‹ Les Questions controversées de l'histoire et de la scienceChapitre 18 sur 77 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

C'est là la dernière confirmation que la géologie apporte au récit biblique. Ainsi la science, dans ses grandes lignes, est d'accord avec la cosmogonie de Moïse. Qui n'admirerait cette frappante harmonie ?

« Si nous comparons les données scientifiques avec l'histoire biblique de la création, dit M. Pfaff dans la conclusion de sa Schœpfungsgeschichfe, nous voyons que cette dernière concorde avec ces données autant qu'on est en droit de l'attendre. Nous découvrons en effet (dans la science et dans la Bible) les mêmes règnes, également distincts en eux-mêmes, en ne tenant pas compte des variations historiques qu'ils ont pu subir ; la suite chronologique de leur apparition est exactement donnée par Moïse. Le chaos primitif, la terre couverte d'abord parles eaux, émergeant ensuite; la formation du règne inorganique, suivi du règne végétal, puis du règne animal, qui a pour premiers représentants les animaux vivant dans l'eau, et, après eux, les animaux terrestres ; l'homme apparaissant enfin le dernier de tous : telle est bien la véritable succession des êtres ; telles sont bien les diverses périodes de l'histoire de la création, périodes désignées sous le nom de « jours ».

Quant à la date de la création du monde, ou mieux à la date de la création de la matière première, que les savants placent à une époque très reculée, la Bible est muette sur ce point. Elle nous laisse par conséquent

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la liberté d'accepter l'opinion scientifique qui nous paraît la plus vraisemblable au sujet de la date de l'origine du monde ^

Il résulte, en effet, de l'exposition que nous avons faite du premier chapitre de la Genèse, que ce livre ne nous fournit aucune donnée précise sur ce « commencement » dans lequel elle place la création proprement dite de la matière. La sainte Ecriture ne nous dit nulle part que l'univers a été créé en telle année ou à telle époque. Il est vrai que l'on trouve, dans un grand nombre de livres d'histoire, des dates qui se rapportent à l'ère de la création du monde ; mais cette dénomination manque de justesse, comme il est facile de s'en convaincre, en considérant par quels procédés ont été formées les chronologies bibliques. Les chronologies bibliques diffèrent par leurs chiffres, selon qu'elles les ont empruntés à tel ou tel texte ancien, mais elles ont toutes été constituées d'une manière identique. On a pris les âges des patriarches qui nous sont donnés dans les chapitres v et xi de la Grenèse ; on les a additionnés ensemble, en tenant compte seulement des années pendant lesquelles ils n'avaient pas vécu ensemble, et l'on a formé de la sorte une chronologie suivie. Tous ces calculs ont, par conséquent, pour point de départ la création de l'homme et non la création du monde, et, si l'on voulait s'exprimer exactement, il faudrait dire l'ère de la création d'Adam et non l'ère de la création du monde. Cette dernière expression

1. Voir Mgr Meignan, Le Ilonde et Vliomme primitif, Paris, V. Palmé, p. 14.

confond l'origine du temps avec l'origine des années lîumaines : le temps commence bien avec la production de la matière, mais la chronologie ne commence qu'avec la formation de l'homme.

Or Moïse ne nous dit rien sur l'espace de temps qui s'est écoulé entre la création primitive et la production de la lumière au premier jour génésiaque. Nous ignorons donc quelle en a été la durée, et il nous est impossible de savoir, d'après le texte sacré, quelle est la date de la création du monde. Nous en sommes réduits là-dessus à nous en rapporter aux calculs ou aux hypothèses des savants. Mais les calculs des savants euxmêmes sont loin d'être certains et ne reposent pas sur des bases bien fermes. « Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que la terre est extrêmement ancienne, et lorsque l'on songe à la multitude des phénomènes dont elle a été le théâtre, seulement depuis que la vie y est apparue pour la première fois jusqu'à nos jours, on est à peine surpris de voir accumuler les millions d'années pour mesurer son âge. L'astronomie nous avait révélé que les œuvres de Dieu avaient l'immensité dans l'espace ; la géologie nous a appris qu'elles ont l'immensité dans le temps : c'est ainsi que les sciences contribuent toutes à la gloire de l'Être éternel, dont elles font éclater l'infinie puissance et la souveraine sagesse '. »

La question de la date de la création de l'homme est

1. MoLLOT, Géologie et Révélation, tvsid. Hamard, notes du traducteiir '2« édit., p. 469.

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toute différente de celle de l'époque de la création du monde, et nous n'avons pas à l'examiner ici. Nous n'avions qu'à constater, comme nous venons de le faire, que la science et la révélation ne sont point en contradiction sur l'antiquité du monde. La cosmogonie biblique n'a à redouter, sur aucun point, les progrès de la science ; au contraire, elle les appelle de tous ses vœux, parce que tout progrès réel dans la géologie est aussi un progrès dans l'interprétation du premier chapitre de nos saintes Ecritures.

F. ViGOUEOUX.

Tout le monde connaît, au moins de nom, la doctrine du transformisme ou de l'évolution, à l'aide de laquelle certains savants, ennemis de la Bible et plus ou moins ouvertement matérialistes, prétendent remplacer la création de l'homme et des espèces animales, par une série de transformations successives d'un certain ora-anisme primitif qui aurait trouvé, dans l'homme, son dernier et plus complet développement. Cette doctrine est une de celles dont la science irréligieuse s'est le plus habilement servie depuis quelques années, pour saper les bases du spiritualisme en général et de la révélation chrétienne en particulier. On a même poussé si loin les hypothèses prétendues scientifiques dans ce vaste champ fermé aux investigations du vulgaire, qu'on ne s'est pas fait faute d'inventer de toutes pièces des êtres fantastiques, auxquels on a donné des noms très sonores, pour remplir les lacunes trop grandes que l'on rencontrait dans la prétendue série naturelle des évolutions. Ces êtres auraient dû exister pour que la théorie fut complète : on en concluait qu'ils avaient

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nécessairement existé, que leurs traces étaient perdueset qu'on les retrouverait certainement quelque jour ; on les attend encore.

Mais le premier anneau de cette chaîne organiquemanquait aux promoteurs de la nouvelle science. Fallait-il le chercher dans les éponges ou dans ces êtres gélatineux dans laquelle la vie se fait à peine sentir, et qui se rencontrent par milliers sur les rivages ou dans les profondeurs de la mer ?... La nature persistait à garder son secret, quand un nouvel Archimède poussa enfin V eurêka de triomphe. Le protoplasme était enfin trouvé. On tenait le premier élément organique duquel étaient sortis tous les autres ; la matière avait livré par hasard à un savant anglais bien connu, M. Huxley, la clef d'or de ses plus intimes mystères r l'homme connaissait enfin son ancêtre le plus reculé : le singe et tous les anthropomorphes n'étaient plus que de bien pâles ancêtres à côté du Batinjhius ! Tout le clan de la science incrédule battit des mains ; il n'eut pas de sarcasmes assez acérés contre les absurdes sectateurs de la Genèse ; les recueils scientifiques les plus sérieux s'occupèrent du nouveau venu et lui consacrèrent des études fort savantes. Le Bathyhius allait ainsi triomphalement entrer par les plus larges portes dans les académies et dans les instituts, lorsqu'un jour tant de gloire s'évanouit soudain comme par enchantement. Personne ne parla plus du trop bruyant protoplasme ; on apprit par d'indiscrètes révélations que son inventeur avait pris une simple formation minérale pour un organisme vivant. Jamais mésaventure scien-

tifique ne fut plus complète, et son histoire est éminemment instructive pour constater les entraînements étranges auxquels n'échappent pas ces docteurs transcendants qui, prétendant substituer leur propre infaillibilité aux assertions les plus formelles des livres saints, se laissent emporter par les fantaisistes caprices de leur imagination. C'est bien le cas de répéter l'apologue :

La montagne en travail enfante une souris.

Nous extrayons l'exposé qui va suivre de deux articles fort intéressants publiés en 1878 et en 1880 par un éminent ingénieur des mines, M. de Lapparent, vice-doyen de l'université catholique de Paris, dans la Bévue des questions scientifiques.

Nous les reproduirons textuellement, pour la plus grande édification de nos lecteurs, nous bornant à en élaguer les expressions ou les passages trop techniques.

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