‹ Les Québecquoises, 1876Chapitre 5 sur 43 · LE VENDREDI-SAINT · texte numérisé non relu

LE VENDREDI-SAINT

. E. CASORAIN,

Qui ponrra déaoriHifl, Hprèal'ETniigélùte, Ve ce jour du UalvIRre éveUler les «clioa !

Quelle Toiz, quelle toIx mHKniDqiie et gublime Ubaiitera les terreurs des TiTnuti et dea morti

Behsi Blazb.

Flenres aux flote gigantesques, Qui liurlez voa cliants danteeques A Toe bords tremblante de peur, FoiSts aux flottantes cimes

Qui bercez sur les abîmes Vos concerts géants, sublimes, Dans une immense clameur ;

Buisseaux dont la voix ailée Module dans la vallée

Des sons suaves et doux } Sources, dont l'eau sous la grotte Où le lichen doré flotte, Doucement filtre et sanglote Sur la mousse des cailloux ;

Oiseaux, lyres infinies, Qui dites vos harmonies Au sein des sapins touffus ; Voix des brises modulées, Dans les branches effeuillées, Pendantes, échevelées, Chantant' vos refrains confus *,

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Bameurs plaintives et va^ea Qui montez du sein des yagues, Des poétiques bayous ^ Cris déchirants et sauvages Qui descendez des nuages, Foudres, aquilons, orages, En ce moment, taisez-vous !

Oui, que toute la nature, Tout ce qui chante ou murmure Devienne silencieux :

Voici l'heure anniversaire, .

L'heure pleine de mystère Où, pour l'amour de la terre, Pleurèrent, un jour, les cieux.

Un soir, — ^l'ère moderne était enfin venue, — Meurtri par les labeurs d'une vie inconnue.

Par la haine des siens le cœur tout ulcéré.

Près du Cédron roulant ses vagues convulsives;

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Dans une grotte obscure^ au Jardin des Olives^ Uu homme s'était retiré.

A genoux et le front penché dans la poussière, Cet homme murmurait une lente prière Où. se mêlait parfois un long gémissement ; Car il était écrit| dicté par la sagesse.

Que le Sauveur, hélas ! serait dans la tristesse Jusques à son dernier moment.

Mais quelles étaient donc les poignantes pensées Qui mettaient des soupirs sur ses lèvres glacées, Qui sur son front faisaient ruisseler des sueurs T Ah I c'est qu'il prévoyait dans son âme affaissée Ce que Jérusalem, cette ville insensée.

Devait essuyer de malheurs.

C'est qu'alors il voyait les crimes de la terre^ Les siècles à venir corrompus par Voltairoi

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Par les esprits fameux soudoyés par l'enfer ; Ah ! c'est qu'il voyait ceux que son amour extrême Allait bientôt sauver, un jour contre lui-même Se liguer avec Lucifer.

C^est qu'il savait déjà, — prévisions sinistres, — Ce qu'auraient à souffrir pour la Croix ses ministres, Comme le Maître errants, comme lui déjetés ; C'est qu'il entrevoyait déjà chaque sophisme. Les funestes effets produits par l'Athéïsme Au milieu des sociétés.

L'avenir à ses yeux était toujours visiblo, L'holocauste toigours lui semblait impossible 5 Des pleurs amers voilaient son regard languissant : n ne pouvait se faire à cette ingratitude Des hommes rachetés, et, dans sa solitude.

Le Fils de Dieu suait le sang.

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Four la deuxième fois, dans aa douleur profonde,

n allait supplier le Créateur du monde

Soudain il s'éoria le regard vers le ciel, Lia résignation empreinte sur sa face :

^' Que ta volonté sainte, ô mon Père, se fasse, '* S'il faut que je boive ce fiel ! "

Lia coupe des douleurs venait d'être vidée

La terre alors sentit des frissons inconnus

Qui coururent bientôt par toute la Judée

Quelques instants après, et, par Judas gtiidée. Une bande sordide avait saisi Jésus.

Quelques instants après, et la foule en démence, Hurlant comme la voix des vagues en fureur, Epouvantant les airs, d'une clameur immense.

Le traînait à la cour du Sacrificateur.

Kendu devant Cîiïphe, on le hue, on l'outrage, On déchire son cœur, par d'obscènes propos, On l'accable de coups, on lui crache au visage, De là la populace, encore ivre de rage.

Le conduit chez Pilate, au milieu des bravos.

En vain le Gouverneur, sur son trône qui tremble. Le déclare innocent : pour lui plus de pitié. Ses bourreaux acharnés répètent tous ensemble : *' Qii'il soit crucifié! ÇuHl soit crucifié !

L'arrêt est prononcé : Jésus monte au Calvaire. Le soleil attristé dépouille ses rayons ; Les cèdres du Liban agitent leur crinière ; La nature, entonnant un hyiflne funéraire, Semble entrer aussitôt dans des convulsions.

On l'étend sur la croix, tout criblé de blessures. Dans ses mains et ses pieds on enfonce des clous,

^■^■iWHII^» ■ ■ ■»« m,r^ ■!

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On redouble de cris, on redouble d'injures, Devant lui, par risée, on fléchit les genoux.

Or, lorsque le gibet fut élevé de terre.

Des ténèbres sans nom s'abattirent des cieux. Enveloppant le roc d'un immense suaire ; Le silence se fit comme au fond d'une bière, Et l'oiseau suspendit son vol audacieux.

Et le Christ expirant, dont la plèbe se joue, Promenait dans le vague un regard de pardon ; £t la mère, à genoux dans le sang et la boue. Se désolait muetfce en son triste abandon.

Et les gardes, voyant que l'agonie achève.

Marchaient silencieux en regardant la croix

Tout à coup un grand cri du Golgotha s'élève. Qui d'échos en échos roule sous les grands bois.

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Aussitôt du saint lieu le voile se décliire, La foudre éclate au sein d'uu nuage crevé^ Chaque arbre, chaque flot^ chaque rocher soupire^ Le globe entier frémit comme pris de délire : Jésus rendait l'esprit. .... .le monde était sauvé !

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