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LE SAINT-LAURENT

A M. J. M. LEMOIXE.

Saint; ô fier géant, ô fleuve romantique^ Qui, courant t'abîmer au sein de l'Atlantique, Reflète dans tes eaux le ciel du Canada, Le ciel de mon pays enivré d'espérance.

Et qu'aux noms tout-puissants du Christ et de la France, 'L'immortel Cartier aborda !

Je t'aime, mon beau fleuve, avec tes grands rivages, Tes montagnes d'azur et tes forêts sauvages Dont les dômes hardis semblent percer les cieux, Avec tes frais vallons, tes riantes presqu'îles, Tes anses, tes rochers, tes pittoresques îles, Avec tes havres spacieux.

Je t'aime, avec tes prés, tes campagnes fleuries^ Tes villes, tes bosquets et tes blondes prairies -Déroulant à tes pieds leurs manteaux d'apparat ; Avec tous les joyaux de ta grande nature Englobant ton miroir dans sa riche ceinture.

De ton golfe au Niagara.

Je t'aime, lorsque Mai vient éployer son Aile, Etaler à mes yeux sa robe solennelle, Ramener les oiseaux sous les bois enchantés *, Quand le souffle attiédi des brises odorantes Dentelle le cristal de tes vagues errantes Dont la voix dit mille andantes.

Ton nom, mon Saint-Laurent, c'est une mélodie Comme celle du vent chantant sa rapsodie Dans les mouvants arceaux de tes grandes forêts. Comme celle du luth qu'un souffle d'air caresse,

Des maestros ailés dont le chant plein d'ivresse Flotte la nuit sur les guérêts !

Ton nom à mon oreille est plus doux et plus tendre Que les soupirs qu'on croit parfois le soir entendre Parmi les nénuphares, les joncs et les roseaux. Que le doux gazouillis de l'enfant qui bégaie, Que le clapotement de la frêle pagaie Qui fend en cadence tes eaux !

Souvent, lorsque la nuit déroule son écharpe.

Quand ton flot qui s'endort en caressant sa harpe Fait entendre à tes bords un chant plein de saveur. Quand la brise .du soir chante son épopée, Sur quelque étrange roc de ta plage estompée. Je viens m'asseoir seul et rêveur.

Là^ le front dans ma maîn^ la paupière baisséei Je laisse errer sans frein le vol de ma pensée.... Alors je crois ouïr une voix dans tes flots Chanter comme un luth d^or à mon âme attendrie La gloire et les malheurs de ma douce patrie, Chanter les noms de nos héros !

Parfois mon œil trompé croit voir dans la pénombre De Wolfe défiler les bataillons sans nombre Qui déroulent au vent leurs glorieux drapeaux ; Tantôt je vois Montcalm, dirigeant la bataille,' Tomber au champ d'honneur, criblé par la mitraille, Comme Roland à Boncevaux.

Paifoîs j'entends là-bas, au plateau Ste. Foye, Les clameurs du canon qui laboure et qui broie Les rangs des régiments, d'une grêle d'obus ; Tantôt je vois Lévis, au sein de la mêlée, Sur son coursier de feu, la face échevelée.

Poursuivre les Anglais vaincus.

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Tantôt ce sont Raymond, de Beaujeu, d'Iberville, Boorlamarque, Danlac, de Léry, Jumonville, Qai passent sous mes yeux, en ébranlant les airs } Puis ce sont Lorimier, Chénier, les patriotes, Que je vois s'avancer au devant des despotes, Le front ceint d'un bandeau d'éclairs.

Oui, mon fleuve, ton flot est bouillant d'éloquence : A mon âme sans cesse il parle de la France £t des hauts-faits qui font son immoitalité !.... Roule donc libre et fioM^n fécondant ta plage, £t réfléchis toujours 1^ grandiose image Du drapeau de la liberté !

Mai 1875,

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