IV. ACCORD DE LA COSMOGONIE MOSAÏQUE AVEC LES SCIENCES NATURELLES
Après avoir montré que les traditions des peuples sont d'accord avec la Genèse, il nous faut établir que les découvertes scientifiques de notre siècle ne la démentent pas.
L'étude géologique de notre globe montre qu'il se compose de couches superposées, distinguées les unes des autres par des éléments qui leur sont propres, et en particulier par des fossiles différents. Quand on eut constaté l'existence de ces couches et de ces fossiles, on en donna d'abord deux explications différentes.
La première consista à admettre que Dieu avait créé la terre telle quelle, avec ces plantes et ces animaux pétrifiés. Elle est encore admise par quelques
1. Pozzy, La Terre et le Récit biblique de la création, 1874, p. 244-245.
rares théologiens ou exégètes, comme le P. von Hummelauer. « On peut admettre, dit-il, que Die u, au commencement, a créé notre globe dans son état actuel, avec toutes les stratifications que nous découvrons aujourd'hui dans son sein, et avec tous les fossiles qui, dans ces stratifications, nous remplissent encore aujourd'hui d'étonnement. — Aux xvi^ et xvii"^ siècles, dit-il encore, on ne voyait point dans les fossiles des débris d'animaux et de plantes véritables, mais des jeux de la nature, Itisus naturœ ; on peut en dire autant aujourd'hui, en corrigeant seulement le mot lusus naturœ en liisus Del. » Tous les géologues sont unanimes à rejeter cette explication, et quiconque a vu de ses yeux des terrains fossiles, n'hésitera pas à la déclarer inacceptable.
La seconde admet que les couches géologiques ne se sont produites que successivement, comme l'exige l'étude des faits ; elle conserve les jours de vingtquatre heures, et elle place les révolutions cosmiques et terrestres, dont les fossiles nous attestent l'existence, dans l'intervalle compris entre la création indiquée par le premier verset et le premier jour génésiaque. Les mots : « Et la terre était vide et informe, et les ténèbres étaient sur la face de l'abîme », rappellent un grand cataclysme qui bouleversa l'univers et le réduisit à l'état de chaos. Lieu avait d'abord créé lentement le monde : In lyrincipio creavit Deus cœlum et terram ; il le restaura promptement, en six jours proprement dits, après ce bouleversement profond, et les traces de cette restauration, accomplie en un temps
si court, échappent aux recherches des savants. Cette explication est défendue aujourd'hui par le P. Molloy ' ; mais elle est universellement rejetée par tous les théologiens de profession, comme inconciliable avec les faits, et nous ne nous y arrêterons pas davantage.
Les deux solutions que nous venons d'exposer sont généralement abandonnées aujourd'hui ; elles doivent être remplacées par une troisième, mise en harmonie avec les progrès de la science. On l'appelle souvent la théorie des jours-époques, parce que le trait principal qui la distingue des précédentes, c'est que les jours génésiaques désignent, non des jours de vingt-quatre heures, mais des époques d'une durée indéterminée. Pendant chacune de ces époques, appelées « jours » par l'auteur sacré, se sont produites les révolutions dont la géologie constate l'existence. Nous avons déjà exposé les raisons exégétiques qui autorisent à donner au mot yôm cette signification.
Il nous faut maintenant étudier ces révolutions ellesmêmes. Pour procéder avec ordre, nous partagerons l'œuvre de la création en trois périodes principales : 1° celle de la création des éléments de la matière et de la lumière ; 2° celle de l'organisation de la terre et de la création du règne végétal ; 3° enfin, celle de la création du règne animal.
1. Gr. MoLLOT, Géologie et Révélation, ou Histoire ancienne de la terre, considérée à la lumière des faits géologiques, traduit par l'abbé HamarcI, 2« éclit. française, Paris, 1877. Le traducteur réfute catégoriquement, à la fin du volume, le sj^stème du P. Molloj', p. 457.
20 EPOQUE ANTEDILUVIENNE.
Première Période : Création des éléments de la matière et de la lumière.
La première période embrasse la cosmogonie en général et la création de la lumière ; elle comprend le long espace de siècles résmné dans les cinq premiers versets de la Genèse, et correspond au temps qui a précédé le premier jour mosaïque ainsi qu'à ce premier jour lui-même. La science ne connaît rien de cette période que par induction.
D'après le système communément admis par les savants, l'éther, principe de la matière des cieux et de la terre, a été créé tout d'abord. L'analyse spectrale et les belles découvertes du P. Secchi, d'Huygens, de Miller, etc., démontrent que la composition chimique des corps célestes et terrestres est foncièrement la même. Au commencement, les ténèbres sont complètes. Des centres d'attraction se produisent ensuite sur divers points de l'espace, et deviennent le germe des nébuleuses cosmiques et le principe du mouvement. Le mouvement de concentration et de rotation des nébuleuses amène les premiers dégagements de chaleur. L'élévation croissante de la température produit de la lumière ; les nébuleuses, en se condensant, jettent autour d'elles des lueurs phosphorescentes ; elles se fractionnent, et leurs fragments deviennent des étoiles, qui finissent par être incandescentes. La terre est une de ces étoiles.
Moïse dépeint l'état primitif de la terre à cette épo-
que, en disant : « La terre était vide et informe », sans ordre ; et il caractérise la période pendant laquelle s'accomplissent les phénomènes dont nous venons de parler, en les considérant par rapport à notre globe, quand il dit que, le premier jour. Dieu créa la lumière et la sépara des ténèbres.
Les ignorants ont fait contre la création de la lumière au premier jour génésiaque toute sorte d'objections au nom de la science. Comment comprendre, a-t-on dit, que la lumière ait existé avant le soleil ? Or, d'après les œuvres des physiciens, qu'est-ce que la lumière, sinon la vibration d'une sorte de fluide infiniment subtil, répandu dans l'espace, nommé éther, et mis en mouvement par des corps que nous appelons lumineux ? Ce sont les mouvements ondulatoires de cet éther qui produisent en nous la sensation de lumière ; et, si nous considérons dans quelles circonstances les corps terrestres développent la lumière, nous découvrons que c'est généralement de la manière suivante : 1° une grande élévation de température rend lumineux les corps qui ne le sont pas : les métaux incandescents, les objets incombustibles placés entre les pôles d'une batterie électrique émettent une vive lumière, sans qu'on remarque d'ailleurs d'autre changement dans leurs propriétés ; 2° la combinaison chimique intense et rapide de deux corps, dans la combustion, par exemple, est également accompagnée d'un dégagement de lumière ; 3° le dégagement de l'électricité produit aussi une lumière éblouissante, comme le montrent les éclairs. Le fiât lux n'est donc autre chose que la posi-
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22 ÉPOQUE ANTEDILUVIENNE.
tion de la loi du mouvement vibratoire qui détermine tous les phénomènes de lumière, de chaleur et d'électricité.
« Quant aux différents corps célestes qui nous paraissent lumineux par eux-mêmes, dit le savant allemand Pfaff dans son Histoire de la création, si nous les étudions au spectroscope, nous voyons qu'il faut les considérer comme des gaz incandescents ou comme des corps en fusion. Si nous observons maintenant que les nébuleuses et les comètes dégagent de la lumière, nous devons en conclure que les masses gazeuses, même à l'état de la plus grande raréfaction, peuvent déjà être lumineuses. A quelle époque de la formation de l'univers commença l'émission de la lumière ? Les sciences naturelles ne peuvent le dire, mais elles peuvent affirmer que la lumière a pu se manifester longtemps avant la séparation de la matière et la formation des corps particuliers. Par conséquent, il ne saurait être question d'une contradiction entre les données de la Genèse et celles des sciences naturelles, relativement à l'origine de la lumière K » En d'autres termes, la première partie du récit de Moïse est inattaquable au point de vue scientifique.
Deuxième Période : Organisation du règne végétal.
La deuxième période correspond aux deuxième, troisième et quatrième jours de Moïse, dans l'ordre même