‹ Les Questions controversées de l'histoire et de la scienceChapitre 12 sur 77 · Traduction Letoiirnetir, Paris, 1874, p · texte numérisé non relu

Traduction Letoiirnetir, Paris, 1874, p

QUESTIONS COSTKOV. — T. I. 2

d'abord la terre, en tant que corps anorganique^ ensuite il sépare la lumière et les ténèbres, puis les eaux et la terre ferme. Voilà la terre habitable poulies êtres organisés. Dieu forme alors en premier lieu les plantes, plus tard les animaux ; et même, parmi ces derniers, il façonne d'abord les habitants de l'eau et de l'air, plus tardivement ceux de la terre ferme. Enfin Dieu crée le dernier venu des êtres organisés, l'homme ; il le crée à son image pour être le maître de la terre.

« Dans cette hypothèse mosaïque de la création^ ajoute le naturaliste libre penseur, deux des plus importantes propositions fondamentales de la théorie évolutive se montrent à nous avec une clarté et une simplicité surprenantes : ce sont l'idée de division du travail ou de la différenciation, et l'idée du développement progressif, du perfectionnement. Bien que ces grandes lois de l'évolution organique soient regardées par Moïse comme l'expression de l'activité d'un créateur façonnant le monde, pourtant on y découvre la belle idée d'une évolution progressive, d'une différenciation graduelle de la matière primitivement simple. Nous pouvons donc payer à la grandiose idée renfermée dans la cosmogonie... du législateur juif un juste et sincère tribut d'admiration. »

Un autre rationaliste, M. Dillmann, dit également de la cosmogonie de la Genèse :

« Elle ne contient pas un mot qui puisse paraître indigne de la pensée de Dieu, Dès lors que l'on tentait de peindre, pour le rendre saisissable à l'intelli-

gence humaine, le mystère de la création, qui demeurera toujours un mystère pour l'homme, il était impossible d'en tracer un tableau plus grand et plus digne. C'est à bon droit qu'on en tire une preuve du caractère révélé de ce récit ; ce n'est que là où Dieu s'est manifesté selon sa véritable essence qu'il a pu être écrit : il est l'œuvre de l'Esprit révélateur '. »

« Ou Moïse avait dans les sciences une instruction aussi profonde que celle de notre siècle, a dit Ampère, ou il était inspiré. »

Le récit que nous fait l'auteur sacré de la création du monde est sobre, clair, et aussi précis que le permettait la langue hébraïque et l'époque où vivait Moïse. C'est une histoire réelle qui nous est racontée. Il faut cependant observer que le génie de la langue dans laquelle elle est écrite, a obligé l'écrivain à employer certaines expressions dans un sens métaphorique : il ne s'est pas exprimé en formules scientifiques et rigoureuses ; il a voulu seulement montrer que Dieu est le créateur de tout ce qui existe, et, pour se mettre -à la portée de tous et exposer les vérités les plus profondes, il a employé une sorte de langage populaire et figuré, dans lequel il attribue à Dieu la parole comme à un homme, et nous le montre commandant au monde, comme un maître à ses serviteurs. Il se

1. DrLLMAiTN-, Genesis, 1875, p. 9. — La supériorité du récit loiblique est surtout frappante quant on la comiDare aux cosmogonies des autres-peuples. Combien on en apprécie davantage la simplicité et la sobriété, quand on la met en regard, par exemple, du Maliâbhârâta ! Voir à ce sujet un article de M. Barthélémy Saint-Hilaire, dans le Journal des savants, janvier 1868.

8 EPOQUE ANTEDILUVIENNE.

sert également dans son récit de quelques autres expressions figurées, sur lesquelles nous reviendrons plus loin.

Moïse a ainsi résumé et en quelque sorte condensé les vérités religieuses fondamentales, qui sont la base de la vraie religion, en une seule page, intelligible pour tous, même pour l'esprit le plus simple. Il n'existe, en aucune langue, un seul morceau qui contienne, en si peu de mots, autant de dogmes si importants. Cette cosmogonie est la condamnation de toutes les erreurs du monde ancien. L'auteur sacré parle, non d'une manière abstraite et en philosophe, mais en termes concrets et comme historien ; il énonce le fait et ne se livre à aucun commentaire, mais le le premier verset seul de son livre suffit pour faire toucher du doigt toutes les erreurs principales des anciens et des modernes : « Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre. » Par conséquent, il n'existe qu'un seul Dieu, contrairement à ce que croyaient faussement, à l'exception des Hébreux, tous les peuples d'alors, lesquels étaient polythéistes et adoraient plusieurs dieux ; la matière n'est pas éternelle, puisqu'elle n'existait pas avant que Dieu créât ; Dieu l'a tirée du néant, bârâ, par son action toute-puissante : il est donc le maître absolu du monde, comme l'ouvrier de son œuvre. Peuples et philosophes pensaient que la matière n'était pas distincte de Dieu même: c'étaient les panthéistes ; les autres, que la matière avait toujours existé, c'étaient les hylozoïstes. Moïse renverse à la fois d'un mot tous ces systèmes erronés :

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » La conclusion implicite du premier chapitre de la Bible, c'est que Dieu est tout-puissant, infiniment sage et infiniment bon ; que nous devons l'adorer comme notre créateur, l'aimer comme notre premier principe, le servir comme notre dernière fin, reconnaître en lui l'auteur de notre vie et la source de notre béatitude.

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