patriciens et les comices plébéiens, dont les résolutions avaient besoin d'être autorisées par elle.

Sur une décision de la curie, un magistrat abdiquait, ou tous les pouvoirs étaient réunis dans la main d'un dictateur.

Contre les degrés de la curie vinrent plus d'une fois se briser les tumultes du Forum et la puissance devenue exorbitante des tribuns. De la curie partait la déclaration et venait la direction de la guerre; postée comme en sentinelle au pied de la montée triomphale et non loin de la prison Mamertine, elle accordait le triomphe après la victoire et prononçait sur le sort des peuples vaincus, dont les chefs étaient étranglés pendant le triomphe dans cette prison.

Dans certains cas, la curie devenait, ainsi que la Chambre des lords, une cour de justice. Les sénateurs étaient des juges; ils déclaraient qui il leur plaisait ennemi du peuple romain. C'est à eux que

fut constamment abandonnée la dispensation du trésor public*.

Telle fut la curie pendant les quatre premiers siècles de la république. Quand le temps de son pouvoir et celui de la liberté qu'elle était chargée de défendre* furent passés, elle brûla.

La curie était dans un rapport étroit avec ce lieu si important par le rôle qu'il a joué dans l'histoire politique de Rome et dont on parle trop peu, le Comitium, où délibéraient les curies patriciennes, le Comitium, voisin, rival et aîné du Forum plébéien.

Il faut nous arrêter un moment à ces deux pôles de la vie politique des Romains, à ces deux endroits célèbres dont l'antagonisme local figure et manifeste cet antagonisme de la plebs et du patriciat, qui fut la fièvre cx)ntinue et la vie ardente du peuple romain tant que ce peuple vécut.

Rome vit un frappant symbole de la destinée des deux ordres. Il y avait sur le Quirinal, devant le temple de Quirinus*, deux myrtes sacrés appelés, Tun le Patricien, l'autre le Plébéien*.

Jusqu'au milieu du cinquième siècle, Tarbre patri-

« Cic, m Vat., 15.

* C'était (Gic, Pro Sett,^ 65) l'un des buts de rinstitution du sénat. Senatum reipublicte custodem, pnesidem, propugnatorem, coUoca- Terunt (majores)... plébiê Hbertatem ae oommoda tueri atque augere ▼ohierunt.

» Près des quattro ftnUane»

* PL, Hist. nat, xt. 35, î.

cicn poussait vigoureusement et se couvrait de feuillage; Tarbre plébéien, au contraire, était misérable et rabougri; mais, à partir de ce moment, alors en effet que la conquête de toutes les magistratures avait donné aux plébéiens un avantage complet sur leurs adversaires, ce fut Farbre patricien qui commença à dépérir et son feuillage à se faner.

Le peuple romain est le peuple de la guerre. Maintenant qu'il existe réellement par la fusion des Latins et des Sabins, à laquelle ont travaillé, chacun à sa manière, les prédécesseurs du dernier Tarquin, et qu*a consommée Tœuvre accomplie en commun de son renversement, le peuple romain va commencer à la fois deux guerres d'où naîtra sa grandeur : Tune au dedans, l'autre au dehors; Tune dans son propre sein entre les plébéiens et les patriciens sortis des deux races qui le composent, guerre au fond de Latins et de Sabins, guerre autant de nationalités que de classes; l'autre à Textérieur contre les Latins, les Sabins et les ^ j|Uires peuples sabelliques habitants des montagnes les 'p4us voisnies, de ces montagnes qui bornent la vue par un si majestueux horizon, et qui semblaient devoir borner la conquête romaine; mais elles ne la bor- Mèrent pas.

L'imposante barrière qu'elles lui opposaient fut la-, borieusement et victorieusement franchie. Le peuple romain transporta bien au delà de ce splendide horizon rhorizon lointain de sa puissance.

Je suivrai le peuple romain dans ses premières conquêtes, qui furent les plus difficiles et les plus longues, car de Rome Tœil peut en embrasser au moins en grande partie le théâtre. Mais j'aurai à raconter d'autres combats et d'autres conquêtes, et je dois aussi déterminer le théâtre de ces combats que les plébéiens livrèrent aux patriciens.

Ce théâtre, ce fut le Comitium, le Forum et le champ de Mars.

En effet, chacune des assemblées, et, comme on disait, des comices dans lesquels intervenait en tout ou en partie le peuple romain se tenait dans un lieu distinct.

La nature et le jeu de ces assemblées se conçoivent mieux quand on distingue et précise avec soin les lieux divers qui leur étaient assignés. Il y a là, comme je Tai dit plus haut, une topographie à faire, aussi utile pour bien saisir la marche d( s institutions romaines qu'une autre étude topographique est nécessaire pour suivre les progrès de leurs armes.

Je parlerai d'abord du Coinitium.

Le Comitium * était au pied du Capitole, à Touest du Forum* et plus élevé que lui, en avant de la cu-

* De coire ou cumiref se réunir, se rassembler, terme consacré pour les réunions politiques.

* La plupart des auleurs l'ont placé à rextrémilé opposée du Forum, et cette erreur était naturelle, car plusieurs passages indiquent le siège du préteur, qu'on ne peut séparer du Comitium, comme voisin du PiUeal de Uùon, qui élait certainement à cette extrémité, près de

rie*, où le sénat se rassemblait; de ce cjté (au nord), on y montait par des marches; du côté Ju mont Capitolin (à Touest), il était de plain-pied avec la base de la colline*. Le Comitium était découvert*, car la pluie y pouvait tombera Les rudes patriciens qui tenaient là

rare de Fabius, à rentrée orientale du Forum. On n'avait pas remarqué que les passages qu*on citait se rapportaient tous à une époque où le siège du préleur avait été déplacé et transporté par Libon luimême (150 ans avant J. C.) d'un bout du Forum à l'autre. C'est ce qu'avait vu M. Mommsen et qu'a démontré avec une netteté de logique qui ne laisse rien à désirer H. Dyer.

* La statue d'Attius Nœvius, placée sur les degrés du Comitium, était à gauche de la curie (fit. Liv., i, 36), et si près d'elle, que la base de la statue fut endommagée par l'incendie qui au temps de Cicéron consuma la curie. (PI., Bût. nat.t xxxtv, il, 2.) H s'agit de la curia Iloslilia, qui touchait à la basilique Porcia. Le Comitium élait donc très-proche de la curie.

* C'est à cause de l'élévation du Comitium que Denys d'Halicamasse dit (i, 87) qu'il était dans le lieu le plus élevé du Forum romain (c'est le sens de xponlrrii, mot que Denys emploie aussi pour désigner la Velia) (m, 1); et il s'agit bien ici du Comitium, ctr il s'agit du lion de pierre qui indiquait, selon quelques-uns, la sépulture de Eomulus, et cette sépulture était dans le Comitium, (Fest., p. 177.)

' On avait cru voir dans un passage de Tite Live que le Comitium était couvert. Becker {Oandb., i, p. 275-6) a montré qu'on s'était trompé.

* Il est parlé de pluie de sang et de pluie de lait dans le Comitium. (Tit. Liv., XXXIV, 45; Jul , 0*#., 83, 103.) On n'aurait pas cru à ces pluies fabuleuses dans un lieu à l'abri des pluies véritables. Le Comitium était même un lieu de passage que traversaient les soldats et où un centurion pouvait faire iaire ime halte. (Tit. Liv., v, 55.) Le figuier ruminai y avait été transplanté, on disait miraculeusement, par l'augure A. Nsevius. Selon Pline, il y avait poussé natureUement. (Hitt.

leur séance n'avaient pas peur de la pluie, bien qu'à Rome elle ne soit pas l'are et dure souvent plusieurs semaines.

Quoique le lieu d'assemblée des patriciens fût entièrement distinct du Forum, qui, dans Torigine, n'était que le marché, la place publique fréquentée par les plébéiens; dans l'usage le Comitium était parfois considéré comme faisant partie du Forum. Ce mot était pris alors dans un sens général et désignait tout l'espace compris entre le Capitole et la Velia.

Le Comitium avait-il la même largeur que le Forum* proprement dit? Il était assez vaste pour que Calon pût y jouer philosophiquement à la balle le jour où il fut repoussé de la questure.

Aux deux angles du Comitium et dominant le Forum*, on plaça plus tard, quand les guerres sa mni tes mirent les Romains en rapport avec Tllalie méridionale, la statue du législateur de Crotone, Pythagore, et de l'auteur de l'expédition de Sicile, Alcibiade*.

nat., XV, 20, 3.) Cet arbre était devant le Comitium, à c6té de la curie. (Den. d'iial., m, 7i.)

> La curia Julia, que je crois en rapport avec la basilique Julia, donnait sur le Comitium. (Dion. Cass., xlvb, 10.)

• 'Eiti riii kyop&i. (Plut., Num,, 8.)

' Ces statues en bronze subsistèrent jusqu'au temps de Sylla. (PL, Bût. nat., xwu?, 12, 1.) Les portraits de PyUiagore, lois que celui qu on voit dans le musée du Capitole, n'ont aucune aulltenticité. H y a un buate et une statue d'Alcibiade au VaUcan.

Vers le Capitole, le Comitium était dominé luimême * par la plate-forme sur laquelle un autel avait été élevé à Vulcain, et qui s'appelait le Vulcanal.

Sur cette plate forme furent construits plus tard divers monuments, et parmi eux un temple de la Concorde *, remplacé par un autre dont l'emplacement encore visible est une indication certaine de remplacement du Vulcanal *.

* Fest., p. 290. Le Vulcanal était éle^é àe peu au-dessus du Comitium. (Den. d'Haï., ii, 50.)

• Varr., De l lai., ▼, 5-6. De plus, la basilicpie bâlie par Opimius, auteur d'un temple de la Concorde, et qui de son nom s'appela basilique OpinUa; le Senaculum, lieu où les sénateurs se réunissaient avant d'entrer en séance, et qui, pour cette raison» devait être près de la curie; enfin la Graecostase, dans laquelle d'abord les ambassadeurs grecs, puis tous les autres ambassadeiurs, attendaient d'ôtre présentés au sénat, et qu'il faut se garder de reconnaître avec les ciceroni arriérés dans les trois colonnes du temple de Castor. On voit que les dépendances de la curie se trouvaient sur le Vulcanal, ce qui s'explique très-bien en les plaçant auprès d'elle, et rend impossible de mettre entre eUe et lui toute l'étendue du Forum. Une autre preuve de la vraie position du Vulcanal peut être tirée du lotus (PI., Hist. nat., xvi, 86) qui avait poussé sur la plate-forme de Vulcain, et dont les racines plongeaient sous terre jusqu'au Forum de César, qu'elles n'auraient pu atteindre, et même être supposées atteindre, si eUes avaient dû pour cela passer sous tout le Forum romain.

> L'étendue du Vulcanal devait être assez conâdérable, puisqu'on supposait que Romulus et Tatius avaient pu y tenir un conseil composé de leurs sénats respectifs. (Den. d'Haï., n, 50.) Cette remarque est de M. Dyer; on peut donc supposer l'aire de Vulcain au moins égale au temple de la Concorde, dont l'emplacement a été reconnu, mais n'est visible qu'en partie, parce que les fouilles qui Font mis à

De là les consuls consultaient les curies assemblées; là était le tribunal, où, suivant la tradition, Romulus avait siégé rendant la justice dans Tendroil le plus en évidence du Forum.

Là devait siéger le préteur*.

Cette dignité, réservée dans l'origine aux patriciens, était spécialement leur création, car ils Tavaient instituée comme un dédommagement quand ils durent partager le consulat avec les plébéiens.

Le tribunal était donc à sa place, au-dessus du Co* mitium, lieu d'assemblée des patriciens, et prés de la curie, lieu des séances du sénat. C'est pour cela qu'il est dit qu'on s'assemblait dans le Comitium pour le jugement des causes.

Je ne crois pas que les plaideurs plébéiens y aient été d'abord admis. Sans doute le client y était représenté par son patron; dans le principe, les patriciens, seuls en possession de la science du droit, pouvaient seuls plaider*.

jour ont été' arrêtées par la rampe moderne du Capitole, au delà de laquelle il s'étendait plus au nord, derrière la prison Mamertine.

* Le tribunal du préteur est souvent indiqué comme placé dans le Comitium; mais tout tribunal étant très-éleyé au-dessus du sol (Pauly, Encycl.f n, 2000), on doit mettre celui du préteur sur le Vulcanal, là où la tradition plaçait le tribunal de Romulug.

* Le G<Mmtium s'ouvrait aux chevaliers, mot qui dans l'origine avait dés'gné surtout la portion aristocratique des anciennes tribus, même après l'époque où les chevaliers, qui n'avaient plus de cheval, lurent des financiers et des femàsn généraux. Comitium locus propter senalum

IL ti

La principale destination du Ck)mitium était de reœvoir les comices par curie, c'esl-à-dire l'assemblée des patridens.

Malgré la constitution de Servius qui avait institué le \ote par centurie et lui avait donné pour base la richesse, le vote par curie n'avait pas été aboU, mais seulement restreint.

Les centuries comprenaient tous les citoyens; les curies n'étaient composées que de génies patriciennes; dles se rassemblaient dans le Comitium.

Chaque curie avait une voix qui exprimait l'opinion de la majorité de ses membres '.

Toutes les curies n'auraient pu tenir dans le Comitium; il est probable que chacune d'elles y envoyait seulement le nombre de chefs de gentes nécessaire pour la représenter.

Le système représentatif n'était pas selon les habitudes de l'antiquité, qui ne concevait guère que l'intervention directe des citoyens dans la chose publique. Ce fut une des causes qui amenèrent la chute de la liberté dans Rome, trop agrandie pour pouvoir faire ses affaires elle-même. Mais ici la condition des lieux dut conduire à une représentation des curies, et forcer à l'admettre.

quo coîre equitîbus populoque romano licel. (Pseud. Asc , in Cic . fejr., n. i, 59.) « Den. dUaU, iv, 12; Gôllh, B. Verf,, p. 155.

Dans les comices par curie, le principe de famille, de race, subsistait ^

La curie, comme raristocratie» était originairement Sabine, et le Ck)mitium, où les curies se rassemblaient, était le lieu où les Sabins s'étaient autrefois rassemblés. Dans*le Comitium, l'ancien esprit aristocratique et l'ancien esprit sabin étaient i^etranchés au pied du Capitole, qui avait été sabin.

Aussi, quand les comices par curies ne es tenaient pas dans le Comitium, ils se tenaient sqr le Capitole, devant la curia Calabra *. Ceux4à avaient pour objet des élections sacerdotales, l'annonce des phases du mois qui déterminaient Tépoque des fêtes, et les déclarations testamentaires qui se liaient à la religion ^ ils étaient présidés par les pontifes.

Le Capitole avait été avant Tarquin èf même avant Romulus un mont consacré par la religion. Ëvandre, dans Virgile, parie déjà de la religion du tieu.

Il y avait une grande différence entre le Forum et le Comitium; le Forum avait une tribune, le Comitium n'en avait pas.

Les comices aristocratiques par curies, qui se tenaient dans le Comitium, allèrent tocgours perdant de

* Cum ex generibta hominum suflhigium feratur cariata Comitla cm. (Gell., XT, 27. 4.)

• Us 8'appelaient Comitia Calata.

' Par les iocra de famille, dont riiériticr acceptait ou rachetait l'obligatioa.

leur importance, et les comices démocratiques par tribus, qui se tenaient dans le Forum, en acquirent toujours une nouvelle. Le triomphe graduel du Forum sur le Gomitium, c'est toute Ihistoire de la république romaine.

Les curies étaient muettes. Le consul venait sur le Yulcanal de la part du sénat proposer un projet de loi (senatûs consultum). D'ordinaire elles approuvaient ou rejetaient sans discussion, et le sénat confirmait, autorisait. La parole est la vie des assemblées : le silence du Comitium fut encore une cause de Tinfériorité des comices par curies et de leur décadence.

Ces comices, abandonnés parce qu'ils ne comptaient presque plus pour rien, et que la loi Publilia força dapprouver les lois avant qu'elles fussent portées, finirent par se composer de trente licteurs qui représentaient les trente curies S

En fait de fiction représentative, il faut désespérer de fair^ mieux.

Les comices généraux du peuple romain, les comices par centuries, se tenaient dans le champ de Mars. C'est que l'assemblée des centuries était une assemblée militaire; elle s'appelait l'armée {exercitus). C'est pour cela qu'elle se formait hors de la ville, hors du Pomserium, enceinte sacrée de Rome; car Tarmée était soumise à limptriumy ce pouvoir formidable

* Cic, L Agr,, u, 12.

que les consuls ne pouvaient exercer dans la ville. Le champ de Mars était bien choisi par les comices de cette armée qui votait. Le vote avait lieu près de l'autel de Mars *.

Les aruspices étaient entre les mains du consul faisant fonctions de général, qui présidait aux suffrages dans le Tabemaculumy ce qui voulait dire la tente \

Sur Tordre du consul, et au son de l'antique trompette du Latium, la corne de bœuf, qui les appelait du haut des murs comme s'il se fût agi de marcher à l'ennemi, les citoyens se rendaient au Septa'.

* Un passage de Tite Live (xl, 45) fait voir que Tautel de Mars était Toisin des Septa, ComitUs perfectis, ut traditur antiquitùs, censores in campo ad aram Martis consederunt.

* C'était aussi le nom du lieu que choisissait Taugure dans Vespace qu'il avait déterminé et qu'on appelait le Templum. (Gie., De IH9-, n, 35.)

* Nibby (A. ont, n, p, 837) place les Septa au palais Doria, et nna en donner la preuve; on peut déterminer leur emplacement avec plus d'exactitude qu'on ne le fait en général. La villa Publica était à cAté des Septa. (Varr., De R. A., m, % 17.) Or elle était très-proche du temple de Bellone (Tit. Liv., xxx, 21; xxini» 24), comme s'en aperçurent les sénateurs rassemblés dans ce temple quand leur séance fut troublée par les cris de quelques milliers de prisonniers de guerre que Sylla faisait égorger dans la villa Publica. Le temple de Bellone était voisin de la partie occidentale du cirque Flaminien. (Ov., Fast^ vi, 201 et suiv.) Près de là était donc une extrémité des Septa ; l'autre est indiquée par Véglise de la Minerve. En elfet, Juvénal parle d'un temple d'Isis qui était proche des Septa (Juv., Sat^ yi$ 529), et on a trouvé une grande quantité de statues égyptiennes dans les environs de l'église de la Minerve, une Isis en basalte, l'obélisque de la place de la Minerve, les deux beaux lions portant le nom de Nectanebo, cidevant à la ftmtana fklice, aujourd'hui au musée du Vatican.

3t26 L'UISTOIRB ROVAIMB A ROME.

Ce hodi de Septa ou son synonyme Ovile (parc de bergerie) désignaient une enceinle en bois où les ?otants avaient seuls le droit d'entrer et où se tenaient les comices militaires et rustiques de Rome, à son origine, ville de pâtres et de guerriers.

On construisit pour la vérification des suffrages^ mi monument considérable appelé Diribitoriumy mais oe fut sous Auguste, quand le suffrage ne signifiait plus rieb.

Alors on remplaça aussi les planches du Septa par de sup(^bes portiques. César eut la pensée de cette magnifique ironie*, elle fiit complétée sous Auguste et Tibère».

L'usage se conserva toujours de passer sur un pont ^ pour aller voter, afin d'éviter ainsi la confusion. Marins fit faire le pont plus étroit pour rendre la régularité des suffrages plus grande et leur captation plusdiflicile.

* Pendant le vote, les diribitores marquaient par des points le nombre des Toix qu* obtenait chaque candidat. Avoir tous les points, c'était passer à runanîmilé, avoir un succès complet. De là ce vers d'Horace :

Omne toUt punctvm qui miscoit utile dolci.

•Cic, id AW., IV, 16.

* 0. Ctss , un, Î3; lv, 8. La forme des Septa Jolia a été conaertée par des fragments du plan de Rome antique qu'on folt dans l'escalier du musée Capitolin.

* Grocdrius {De Corn. A., p. ISO) pense qu'il y avait trente-cinq ponts, un pour chaque tribu. L'origine de ces ponts était vraisembla* blement la néces&iié de franchir on petit cours d'eau aj^lé PetiwAè

Mais ce n'est pas par des précautions matérielles qu'on peut remédier à la corruption des âmes.

Le Romain qui avait dépassé Tâge de porter les armes perdait le droit de voter, comme ayant cessé d'être citoyen le jour où il cessait d'élre soldat.

De là cette expression proverbiale : les sexagénaires sont précipités du pont, allusion enjouée à une tradition sinistre.

On disait que dans les temps antiques, à Tépoque des sacrifices humains, on précipitait du pont Sublidus, qui n'existait probablement pas alors, les vieillards âgés de soixante ans.

Peut-être aussi le proverbe politique avait-il fait imaginer la tradition.

Celte coutume de tuer les vieillards, qu'on a trouvée chez certains peuples sauvages, attribuée par les Romains à leurs aïeux, montre qu'ils croyaient à un âge de sauvagerie primitive dans le Latium.

Je suis porté à penser qu'ils avaient raison.

Près des Septa était la villa Publica \ dont le nom indique Torigine rustique; c'était une villa, c'est-àdire, à cette époque, une ferme que l'on construisit

* Elle était assex près des Septa pour pouvotar être confondue avec eux ; car c'est en faisant allusion aux prisonniers égorgés dans la viUa Publica par ordre de Sylla que Lucain a dit :

Misera maculavit ovilia Roma».

Les Septa étaient à la droite de la viUa Publica (Yarr., B. B , m

328 L'HISTOIRE ROVAINE A ROME.

dans le champ de Mars pour servir de dépendance aux Septa.

On y faisait les enrôlements et les recensements*. Les augures s'y tenaient pendant les élections. Plus tard on y logea les ambassadeurs.

Au temps de Varron, elle était déjà d'une certaine magnificence, ornée de peintures et de statues*.

L'origine de la villa est liée à Vorigine de la censure. Peu d'années après Tinslitution de cette magistrature, la construction de la villa Publica fut ordonnée parles censeurs*.

Tite Live dit qu'alors le recensement du peuple (census populi) y eut lieu pour la première fois.

Le recensement était beaucoup plus ancien; il remontait à Servius Tullius. Cela ne peut vouloir dire quune chose, c'est qu'alors il fut fait pour la première fois dans la Villa Publica.

La censure devait être fort ancienne, car tout porte en elle le caractère de la simplicité primordiale et de la vie rustique.

* Ubi cohortes ad delectum consul! adducf œ considant, ubi arma ostendanl. ubi censores censu admiltant populum. (Varr., R, Rust.. m, 2.)

• Varr., R, Ruit», m, t. Une médaille du temps d'Auguste la représente avec un portique à deux étages. (Nibb., A.tfn/., ir, p. 843.) C'est sans doute sous ce portique que Varron attendit avec son ami Arius que leur candidat eût obtenu dans les Septa les honneurs de l'édiUlé. Vis potins vills Public» utemur tcm^rd. (Varr., ilrid.)

» Tit. Liv., iT. 22

L'estimation des biens de chacun^ se faisait dans un édifice appelé Villa, la fermey près du parc aux moutons.

Le recensement, et la lustration qui venait après, se rapportent aux habitudes pastorales d'une société naissante* Le mot censere lui-même s'appliquait dans Torigine aux troupeaux*, et les bergers romains faisaient la lustration de leurs taureaux*; ils purifiaient leurs brebis à la fête de Paies *, tîomme ils les font encore asperger d'eau bénite à la fête do saint Antoine.

11 n'est pas jusqu'à l'animal immonde dont on a fait, je ne sais pourquoi, le compagnon de ce grand solitaire, qui ne joue son rôle dans le lusirum du champ de Mars.

Avant de prononcer une bénédiction solennelle sur le peuple romain ', les prêtres promenaient autour de l'assemblée un cochon, une brebis et un taureau; puis ils les immolaient.

* Cette e. tiroation se faisait sur la déposition des contribuables; elle était contrôlée par les tables des censeurs, qui pouvaient élever le chiffre de la taxation s'ils le jugeaient à propos. (Den. d'Ual., ix, 30.) La terre n'était pas taxée seule comme on l'a cru; la preuve en est dans ce passage de Feslus : In sutimatior.e cemoria m$ infectum rudus appellatur.

* Gensere numerum gregis, dit Golumelle. » Lustrare juvencos. (Tibulle.)

* La purification des animaux a\ait pour but d'écarter d'eux toute influence Tuneste. C'était aussi le but d: la lustration du peuple romain.

'Carmen solemne precationis. (Val. ^as., vr, 1, 10.)

530 L'HISTOIRE ROMAINE A KOMB.

Ce choix des trois victimes désignait les trois épo« ques de la société primitive. Le cochon, Tâge le plus ancien de celte société quand Thomme habitant les forêts non encore défrichées, n*a d'autre ressource que la domesticité errante de ce compagnon de la vie du chasseur au sein des bois, où il se repait du gland des chênes, première nourriture de l'homme, suivant la tradition antique.

La brebis représente l'âge pastoral, qui vient ensuite quand la forêt commence à faire place au pâturage.

Enfin le taureau ou le bœuf représente Tâge agricole, qui conduit à la civilisation par la propriété.

De plus, la lustration qui accompagnait le recensement parait avoir une origine sabine.

Nous avons déjà vu que les puriûcations étaient venues à Rome des Sabins ou des Étrusques par les Sabins. On peut en dire autant des différentes iêtes dans lesquelles on puriQait la terre ^ et ses produits, les ambarvalesy les céréales^ les pagandes*.

Tout cela était sabin d'origine.

La Imtrationj qui accompagnait le recensement, devait l'être aussi.

D'autre part, si Ton se souvient que le roi qui fit

' On purifiait la terre par des lustrations avant les semailles et avant la moisson.

3 » . Pagum lustrale coloni

/Ov.. FaU„ I, 6G9.)

du cens le principe de la constitution romaine, bien que venu d'Éfrurie et probablement d origine sabellique, savait quelque chose des sodétôs grecques par Tltalie méridionale, on peut retrouver dans le recensement tel qu'il l'institua une autre imitation de la Grèce et de S()lon^ De plus, comme nous avons vu Hastama choisir des temples pour y constater par des offrandes de nature différente ce que nous appelons le mouvement de la population, nous voyons aussi les magistrats chargés d'opérer le recensement de la fortune des citoyens déposer dans un temple les tables qui contenaient les résultats de cette statistique officielle. Les tables du cens se conservaient dans le tem^^ des Nymphes*, c'est-à-dire le temple des Camènes, divinités sabines. Ce choix remontait sans doute à Tépoque où les rois étrusques avaient pour Taristocratie de Rome, presque mtiérement sabine; des ménagements que j'ai signalés, et dont le choix fait par Servius TuUius de (rois temples consacrés à des divinités sabines pour contrôler le recensement nous a fourni un exemple. La censure fut une magistrature patricienne que les patriciens ne partagèrent avec les plébéiens qu'au bout d'un siècle, et qui, bien qu'inférieure hiérarchiquement au consulat' et à la préture, n'en eut pas

' Le Tl/itifia de Solon était très-analogue au censu* romain.

• Cic, Pro Mi/., 27.

' C'était d'abord le consul qui faisait le recenittment; la censure,

moins ua caractère tout spécial de majesté et d'autorité.

Le censeur était vêtu de pourpre *; un licteur marchait devant lui, et, tandis que les autres magistrats prêtaient serment aux lois devant le temple de Castor en se tournant vers le Forum, il le prêtait sur le Capitole *. Au lieu de répondre de lui-même au peuple, il ne traitait qu'avec Jupiter.

Les censeurs louaient les terres du domaine public, qui s'appelaient toujours des pûturagesy en mémoire de leur destination primitive, percevaient les impôts, affermaient certains revenus de l'État, mauvaise méthode, trop pratiquée dans Tancienne Rome et trop conservée dans les Appalti de la nouvelle.

Us étaient aussi chargés d'appliquer les ressources du trésor à diverses dépenses de la république, parmi lesquelles je noterai seulement celles qui concernent un des principaux objets de ces études : les monuments publics et surtout les temples, que des particuliers ou des sociétés (societates) prenaient à Tentreprise.

La grande place que les anciens assignaient avec rai-

aussi bien que l'édilité curule et la préture, fut, comme Ta remarqué Niebuhr, une portion de Tautorité consulaire que les patriciens en détachèrent quand ils commencèrent à craindre qu'elle ne leur échappât tout entière.

* Polyb., VI, 53.

• Tit. Uv., XL, 40.

son aux mœurs dans la société politique conduisit les Romains à conférer au censeur des pouvoirs qu'à juste titre nous jugerions exorbitants. Qu'il pût chasser un sénateur du sénat et un chevalier de sa tribu, rien de mieux, et de telles épurations, si elles étaient possibles, seraient parfois foi t nécessaires; que le mauvais traitement des esclaves fût châtié, rien de mieux encore; mais les censeurs punissaient d'ignominie des fautes privées sur lesquelles il n'appartient qu'à la conscience de prononcer et non pas à l'État, parce que l'État n'a pas l'infaillibilité de la conscience; ils punissaient, ce qui est plus grave, des actes irrépréhensibles et dont personne n'a le droit de demander compte au citoyen : le choix d'une profession, comme celle de petit marchand ou d'acteur; les arrangements de la vie privée, comme la préférence donnée au célibat sur le mariage.

C'était là une véritable tyrannie et une tyrannie tracassière à laquelle les Romains se soumettaient, et pourtant ils avaient plus le sentiment de la liberté que tels hommes qui demandent seulement au pouvoir absolu de n'être point tracassier.

Ils ne refusaient rien au despotisme de la loi, mais n'en voulaient supporter aucune autre.

Ce n'était pas assez sans doute.

La législation ne doit pas être oppressive, et la liberté d'un citoyen ne doit avoir d'autres restrictions que la protection de la liberté des autres citoyens*

354 L'UISTOIRE ROMAINE A ROME.

Mais des lois oppressives peuvent être corrigées par d'autres lois ou abolies avec le temps, et c'est ce qui est arrivé en partie à Rome pour la censure. D^ailleurs, il est parfois pénible, mais il n'est point honteux de se soumettre à la rigueur excessive d'une loi qu'on s'est imposée à soi-même.

*Ce que les Romains jugeaient dégradant pour la nature humaine, c'est d'abdiquer la liberté dans les mains d'un homme. C'est de mettre une volonté à la place de toutes les volontés. Cela ils l'eurent toujours en horreur et en mépris. C'est pourquoi la censure confiée à des magistrats dont l'autorité était temporaire, et qui appliquaient des lois auxquelles tous avaient mis la main, que chaque jour on pouvait changer, fut à Rome entourée de respect, tandis que ta censure chez les modernes, qu'elle porte ce nom ou qu'elle en porte un autre, bien qu'elle ne s'immisce point dans les actes de la vie privée et se borne à faire dépendre du bon plaisir d*un homme ou de plusieurs la liberté pour les citoyens de manifester leur pensée, a été flétrie par le sentiment public toutes les fois qu'il y a eu un sentiment public. La censure de Caton et la censure de la police sous le premier empire, je le demande à tout lecteur de bonne foi, lui semble-til que ce soit le même mot?

A Rome, où le caractère religieux se montre partout, la plupart des magistratures étaient dans un rapport particulier avec un temple. Nous venons de le

voir pour les censeurs, dont les registres se conservaient dans le temple des Nymphes.

Nous le verrons pour les édiles attachés au temple de Gérés; nous allons le voir pour les questeurs.

Le rapport des questeurs était avec le temple de Saturne, parce que là se trouvait le trésor public (serarium), et qu'ils étaient chargés de plusieurs soins qui concernaient ce trésor ^

Le nom des questeurs (quxsitary celui qui recber* che) avait le même sens que celui des modernes in* quisiteurs. ïb étaient de deux sortes : les accusateurs publics et les gardiens de la fortune de TÊtat. Ces deux sortes de questeurs sont dits avoir existé sous les rois.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que les seconds remontent aux premiers temps de la république, que leur principale fonction fut de veiller au trésor de TËtat déposé dans le temple de Saturne et aux sénatus-consultcs conservés dans TiErarium.

Les questeurs furent d'abord patriciens et désignés par les consuls; mais il importait trop aux plébéiens d'avoir Tœil sur le maniement des finafices publiques pour qu'ils ne voulussent pas être aussi représentés dans la questure. Ils obtinrent en 353 que les ques-

* Par exemple, de fournir à la dépense des envoyés étrangers que la république défrayait. Quelquefois ceux-ci donnaient un «biflre de leur escorte plus élevé qu'il n'était réellement et que démontraient kB registres de TiErarium : Servos norem se professi sunt habere, ohued sine comité venissent. (Cic, Pro FlacCt iS.)

556 L'UISTOIRE ROMAINE A ROME.

^ teurs seraient à Tavenir pris indifTéremment dans les deux ordres, et en 345, sur quatre questeurs, il y en eut trois de plébéiens.

La questure était la moins élevée de toutes les magistratures; cependant on parait avoir voulu la relever par quelques prérogatives. C'était dans les mains des questeurs que la plupart des magistrats prêtaient serment devant la porte du temple de Saturne S dieu de la bonne Foi antique de Tàge d'or.

Celaient les questeurs qui allaient chercher les enseignes militaires dans le temple du dieu pacifique, où on les conservait tant que durait la paix, et les por-

^ le trésor y était encore au temps de Plutarque (Publ^ il); il n'y a donc aucune raison de supposer, comme fait Becker {Handlf.f i, p. 517), qu'il fut transporté dans le Tabularîum, c'est-àniire dans les archives. On y put transporter les tables des Édiles, qu'on dit avoir passé du temple de Gérés au Gapitole; car le Tabularium était sur le C'jpitole, mais le trésor resta toujours dans le temple de Saturne. C'est là que César le trouva et le vola. Ce temple, placé entre le Gapitole et le Forum, à Vextrémité du viens Jugarius, était consacré à Saturne et à Ops, la déesse de la richesse. Quelquefois, quand il s'agissait du trésor, on Tappellait seulement temple d'Ops. (Gic, PhiLf I, 7; n, 14.) Dans la partie secrète du temple était sans doute le tréiûr pku êoétUf sanctius «rarium, où Ton mettait à part le produit de l'impôt appelé le vingtième (Tit. Liv., nvn, 10), pour les plus extrêmes nécessités; ce fut celui que le consul Lentulus ouvrit avant de quitter Rome. (Cses , Bell dv , i, 14.) Hais il en restait un autre plus considéiahle, que personne n'avait ouvert et dont César fit briser la porte. On voit que l'un des partis ne ménageait pas plus que l'antre le trésor public dans l'intérôt de la guerre civile. Mais le conmû était dans la légalité, car le sénat, entre les maint duquel était la def de l\£rarium« avait pu la lui remettre.

taient dans le champ de Mars pour les donner aux légions qui allaient combattre ^

Celui des questeurs auquel le sort avait assigné pour province la ville de Rome avait particulièrement soin du trésor. Comme les censeurs, il affermait les travaux publics, dont Tadjudication avait lieu dans }û Forum.

Il faisait élever, par ordre des consuls, des statues aux citoyens qui avaient mérité cet honneur*.

Enfin les serviteurs publics attachés aux questeurs devaient se présenter devant le temple de Saturne le jour où ces magistrats entraient en charge, et qui n'était pas le même pour eux et les consuls.

L'importance de ce temple, par rapport à la législation romaine, était grande; car un sénatus-consulte n'avait force de loi que lorsqu'il y avait été régulièrement déposé*. Cette formalité essentielle était pour les Romains ce qu'est pour nous Tinsertion au Bulletin des lois*.

* Tit. Liv., III, 69. Dans un autre endroit, Tite Uve (vu. 23) dit que les enseignes furent portées au temple de Mars, près de la porte Capène, où l'armée était rassemblée. Ici Topposition du temple de Mars au temple de Saturne marque encore mieux le caractère pacifique de ce dernier.

« Cic, Phil, II, 7.

^ Tit. Liv., XXXIX, 4.

* Môme après l'érection du Tabularium (archives), on voit (Suet , Aug.j 94) les sénatus- consultes portés à TiErariura. Peut-être considérait-on le premier comme une dépendance du second, ce que leur proximité peut expliquer.

n. sa

S38 L'UISTOIRË ROMAINE A ROME.

La prélure S cette charge la plus haute après le consulat, celle qui resta le plus longtemps exclusivement patricienne, nous ramène au Comitium et au Forum.

Le préteur était le représentant suprême de la justice. Son tribunal fut d'abord placé dans le Comitium, ou plus exactement sur la plate-forme qui le dominait et que Ton appelait le Yulcanal, plus tard transporté à l'autre extrémité du Forum *. Le préteur nommait les juges, qui, assis sur des tabourets, devaient émettre une décision touchant la cause qui avait été portée devant eux; puis le préteur pronon* çait le jugement.

Chaque année, en prenant possession du tribunal, le préteur publiait un édit, sorte de manifeste judi* daire dans lequel il déclarait ce qu'il conservait ou changeait dans la jurisprudence de ses devanciers. Par redit prétorien, qui faisait entrer Téquité dans le droit strict, la réforme et le progrès s'introduisirent comme inaperçus dans la législation romaine, et, grâce à un judicieux emploi de sages fictions, en modifièrent graduellement Tesprit sans en troubler brusquement îunité. Ulpien appelle ledit prétorien la voix vivante du droit civil.

L'édit du préleur était exposé dans le Forum, écrit

> Il est question du prmtor urbatuts, seul à l'origine. ^ Yoy. Dyer, Smitb's Dict., art. itafl, p. 7W.

d'abord sur le mur blanc de quelque temple, puis sur une planche blanchie (album).

Le nouveau préteur laissait intact le texte ancien et se bornait à récrire ce qu'il changeait et à écrire ce qu41 ajoutait.

Ce tableau était une image parlante de l'esprit de la légi^tion romaine , qui, lente à détruire et prudente à innover, transformait insensiblement^ mais eflaçait très-peu. Aussi cet édit s'appelait-il, ce qui est profond, perpétuel et annuel, c'est-à-dire durable et renouvelé.

C'est aussi l'esprit delà cour de Rome, mais elle est encore plus enchaînée à la tradition immobile du passé, elle a son édit perpétuel, mais elle n'a pas son édit annuel.

En face du jugement présidé par le préteur et rendu par des juges patriciens dans le Gomitium subsistait le vieux jugement populaire des centumvirs qui devait se tenir dans le Forum. Sous l'empire^ nous voyons un procès jugé par les centumvirs, dans la basilique Julia ^

Les centumvirs représentant les tribus* offrent de grandes ressemblances avec les héliastes d'Athènes et sont encore une imitation romaine des institutions de la Grèce, qu'on peut faire remonter, comme le pense Niebuhr, à Mastarna. Les anciens avaient leur jury%

* PI. Ep., V, 9 (21).

« p. Diac, p. 54.

> Le nom même des jurés rappelle que les l^éliastes n'étaient admis à juger qu'après avoir prêté un serment.

Les comices par curies étaient exclusivement aristocratiques, les comices par centuries étaient composés de la totalité des citoyens dont les votes comptaient en proportion de leur richesse; la pure démocratie eut aussi ses comices, dans lesquels la naissance ne constituait point un droit, la richesse ne donnait aucun avantage, mais le nombre était tout : on les appelait les comices par tribus.

Moins anciens que les deux autres, ils gagnèrent toujours en importance. Leurprogrès suit et manifeste Fascendant croissant de la démocratie dans la constitution romaine.

Les comices par tribus ne sont pas attachés invariablement à un lieu particulier : la démocratie n'aime point à s enchaîner par Tusage et par la tradition; instable et capricieuse de sa nature, il lui plait de changer de place aussi bien que de résolution. Aussi les comices par tribus se tinrent-ils quelquefois dans le Champ de Mars, comme les comices par centuries; quelquefois sur le Capitole, comme les comices patriciens*. Pourquoi le peuple souverain aurait-il respecté une prérogative et n'aurait-il pas voulu établir qu'il se réunissait là où bon lui semblait, que les lieux de réunion assignés aux autres assemblées pouvaient recevoir les siennes? Il n'osa cependant jamais usurper le Comitium, cet an-

* Til. Liv., xLin, 16. Ils eurent lieu aussi dans les prés Fiaminiend ^Tit. Liv., m, 54.)

LIEUX POLITIQUES DE ROME. 34i

tique domaine du vieux patriciat sabin *; et le lieu qu'il préféra pour ses comices, ce fut le lieu de tous temps ouvert à tous, le marché, la place publique, le Forum.

Le Forum, comment y mettre le pied sans voir apparaître les luttes des partis, les triomphes de la parole, toute la vie énergique et orageuse du peuple romain?

Déjà le lieu où il devait exister a été pour nous le théâtre du combat épique de Tatius et de Romulus, des Sabins et des Romains, puis de l'alliance inégale des deux rois et des deux peuples.

Le Forum était destiné à être bien des fois aussi, dans l'ordre politique, un lieu de combats et d'accommodements.

Ce n'est pas la faute des antiquaires si nous n'éprouvons point à le reconnaître autant d'embarras qu'à discerner la vraie place de la roche Tarpéienne et du Capitole; ils ont voulu déplacer le Forum , au lieu de le mettre où est le campo vaccino, le transporter à droite dans la rue desFenili, et, au lieu de le laisser allant de FOuest à l'Est, le placer en travers du Nord au Sud*.

* Au contraire, les tribus représentaient à leur origine l'ancien intérêt latin; quand les Latins étaient admis au droit de suffrage, c'est dans les comices par tribus qu'ils Texerçaient.

* Nardini, qui a remis le Capitole à sa place, est celui qui a ôté le Forum de la sienne, et a égaré jusqu'au sage Nibby. Piale a le premier redressé une erreur dont des fouilles plus récentes, entre autres celle qui a découvert la basilique Julia, ont achevé de démontrer l'énormité. Le docte Bunsen, Canina, et son adwrsaire acharné Becker, ont rendu impossible toute incertitude; une oppression ambiguë de Denys d'Halicarnasse (n, 66), qui dit que le Forum

342 L'fllSTOItlE ROMAINE A ROME.

Heureusement ces efforts pour troubler 1^ confiance des voyageurs n'ont eu aucun succès, et ceux-ci apprendront peut-être avec plaisir que, tout bien examiné, le Forum demeure où il était*

L'on peut déterminer avec beaucoup de précision rétendue et les limites du Forum.

Il commençait à TOuest au pied du Capitole; à TEst, où sa largeur était moins considérable, uncoude de la voie Sacrée qui descendait de la Velia (arc de Titus) le limitait. Sur son côté méridional se prolongeait la voie Sacrée jusqu'au pied de la montée triomphale du Capitole, un autre embranchement de la voie sacrée longeait la partie septentrionale* du Forum qui formait un trapèze* s' élargissant vers le Capitole.

est entre le Capitole et le Palatin, pouvait seule faire hésiter; mais, comme Ta justement remarqué Becker (Handb.y p. 218), cet auteur se corrige lui-môme en plaçant entre ces deux collines le quartier étrusque (v, 36). L'expression de Denys d'Halicamasse était surtout fausse poiu* Becker et ceux qui, comme lui, mettent le Capitole là où est la roche Tarpéienne; pour ceux qui voient le Capitole proprement dit dans la cime nord-est du mont Capitolin, les termes employés par Denys d'Halicamasse ont une certaine vérité; le Forum se trouve en effet sur une ligne oblique entre l'église d'Ara-Cœli et le Palatin; pour eux, la phrase de Denys d'Halicamasse est une preuve de plus de l'opinion qu'ils ont embrassé; pour eux, et pour^eux seuls, le Forum est, comme le dit aussi Denys d'Halicamasse, placé au-des-' êous du Capitole.

' On en a tix)uvé des fragments devant le temple d'Antonin et Faustine, et près de Tt^glise de Saint-Adrien. (Smith's, DicL of gr. tmd R. geoffr,, ii, p. 772,)

• Vitruve prescrit (v, 1) que la largeur d'un Forum soit égale aux

A l'endroit où le prolongement méridional de la voie Sacrée pénétrait dans le Forum, on y avait accès par une entrée à laquelle un arc de triomphe, le premier qu'élevèrent les Romains, l'arc de Fabius, donna son nom. Un passage de Cicéron ne permet pas de placer l'arc de Fabius ailleurs qu'à l'angle est-sud du Forum. « Quand, dit-il, près de l'arc de Fabius je suis poussé dans la foule, — on conçoit que parfois elle fut grande à ce point de jonction entre la place publique et une rue très fréquentée, — je m'en prends à celui qui est près de moi, et non à celui qui est sur le sommet de la Velia (arc de Titus) ^ d

Deux rues venant du Sud tombaient dans le Forum romain; l'une, suivant le pied de la roche Tarpéienne débouchait à l'extrémité Ouest du Forum, c'était le vicus Jugarius; l'autre un peu plus à TEst, et dirigée dans le même sens, venait aussi aboutir au Forum, c'était la rue des Étrusques (vicus Tuscus). Par la première on allait gagner la porte Carmentale, par la se* conde on se dirigeait vers le grand cirque, h travers le quartier étrusque, lequel devint un des quartiers les plus animés et les plus marchands de Rome, et aujourd'hui Test très-peu.

En revanche, du c6té du Nord on ne connaît pour

deux liera de la longueur; mais le Forum s'était formé tout seul pour satisfaire aux besoins des populations, et d'après la disposition des lieux, sans attendre le précepte de Vitruye. * Cic, pro Planc.fl.

S44 L'HISTOIRE ROMAINE A ROVE.

communiquer avec la populeuse Sabura, avec les élégantes Carines, qu'une rue partant du Forum, au-dessous de la Velia*; mais il devait en exister d^autres.

Des boutiques s'élevèrent sur les deux rues qui, lune au Sud, Tautre au Nord, bordaient le Forum dans sa longueur. Les premières s'appelaient les vieilles * (veteres), les secondes les neuves (novaî).

Les boutiques rappellent l'origine du Forum, qui fut d'abord un marché.

Les changeurs, les banquiers, les gens d'affaires, se réunissaient autour de ces arcs nommés janus^ sous

* En effet, cette rue est appelée par Denys d'Ilalicarnasse un raccourci; il y avait donc une route moins abrégée allant du Forum au pied de TEsquilui, sans doute celle qui plus tard traversa le Forum de Nerva, appelée le Forum de passage (Forum transitorium). De plus, il est fait mention de trois arcs nommés janus; Tun au commencement, l'autre au milieu, le troisième au bout du Forum. Vraisemblablement ces janus servaient de porte, ou étaient devant une entrée du Forum. La première et la troisième s'ouvraient à ses deux extrémités. Celle du milieu devait faire face à une rue qui conduisait à la Subura et aux Carines.

* Un passage de Gicéron nous fait connaître positivement que les vieilles étaient au sud et les neuves au nord du Forum, car il nous apprend que celles-ci étaient exposées au soleil et les autres à l'ombre, parce qu'elles avaient le soleil derrière elles; il suffit d'avoir eu à traverser le Campo Vaccina par un jour brûlant pour avoir senti toute la justesse de la remarque de Cicéron, faite par lui sans doute quand il descendait du Gapitole pour retourner à sa maison du Palatin. Voici ce passage important pour la topographie du Forum : a Ut ii qui sub novis solem non ferunt, item ille cum ssstuaret, veterum... umàram <st secutus. i (CiCy Acad, priort u, 22.)

lesquels en cas de pluie on pouvait trouver un abri. Ces janus formaient la bourse de Rome.

Il y en avait trois, tous placés sur le côté septentrio* nal du Forum*.

Tel était la configuration et Faspect ancien du Fo* rum. Avec le temps, des portiques Tentourèrent, les boutiques firent place à des basiliques ; trois temples seulement, ne l'oublions pas, celui de la Concorde, celui de Yespasien, celui de César, viment se placer à côté du temple de Saturne et du temple de Castor qu'on réédifia. On s'exagère souvent le nombre des édifices du Forum ; tous étaient alentour. On ne saurait trop le redire, le centre du Forum était libre et le fut toujours.

Il le fallait bien, car, sans parler des acheteurs, où eût été la place nécessaire pour les combats de gladiateurs, qui eurent lieu dans le Forum jusqu'à la fin delà république, avant qu'on eût élevé des amphithéâtres, et pour les réunions des plébéiens, les comices par tribus, dont je vais parler?

Et puis le Forum devint un lieu de promenade, comme le Campo Yaccino l'est encore le dimanche, pour les Romains; un lieu de plaisirs pas toujours honnêtes. Plante * nous apprend par quelles sortes de gens les différentes parties du Forum étaient fréquentées de son temps.

Les faux témoins abondaient aux abords du Comi-

* Horace [Sot,., n, 3, 18) parle d'im ^anu9 médius.

• Curcul !▼, 119 et suiv.

54« L'HISTOIRE HOMAINE A ROME.

tium OÙ Font jugeait les procès. Peut-être on en trouverait quelques-uns dans le voisinage de la curia Innocentiana.

Les menteurs et les glorieux se donnaient rendezvous près du sanctuaire de Vénus Cloacine (au nord du Forum) ; c'était là que venaient raconter leurs exploits faux ou véritables les bravi de la Rome ancienne, du côté de la Subura, autrefois habitée par les Ligures, cousins des gascons, et qui y avaient laissé peut-être quelques descendants.

Là aussi, non loin du temple de Vénus Purifiante, se traitaient certains marchés sous les auspices d'une Vénus moins pure et dont le culte était fort répandu dans le quartier voisin de la Subura. Du môme côté était le marché au poisson, dont Todeur, quand soufflait la Tramontane, mettait en fuite les plaideurs qui hantaient la basilique Portia, et où Ton faisait des pique-niques par souscription; c'était le Billy-Gate de Rome. L'extrémité orientale du Forum, le bas Forum*, était réservé aux honnêtes gens, aux riches, boni homines^ ceux qu'on appelle aujourd'hui Uomhii grossi. Les gens de bien préféraient ce bout du Forum que dominait la Velia, autrefois demeure des Sabins, ^eut-être par un souvenir de ce peuple probe, qui

* On appelait le côté opposé le sommet du Forum; celui-ci présentait peut-être un plan un peu incliné à partir du Capitole; le Miliarium aureum était in cajnte Fori, peut-être aussi appelait-on la tête du Forum la partie la plus noble, celle où se trouvait le Gomitiun).

LIEUl POLITIQUES DE ROME. S47

avait fourni àRome son aristocratie. On tonçoit que dans leur voisinage eût été à l'origine le rendez-vous des boni homines^ ce qui avait, comme les honnêtes gens^ le double sens de gens honnêtes et de gens comme il faut.

Un canal ou ruisseau traversait le Forum dans le sens de sa longueur, car il devait être un des affluents de la Cloaca Maxima;il devait être aussi en rapport avec le lac de Curtius, avant lequel il est immédiatement nommé. Au bord de ce canal se rassemblaient particulièrement les oisifs, les flâneurs ; ils en avaient pris le nom. On les appellaitl^ hommes du canal j canalicoIseS comme on dirait à Paris les habitués de la petite Provence. Ceux-là étaient, selon Plante, pleins de prétentions, confiants, bavards, malveillants, disant à propos de rien impudemment du mal d'autrui, quand ils auraient eu assez à en dire d'eux-mêmes. Il parait que, comme les habitués de la petite Provence, ces malveillants faisaient de la politique* au bord de leur

* GeU., Noet. ait, rr, ÎO.

* C'est ce qui résulte d*un passage de TeriuUien où, disant qu'il n'a pas l'ambition de jouer un rôle, qu'il ne court point après les places, il ajoute : Canales non odoro; je ne vais point flairer les canaux ; comme nous dirions Je ne vais point prendre \ent auprès des canaux. Ceci, en ce qui concerne la topographie du Forum, montre qu'au temps de TertuUien le Forum était traversé par plusieurs de ces canaux, et à cause du double sens du mot odorOt semble indiquer que les canaux, probablement mal entretenus an troisième siècle, ne sentaient pas bon.

canal, et que souvent c'étaient de pauvres diables ^

Près des boutiques vieilles se trouvaient les usuriers, comme ils abondaient du côté des boutiques neuves, ou étaient les trois janus. On voit que dans le Forum il y en avait partout.

Enfin derrière le temple de Castor, c'est-à-dire dans la rue Neuve, on rencontrait des gens avec lesquels il était bon de se tenir sur ses gardes. Plante en aurait dit autant aujourd'hui, j'imagine, des petites rues qui avoisinent le Forum.

J'ai suivi l'histoire du Forum jusqu'au siècle de Plante, qui nous en a fait pour ainsi dire la topographie morale telle que le génie observateur du poêle comique l'avait saisie. Revenons à sa topographie politique et aux comices par tribus dont le Forum était le principal théâtre.

Je crois que les premiers comices par tribus se tinrent dans le Forum et ne furent transportés dans le champ de Mars que lorsqu'ils se confondirent avec les comices par centuries *. Essentiellement démocratiques, leur lieu naturel était le lieu populaire par excellence, le marché. Nul monument ne fut jamais élevé à ces comices de la démocratie romaine, ils n'eurent pas même de septa permanents. Il fallait que le marché

' Canalicolœ forenses hommes pauperes, (sic) dicti quod circa canales fori consistèrent. (P. Diac, p. 45.)

* Les exemples que Ton cite des comices par tribus tenus dans le champ de Mars sont de la fin de la république.

restât libre pour la circulation et pour les combats de gladiateurs. Quand les comices par tribus devaient avoir lieu, on tendait dans le Forum des cordes qui figuraient transitoirement les planches du champ de Mars^ Je crois pouvoir déterminer quelle était la direction de ces septa mobiles ; je crois qu'ils étaient disposés dans le sens de la largeur du Forum, du midi au nord^, regardant la tribune sur laquelle siégeaient les tribuns du peuple.

Niebuhr pense que dans l'origine les patriciens ne faisaient pas partie des tribus . Dans tous les cas, vu leur faible nombre, ils y étaient fort isolés et y jouaient personnellement un faible rôle. Ils ne prenaient certainement point part aux comices démocratiques à Té-

* App. B. Civ.j m, 50. A l'époque de Cicéron, les septa du Forum étaient des treillis en bois, cancellos fori (Cic, pro Sest.t 37); mais on pouvait, quand besoin était, les enlever.

* Cicéron [De Div, u, 35) dit que le tonnerre entendu à gauche était un signe heureux partout, excepté dans les comices. Le préjugé populaire ne fut pas toujours conforme à cette opinion, mais on doit penser que Cicéron, qui était augure, connaissait les vrais principes de la science fulgurale. S'il en est ainsi, on ne saurait guère expliquer celte singularité qu'en supposant que les comices étant tournés Yers le nord avaient le couchant, qui était la région funeste, à leur gauche, tandis que le templum, comme le dit Varron, était tourné du côté du midi, et avait ainsi le couchant à sa droite ; je conclus donc de ce qu'établit Cicéron, q\ie les comices étaient tournés vers le nord. C'était la direction du Comitium et celle des septa du champ de Mars, ce devait donc être aussi celle des septa du Forum. En les plaçant ainsi, ceux qui y entraient pour aller voter avaient affranchir le canal; de là peut-être était venu TiL^age du pont qui figure dans les comices par tribus comme dans les comices pai' centuries.

550 L'HISTOIRE ROMAINE A ROKB.

poque OU les tribuns les faisaient sortir du Forum. Pour avoir une vue vive et vraie des luttes entre les plébéiens et les patriciens que je vab raconter, il faut toujours conserver devant ses yeux le Comitium et le Forum, tels qu'ils étaient. Le Comitium, plus élevé; «u-dessous de lui, le Forum, plus grand, entouré de boutiques, non consacré par les auspices. Dans le premier, les patriciens sont gravement assis; dans le second, les plébéiens sont debout. Le premier est calme comme un tiûbunal, le second est agité comme une multitude.

Parmi cette multitude, nulle distinction de race, de fortune ou d'âge ^; point de classe ou de corporation, mais seulement des individus ayant tous un vote d'égale valeur.

Les comices par tribus, qui n'étaient guère appelés dans Torigine qu'à prononcer sur des questions d'intérêt local ou à nommer des magistrats inférieurs, élevèrent chaque jour davantage leurs prétentions, et étendirent graduellement leurs prérogatives; les curies tombèrent dans l'insignifiance. Elles autorisaient toujours les décisions; mais leur sanction, dont on ne pouvait se passer, était donnée par elles avant que la loi fut votée. Les centuries elles-mêmes, cet autre privi-

* Cum ex generibus hominum suflragiura feratur euriata comitia esse; cum ex censu et aetaie, cenluriala; cum ex regionibus et locis, tribula. Lselius felix ap. Gell., xv^ 27,4.) Populus (pourp/e^^)... fim in tribus convocatus. (Gic, de Legg.t uh i^*)

lége, furent envahies, modifiées dans le sens démocratique, et leurs comices finirent par s'amalgamer avec ceux des tribus. La majesté du Comitium s'éclipsa, Tarmée du champ de Mars fut vaincue ou absorbée. La plebs du Forum resta seule debout, frémissante, indomptée, et, ce semblait, indomptable. Hélas! elle ne devait pas lélre. Quand on traverse aujourd'hui le Campo YûccinOy on traverse en quelques pas toute l'histoire de la liberté romaine. On va du Comitium où fut proclamée l'abolition de la tyrannie*, à Tautre extrémité du Fonim, où était le temple de César, qui la releva, et c'est par le Forum plébéien qu'on a passé.

La destinée politique du Forum suivit la destinée de la tribune. La tribune, c'était la parole de Rome, c'était l'expression et la garantie de sa liberté. La parole publique est l'âme d'un peuple libre. Quand elle se tait, ment ou flatte, quand seulement elle est timide, gênée, trop prudente, croyez que chez ce peuple les battements du cœur se ralentissent, que la frigidité des agonisants le gagne, et que s'il n'est sauvé par quelque remède héroïque, la mort n'est pas loin.

Je ferai l'histoire de la tribune; nous la verrons

* Selon Tite Live (i, 59), c'est à la multitude, c'est-à-dire aux plébéiciis, que Brutus proposa d'abord le bannissement de Tarquin; ils accueillirent cette résolution avec transport; mais Tite Live (n, 2) dit aussi qu'une loi portée par les curies prononça l'abolition de la royauté.

changer de lieu quand Rome changera de constitution et se déplacer avec le centre de la vie politique, suivant ce mouvement qui entraine toute chose vers le bas Forum. Elle y sera transportée par la main de César, et finira par être établie sur les marches du temple consacré au destructeur de la liberté, devenu dieu.

La première tribune était d'abord aussi loin que possible de l'extrémité orientale du Forum où devait s'élever le temple de César. La première tribune fut sur le Yulcanal, lieu élevé au-dessus du Comitium, où siégeait, dit-on, Romulus, et où siégèrent encore les décemvirs; elle était d'abord le tribunal^ nom qu'elle conserva toujours. De là le magistrat déclarait au Comitium la résolution de la curie, dontleComitium était comme le vestibule (senatus-consultum). Les curies acceptaient ou rejetaient sans que personne, sauf dans des cas très-rares, demandât la parole. Les curies n'eurent 'amais une tribune à leur usage; elles décrétaient, mais ne parlaient pas. La vraie tribune fut celle du Forum. On peut croire qu'elle naquit avec les tribuns. Jusque-là les plébéiens, comme ils n'avaient pas de chefs, n'avaient pas d'organe.

La tribune était dans le Forum * à Test du Comitium*, dont elle se trouvait rapprochée *, sans le tou-

^ In Foro. (Tit. Liv., viii, 14.) Il en fut toujours ainsi. Romanum Forum est ubi nunc rostra sunt. (Serv., jEn,, vin, 561.) • Ad Comitium. (Asc., ad Cic. Mil., g 12.) ' Autour de la statue de Servius Sulpicius, qui était placée sur les

cher pourtant*, sur le côté nord de Tespace qui embrassait le Comilium et le Forum, et entre les deux*.

rostres, un espace de cinq pieds en tou$ tem avait été réservé pour que lui et ses descendants pussent de li assister aux combats des gladiateurs. Il y avait donc au moins un espace de cinq pieds entre la tribune et le Comitium. (Cic, Phil.y ii, 7.)

' C'est ce que prouvent ces mots de Cicéron à propos de son firère, précipité de la tribune : Pulsus e rostris in Comitio jacuii; et le passage souvent cité de Pline [UiiL nat., vu, 60., qui dit que Ton déterminait l'heure de midi en regardant le soleil du haut des degrés de la curie, entre les rostres et la grscostase. Ces deux objets étaient donc l'un à la gauche, l'autre à la droite d'un homme placé sur les degrés de la curie et regardant le soleil à midi. La grsecostase, destiné aux ambassadeurs qui attendaient que le sénat leur permit d'entrer dans la curie, était un lieu découvert, car on croyait qu'il y avait plu du sang et du lait (Bock., Handb., p. 275), sur l'esplanade du Vulcanal (Tit. Liv.fiz, 46; Varr., De L lat., v, df56], à la droite de la curie et au delà du Comitium. Sub dextrft hujus (curi^c) a Comitio locus substructos. (Yarr., De L. lot., v, 155.) Plus tard on la trouve, sous le nom de grœoostadiom, reportée au c6té sud du Forum, entre le Viens Jugarius, qui la séparait du temple de Saturne, et la basilique Julia, ou un peu plus à l'est. (NotH., reg. vm.) 11 est inconcevable qu'on ait donné ce nom de Grsecostase aux trois belles colonnes du temple de Castor, situé loin de la curici vers l'extrémité orientale du Forum. Cicéron, parlant de la foule qui l'a applaudi, nomme en même temps le grsecostase et la curie. {Ad Frair., ii, 1.) D'ailleurs, les trois colonnes ont évidempoent fait partie d'un temple ; or la grse.oslase n'était pas un temple, pas même im édilice c'était un espace qui n'avait ni murs ni toit, une portion de la plate-forme du Vulcanal, où l'on construisit deux temples, un à la Lune (Grut., Ins. 135, 2), un à la Concorde etune basilique (Yarr., De L, lot., v, 150), la basilique Opiuiia.

* C'est là ce que veut dire au milieu du Forum. On employait cette expression, au tnilieu dans ce cas, comme lorsqu'on parlait du Janus mediuc qui était peu éloigné do la tribune. Prai Roslrlà. (Crucfiuius, SchoL; Uor., Sat.^ m, 2, 18.)

Il 23

A Rome, le respect des pouvoirs antiques était si grand, que jusqu'aux Gracques Tusage fut toujours que ceux qui parlaient à la tribune se tournassent vers le Comitium et les curies patriciennes, bien que leur discours s'adressât aux plébéiens rassemblés dans le Forum.

Les rostra sont indiqués comme en avant de la curie ^ Nous savons que le Comitium faisait face à la curie, mais celle-ci devait présenter un front moins étendu que le Comitium; elle correspondait à son extrémité orientale, car la tribune, qui était en dehors du Comitium, à Test, touchait presque à la curie*. La tribune était sous son regard vigilant et modérateur'. La curie devait dominer la tribune, car elle était plus élevée que le Vulcanal*, lui-même plus élevé que le Comitium.

*Diod. Sicxn, M.

« (Rostra) prope juncta curiae. (Asc., in Cic. pr. Iftf., g \%)

> Speculatur atque obsidet rostra vindex temeritatis et moderalrix ofûcii curia. (Cic, Pro Flacc.f 24.) Antc hanc (C. llost.) rostra. (Varr*, De L. lat,, v, 155.)

* Un portique, dont l'exlrémité n'était séparée du temple de Saume que par la montée triomphale, longeant le Capitole, amvait au Senacuhun (sur le Yulcanal); de là on montait par des degrés à la curie. Voilà comme j'entends cette phiase de Tite Live (xLî, 27) : Porlicus ab œde Satnmi in Capilolium ad Senacuhim, et êuper idt curiam. On voit que la curie était très-élevée, comme il convenait à la majesté du sénat. Quand Tarquin avait précipité Sertius du haut des marches de la curie, il Tavait fait rouler au bas d'un véritable escalier.

La tribune dominait donc le Comitium et le Forum. Sa position supérieure faisait dire à Pline, dans un mouvement d'humeur contre les désordres populaires des derniers temps de la république ^ : « Les rostres, placés en avant de la tribune, étaient Tomement du Forum, et comme une couronne sur le front du peuple romain. Mais quand ils eurent été foulés et souillés par des tribuns séditieux, les rostres, qui étaient sous leurs pieds, furent comme un joug pour les citoyens. »

Ce nom de rostres désignait les becs de fer dont la proue des vaisseaux étaient armés. Leur nom devint celui de la tribune après qu'on eut orné sa base de ceux des vaisseaux pris aux Yolsques d*Anlium.

Il ne faut pas s'étonner de l'importance donnée par là à une victoire, qui terminait la guerre contre les Latins, dont Antium, à demi latin, avait embrassé la cause. Une victoire sur un peuple maritime méritait, aux yeux des Romains, d'être consacrée par un monument d'une nature spéciale, et d'être associée aux grandeurs naissantes de la tribune. Il semble que les tribuns l'armèrent de ces becs, défense formidable des vaisseaux, pour exprimer qu'elle était inviolable et menaçante. Du reste, l'usage d'élever cette sorte de trophée naval existait en Grèce *.

* PL, Hist, nat., xvi, 4, 3.

* Les Grecs appelaient cela à»/90T*7/>c<£Çfcv. Dans le port de Rbo des»

C. Maenius, qui donna à la tribune cet ornement, et par suite le nom qu'elle garda toujours, fut honoré d'une statue placée sur une colonne attenante aux rostres ^ La gens plébéienne Maenia fournit plusieurs tribuns. C. Maeniusse fit remarquer par ses entreprises contre les patriciens. Il n'est pas surprenant qu'un tel homme ait voulu embellir la tribune populaire, et qu'on lui ait érigé dans le Forum populaire une statue sur une colonne*. C'était aussi un usage grec ; en Grèce on accordait cet honneur aux vainqueurs d'Olympie; on semblait par là, dit Plîne% vouloir les élever au-dessus de la terre. A Rome, on décernait un tel honneur à celui qui avait pris des vais-

on voyait des becs de vaisseaux tyrrbéniens mis là en signe de victoire. (0. MûUer, Etr., i, p. 299.)

* In suggeslu. (PI., HisLf nat., xxxiv, il, i.)

* Plme parle de la colonne (xxxnr, il, i) et Tite-Live de la statue (vni, 15). La position de cette colonne, appelée la colonne Mœnia, est représentée par Cicéron comme intermédiaire entre le Gapitole et les septa du Forum. (Cancelli, Pro Sest.^ 58.) On annonçait la dernière heure quand le soleil avait franchi tout l'espace du ciel qui s'étendait de la colonne Msenia jusqu'au couchant. (PL, Hist» nat., vu, 60.) L'expression de Pline, ad carcerem inclinato sidère, est singulière. Pline, qui connaissait Rome, ne pouvait croire que le soleil se couchât au-dessus de la prison Mamertine. Je crois qu'il faut lire advesperem* Ce qui montre en tout cas que la colonne Maenia était bien au midi et achève de déterminer l'emplacement des rostres et de la curie, c'est que Pline en parle tout de suite après avoir mentionné l'observation du soleil à midi faite sur les degrés de la curie, entre les rostres et la grsecoslase, et suit, en ce qui conceme la colonne Msenia, le cour» du soleil depuis midi jusqu'au soir.

* Pline, XXXIV, 11, 4.

seaux à rennemi et défendu les droits des citoyens.

Nous pouvons nous faire une idée trés-exacle des rostres romains. Us sont figurés sur une médaille portant le nom de Pdicanus, ce tribun qui soutenu par Pompée revendiqua les droits enlevés au tribunat par Sylla. C'est une plate-forme allongée formant un demi-cintre, qui a cela prés ressemble assez aux ambons des basiliques chrétiennes et encore plus à certaines chaires d'Italie dans lesquelles le prédicateur peut aller et venir comme pouvaient le faire les orateurs romains à la tribune. On voit sur la médaille le subsellium où s'asseyaient les tribuns ^ C'est sur un siège semblable que deux d'entre eux s'assirent pour empêcher Cicéron, à la fin de son consulat, de monter à la tribune, et que sa main et sa tête furent placées par les sicaires d'Antoine*.

Les rostres devaient être tournés vers l'ouest, car ainsi ils regardait le comitium et le Capitole. Ils devaient être orientés comme un templum, car il s'appelaient templum *. Il est beau qu'à Rome la tribune fut un temple.

On voit à Rome un reste et un simulacre de la tri-

* Tribuni in rostris consederuut. (Tit. Liv. xixmi, M.) «Plut., Cic., 49.

* Tit. Liv., Tin, 13. Si Ton supposé orienté exactement d'après les quatre points cardinaux, ainsi que c'était l'usage pour tout templum^ le carré long qui formait la tribune, l'orateur, en taisant face au Comitium, regardait obliquement une partie du Forum. Telle était, je crois, la vraie position des rostres ; elle permettait aux orateurs de se tour-

358 L'HISTOIRE ROMAINE A ROVB.

bune romaine; mais ce n'est pas la tribune libre de la république, c'est la tribune ofQcielle de l'empire.

Au pied du Capitole, vers le milieu de ce côté du Forum (côté de l'ouest), est une élévation en demicintre qu'on a prise à tort pour avoir appartenu aux rostres de la république.

Ceci est un débris d'une sorte de tribune (suggestus) sur lequel Olhon harangua les soldats qui le proclamèrent empereur ^

Elle existait bien à la fin de la république; car Pompée y était assis quand il \int, entouré de soldats*, troubler Cicéron plaidant pour Milon. Mais cette tribune, qui, comme on voit, ne rappelle pas des souvenirs de liberté, n'était point la véritable, située ailleurs, sur le côté nord du Forum, près de la curie.

Elle fut une n et un mensonge.

Elle eut, comme on le voit encore, la forme semicirculaire des anciens rostres, et on y attacha même des becs de vaisseaux* pour que la ressemblance ex-

ner Ters les patriciens en s'adressant aux plébéiens. Quand Ca!iis Gracchus se tourna vers ceux-ci, il se tourna en dehors, dit Plutarque, npoiftU <^«) (C. Gr.y 5), c'est-à-dire un peu plut à gauche, léger changement, mais qui en annonçait bien d'autres.

* Suél., Oth., 6.

* Il était assis, dit Asconius (Ad Cic, pro MU.t p. 4i), ad Mrarium, pro JRroriô. L'^rarium était le trésor placé dans le temple de Satome. Le débns du Suggestut dont je parle est en /efiet au-dessous du temple de Saturne.

* Ganina croit avoir reconnu les (roas dans lesquels entraient let tenons de fer qui les attachaient. {Esp tcp,^ p. 552.)

LIËtlX POLITIQUES DE ROME. S50

térieure Ittt complète ; mais Timitation de la vraie tribune n'alla pas plus loin.

Ce débris cependant est précieux, d'autant plus que le monument auquel il se rapporte est figuré dans un bas-relief de Tare de Constantin.

Cette reproduction d'une copie de la tribune romaine ressemble assez à l'original tel qu'il est repré* sente sur la médaille de Palicanus et complète l'idée qu'on peut s'en former.

Derrière cette tribune, où Constantin est assis, on aperçoit des colonnes que surmontent des statues, et, à ses deux côtés, deux arcs de triomphe dont l'un est celui de Septime Sévère encore debout.

De même, outre la statue de Maenius, plusieurs autres s'élevaient alentour des rostres républicains :

Celle de Marsyas^ deux doigts de la main levés en l'air, symbole de la liberté, emprunté, lui aussi, aux villes grecques, et dont je ne m'explique pas bien le sens, si ce n'est que la liberté a été souvent écorehée.

Celles des trois Parques, qu'on appelait des sibylles*, et que plus tard on appela des fées.

Enfin les statues de plusieurs citoyens illustres, et particulièrement des ambassadeurs romains assassinés dans le pays où ils avaient été envoyés, comme le

< S^rv.t 4Sn.t if, 5S} Maer«, 8aL, n, i%. « PI., xxuv, 11, 2.

360 VHISTOIBE ROMAINE A ROME.

lurent, par le gouvernement autrichien, les plénipotentiaires de Rastadt, dont on n'eût pas mal fait de placer les images autour de la tribune d alors pour perpétuer la flétrissure que méritait cette odieuse violation du droit des gens.

Maintenant que nous connaissons la scène des débats orageux qui agitèrent la république romaine, l'emplacement et la figure de la tribune romaine, nous aurons, ce me semble, une intelligence plus nette et plus vive des différentes phases de ces débats et du rôle de cette tribune. »

Les chevaliers, qui étaient primitivement la cavalerie romaine, composée en partie de jeunes patriciens et en partie de plébéiens; qui ne devinrent un ordre distinct que lorsqu'ils eurent cessé de mériter leur nom, et représentèrent alors la finance dans l'État, les chevaliers n'avaient pas et ne devaient pas avoir un lieu pour leurs délibérations et leurs votes.

Ceux qui étaient patriciens délibéraient dans le Comitium, et, quand ils furent admis au sénat, dans la curie.

Tous votaient dans les comices par centuries au champ de Mars.

Mais deux solennités amenaient les chevaliers au Forum : Tune politique, l'autre de pure cérémonie.

La première était le recensement de la cavalerie. Le censeur s'asseyait dans la tribune*; chaque chevalier à * Plut., Pmp», 22.

pied, tenant son cheval par la bride, descendait de la Velia, et, suivant la voie Sacrée jusqu'au Forum, le traversait pour venir défiler devant le censeur. Quand le cheval n'était pas en bon état ou que la conduite du chevalier avait encouru quelque blâme, le censeur lui disait :

«c Vends ton cheval. »

Crest-à-dire rembourse le prix du cheval à TÉtal qui te Ta confié.

Et le chevalier était rayé du rôle de sa centurie. ,

Quelquefois le cheval^ était retiré à un chevalier seulement parce que le censeur lui trouvait trop d'embonpoint, ce qui n'entraînait point sa dégradation.

Un autre défilé des chevaliers à travers le Forum avait lieu tous les ans aux ides de juillet'. Les chevaliers, portant la trabée, vêtement à raies de pourpre, couronnés de rameaux d'olivier, chevauchaient en grande pompe depuis le temple de Mars ou le temple de l'Honneur et de la Vertu, situés tous deux hors de la porte Capène, jusqu'au Forum, qu'ils traversaient, puis, passant devant le temple de Castor', idéal du cavalier^, ils montaient au Gapitole.

^GeH,, Noa. ait., yi,n,

« Den. d'Haï., n, 15.

> Ceci prouve qœ sous la république la continuation de la Toie Sacrée suivait le côté méridional du Forum pour gagner le Gapitole, car le temple de Castor et Pollux était de ce côté.

^ C'est parce que Castor, héros renommé pour son habileté dans

n reste à déterminer les différents endroits liés à Fexistence d'une classe d*hommes qui n'étaient point étrangers à la constitution de la république. Je parle des divers corps de prêtres exerçant une magistrature sacrée, formant une institution politique.

Dans l'ancienne Rome, le gouvernement était, jusqu'à un certain point, sacerdotal, comme dans la nou- Yelle; on y trouve le mariage religieux (confarreatio) et la propriété ecclésiastique^; mais à Rome Tautoritë civile avait Tautorité sacerdotale, et aujourd'hui le pouvoir sacerdotal a le pouvoir civil.

Les auspices appartenaient dans l'origine aux patriciens, et constituaient pour eux une sorte de droit divin.

Les auspices étaient consultés par les magistrats patriciens à l'aide des Augures, et intervenaient sans cesse dans- la vie politique et dans la vie civile des Romains. La religion se mêlait à tout, mais la religion était aux mains de TÉtat.

A la tête du culte romain étaient les pontifes *, pré-

réquitation, fut adopté par les cfaevaUen romaina comme une aorte de patron, que son nom lut souvent donné seul au temple des Dioscures, et que l'édifice dédié aux deux frères est fréquemment appelé temple de Castor, jamais temple de PoUux,

« Den. d'Haï., n, 7.

* Dans Tordre honorifique, le grand pontife ne Tenait qu'après le roi des sacrifices et les tiamines; mais son titre, poniiftx fnaxinms, et le rôle qu'il joua toi]^jour8 à Rome, montrent qu'il était le premier en Importance; peut-être on plaçait les autres prêtres ayant lui, parce

LIEUl POLITIQUES DE ROHE. M3

sidës par le grand pontife, Pontifex Maximus. C*est le titre que les papes prennent encore aujourd'hui.

L'origine de ce nom (pontifices) serait locale, si Ton admettait, comme on l'a fait souvent dès l'antiquité, qu'il veut dire les faiseurs de pont^ parce que les pontifes étaient supposés avoir construit et étaient chargés de réparer le pont Sublicius, le pont sacré*.

Mais cette étymologie me semble bien douteuse, et ce mot avait un sens trop général pour venir d'un fait si particulier *.

Le grand pontife habitait près du temple de Yesta. C'était un lieu saint depuis les Pélasges. Le grand pontife y veillait sur le Palladium. Le foyer sacré de la cité romaine était sous la garde du pontife de Rome; il s'appelait pontife de Yesta •, Testa était la patronne des Romains.

Le roi à Rome était prêtre. Cela fut vrai surtout des rois étrusques, car la royauté étrusque était sacerdo-

qu'ils étaient plus anoiens. Le roi des secrifieee et les flamîneB étaient consacrés au culte de divinités sabines; le roi des sacrifices sacrifiait dans les AganaUs (Ov., Ftut.^ i, 318, 333), et les flamineSi prêtres sabins, à Mars, à Quirinus, dieux s?l>ins.

*VaiT., De L tel.,*?, «3.

' Elle est rejetée par le savant grand pontife Q. Ifutius Seasroia, mais la sienne, pontifex ^ de passe et facers (Und.), est encore moins admissible. Gôttling [B. Verf.t p. 173) propose porUificeSt de pompifices. Ce serait, comme les marais PontinSi de pamptinse paludes.

' Ov., /V»^, m, 698-9. Les préteurs, les diclaleurs, les consuls, quand ils entraient en charge, offraient un sacrifice à Vesta. (Macr., Sat.f m, 4.)

taie. Quand on eut chassé les rois, on donna ce nom à un prêtre, le roi des sacrifices, qui représentait le côté religieux de leurs attributions, mais qui était subor donné au grand pontife.

Le roi des sacrifices habitait sur la Velia,où aidaient habité Tullus Hostilius et les deux Tarquins. Probablement leur demeure fut la sienne. Il en hérita comme de leur titre, mais on ne lui laissa rien de leur puissance.

L'admission au pontificat fut la dernière conquête des plébéiens *.

Un des pontifes, du haut du Capitole, indiquait au peuple Tépoque des fêtes mobiles, et combien de jours il y avait des calendes aux nones, car ce nombre n'était pas le même pour chaque mois. Cela se faisait devant la curia Galabra *, où se réunissaient parfois les curies patriciennes. Seuls, dans le principe, les patriciens connaissaient les choses du ciel. Les pontifes romains, comme leurs successeurs, ne perdaient le caractère sacerdotal qu'à la mort.

Rien ne porte à croire que les collèges des Augures aient eu un lieu déterminé d'habitation commune; ^n sait où les magistrats devaient, en leur compagnie, consulter les présages, ce qu'on appelait prendre les auspices; c'était lorsqu'une armée partait de Rome, hors de la ville', mais près de la ville; ceux

* Par la loi Ogulnia, 300 ans ayant J. G.

• Varr., De L, lat, vi, 5>8; Serv., i€»., Tin, 654. » Tit. Liv., nr, 18; Tac, Ann., m, 19.

qu'on prenait dans le lieu où se trouvait l'armée n'étaient pas toujours jugés suffisants, et alors le général quittait son camp et revenait à Rome * pour accomplir cet acte religieux auquel on attachait une grande importance. Le voisinage de Rome était considéré comme une condition nécessaire à la perfection des auspices. Quand la guerre fut portée hors de l'Italie, on imagina' de désigner dans le pays conquis (m captiva agro) un lieu qui représentait Rome à l'étranger, et où, s'il en était besoin, Ton revenait chercher les auspices •. Tant le voisinage, au moins fictif, du sol de Rome était nécessaire aux auspices ; tant ce sol était par excellence le sol sacré.

Les inaugurations se faisaient dans la citadelle capitoline, où était le lieu augurai (auguraculum)*j et dans la voie Sacrée, où les augures venant de la citadelle descendaient*. Cette voie était orientée de

* Tit. Liv., vin, 30.

* Serv., ^»., II, 178.

» P. Diac, p. 18.

* Varr., De L. te/., v, 47. Cela encore montre que dans l'antiquité le prolongement de la voie Sacrée, qui allait jusqu'au Gapitole, fut la voie qui côtoyait le Forum du côté du sud, car c'est elle que l'on trouvait en descendant de VArx ; l'autre embranchement de la voie Sacrée, celui du côté septentrional du Forum, ne pouvait encore conduire jusqu'à la citadelle, car il eût dû passer entre la curie et le Comitium, entre lesquels il ne parait pas qu'alors une voie exist&t. Quand la curia Julia, placée au sud du Comitium, eut remplacé la curia Hostilia, qui était au nord, la voie longeant le Forum au nord devint un autre prolongement de la voie Sacrée, par où elle put également atteindre le Capitole.

3C0 L'HISTOIRE ROMAIMB A ROME.

Touest à i'est suivant les règles 'de la discipline étrusque*.

C'est dans la citadelle qu'était inauguré le dictateur, là où, selon la tradilion, l'avait été le oremier roi sabin.

Quant aux Aruspices, qui n'étaient point des ma* gistrats comme les Augures, qui ne paraissent former une confrérie régulière que sous Claude', tout au plus au temps de César ^, et que Cicéron traite avec assez de mépris *; ces devins d'Étrurie habitaient le quar^ tier étrusque en compagnie avec les professions peu estimées de ce quartier suspect*.

' EUe suiTait la ligne augurale appelée Decumamis Hazimus, comme Hygki Ta remarqué pour d'autres Toiee. (GOUL» R, Verf,, p. SOS.)

' L'augure se tournait vers Test, car Valère Maxime (im, 2, i) nous apprend l'existence d'une maison très-ëlevée sur le Cselius, qui fut éémolie parce qu'elle faisait obstacle à ceux qtUprenaieHi les auspice$ de la dtadelle. Si l'augure etUt regardé au sud, sa Tue n'eût point été gênée par le mont Cslius. Sachant que VArx était au-dessus du palais Gafîarelli, et tirant de là une ligne droite vers l'orient, nous arrivons vers la porte Majeure. C'est de ce côté qu'était la maison de Claudius Centumalus, qui fut démolie ; ceci nous montre qu'on donnait le nom de Cselius au plateau qui continue cette colline vers le nord, le plateau de Saint-Jean de Latran et de Sainte* Croix de Jérusalem.

'Tac, i4nii.»xi, 15.

^ Cicéron [De Dw,y n, 24) parle du Summus Hanupex.

» Cic, Ad Fam., n, 18.

* Plaut, loc.. cU. Près du cirque dit Juvénal et près de Tagger (Sat,^ VI, 588); vers l'agger était le champ IFunèbre de TEsquilin, fréquenté par les sorcières.

LIEUX POLITIQUES OË ROMB. 367

Apiès les pontifes venaient les fiamines. Les pontifes étaient consacrés aux cultes de tous les dieux; les fiamines, au culte particulier d'une divinité ^ Presque toutes celles de ces divinités que nous connaissons sont des divinités sabines *; à la tète de ce corps sacerdotal, était le flamine de Jupiter, le dieu de tous, c'était un personnage auguste; bien que dans l'origine toute fonction publique lui fût interdite', il siégeait au sénat et marchait précédé d'un licteur. U représentait ridée du prêtre dans toute sa pureté. Ses regards ne devaient tomber sur aucune souillure, ne devai^t pas même rencontrer une armée ou s'arrêter sur un travail manuel. Sa maison était un asile pour le cri* minel, qui pouvait s'y réfugier, comme le fut longtemps celle des cardinaux; mais il différait d'eux sur un point important, au lieu d'être obligé au célibat, le mariage était pour lui obligatoire, et si sa femme venait à mourir, il devait déposer le sacerdoce*.

Les demeures des flamines, qui s'appelaient domm flaminiaj devaient être dans les prés Flaminiens,

* Cic, De Ugg., ii, 8.

« Mars, Quirinus, Flora, Furina, Carmenta. Tout prouve que l'insti» tution des fiamines était sabine ; on Tattribuait à Numa. [Tit. Liv., 1, 20.) Les flamines sacrifiaient à la bonne foi (Tit. Liv., i, 21), et le flamine Dialis à Consus, avec les Vestales (Tert., De Spect., 5), à Âcca LarentiatGell., Hoct. ait., vu (vi), 7, 7), divinités des Sabins.

» Cette interdiction ne fut pas toujours observée.

♦Gell,, met. au., x, 15; Plut., Quxst, rom., 50.

car c'est de là que venait probablement leur nom. Selon toute apparence, ces prés, attenant au champ sacré de Mars et voisins du Capitole, furent primitivement la propriété des flammes \ d'autant plus que de ce côté étaient les terres du clergé romain, situées au pied du Capitole et qu'on disait avoir été données aux prêtres et aux augures par Numa. Le flamine de Quirinus habitait prés du temple qu'il desservait, le flamine de Jupiter sur le Palatin.

Nous connaissons la demeure des Vestales; leur couvent était près ie Sainte-Marie-Libératrice, où l'on a trouvé leurs tombes, ce qui a confirmé le témoignage des anciens, selon lequel elles pouvaient, par exception, être enterrées dans la ville, parce qu'elles étaient audessus des lois, comme les empereurs*, rapprochement singulier entre ce qu'il y eut à Rome de plus pur et ce qui souvent le fut le moins.

On sait, nous l'avons vu, jusqu'au lieu où était solennellement transporté du cloître des Vestales à la porta Stercoraria^ ce qui donnait à cette porte * son nom.

Les Saliens, prêtres sabins de Mars\ qui fidèles à

* Le nom de ces prés ne peut venir de Flaminius, qui y établit au sixième siècle un cirque, car ils sont appelés flaminien» à une époque beaucoup plus ancienne par Tite Live. {ni, 55.)

* Serv., jEn.t n, 206.

* Les Saliennes sacrifiaient dans la Regia de Numa. (Fest., p 529.)

cette origine, demeurèrent toujours patriciens S eurent dans le principe deux demeures à Rome : Tune sur le Quirinal, Tautre sur le Palatin.

Celle du Quirinal devait être voisine du temple de Quirinus*, dieu de la guerre, comme on voit des saliens logés, au temps de Claude, près d'un temple de Mars, autre dieu sabin de la guerre, le temple de Mars Vengeur.

On lésait par une anecdote qui peint bien la gloutonnerie de cet empereur. Un jour qu'il rendait la justice dans le temple* de Mars Vengeur, l'odeur d'un repas des prêtres saliens l'allécha tellement que, descendant de son tribunal, il alla partager ce repas, lequel devait être bon, car les banquets des saliens (cœnae saliares) * avaient dans la Rome ancienne la même réputation qu'ont eue quelquefois ceux des moines. Nous eussions fait un festin digne des saliens, dit Cicéron ^ ; comme Rabelais aurait dit : lions eussions banqueté à la mode monacale.

La demeure des saliens sur le Palatin devait être une sorte de couvent composé de plusieurs cellules *; elle

' Luc, Phan., ix, 477; iuven., Sat, vi, 604; Den. d'Haï., n, 70. Les saliens étaient un des trois grands corps sacerdotaux. (Polyb., zxi, 10.)

* Le rapport des saliens à Quirinus est attesté par Servius. (jEn,, TDi, 665.)

» Hor., Carm., i, 37, î.

* Epulati essemus saliarem in modum. (Gic, Ad AU., t, 0.)

' C'est ce qu'indiquent les mots mansiones saliorum Palatinorum dans une inscription.

portait aussi le nom sabin de curie ^ elle était au sommet de la montée qui conduisait au temple de la Victoire', fondé par les Sabins aborigènes.

. Seuls, entre toutes les confréries religieuses, les frères Arvales m'ont paru avoir une origine latine ; mais cette confrérie fut adoptée de bonne heure par les sabins, qui rattachèrent les premiers Arvales à un personnage de leur nation, Acca Larentia, comme ils lui rattachèrent Romulus lui-même. Aussi les Arvales, devenu un collège patricien, faisaient-ils les élections par lesquelles ils se recrutaient non sur le Palatin, mais sur le Capitole' ou au pied du Capitole^, sur FAventin ', tous lieux plus sabins que latins *. L'habitation des Fétiaux était probablement, comme

* Denys d'Halicarnasse (n, 70] dit que les saliens du Palatin forent institués par Numa et ceux du Quirinai par TuUus Hostilius. Une fondation Sabine sur le Palatin au temps de. Numa n'est pas vraisemblable, mais peut-être les saliens du Palatin étaient-ils en efiet plus anciens que les saliens du Quirinai; alors leur existence remonterait à rétablissement primitif des Sabins avant Romulus.

* Ver$ la dme du mont. (Voy. Den. d'Haï., i, 32.) Là était la partie la pins élovée du Palatin avant qu'il eût été nivelé. Denys (Frag., xnr, 5) et Plutarque (Camil,, 32) parlent d'une chapelle ëe Mon; c'était le sanctuaire qui dépendait du couvent.

s Dans le pronaos du temple de la Concorde.

* Dans le temple d'Ops.

> Devant le temple de Junon.

* Les frères Arvales ne se réunirent sur le Palatin que lorsqu'ib furent reçus dans le palais par les empereurs. (Voy. llarquardt, llandb. d. a. a//., iv. p. 421.)

celle des flamines, dans les prés flaminiens, près du temple de Bellone et de la colonne de la Guerre, d'où ils jetaient du côté de l'ennemi que Rome voulait attaquer une lance ensanglantée.

Telle est la topographie politique et sacerdotale de Rome. On voit que la vie politique était concentrée dans Tespace assez restreint qui s'étendait du Forum aux Septa (du Campo Yaccino à l'église de la Minerve). C'est dans cet étroit espace, entre le Forum, la curie, le Comitium et les Septa du Champ de Mars, que s'est agitée la destinée des Romains. Ne perdons jamais de vue ces quatre points importants, car c'est autour d'eux que va tourner toute l'Kistoire intérieure^ de ce peuple. Ce sont les quatre foyers de la fournaise où sa liberté mûrira.

Guerres au dehors et luttes au dedans. — ÀTarice et manque de foi des patriciens; temple de Mercure. — Les plébéiens se retirent sur le mont Sacré. — Création des tribuns du peuple et des édiles. — Goriolaiy sa hauteur, son exil, fait la guerre aux Romains, vient à quatre milles de Rome. — Yaleria et les femmes romaines vont vers lui, il s'arrête à la voix de sa mère. Lieu de la scène.— Temple de la Fortune des femmes. — Spurius Gassius; première loi agraire. — Spurius Gassius est mis à mort par son père; origine de la puissance paternelle chez les Romains. — Offrande au temple de Gérés. — Statue et maison de Sp. Gassius; temple de Tellus. — Dynastie consulaire des Fabius; ils passent aux plébéiens. — Motifs de leur établissement militaire contre les Véiens. — Leur départ de Rome, le chemin qu'ils suivent, la porte Garmentale. — Leur guerre contre Yéies, leur défaite, leur mort. — Les Véiens sur le Janicule et dans le Ghamp de Mars.

Les commencements de la liberté furent pénibles. Au dedans, des luttes violentes entre les patriciens et les plébéiens ; au dehors, des guerres incessantes et périlleuses avec des ennemis Irès-rapprochés. Un jour, les plébéiens refusaient de marcher; un autre jour, les

Étrusques ou les Sabins étaient au moment de surprendre la ville.

La liberté, qui irit par l'agitation et qui grandit par les obstacles, se fortifia dans ce rude exercice de l'énergie romaine; caries difficultés lui sont bonnes, les résistances la servent souvent. Quand elles manquent à la liberté, ce ressort de Tâme humaine se rouille et finit par tomber en poussière. Rien n'est plus funeste aux révolutions que de s'accomplir trop facilement.

A Rome, pour assister aux orages de la liberté naissante, nous aurons peu de chemin à faire; nous n'aurons à aller que du Forum aux Septa, du Campo Vaccine à la place de la Minerve. Pour suivre les vicissitudes des luttes extérieures des Romains contre les peuples qui les entourent et les pressent de tous cétés; nous n'aurons qu'à regarder à l'horizon la sublime campagne romaine et ces montagnes qui l'encadrent si admirablement. Elles sont encore plus belles et l'oBil prend encore plus de plaisir à les contempler quand on songe à ce qu'elles ont vu d'efforts et de courage dans les premiers temps de la république. Il n'est presque pas un point de cette campagne qui n'ait été témoin de quelque rencontre glorieuse; il n'est presque pas un rocher de ces montagnes qui n'ait été pris et repris vingt fois.

Toutes ces nations sabelliques qui dominaient la ville du Tibre et semblaient placées là sur des hauteurs disposées en demi-cercle pour l'envelopper et

574 L'HISTOIRE ROMAIKE A ROME.

Técrascr, toutes ces nations sont devant nous et à la portée du regard.

Voici du côté de la mer les montagnes des Yolsques; plus à Test sont les Berniques et les iEques; au nord, les Sabins; à Touest, d*autres ennemis, les Étrusques, dont le mont Cimiaus est le r^fnpart.

Au sud, la plaine se prolonge jusqu'à la mer. Ici sont les Latins, qui, n'ayant pas de montagnes pour leur servir de citadelle et de refuge, commenceront par être des alliés.

Nous pouvons donc embrasser le panorama historique des premiers combats qu'eurent à soutenir et que soutinrent si vaillamment les Romains affranchis.

Mais rentrons d'abord dans Rome, où deux classes, deux races, deux villes, comme dit Denys d'fialicarnasse \ sont en présence et en guerre, se haïssant Tune l'autre, toujours prêtes, ce semble, à se séparer, mais finissant toujours par s'unir pour défendre en commun une patrie libre.

Ces dissensions naissent avec la république. Le lendemain de la bataille du lac Raille, l'orgueil patricien, la vieille dureté sabine, sont aux prises avec la soufirance et la colère des fils opprimés du Latium. De là des luttes sans cesse renouvelées et qui eurent constamment le caractère d une guerre civile au fond de laquelle était une guerre nationale.

« Dcn. d'Haï., vi, 36b

A Rome, le palriciat, avec ses habitudes de parcimonie Sabine, fut toujours une aristocratie avare, vice rare chez les aristocraties.

Peut-être Taristocratie romaine n'en est-elle pas encore entièrement corrigée. '

Ce fut là ce qui souleva les premières tempêtes. Les patriciens prêtaient aux plébéiens pauvres et prêtaient à un intérêt très-éleiré; les plébéiens ne pouvaient s'acquitter.

Alors ils appartenaient aux patriciens; ils devenaient

Des créanciers impitoyables tenaient ces nexi emprisonnés dans leurs maisons et les traitaient comme des esclaves.

Un jour, un vieillard parut dans le Forum couvert de vêtements sales; maigre, pâle, sa longue barbe et ses cheveux en désordre, lui donnaient lair d'une bête sauvage.

Il dit que dans la dernière guerre sa ferme avait été brûlée, ses troupeaux enlevés; que, pour payer le tribut, il avait dû emprunter, et que, n'ayant pu payer, il avait été enfermé dans la demeure des esclaves, FErgastulum, et avait trouvé dans son créancier un bourreau '.

^ Ce mot indiqot un êùgtfemeni légal et bod la mise aux fera qui en était la suite et qu'exprime le mot wIncU, Telle est au Mexique la condition des peoneêqaine sont point eselaTes de droit, mais le deviennent en fidt quand ila ne peuient s'acquitter envers leurs maîtres.

' Ductura... in ertcasiulum et camiiicinam esse. (TiU Liv., n, 3â.)

Ce premier cri poussé contre les patriciens dans le Forum fut le précurseur des accusations dont les tribuns devaient si souvent le faire retentir.

L'émotion des assistants gagne toute la ville. Une foule irritée débouche dans le Forum par chacune de ses avenues. Les patriciens qui s'y trouvaient sont en grand péril. Les consuls paraissent. La multitude s'adresse à eux, demande avec menace que le sénat s'assemble, et entoure la curie pour imposer aux sénateurs les mesures qu'elle réclame. La curie était presque vide; les sénateurs n'osaient y venir et se gardaient de paraître au Forum.

Le sénat, n'étant pas en nombre, ne pouvait délibérer. Le peuple criait qu'on se jouait de lui. Enfin les sénateurs, jugeant que tout retard augmentait le danger, se rendent à la curie; mais dans le sein de leur assemblée l'agitation n*était pas moins grande que dans le Forum.

Des deux consuls, l'un, Servilius, appartenait à une famille latine^; l'autre, Appius, était le chef de la gens Sabine des Claudii, nouvellement adoptée par le patridat romain.

L'orgueil de l'aristocratie sabine parait tout entier dans son fier représentant. Ce fut cet Appius qui, le premier, oea placer comme dans un monument de fa-

' Les Servflii étaient une des familles albaines transportées sur le Cœliiis; leur nom se ratlachait au roi, de populaire mémoire, Serrins

TulUus.

COMMENGEMENTS DE LA LIBERTÉ THl

mille Mes images de ses ancêtres sur des boucliers qu'il suspendit dans le temple de Bellone, déesse guerrière des Sabins K

Les sentiments de Servilius et d'Appius furent confoiiues à leur origine. Servilius proposait des concessions. L'inflexibilité superbe d'Appius n'en voulait admettre aucune.

Tout à coup on annonce que les Yolsques s'avancent et viennent assiéger la ville. La plebs est transportée de joie à cette nouvelle. On s'exhorte à refuser le service militaire ; on s'écrie :

« Que les patriciens aillent combattre ; à eux les périls de la guerre, puisqu'ils en ont tout le profit! b

Cependant la curie est consternée. On y craint autant les citoyens que les ennemis.

Le consul populaire fait rendre un édit par lequel il est défendu de tenir emprisonné un citoyen romain et de l'empêcher ainsi d'aller se faire inscrire comme soldat; de posséder ou de vendre la terre d'un soldat tant qu'il serait sous les armes ; de détenir personne de sa famille.

Un tel édit montre si les griefs des plébéiens étaient fondés, par ce qu'il avoue en l'interdisant.

Aussitôt les fiexi accourent, donnent leurs noms, prêtent le serment, vont combattre les Yolsques et

* Plin., HUt nat., xxxr, 5, i.

• Le temple de Bellone, comme la colonne de la Guerre, était près de la place Paganica.

378 L HISTOIRE ROMAINB k ROME.

les Sabîns avec une ardeur qui partout décide k viotoire.

Mais le péril éloigné, les sénateurs ne veulent plus tenir leur promesse. Appius prononce les peines les plus sévères contre les débiteurs insolvables. Es sont livrés de nouveau et de nouveau enchaînés. Servilius, tiraillé entre son rôle d'ami des plébéiens et les reproches des patriciens qui presque tous soutenaient Appius, hésite, tergiverse, et, comme il arrive en pareil cas, perd son crédit auprès des plébéiens, tout en mécontentant les patriciens.

On vitbien quePirritation populaire se portait sur Tun et l'autre consul, à Toccasion de la dédicace du temple de Mercure^, dont Texistence à cette époque montre que le commerce avait acquis dès lors à Rome un certain développement.

n n'y a presque pas un fait important dans l'histoire de Rome qui ne se traduise pour ainsi dire dans Thistoire d'un monument.

^ Le culte de Mercure devait être plus ancien à Rome. On parle souvent de la dédicace d'un temple qui en remplace un autre élevé au même endroit et au même dieu. U n'y a jamais eu que deux temples de Mercure : l'un, dont on a trouvé des traces (Nardini, R. on/., vu, 3, p. 245), était au pied de l'Ayentin, ce mont démocratique et que sa situation dut rendre de bonne heure marchand; l'autre près de U porte Capène (Ov., Fofl., v, 6G9); mais il est impossible de déterminer duquel de ces deux temples il est ici question. Mercure avait aussi une statue, sous le nom peu honorable de MaUvoItu, dans le Vicus So» Ifriu*; on y ofîrait du lait et jamais de vin, ce qui semble iuiliquer un ancien culte latin lemonianl à répotjue de la vie pastorale.

Appius et Servilius so disputaient Thonneur de dédier celui-ci. A cet honneur était attachée la fonction de veiller à I9 subsistance publique, le droit de choisir les membres de la corporation des marchands, intérêts plébéiens et latins, comme Tétaient les marchands eux-mêmes. Le sénat, pour accorder quelque chose à la multitude, donna aux plébéiens la liberté de prononcer entre lesdeux consuls.Les plébéiens, qui étaient mécontents 4^ tous deux, ne nommèrent ni l'un ni Tautre, mais décernèrent le privilège disputé à un simple centurion nommé Laetorius, nom plébéien qui reparait dans l'histoire des Gracques. A un homme de cet ordre il convenait d'ailleurs de dédier le temple du dieu du commerce, car le commerce était le partage des plébéiens.

La fermentation continuait. Le Forum était plein de trouble et de bruit; des assemblées clandestines se formaient sur TAventin, toujours mont démocratique, sur TEsquilin, au pied duquel se trouvait le quartier populaire de la Subura. Quand le consul voulait faire arrêter un homme turbulent dans le Forum, les licteurs étaient repoussés, et les consuls descendaient de leur tribunal* pour leur prêter main-forte. L'intérieur même de la curie était menacé. Dans, ce bâtiment élevé où montait le tumulte du Forum, les avis étaient

* Ce mot doit Touloir dire le siège placé sur le Vulcanal, où l'oa rendait la justice; car la tribune du Forum, qui ne date que de lin- Ctilulion du tribunal, n'cxislail pas eucor^-

partagés. Le Sabin Appius, inflexible et méprisant celte tourbe latine, propose de nommer an dictateur.

Le sénat s'y résout; mais, par un yage tempéra* ment, il choisit le firère de Publicola. Les plébéiens consentent à obéir à un Yalerius, et vont vaincre les iEques, les Sabins et les Yolsques.

Le dictateur demande que Ton tienne les promesses faites au sujet des nexi. Le sénat s'y refuse. Alors, invoquant le dieu sabin Fidius, le dieu de la bonne Foi que Ton violait, il abdique, et, sortant de la curie pour regagner la demeure des Yalerius au pied de la Yelia, traverse le Forum accompagné par les applaudissements de la foule qui le remplit.

Ce fut à la suite de ce second manque de foi du sénat que les plébéiens prirent le parti de se retirer sur le mont Sacré.

Quand, après être sorti par la Porta Fia et avoir suivi la voie Nomentane jusqu'au bord de l'Anio, on a passé cette petite rivière sur un pont antique que surmonte une tour du moyen âge, on a devant soi une colline allongée que coupe la route deNomentum. Cette colline, que sépare de l'Anio une prairie, est le mont Sacrée

* C'est cette colUne tout entière qu'il faut considérer comme le

mont Sacré, et non pas seulement la partie à droite de la route,

celle que Von indique seule aux voyageurs comme devant porter ce

nom. L'émigration était considérable. Denys d'IIalicamasse (n, 63}

parle d'environ quatre mille hommes.

Lieu sacré en effet, car il fut le berceau des libertés populaires.

Ce nom exprimatt Tidée de Tinviolabilité des personnes et des droits qu'y conquirent les plébéiens. Les lois qui les garantirent s'appelèrent lois sacrées (leges sanctœ). La personne des tribuns qui les représentèrent fut déclarée sacrée (sacrosancta)^

Le mont Sacré semble bien petit pour le rôle qu'il a joUé. N'importe, il est grand par ce qu'il rappelle. Le Capitole aussi est une taupinière ; il s'élève cependant plus haut dans l'imagination des hommes que les cimes gigantesques, mais sans histoire, du Chimboraço et de l'Himalaya.

Irrités du manque de foi des patriciens, tous les citoyens en état de porter les armes refusèrent de marcher contre les JEques, et s'en allèrent camper sur le mont Sacré, au delà de l'Anio, hors du territoire primitif de Rome. Ce fut une véritable émigration •.

Les plébéiens voiraient, je n'en doute pas, faire sur le mont Sacré un établissement durable'. Selon Denys

' Selon Festus (P. Diac, p. SiO)^ ce nom avait été donné au mont Sacré, parce qu'il fût consacré à Jupiter. Comme il y arait beaucoup d'autres lieux consacrés à Jupiter, ce ne put être l'origine du nom que porta le mont Sacré.

•Voy. Plut., Cor.t 6. C'est pourquoi je rejette avec Tite Live la tralition (Tit. Li?., n, 52), d'après laquelle la sécession aurait eu lieu sur TÀTentin.

> Denys d'Halicamasse (ti, M] parle, il est vrai, des femmes et des enrants restés à Rome, mais cela fait partie de la rhétorique qu'il met dans la bouche de Menenius Agrippa*

382 L'IIISTOIRB ROMAINE Â ROMB.

d'Halicarnasse, ils l'occupèrent quatre mois, à la grande terreur des patriciens, qui voyaient Rome, délaissée par ses défenseurs, tomber au pouvoir de l'ennemi. De plus, les champs n'étaient pas cultivés. Rome perdait ses laboureurs en même temps que ses guerriers.

Si les plébéiens ne fussent pas revenus, la ville qu'ils auraient fondée au bord de l'Anio eût été une ville latine, car la plebs était surtout latine. Aussi'une tradition, empreinte d un caractère populaire trèsprononcé, rattachait à la sécession du mont Sacré une antique divinité du Latium, Anna Perenna, dont elle avait fait une bonne vieille de Boville, près d'Albe, qui allait de grand matin porter tout fumants aux réfugiés du mont Sacré les gâteaux qu'elle avait pétris ^

Les plébéiens ne consentirent à revenir qu'après avoir obtenu la création de deux tribuns tirés de leur sein et investis du pouvoir de les protéger C4)ntre les patriciens.

Ce fut là ce qui les décida au retour, et non l'apologue de Menenius Agrippa, sur la querelle des membres et de l'estomac.

Le traité fut conclu par des fétiaux entre les patriciens et les plébéiens, comme entre deux peuples.

Les tribuns étaient les organes de la plebs, ses représentants, pour ainsi dire son hicarnation. Il fallait

• Ow.FasL III. 667.

être plébéien ou se faire plébéien par l'adoption pour être tribun.

La porte du tribun devait être toujours Ouverte, et il ne pouvait passer un jour entier hors de Rome.

Laisser le peuple sans tribun était un crime capital; là point d'interrègne, comme dans les magistra-* tures patriciennes. Le tribun né devait pas plus mourir que le roi de l'ancienne France.

On nomma d'abord deux tribuns pour les opposer aux deux consuls ^

Le tribunat*dans l'origine n'était pas une véritable magistrature.

Les tribuns n'exerçaient aucune autorité, ne commandaient point, ne jugeaient point; ils ne pouvaient qu'empêcher. Ils n'étaient pas le gouvernement; ils étaient l'opposition *.

Aussi les tribuns n'avaient-ils aucun insigne, aucun costume particulier; à l'origine ils n'entraient point dans la curie, où ils ne tardèrent pas à être admis; ils s'asseyaient à la porte sur un tabouret (subsellium), mais la porte devait rester ouverte, car il est dit qu'ils observaient avec grand soin les résultats de la délibération pour s'y opposer dans le Forum, s'il y avait

* Contra consnlare iroperium tribuni plebis constituti. (de, De Rep,f a, 33.)

* Cette opposition se faisait par VûUerceuian et s'exprimait pat le mot veto. Transférer ce droit négatif de l'opposition populaire au chef de l'État, comme on flt dans la révolution, c'était intervenir les rôles des pouvoli-s.

384 L'UISTOIRE ROMAINE A ROME.

lieu. Leur droit de secours (auxiiium) ne s'étendait pas plus loin qu'à un mille de Rome ^

Tels furent les modestes commencements du tribunal. Mais il devait grandir avec Tordre plébéien qu'il représentait, comme lui tout envahir, et se perdre comme lui par Feicés de ses envahissements.

En même temps que le tribunat fut créée Tédilité, magistrature dont on a méconnu la nature et Timportance primitive.

Les édiles, dans lesquels on n'a vu souvent que des officiers de police, étaient, selon leur institution, les auxiliaires des tribuns. Leur personne fut déclarée sacro-sftinte', comme celle des tribuns.

A la fin du troisième siècle, on voit deux consuls, au sortir de leur charge, accusés, l'un par un tribun, l'autre par un édile*.

Au sixième, un tribun et un édile donnent de concert l'ordre d'arrêter Scipion l'Africain *.

Dans un moment difficile, ils font l'office de consuls*.

Ils sont chargés de s'opposer à l'introduction des

* Tit. Iif.,in, 20. Les Septa, là où je les ai placés, sont à moins d'un mille du Pomœrium.

* Elle ne Tétait plus au temps de Tite Live (m, 55), mais elle Tavait été. Tite Live lui-même (xui» 20) le reconnaît

*Tit. Ui.,m, 31.

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