M. LUCIEN TURCOTTE
H n'est plus ee jeune homme à l'âme de poète.
An regard plein d'édairs, an front calme et serein : lia port impitoyable a foudroyé sa tète^ De son bras souveraine
Pourtant naguère encore il marchait dans la foule^ lie cœur plein de projets, de rêves de bonheur^ H se laissait bercer, sans remords> sur la houle De ce monde en fureur.
Ah ! c'est que, quand Dîen vent, en un moment tout change. Où doit mourir un lA^he expire André Chénier. ... "^ Bénissons donc la main qui frappe sur un ange, Et cessons de nier !
Orateur et savant, il s'abreuvait de gloire ; On jetait des lauriers à flots sur son chemin ; L'avenir, lui gardant victoire sur victoire.
Tendait vers lui sa main.
Digne fils du tribun, de l'homme magnanime Que nous pleurons encor, — dans sop ambition n eut sans doute atteint quelque sommet sublime Pour y graver son nom.
Mais aussi que d'écueils il eut eus sur sa route, Que de fois dans les pleurs son cœur se fïït baigné. Que de fois sa pauvre âme aux épines du doute Eut peut-ôtre saigné !
LES QUÉBEGQnOISES
Ea aoafflant tout à conp le flambeaa de éa vie, Tm mort l'a préservé d'orages sons son ciel : Pe la coupe dea jours, à ses lèvrea raviej Il n'a l>u que le miel.
Uaintenajit U eommeille où tout homme un lia jamais aucun bruit u'ira contrarier Sou cœur d'élite, et seule, au soir, près de si Une ombre ira prier.
Et, comme an saint dépôt, recueillant sa mémoii«, Edfenillaut des monceaux de ôeurs sur son renom, Le paye l'inscrira dans le saint panthéon De notre jeune histoire !
L'HEROÏNE DE VERCHÊRES
A M. BENJANIN SULTE
Le printemps Bouriait à la terre embaumée, Le vent, chargé d'encens, caressait la rainée,
L'oiseau disait ses plus beaux chants, Et, ne redoutant plus les tiibus sanguinaires, A distance du Fort, l'habitant de Verchères
Ensemençait gaîment ses champs.
L'îistre du jour était au milieu de sa course : C'était l'heure où le daim s'en va boire à la source
Qui murmure au fond des grands bois.
Un calme plat pesait sur la nature lasse
Soudain un cri d'angoisse éclate dans l'espace :
Les Iroquois ! Les Troquais !
Nombreux comme les grains de sable du rivage, Les Peaux Bouges, encore avides de carnage,
Fondent bientôt de toutes parts, Et, remplissant les airs, de leurs longs cris de rage. Comme un troupeau de loups dans la lande sauvage,
Cernent les laboureurs épars.
Aussitôt un combat sur les guérêts s'engage.
Et les bruns paysans, sublimes de courage,
Tentent un héroïque eflfort ; Mais ils cèdent enfin^ écrasés par la force, Et puis, les gaïottant de liens en écorce, \ Les vainqueurs volent vers le fort.
Begardez défiler cette liorde eu furie !. . . • Quelle féroce ardeur^ quelle sauvagerie
Flamboie à leur frout insolent I Le chef est recouvert d'une bizarre armure, £t la brise de mai caresse à sa ceinture
Une chevelure de blanc.
Il marche le premier, et sa voix furîbonde Aiguillonne toujours la troupe vagabonde
Qui foule à peine le gazon. . . .
Tout à coup il s'arrête au bord d'une charmille. Puis aux guerriers sa main montre une jeune ûlle
Qui se cache, au sein d'un buisson.
Aiusi que le boa dont l'œil de feu fascine La fauvette cachée au sein de l'aubépine,
L'Iroquois avance en rampant \ Il va saisir la vierge, assouvir sa vengeance. . Prompte comme le vent, elle bondit, fi'élance.
En même temps que le serpent.
LES QtJÉBECQOOISES
Et 1«B Toilà courant sur la pelouse moite :
Comme l'élau peureux la jeune fille vole
Devant le ravisseur hurlant.
Elle u'est qu'à deux pas du fort ouvert ponr elle
Tout à coup l'Indien empoigne une dentelle
Qui flotte derrière l'enfant.
Sur elle il a déjà levé sa lourde lioclie
Plus vive que ne l'est la poudre, elle détache
Le iH^ud du mouchoir à son cou, Puis, libre, elle bondit, d'un pied nerveux et ferme, Au milieu du fort dont la porte se referme
En tressaillant sur son verrou.
Puis, avec les mousquets faisant un grand vacarme, Embouchant un clairon, elle sonne l'alonue
Sur le sommet du bastion, Puis, prenant son manteau pour en faire une bourre, Contre la horde qui de toutes parts l'entoure.
Elle met l'éclair au canop.
a^^mmm ■■ ! ■
Le bastion frémît jusqae dans ses entrailles ; Et; comme l'ouragan arrache les bro assailles
Et dévaste les grands blés.
Le jcanon, bondissant sur son affût de chêne Et secouant ainsi que le dogue, sa chaîne,
Fauche les rangs échevelés.
Cet assaut imprévu fait trembler d'épouvante Les Indiens croyant que l'enceinte tonnante
Regorge de mille guerriers, Et, redoutant des Blancs une attaque subite, Furieux, éperdus, ils prennent tous la fuite.
En emportant leurs prisonniers.
Mais l'airain fait encore entendre son tonnerre : L'alarme se répand de clairière en clairière.
Jusqu'aux abords de lîi cité
Et bientôt Crisasi, le brave capitaine, Suivi de ses héros, arrive dans la plaine
Oh le chef a tout dévasté (1).
(I) Preaeiitiy the aUinn i-t^uclied t.he iieij^Iiboiirhood of Moiitrenl, wlieii au iiitrepid oificer, the Chevalier de Crisusi, brother of the Miirqiiis de Ciisusi, theu Goveriior ofThiee Itiyei's, riished to Veiehèies, Ht the head of a choseu baiid of meu.
J. M. LkMoinb.
LES QUÉBEOQUOISES
Mais les loupa avaient fui aom la forêt immense. Sana tarder, Crisasi but lenrs traces s'élaoce,
Interrogent chaque raTÏn.
Après trois jonra de marche à travers le bois sombre, n surprend retranchés les Iroqaois sans nombre Sur les bords dn grand lac Champlaiu.
D attaqne aneaitôt la peuplade féroce :
L'airain tonne et mgît ; le combat est atroce,
Les fossés do sang abreavés ; Mais cependant bientôt les lâches canibales Tombent josqn'an dernier foudroyés par les balles... Et les prisonniers sont sauvés !
Et, s'abattant sondain de l'étemelle cime, La gloire snr le front de l'en&nt magnanime
Posa son immortel âenroD,
Sar ses tabl^ grava son action sublime
Et les siècles jamùs ne pourront, sons leur lime.
De l'IiMtoire effacer sou nom.