Exode, VII
elle devient verdâtre, fétide, et se remplit facilement de vers. » Au contraire, d'après le témoignage unanime de tous ceux qui connaissent l'Egypte, l'eau du Nil n'est jamais corrompue quand, dans les commencements de la crue, elle devient rougeâtre ; elle ne cause pas alors la mort des poissons, et peut être bue sans aucun danger. Un changement chimique insolite, que le phénomène du Nil rouge ne suffit point à expliquer, s'était donc produit dans les eaux ; quand elles avaient été ù^appées de la verge de Moïse, un miracle s'était opéré.
Cependant ce miracle, quelque grand qu'il fut, ne toucha point le cœur de Pharaon \ comme tant d'autres qui devaient le suivre. Dieu envoya alors en Egypte une seconde plaie : celle des grenouilles.
Peut-être, sous ce nom de grenouilles, faut-il comprendre aussi un animal plus désagréable et plus repoussant encore : le crapaud, car l'hébreu ne distingue pas l'un de l'autre. Quoi qu'il en soit, les grenouilles sont très abondantes en Egypte, et, à l'époque de la croissance du Nil, lem- nombre est tel, qu'elles empêchent, par leur croassement, le sommeil des voyageurs qui ne sont pas habitués à ce bruit étourdissant et d'une monotonie exaspérante. Il est aisé de s'imaginer l'incommodité d'une invasion de grenouilles pé-
1. On peut être siirpris qu'un aussi grand miracle que le changement des eaux en sang ne produisit pas plus d'impression sur le cœur de Menephtali, mais il ne faut pas oublier que les Egyptiens, étant habitués à voir le Nil rougir tous les ans, devaient être moins frappés par le changement des eaux en sang que ne l'auraient été les habitants de pays qui n'auraient jamais vu rien de semblable.
7à HISTOIRE ANCIENNE.
nétrant dans les appartements, couvrant tous les meubles, les tables, les lits, et remplissant tous les vases et les ustensiles de ménage. Dès la plus haute antiquité, les indigènes avaient confié à une divinité e soin de les délivrer de l'importunité de ces animaux malfaisants. On voit, représenté sur les monuments, un dieu avec une tête de grenouille. On considérait sa mission comme si importante, qu'il occupait un des premiers rangs dans le panthéon égyptien.
De même que le dieu Nil avait été humilié dans la première plaie, le dieu à la tête de grenouille fut humilié dans la seconde ; Jéhovah prouva l'impuissance de cette fausse divinité, qui ne put défendre ses adorateurs contre l'invasion des grenouilles.
Dans cette seconde plaie, Dieu multiplia d'une manière miraculeuse cet instrument de sa colère contre les Égyptiens, et il fit éclater son souverain domaine et sa toute-puissance, en faisant apparaître les grenouilles, quand Aaron étendit sa main sur les eaux, de même qu'en les faisant disparaître, lorsque, au jour déterminé à l'avance par Menephtah lui-même, Moïse demanda cette grâce au Seigneur.
Le pharaon, délivré du fl^éau, endurcit son cœur et refusa d'obéir à la voix de Jéhovah. Il en fut puni par la troisième plaie.
La troisième plaie fut celle des insectes, appelés par le texte original : hinnim. Les kinnim sont les moustiques, l'un des fléaux ordinaires de l'Egypte ; Hérodote les décrit dans son histoire. C'est surtout lorsque l'air est frais et vers la fin de l'inondation, que
leurs piqûres sont à redouter. Ils persécutent les hommes, les incommodent dans leurs repas, les troublent dans leur sommeil, et, en leur suçant le sang, les couvrent de petites pustules très douloureuses, qui peuvent produire la fièvre. Pococke et Maillet disent qu'ils forment quelquefois au Caire de véritables nuages qui obscurcissent le ciel. De toute antiquité, on a été obligé de se servir, dans la vallée du Nil, de moustiquaires pour échapper à leurs morsures pendant la nuit, ou de ne dormir que complètement enveloppé d'un manteau. Nous voyons souvent représentés, sur les monuments, les porteurs d'éventails chargés de préserver les grands personnages de leurs piqûres.
Le caractère miraculeux de la plaie, d'ailleurs fréquente en Egypte, dont Dieu affligea alors ce pays, consista dans la manière dont Moïse la produisit en faisant frapper la poussière par son frère Aaron, armé de sa verge, et aussi sans doute dans l'abondance tout à fait extraordinaire des moustiques. Ils ne sont généralement en grand nombre que sur les bords de la mer ; mais, en cette circonstance, toute la poussière de l'Egypte fut changée en moustiques, sous la verge miraculeuse d' Aaron '. Les enchanteurs de Menephtah ne purent contrefaire ce dernier prodige, comme ils l'avaient fait pour les précédents ; néanmoins le cœur du roi resta endurci ^
On croit généralement que la quatrième plaie fut