‹ Les Québecquoises, 1876Chapitre 16 sur 43 · A MON AMI CHARLES LANGELIER · texte numérisé non relu

A MON AMI CHARLES LANGELIER

SONNET

Parce qae quelquefois je suis seul au rivage. Errant au bordée l'onde, et rêveur et distrait, Ne va pas, mon ami, me croire un cœur sauvage. Un cœur blasé pour qui rien n'a le moindre attrait.

Fuyant sans bruit la foule et son vain babillage. Je vais m'entretenir avec le flot discret, Enivré des senteurs qui flottent sur la plage, A la brise je vais confler maint secret.

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Et lorsque j'ai longtemps choyé mon pins befrn rêye, Qnand j'ai gravé des mots an sable de la grèye, Quand j'ai, d'un oeil ardent, sondé l'immensité,

Je reviens au logis où je reprends ma lyre, Où, l'oreille tendue à la voix qui m'inspire, Je chante Christ et Liberté.

CELINE

POUB l'album de mon A3U F. T.

Céline avait seize ans, et jamais Raphaël, Cherchant son idéalj le regard yere le ciel, N'avait lèvé beaaté plaa candide et plos pare ; Elle avfùt ^nt reçu des mains de la nature, Mais la furtane avait poar elle fait défaut, Car elle ne gagnait, hélas! qae ce qu'il fïwt Pour faire honnêtement vivre sa vieille mère. Ayant, dès son lierceaa, perda son pauvre père.

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Elle était à cet âge où tout, sons le soleil, Brille, chante et sourit, où tout est pur, vermeil, A cet âge où le cœur, choyant ses songes roses. Se complaît à rêver l'éternité des roses.

Contente des deniers que donne le labeur.

Elle n'enviait pas aux riches leur bonheur.

Elle ainiait à l'amour tout se bornait pour elle :

Elle avait dans son âme une vive étincelle

De ce foyer sacré qui brûle dans les cieux.

Bien des fois elle et lui, d'un pas silencieux,

A la brunante allaient sur le bord du rivage

Ouïr le rftlement de la houle sauvage.

Ou bien encor couraient s'égarer au bosquet

Faire de toutes fleurs quelque rare bouquet.

S'enivrer des parfums des brises modulées,

S'asseoir sur le gazon, à l'ombre des feuillées,

Chercher, tête baissée, un petit nid d'oiseau,

Graver leur chiffre au tronc d'un arbre dont l'arceau

Les dérobait aux yeux de la foule indiscrète.

Us avaient le bonheur, et leur âme distraite

Se berçait sans soucis sur les flots inconstants

De leur jeunesse en fleur, de leurs premiers printemps.

LES QUÉBÉCQubiSGS

Main, cniiime tôt on tard cbiuine enfont d'Eve son l'oiii- Ciliiio Bondain s'ouvrit un large gouffre Oà fui'L'ut a'ongloutir tous ses rêvea dorés, Tous aos [irtijets d'amour en lambeaux déchirés, Ainsi (iiio, diiDB un lac qui soulève ses ondes, D'nii arbio dévasté roalent les feuilles blondes, Comme pur l'ouragan si sauvent airacliés Les petits nida de moasse aus branches attacLés.

tJn jour, Alfred cessa de revoir sa Céline.

Oultliiuit les serments de son âme enfantine

Et si^dtiit par l'espoir de monceaux d'écus d'or,

11 avilit dùIaUsé son ange, son trésor.

Four a' attacher "le cœur d'une autre jenne fille

D'une haute naissance et de riche famille.

C'en étiiit trop ; ce coup de lâche trahison

Do Céline trompée emporta la raison.

Dès lois elle resta morose et sans parole.

Et, la voyant ainsi, l'on disait : " Pauvre tcAle !

Elle coDtiuuait pourtant à travailler

Chez Ica autres le jour, le soir à son foyer,

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Et le peu que donnait encor sa broderie Chassait comme autrefois la sombre pénurie.

Une nuit; au-dehors la tempête hurlait,

Sens les vents ef&*énés chaque logis tremblait.

Et, tordant leurs cheveux, comme pris de démence.

Les bois semblaient souffler dans quelque trompe immense }

Et les pleurs infinis de Novembre mourant

Changeaient en un-clin-d'œil chaque rue en torrent.

Pas un seul astre d'or au ciel blafard et morne

Ne i>erçait de ses feux l'obscurité -sans borne ;

Seul, d^instant en instant, rayant l'immensité.

Un éclair dans l'espace égrenait sa clarté*

L'heure était avancée, et la ville en silence

Dormait sous le regard du Dieu plein de clémence ;

Et le pavé désert ne rendait aucun bruit ;

Pas un être vivant ne marchait dans la nuit

Mais que dis-je Y une femme, une forme mignonne Cheminait affirontant la rafale d'automne, La pluie à flots pressés déroulant ses cheveux, De son buste inondant les contours gracieux.

ICX> LES QUÉBEGQUOISES

D^jà depuis loDgtemps elle allait devant elle, Sans retonrner la tête on lever la prunelle.

Soudain, devant le senil d'un logis somptueux D'où s'élevaient des chants, des cris tumultueux.

La femme arrêta : la femme c'était Céline

Qui bravait vers minuit le vent et la bruine Et que le désespoir poussait au mauvais lieu.

Elle hésitait son œil brillait comme le feu.

Avant que de frapper à la porte maudite.

Penchant son front ainsi que quelqu'un qui médite. Elle porte la main à son sein palpitant.

De son corsage tire un ruban éclatant Qu'elle presse aussitôt sur sa brûlante lèvre Qu'on défleurie, hélas ! l'insomnie et la fièvre.

Et la foudre tonnai à hl'orizon lointain.

Et dans le noir tripot l'orgie allait son train.

Elle hésitait toujours Tout à coup, ô mystère I

Ebranlant tout les toits, un grand coup de tonnerre

LES QUÉBEGQUOISES lOI

Retentit; puis on corps sur le pavé roula.

Dans la maison infâme un frisson circula.

Plus d'un baiser mourut sur des lèvres treniblautes;

Maint anneau se brisa des danses chancelantes.

La tempête bientôt se tut, ivre de rage, £t la lune perça la frauge d'un nuage.

Quelques instants après, vers l'heure du matin. Deux gendarmes passant, un falot à la main, Apperçurent l'enfant gisante sur la pierre.

Ses doits glacés pressaient encore un scapulaire.

Juillet 1874.

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