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Mais, jusque-là, je me crois tenu aux règles ordinaires de la prudence que doit observer,
convenablement, tout mandataire.
Ma première surprise fut celle de constater les deux items suivants : le premier de $1000. 00 pour l'intérêt Cherrier, intérêt sur une dette, me dit M. Marcoux, contractée pour l’achat d’un terrain sur lequel on devait élever les constructions de la Succursale; le second de $635.04 pour payer les taxes sur le dit terrain. Or il n’était fait aucune mention de ce terrain dans l'avoir de la Succursale. Bien plus, M. Marcoux me dit formellement que le Séminaire de Québec n’entendait pas le faire rentrer dans le balancement de comptes. Aïnsi, sur ce terrain acheté et possédé pour elle, la Succursale payait les charges, et le Séminaire de Québec gardait le fonds. En réalité, cette manière de faire n'est-elle pas surprenante? Trois semaines plus
tard, le Séminaire semblait avoir compris toute
= l’inconséquence de cette prétention, et adoptait un autre procédé, en apparence plus rationnel, lequel cependant je n’admets pas davantage.
Maïs n’anticipons pas. Dans tous les cas, alors j'ignorais le demi-tour à droite qu'on devait faire sous peu.
Pour bien comprendre ce point important, il faut savoir que le Séminaire de Québec avait d’abord acheté, pour la Succursale, un premier terrain qu’il revendit à gros profits; et que immédiatement après cette vente il en acheta, pour la même fin, un second d’une plus grande valeur qu’il possède encore.
Pour preuve de ce que j’avance, je produis trois documents, que j’ai relevés au Bureau d'enregistrement de Montréal-Est, signés par le régistrateur lui-même, monsieur J. C. Auger:
le premier, #% fableau indiquant sommairement
les transactions du Séminaire de Québec (Docu-
ment N° XVII); le second, un f/ax du premier terrain, (Document N° XVIIT) ; et le troisième un plan du second terrain (document N° XIX).
On y voit que, le 12 septembre 1882, le Sé-
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EN” minaire de Québec achète de M. Côme Séraphin Cherrier, au quartier St-Jacques, sur la rue St- Denis, entre les rues Ste-Catherine et Dorchester, un terrain, partie du lot 432, pour la somme de $50,000.00. En passant, je ferai remarquer que plusieurs personnes, qui se prétendent bien renseignées, assurent que M. Cherrier, grand ami des études universitaires, avait vendu, en faveur et au bénéfice de la Succursale, ce terrain au-dessous de sa valeur réelle. Est-ce le cas? Est-il fait dans le contrat de vente quelque mention d’une telle intention bienveillante ! Je l’ignore. Je demandai s’il me serait permis de voir ce contrat ; on me répondit que vraiment j'élais un peu curieux.
Quoi qu’il en soit, plus tard, comme on peut le voir dans le /aë/eau (document N° XVIII), le Séminaire de Québec subdivise ce terrain en trente lots qu’il vend, 27 lots presque en même
temps dans l’automne de 1885, et les ‘rai
autres en 1887 et 1888, pour la somme ule de $74,026.00, réalisant ainsi sur le prix d'achat un profit de $24,026.00, ce qui serait
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EE vus de beaucoup plus que suffisant pour éteindre la dette qu’on réclame aujourd’hui de la Succursale. Quand on a trouvé d’un seul coup un tel bénéfice à Montréal, il semble à plusieurs qu’il ne faudrait pas se montrer trop exigeant pour une perte plus minime qu’on aurait pu y rencontrer.
De plus, dans le document N° XVII, on voit que, dans le même automne où il vend son premier terrain sur la rue St-Denis, le Séminaire de Québec achète un peu plus haut sur la même rue St-Denis, entre les rues Sherbrooke et Ontario, trois autres terrains contigus, réunis par lui en une seule et même propriété : le premier, des Demoiselles Cherrier, connu sous le Numéro 1199, pour la somme de $50,000.00; le second, de Monsieur A. M. Foster, connu sous le Numéro 1196 et partie de 1197, pour la sonme de %$10,000.00; et le troisième, de Madame Kérouac, connu sous le Numéro partie de 1197, pour la somme de $10,033.00. Ainsi les trois terrains ayant coûté la somme totale de #70,033.00, il reste au séminaire de Québec,
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Le en sa faveur, sur la vente du premier terrain, une balance de près de quatre mille piastres (20,000 francs).
Cette dernière propriété (composée des terrains Cherrier, Foster et Kérouac), comme on peut le voir dans le docurnent N° XIX, a été subdivisée en une cinquantaine de lots, que le Séminaire a mis en vente dans les derniers mois de l’année qui vient de s’écouler. La valeur des terrains a augmenté à Montréal, depuis 1885. Ces lots sont situés dans une position meilleure que les trente lots de la rue St- Denis qui ont été vendus $74,026.00; et ils sont presque du double plus nombreux. En prenant pour base la première vente, celle-ci dépasserait de beaucoup 8100,000.00.(1) Il m’est avis que le Séminaire de Québec s’est montré très prudent, en pressant l'acceptation immédiate de sa réclamation; car, lorsque tous ces
lots seront vendus, en face du bénéfice énorme
(1) Mes prévisions ont été dépassées : il y a de cos emplacements qui se vendent jusqu’à une piastre le pied. (Note de l’édition montréala'se.)
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ue Ne que lui aura rapporté son administration à Montréal, il pourrait avoir mauvaise grâce de réclamer de Montréal un seul sou.
“ Très bien! dira-t-on; cependant vos calculs de vente, quelque probables qu’ils soient, ne reposent toujours que sur une supposition plus ou moins problématique.’—C'est vrai. Maïs ce qui n’est pas du tout problématique, c’est le profit considérable que le Séminaire de Québec a fait sur la première vente. Et, surtout, ce qui n’est pas moins réel, c’est qu’on nous demande dans ces comptes, malgré ces profits, de payer des intérêts et des taxes sur des terrains dont
on garde la propriété.
Je me disais: La Succursale, comme toute institution de ce genre, doit avoir des arrérages ; (et il paraît qu’il y en avait pour plus de $5000.00). Les dettes de cette sorte, il est
vrai, sont loin d’avoir une valeur au pair de
Q 1 leur montant apparent; mais enfin eïles valent
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quelque chose. Et, dans ces comptes, il n’était fait mention d’aucuns arrérages quelconques.
J'en parlai à M. Marcoux. “ En effet, dit-il, un certain nombre d'élèves ont payé par billets promissoires.—A combien s'élèvent ces billets ? —Je ne le sais pas, n’en ayant point additionné la somme.” Un certain nombre n’était pas un chiffre assez précis pour me permettre de faire un calcul, même approximatif,
Sur ce point, au moins, on avouera que les
comptes n'étaient pas complets.
Je vois, à la date du 80 juillet 1880, la seule dont ces comptes fassent mention, deux items ainsi conçus: ‘‘ Prêté à la Faculté de Médecine pour l'Hôpital Notre-Dame, $4000.00.—Intérêt simple au 30 juillet 1889, $2138.80 ” : ce qui forme une somme totale de $6138.30.
D'un autre côté, on m'affirme que cet emprunt a été fait par l'Hôpital Notre-Dame, personne
civile tout à fait indépendante de la Succursale :
Ut
Succursale et Hôpital étant des institutions amies, à qui je ne connais d’autres liens actuellement que des rapports de services mutuels.
Dans ces circonstances, je demandai à M. Mar-
coux de vouloir bien me montrer l’acte de prêt ;
il me déclara ne pouvoir le faire.
Je ne refuse pas absolument de payer cet item. Mais, au milieu des doutes que l’opinion soulève autour de moi, pour pouvoir rendre compte de la prudence de ma propre gestion, avunt d'accepter une réclamation de plus de six mille piastres, est-ce trop exigeant que de demander à voir l'instrument juridique qui
institue ?
J’ai dit plus haut que les vo, xes à Rome,
dont on nous réclame le paiement, s'élèvent à $5,930.46. Cette somme totale se décompose
comme suit :
1881, Voyage de M. Th. Hamel à Rome. 8 1,088.00 1884, Voyage de M. L. N. Bégin à Rome. ‘‘ 638.87 ‘ Payé à M. L. N. Bégin à Rome. . ‘ 223.00
1886, Voyage de Mgr Paquet à Rome. . $ 357.98 1888-89, Voyage de Mgr Paquet à Rome. ‘‘ 1,099.66 Voyage du juge Baby. . . . ‘ 2,528.00
Total $5,980.46
Mon intention n’est pas de contester, pour le moment, l’à-propos pour la Succursale de payer tous ces voyages à Rome, dont quelques-uns peut-être lui ont été d'une utilité plus ou moins douteuse. Mais tout simplement, et je voudrais qu’on le remarquât bien, cette prétention du Séminaire de Québec établit clairement ce point, qui est d’une très grande importance : c’est qu’il veut faire payer à la Succursale, non seulement ce qu’il a dépensé & Montréal, mais ce qu'il a dépensé ou croit avoir dépensé à l'occasion de Montréal.
Or, dans un balancement de comptes, le même principe doit présider aux comptes de la recette et aux comptes de la dépense. Ilne peut y avoir là-dessus deux opinions.
Maintenant je me demande : Le Séminaire de Québec, qui met dans le chapitre de ses
dépenses ce qu’il a dépensé indirectement à
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l’occasion de Montréal, fait-il entrer dans le chapitre de ses recettes ce qu’il a reçu indirectement à l’occasion de Montréal ? Est-ce que, par hasard, à cette occasion, Rome ne lui auraït pas accordé quelque petit dédommagement, dont il n’est pas question dans cette reddition de comptes ? Dans tous les cas, laissant de côté toutes questions douteuses, les profits réels, considérables,quiont étéfaits sur lesterrains à Montréal, si le Séminaire de Québec ne veut pas les considérer comme des revenus directs, certainement il ne peut refuser d'admettre qu’ils lui sont venus, indirectement au moins, à l’occasion de la Succursale de l'Université à Montréal.
C’est pourquoi il me semble que dans cette reddition de comptes, le Séminaire de Québec, pour ne pas soulever d’objections qui me paraissent irréfutables, aurait dû se décider pour l’une de ces deux méthodes : premièrement, recettes à Montréal et à l’occasion de Montréal, dépenses à Montréal et à l’occasion de Montréal;
ou secondement, recettes à Montréal seulement,
et dépenses à Montréal seulement,
2 4 Mais je répugne tout à fait à cette équation boiteuse : dépenses à Montréal et à l’occasion de Montréal, recettes à Montréal seulement. Le
jeu n’est plus possible, la partie n’est pas égale.
Quel que soit le mode que choisisse le Séminaire de Québec, bon nombre de personnes sont d'avis que la Succursale ne lui doit rien ; même, je crois, c’est l'opinion générale dans l’archidiocèse de Montréal. Je savais cela; d’un autre côté, je voyais, à n’en pas douter, que le Séminaire de Québec, du moins les autorités, n’était pas tout à fait de cette opinion. Alors, que faire ?
Recevoir les comptes aveuglément? mais l’Archevêque de Montréal, et l’archidiocèse tout entier qui aurait été appelé à payer $26,292.13, auraient pu me demander : “Dans cette pénurie d’éclaircissements et de documents, au milieu de tant de faits obscurs et de principes contesta-
bles, sur ‘uoi vous êtes-vous basé pour vous
former une opinion ? ”
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Demander à nos supérieurs communs un tribunal d’arbitrage pour juger des prétentions diverses ? C’est ce que je fais aujourd’hui ; mais, alors, je croyais encore à la possibilité d’en arriver à un arrangement à l’amiable,
Demander de nouvelles explications sur les comptes ? C'est ce qui me paraissait le plus
modéré et le plus sage. Et c’est ce que je fis.
Cependant je ne voulus m’arrêter à aucun parti, donner aucune réponse, faire aucune démarche, avant d’avoir consulté les honorables conseillers que m'avait adjoints Sa Grandeur Monseigneur l’Archevêque de Montréal. Je convoquai une réunion générale du Conseil dans une des salles de l’Archevêché. Elle eut lieu, samedi le 15 août après-midi, le lendemain du jour où M. Marcoux m'avait passé ses quatre feuilles volantes, je veux dire ses quatre pages de chiffres. On ne peut me reprocher, ici du moins, d’avoir voulu traîner les choses en
longueur. Tous les membres assistaient à l'assemblée ; je leur exposai dans leur entier les comptes, et ma manière de voir, celle que je viens d'expliquer ci-dessus. Tous, unanimement, après délibération, décidèrent de demander à M. Marcoux des comptes plus clairs, plus
complets et plus détaillés.