Labokde, Commentaire géographique de VExode, p
2. Lettre de Linant-Bey à M. Belgrand, Comptes rendus de VAcadémie des sciences, 14 décembre 1874, p. 1358. Cf. Journal officiel, 11 décembre 1&74, p. 8198-8199.
nomène naturel de la coloration des eaux du Nil, produit par Dieu d'une manière miraculeuse en un temps où il ne se produisait pas d'ordinaire ? Beaucoup le croient aujourd'hui. Cependant, quelque spécieuse et séduisante que cette opinion puisse paraître, nous ne la trouvons pas suffisamment fondée, et nous croyons que le Ml fut véritablement changé en fleuve de sang. Il n'était certainement pas plus difficile à Dieu de le transformer en vrai sang que d'en colorer les eaux de telle sorte qu'elles eussent l'aspect du sang. Il voulait punir les Égyptiens par ce fleuve même dont ils étaient si fiers, et qu'ils vénéraient comme un Dieu; il voulait surtout leur reprocher le sang innocent des enfants des Hébreux, qu'ils avaient si inhumainement noyés et pour lesquels ils étaient maintenant châtiés : le châtiment était aussi plus grand et plus significatif. C'est d'un sang réel que les pères et les docteurs ont toujours, comme nous, entendu les expressions du texte sacré, et nous ne voyons aucun motif sérieux d'abandonner leur sentiment.
Nous devons néanmoins reconnaître que des apologistes catholiques modernes sont d'avis que les termes de Moïse peuvent, à la rigueur, être entendus d'une colloration rouge, analogue à celles dont nous avons parlé plus haut, quoique miraculeuse.
Voici en effet ce que dit M. Glaire : « Nous pourrions même accorder (aux rationalistes) que les trois premiers prodiges, c'est-à-dire, le changement de la verge d'Aaron en serpent, celui des eaux en sang ou en un liquide de couleur sanguine, et enfin la produc-
tion des grenouilles, prodiges opérés par Moïse et Aaron, n'étaient que des effets purement naturels, comme nous avouerons sans peine que dans toutes les autres plaies, il se trouve des faits qui ne sont point naturels en eux-mêmes. »
Nous ne saurions admettre que ces trois premiers prodiges furent des effets purement naturels ; mais concéderait-on aux rationalistes que les eaux du Nil ne furent pas changées en un véritable sang, ils n'y gagneraient rien et le miracle n'en subsite pas moins.
Ce qui, en effet, n'était assurément pas un fait naturel auquel on put s'attendre, c'est que ce changement des eaux se produisit à Tanis, oii il n'est pas probable qu'il eût régulièrement lieu, puisque M. Osburn nous apprend qu'on ne l'observe pas aujourd'hui dans le Delta; c'est ainsi qu'il se produisit à une époque tout à fait différente de l'époque ordinaire. Il est important de préciser ici la date.
Le phénomène du Nil rouge se passe ordinairement au mois de juillet. Les rationalistes prétendent que c'est pendant ce mois qu'eût lieu la première plaie ; mais leur calcul n'est pas d'accord avec l'ensemble des données du texte sacré. La dixième plaie est datée dans l'Exode : Dieu frappa les premiers-nés de l'Egypte le 14 du mois de nisan, c'est-à-dire, vers le commencement d'avril. La septième plaie, celle de la grêle, est également datée : le texte nous dit que la grêle ravagea les récoltes au moment où '< l'orge montait en épis et le lin en tuyau », c'est-à-dire, au mois de mars. Les quatre dernières plaies remplirent
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donc ainsi un mois environ, et elles se succédèrent à une semaine d'intervalle à peu près les unes des autres. Il est probable que les six premières ne furent également séparées les unes des autres que par une semaine. Il est dit expressément que la seconde, celledes grenouilles, eut lieu sept jours après le changement des eaux du Nil en sang^ D'après ce calcul, la première plaie arriva donc vers le milieu de février, et par conséquent à une époque oii le phénomène du Nil rouge n'a jamais lieu naturellement.
Outre cette première circonstance miraculeuse du temps, nous en avons encore plusieurs autres non moins surnaturelles à signaler : contrairement à ce qui arrive tous les ans, l'eau ainsi changée eut toutes les qualités malfaisantes du Nil vert, au lieu d'avoir le& qualités bienfaisantes du NU roî<^e; de plus, elle fit périr les poissons et cessa d'être potable, non seulement dans le fleuve lui-même et dans les canaux, mais jusque dans les étangs et les vases de pierre placés dans les villes, au carrefour des rues, qui, avec les vases de bois, sont suffisants en temps ordmaires pour clarifier l'eau bourbeuse du fleuve. L'eau du Nil se corrompt souvent avant l'inondation : « Pendant les mois qui précèdent l'inondation, juin, juillet et août, dit le docteur Lambert, l'eau du Nil se réduit et devient si basse dans son lit, qu'elle n'a plus de mouvement et acquiert toutes les qualités des eaux stagnantes : elle s'échauffe dans ce qui lui reste de profondeur;.