‹ Les Québecquoises, 1876Chapitre 20 sur 43 · AUTREFOIS · texte numérisé non relu

AUTREFOIS

Ceu est Gkit ! l'eB|<f niuoe & mou hne «t mv lUouu LosHiAn,

Minuit Tient de Bouner à la vieille puaânle, Et, comme on long frisson, sa voix encor circule

Dans le noir corridor.

Au dehors pas un bruit ne vibre dans l'espace, Hors le grommellement de l'ouragan qui passe

Sur le hameau qui dort.

LES QDÉBECQUOISES

Pus nuti blonde étoile aa flrmFtm en t sans borne

Sous mon toit le silence est anasi lourd et morne

Que celui du tombeau, Seul, i>;i.i' moments, le cri d'une âamme folâtre Fait di-ËBser UDe oreille h mon cbien qui vers l'âtre

Allonge le n

Anx doutéuseB lueurs de ma lampe rustique.

Mil chambre étroite prend un aspect fantastique

Qui me fait Maeonner.

('liai]U(; meuble en son coin prend on aspect difforme, Kt mon vieuxchristdebois, changeant soudain de forme,

A l'air de ricaner.

Depnia longtemps je laisse errer ma rêverie.

Comme au souffle du vent l'enfant, dans la prairie.

Livre son cerf-volant, Comme la forêt fait flotter sa chevelure, Comme la source épanche une onde claire et pure Sur la galet roulant.

LES QUEBEGQUOISES i2I

Laissant ployer mon froDt sons la mélancolie. Je parcours un par an les feuillets de ma vie^

J'évoque le passé, £t je me reBsoùTiens de mes blondes années, Fr^ès fleura que le vent du malheur a fanées

De son souffle glacé*

Jetais enfant* Avec mes petits camarades, J'allais souvent jouer sous les vertes arcades

Des bosquets embaumés •

Nous ondons nos cltapeaux de roses, de pervenches, Des oiseaux, nous allions, en écartant les branches,

Chorcher les nids aimés.

 force de sueurs, de peines, de fatigues.

Dans le lit des ruisseaux nous élevions des digues

Où le âot bouillonnait, £t, sous le jet d'asrgent d'une ô*alche cascade^ fiptttfBluiit Ams Tair sa joyeuse roulade.

Un beau moulin toomait*

Là-bas, sous les noyers, au bord de la falaise, Nons bâtissions avec le galet et la glaise

Des tours et des châteaux, L'été, sur les étangs nous possédions des flottes, L'hiver, nous nous creusions dans la neige des grottes

Pleines de blancs cristaux.

Puis il fallait nous voir organiser des joutes.

Nous ranger en deux camps, charger quelques redouter

Qu'un groupe défendait !

Nous voir daîis le grenier jouer l'opéra— bouffe, Sous un habit d'emprunt dont la taille qui bouffe

Jusqu'aux pieds descendait !

J'entends encor les cris des fermières revèches,

Quand, pour voler des fruits, nous pratiquions des brèches

Dans leur enclos croulant -, Je vois nos bastions sauter, voler en poudre. Quand, tremblants, nous mettions l'allumette à la pondre

Des canons de fer-blanc.

Bien des fois, en secret, à Theare de la brune, tPai quitté le logis, aux rayons de la lune,

Je suis allé m'asseoir Sur quelque roc désert de la rive escarpée, Pour écouter les âots chantant leur épopée

Dans les brumes du soir.

Là j'ai souvent passé presque des nuits entières A choyer dans mon cœur les plus folles chimères ;

Là toujours je me plus

A me laisser bercer par la sainte espérance

Hélas I rêves dorés de ma naïve enfance,

Qu'êtes-vous devenus !

J'avais vingt ans. J'aimais une enfant jeune et folle, Une enfant au cœur noble, à Pâme de créole,

A Fœil noir et perçant ; Souvent, quand la soirée était limpide et belle. Nous allions tous les deux errer dans ma nacelle

Sur le lac frémissant.

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Bien des fois nous allions, sons l'épaisse feaillée, Ouïr le rossignol mêlant sa voix perlée

Aox soupirs des ruisseaux, Bespirer les senteurs des pins et des mélèzes, Ou bien piller aux champs les mûres ou les fraises,

Ainsi que les oiseaux.

Que j'aimais à la voir courir dans la rosée, Le chapeau sur le dos, la robe retroussée.

Et les cheveux au vent !

Que j'aimais à la voir au boid de la fontaine. Mirer ses dents de nacre — ainsi qu'une sirène,

Dans le cristal mouvant !

Souvent le soir, assis devant le feu de l'âtre. Nous touchant du front, moi rêveur, elle folâtre^

Nous lisions des récits.

N'ayant d'autre bonheur que de se voir ensemble. Nous nous étions formé de son logis qui tremble

Un petit paradis.

LES QtJÉBECQtJOISES 125

■MM>M*ilA*ù^«M

Quelquefois nn mot fon s'échappant de ma bouche La mettait aux abois, et la rendait farouche

Comme le papillon.

Durant quelques instants elle faisait la moue. Mais soudain un baiser appliqué sur sa joue

Me valait son pardon.

Dans un amour sacré mêlant toutes nos flammes, Dans un sublime fa3rmen maiiant nos deux âmes,

Nous narguions l'avenir ; De notre bonheur seuls nous savions la portée, Et par nos cœurs aimants chaque heure était comptée

Par un doux souvenir.

Mais, comme les amours ne sont pas éternelles^ Un jour, le sort brisa nos rêves, d'un coup d'ailes. Fit de nous un jouet.

Ainsi que le flot fait du navire en détresse

Pour m'avoir fui si tôt, bonheurs de ma jeunesse, » Que vous ai-je donc fait ?

LES QUÉBEGQIJOISES

Maintenant tout est sombre et brumeux dans mon &me; Anjoordliai sons mon ciel rien de grand ne m'enflamme/

Bien n'a d'émotions, Les parfums les plus doux n'ont plus poftr moi d'arôme, £t je n'ai plus au cœur que le pâle fantôme

De mes illusions.

Et, pour me rappeler de mes heures d'ivresse, Je n'ai conservé rien qu'une soyeuse tresse,

Qu'un doux billet d'amour, Et, pour chasser l'ennui qui toujours me déchire, Je ne possède plus que les sons d'une lyre

Qui chante nuit et jour.

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